Les Métats, un nouvel abécédaire géopolitique

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Une vision d'un monde multipolaire originale, dont les ensembles régionaux, baptisés Métats (pour méta-Etats)sont constitués en fonction d'un équilibre de ressources (population, production industrielle, énergie, ressources agricoles). Le choc des civilisations est remis en question.

Publié le : jeudi 14 août 2014
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Abécédaire géopolitique


La Terre dans tous ses Etats
Fruit de l’histoire des hommes, la carte des pays du Monde actuel offre l’image d’un habit
d’Arlequin:



Ce Monde change : L’Europe se construit, l’économie se mondialise, de nouveaux géants émergent,
des murs s’effondrent, des révolutions chamboulent les régimes les mieux établis. Quel sera le
monde de demain ? C’est forcément imprévisible.
Mais cela n’empêche pas d’y réfléchir et d’imaginer.

1 Vers de nouvelles entités géopolitiques : les Métats
Une chose parait probable, c’est que dans le contexte de mondialisation, les Etats, les Pays,
auront intérêt à s’unir dans des ensembles plus grands. Appelons les Métats (pour méta-Etats) et
imaginons-les.




Nous proposons de construire sept Métats :
• l’Amérique du Nord, avec les Etats-Unis et ses deux voisins, le Canada et le Mexique,
l’Amérique du Sud’• l’riqu u u, avec le Brésil lusophone et sa ceinture de voisins hispanophones,
traité de Tordesillas oblige,
• L’Europe, enfin englobant la Turquie, la Russie et la Suisse !
• l’Afrique, immense continent plein de jeunesse et d’espoir,
• l’Asie de l’Ouest, regroupant autour du plateau iranien les péninsules indiennes et ’’l’si l’ust
arabiques et les plaines d’Asie centrale
• l’Asie-Pacifique, terres du bout du Monde en pleine effervescence ’l’si-Pacifiqu,
• l’Antarctique, nouvelle frontière. ’l’ntarctiqu

2 Des richesses économiques équilibrés
Les frontières de nos Métats étant maintenant établies, nous pouvons comparer leurs richesses
actuelles de selon quatre indicateurs économiques (les couleurs correspondent à celles des
Métats sur la carte précédente):
- La population, qui est dominée par les deux Asies (Pacifique 2,2 et Ouest 1,8
milliards), loin devant l’Afrique (0,9), l’Europe (0,8) et les Amériques (deux
fois 0,45).

population
1 - La production de biens et service , dominée par l’Europe, l’Asie Pacifique et
l’Amérique du Nord (17 mille milliards $ chacune), puis l’Asie de l’Ouest,
l’Amérique du Sud et l’Afrique (6 ; 4 et 3).

production
2- Les réserves d’hydrocarbures , très dominées par l’Asie de l’Ouest (760
milliards de barils), puis l’Amérique du Nord (210), l’Afrique, l’Amérique du
Sud et l’Europe (autour de 100 chacune), loin devant l’Asie Pacifique (30), les réserves de l’Antarctique restant inconnues.
hydrocarbures
3
- Les terres cultivables disponibles , Ce sont l’Afrique et l’Amérique du Sud
qui dominent (14 et 12 millions de km2), devant l’Asie Pacifique et l’Amérique
du Nord (8 chacune) et l’Europe (5). Les terres cultivables disponibles sont
réduites en Asie de l’Ouest (1,4) et virtuelles en Antarctique.
terres disponibles

Les terres cultivables disponibles: un facteur déterminant
Parmi les atouts économiques que nous venons de citer, le dernier nous parait déterminant : nous
pensons en effet qu’une organisation économique ne peut être stable sur le long terme que si elle
est autosuffisante en terme de production agricole.
Cette idée part d’un constat trivial: la répartition de la population sur la surface de la Terre est
assez bien corrélée avec celle de la pluviosité. Il suffit pour cela d’examiner la carte suivante,
sur laquelle sont superposées deux informations : la population supérieure à 10 habitants par
4
km2, et les terres ayant une pluviométrie supérieure à 500 mm par an .
Il en résulte quatre types de zones :

Zones non peuplées Zones peuplées
Zones humides A B
Zones arides D (en blanc) C

1 Mesurée par le Produit Intérieur Brut à Parité de Pouvoir d’achat, source The World Fact Book CIA
2 Mesurées par les réserves connues de pétrole brut, source The World Fact Book CIA
3 Mesurées par les surfaces recevant plus de 500mm/an de pluie moins la moitié des surfaces ayant des densités
2
de population supérieures à 10hab/km
4 Limites d’après l’Atlas Géographique et Historique Bordas, 1994
3



Les zones A, humides et peu peuplées, sont essentiellement couvertes de forêts. Ce sont des
zones en développement, souvent vues comme des terres d’avenir (Canada, Australie, Afrique,
Brésil…). Ce sont les available areas (zones disponibles).
La population humaine est actuellement principalement répartie dans les zones B, peuplées et
humides. D’un point de vue hydrologique, les problèmes de pollution et de conflit d’usage de l’eau
y sont importants. Ce sont les busy areas (zones occupées).
Les zones C, peuplées et arides, sont essentiellement liées à des implantations humaines
anciennes (Moyen Orient, Indus, Chine du Nord, Steppes de l’Europe et de l’Asie Centrale,
Andes…) où les problèmes d’eau sont aujourd’hui très sérieux. Ces zones C sont des zones de
tension forte (intégrisme, guerres). Ce sont les critical areas (zones critiques).
Dans les zones D, arides et peu peuplées, les ressources en eau limitées essentiellement aux eaux
souterraines suffisent généralement aux besoins locaux des populations et des industries. Ce
sont les desert areas (zones désertiques). srt rs
L’utilisation de cette zonation ABCD permet une analyse géostratégique simplifiée mais
significative au niveau de chaque Métat : les zones humides (A et B) sont, au moins
potentiellement, des zones de production agricole, alors que les zones peuplées (B et C) sont
consommatrices.
Nous avons retenu comme définition des terres cultivables disponibles les surfaces recevant plus
de 500mm/an de pluie moins la moitié des surfaces ayant des densités de population supérieures
à 10hab/km2, soit: (A + B) – (B+C)/2 , ce qui est équivalent à : A + B/2 – C/2.
Nous pensons qu’un Métat, pour assurer son autosuffisance alimentaire, doit avoir des terres
cultivables disponibles; c'est-à-dire qu’il peut comporter des zones A, B, C ou D, mais que les
zones C ne peuvent être prépondérantes par rapport aux zones A et B, faute de quoi il y aurait
dépendance vis-à-vis de la production agricole d’autres Métats.
Lorsque les besoins primaires de nourriture des populations sont assurés, les échanges
économiques peuvent se développer sans tension.
4 Des avantages comparatifs propices aux échanges
Nous voyons ainsi se profiler les avantages comparatifs, chers à Ricardo, de nos nouvelles entités
économiques : l’Amérique du Nord a une production élevée, de bonnes réserves d’hydrocarbures
et de terres mais une population qui reste faible au regard des géants asiatiques.
L’Europe a un profil assez semblable, avec plus de population et moins d’hydrocarbures.
Ces derniers manquent à l’Asie Pacifique, mais ses immenses marges continentales restent en
grande partie inexplorées.
L’Asie de l’Ouest en regorge, ce qui compense des terres valorisables limitées.
Afrique et Amérique du Sud apparaissent toutes deux comme des terres d’avenir, dont la
production est loin d’avoir atteint tout son potentiel.
Où en sommes-nous de la constitution des Métats ?
Il semble qu’elle soit en marche :
• Au-delà de l’Union Européenne, l’Europe telle que définie s’est déjà dotée d’un Conseil de
l’Europe. La Turquie en est membre depuis 1949, la Suisse depuis 1963 et la Russie depuis
1996.
• L’Amérique du Nord s’est dotée de l’ALENA (NAFTA) depuis 1992.
• L’Amérique du Sud s’est déjà organisée autour du MERCOSUR, crée en 1991, et de la CAN,
son complémentaire.
• Héritière de l’OUA, l’Union Africaine regroupe depuis 2002 la quasi-totalité des états
africains.
• L’Asie-Pacifique est en pleine construction : crée en 1967, l’ASEAN a établi en 1997 des
relations privilégiées avec la Chine, le Japon et la Corée du Sud, formant l’APT (ASEAN Plus
Three) et a signé en 2009 un accord avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande.
• En vigueur depuis 1961, le Traité sur l’Antarctique y règlemente les relations entre les Etats
membres.
• Héritière des routes de la soie et des épices, l’Asie de l’Ouest perpétue des traditions
séculaires d’échanges. Depuis 1983, le SAARC (South Asian Association for Regional Co-
Operation) regroupe l’ensemble de la péninsule indienne. Il reste à l’élargir à l’Iran (envisagé),
à la Péninsule Arabe et à l’Asie Centrale.

Et le choc des civilisations, dans tout cela ?
En 1963, en pleine guerre froide et au sortir de la colonisation, Fernand Braudel écrit une
magnifique « Grammaire des Civilisations ». Trente ans plus tard, alors que la fin de la guerre
froide laisse apparaître de nouveaux enjeux géostratégiques, Samuel P. Huntington reprend et
radicalise les thèses de Braudel.
Pour ces auteurs, le monde va se diviser suivant neuf « civilisations »:
• Occidentale (USA, Europe de l’Ouest, Canada, Australie), de religion chrétienne
• Latino-américaine, de religion catholique et non protestante
• Orthodoxe (Russie, Ukraine, Grèce, Serbie)
• Islamique,
• Africaine, restreinte à l’Afrique Noire, animiste
• Hindoue
• Bouddhiste
• Chinoise
• Japonaise
5 Pour Huntington, le risque est grand d’affrontement entre ces civilisations, version moderne des
guerres de religion.
Une critique faite à Huntington (et donc à Braudel) est que ce modèle peut devenir une
fantasmagorie auto-réalisatrice : certains de ces ensembles sont peu cohérents et déséquilibrés.
Ainsi, les pays musulmans sont hétérogènes d’un point de vue culturel : peuples des steppes,
Indoeuropéens, Sémites, Berbères, Nilotes, Somaliens, Indonésiens... De plus, ils sont très arides
(dominante de zones C en Arabie, au Maghreb, en Asie Centrale) ou montagneux et très peuplés
(Indonésie). Ils constitueraient donc un ensemble ne disposant pas de l’autosuffisance
alimentaire.
Dans notre système, nous avons privilégié une approche régionale liée à des intérêts économiques
bien compris :
• Les Etats-Unis et le Canada ont besoin de la croissance démographie du Mexique ;
• la Russie, vaste et vide, a besoin du poids de l’Europe pour faire face à la Chine ;
• l’Inde a besoin des ressources énergétiques de l’Asie Centrale et du Proche Orient, leur
fournissant en échange un énorme potentiel humain et agricole ;
• la Chine trouve chez ses voisins du Sud-est et Australiens les alliés commerciaux naturels du
monde Pacifique ;
• en Afrique, le Sahara, le Sahel et le Nil ont toujours été des lieux d’échange et non des
frontières infranchissables.
Entre ces grands ensembles économiques devraient se développer un système de relations inter-
métatiques harmonieuses basées sur leurs avantages comparatifs.
Utopie vs Dystopie. Entre équilibre pacifique des Métats et Choc des Civilisations, l’avenir nous
dira où va le Monde.

Didier GAUJOUS
Février 2013
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