En finir avec les idées fausses sur les professionnels du spectacle

De

Chaque été, au summum de la saison des festivals, les professionnels du spectacle sont sur la scène et... sur la sellette. Ils auraient des prétentions excessives et bénéficieraient d’un régime, l’intermittence, qui leur assure un revenu même quand ils ne travaillent pas. Pourquoi dès lors se fatigueraient-ils à faire davantage que le minimum d’heures qui leur assure une allocation ? Ainsi, en plus de financer des œuvres coûteuses qui ne rapportent rien, l’État et les autres salariés se ruineraient à combler le déficit chronique de leur caisse d’assurance chômage.

Ce livre répond point par point à 51 poncifs qui font l’impasse sur la réalité de ce que vit l’immense majorité des professionnels du spectacle : chanteur, caméraman, script, costumière, acteur, preneur de son, décorateur, installateur de scènes, régisseur, etc. Accessible à un large public, cet ouvrage explique le régime de l’intermittence. Loin d’être un privilège, il finance, à certaines conditions, les périodes de recherche d’emploi de personnes dans l’obligation constante de faire leurs preuves pour être embauchées. Parfois stigmatisés comme des parasites, ceux qui font le spectacle vivant et enregistré sont en fait les acteurs indispensables de la vitalité culturelle et économique de la France. Sait-on par exemple que la valeur ajoutée dégagée par le spectacle vivant et enregistré est supérieure à celle des secteurs de l’aéronautique, du ferroviaire et de la construction navale réunis ?

En braquant le projecteur sur les conditions de vie et de travail de ceux qui font le spectacle, ce livre renforce le lien vivant qui unit créateurs et spectateurs.

Vincent Edin est journaliste indépendant, auteur et coauteur de cinq essais parmi lesquels Insertion. Le temps de l’action (Autrement, 2010), Se lancer dans la collecte de fonds privés (Dalloz, 2012) et Chronique de la discrimination ordinaire (Gallimard, 2012). Il coordonne par ailleurs le master Communication politique et publique à l’European Communication School (ECS) où il intervient sur le mécénat, l’analyse de l’actualité et la rhétorique politique
Publié le : vendredi 5 juin 2015
Lecture(s) : 3
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782708244672
Nombre de pages : 160
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Vincent Edin

En finir avec les idées fausses sur les professionnels du spectacle

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Dans la même collection

ATD Quart Monde, En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté, 2013, rééd. 2015.

Pierre-Yves Bulteau, En finir avec les idées fausses propagées par l'extrême droite, 2014.

Bernadette Groison, En finir avec les idées fausses sur les fonctionnaires et la fonction publique, 2014.




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© Les Éditions de l'Atelier
Ivry-sur-Seine, 2015

ISBN : 978-2-7082-4467-2

Sommaire

Remerciements

Introduction

Les mots sont piégés, restons-en aux faits

L'intermittent, travail à plein temps

Attention à l'« effet mégaphone »

Dépasser la dichotomie entre le millionnaire et le clochard

Le spectacle coûte cher

1. « De toute façon, mieux vaut investir dans l'industrie qui rapporte que dépenser dans le spectacle. »

2. « C'est pas en investissant chez les saltimbanques qu'on va sortir du chômage. »

3. « Les communes qui investissent dans la culture se suicident économiquement. »

4. « La France a beaucoup trop de compagnies permanentes qui plombent les finances publiques. »

5. « Quand on veut, on peut : une baisse des moyens n'a jamais découragé les créateurs. »

Artiste, c'est pas un vrai métier

6. « On devient un pro de la culture après avoir été un amateur dans ses études. »

7. « Le secteur emploie beaucoup de fils et filles de. »

8. « Artiste, c'est sympa, n'importe qui peut se revendiquer comme tel du jour au lendemain ! »

9. « Il suffit de payer une école privée, et chère, pour trouver du boulot. »

10. « La professionnalisation a bon dos, tous les publics n'ont pas besoin de ça. Des amateurs peuvent tout aussi bien transmettre la culture. »

L'artiste, ce nanti

11. « Les professionnels du spectacle sont (presque) toujours en vacances ! »

12. « 300 euros pour la soirée, les acteurs sont franchement bien payés ! »

13. « Les répétitions, ce n'est pas compris dans le spectacle, c'est normal qu'elles ne soient pas payées. »

14. « Quand le professionnel du spectacle en a assez de bosser, il se contente des allocs. Facile ! »

15. « Nombres d'artistes vivotent pendant une dizaine d'années avant de passer à autre chose. »

16. « Le classement des acteurs les mieux payés ne fera pleurer personne. »

17. « Certains artistes touchent plus en allocations qu'en revenus du travail. »

18. « Passé quelques années, les artistes sont installés et vivent de leurs réseaux. »

19. « Les professionnels du spectacle comptent des dizaines de petits boulots pour arriver à être indemnisés ; après ils s'en contentent et n'en font jamais davantage. »

20. « Les artistes et techniciens échappent facilement aux contrôles. Nombre d'entre eux maquillent leurs déclarations de revenus et le nombre d'heures travaillées et fraudent. »

21. « Pour financer leurs spectacles, les professionnels du spectacle n'ont qu'à faire comme tout le monde, du crowdfunding (recherche de fonds auprès de leur public) ! »

Les professionnels du spectacle sont des privilégiés

22. « Les intermittents cumulent de nombreux avantages financiers et sont très bien payés. »

23. « Les intermittents sont bien contents de le rester et n'ont aucune envie de devenir permanents. »

24. « L'intermittence est une aberration juridique que Bruxelles va tuer. »

25. « En France les professionnels du spectacle menacent toujours de faire grève alors qu'ailleurs ils savent s'adapter à la situation ! »

26. « Le régime de l'intermittence est très protecteur ! »

27. « Tous les intermittents voudraient être embauchés en contrat pérenne. »

28. « C'est tout de même indécent ces stars qui font un tube et glandent le reste de leur vie ! »

29. « Les professionnels du spectacle aiment se la couler douce. Ils jouent les divas en attendant que leur téléphone sonne plutôt que d'aller chercher du boulot comme les vrais travailleurs. »

30. « Tous les grands artistes ont commencé par manger de la vache enragée. C'est à leur capacité de surmonter ces difficultés qu'on reconnaît le talent. »

31. « Les techniciens ne devraient pas pouvoir être intermittents, c'est si facile pour eux d'atteindre les 507 heures. »

L'intermittence, une gabegie

32. « Toutes les caisses des professionnels du spectacle sont dans le rouge. »

33. « Le recours à l'intermittence est facile. »

34. « Tout le monde sait qu'il y a des abus, mais personne ne s'y attaque. »

35. « Les entreprises du spectacle sont protégées. Quelques contrôles pour la forme, mais beaucoup moins que les autres ! »

36. « Certaines entreprises payent leurs prestataires en intermittents pour tirer les coûts vers le bas. »

37. « Trois types pour filmer des acteurs et tenir une perche, quel gâchis quand, avec un bon smartphone dernière génération, une seule personne peut parvenir au même résultat ! »

38. « De toute façon, les boîtes de “prod” sont complices et s'arrangent pour que les techniciens fassent leurs heures. »

39. « Les artistes interviennent comme un lobby qui défend ses intérêts en négligeant l'intérêt général. »

40. « L'État et les collectivités se saignent pour financer des spectacles accessibles à une petite élite et on ne fait rien pour les spectacles qui intéressent le grand public. »

41. « De toute façon, avec les quotas de séries françaises, il y a plein de boulot pour les intermittents qui travaillent en France. »

42. « Les animateurs stars des radios sont intermittents ! »

43. « Électriciens, menuisiers, coiffeurs, tout ça n'a rien à faire dans la liste des métiers de l'intermittence ! »

Les professionnels du spectacle ne veulent rien changer

44. « Il est impossible de négocier avec les artistes ! »

45. « Les syndicats des salariés du spectacle en veulent toujours plus pour leurs adhérents. Ils ne proposent jamais aucune économie. »

46. « Le régime des intermittents coûte 1 milliard d'euros par an à la collectivité. »

47. « Le régime des intermittents coûte 300 millions d'euros par an. »

48. « De toute façon, les droits sociaux fondamentaux comme le congé maternité sont acquis pour tous. »

49. « Si on est professeur dans un conservatoire, on est intermittent, donc tranquille. »

50. « C'était mieux avant, et l'intermittence pousse à une précarisation du secteur. »

51. « Avant, on vivait plus facilement de son travail d'artiste. »

Conclusion

Abus : condamner toujours, mais rappeler que le ménage se fait

Assurance chômage : et si les intermittents étaient un modèle à suivre ?

Revenir à la date anniversaire d'avant 2003, rien d'un cadeau

Le spectacle, une réponse aux crises

Bibliographie

Ouvrages généralistes

Rapports et missions parlementaires

Ressources

Remerciements

L'auteur remercie tous les professionnels du spectacle de métiers et de responsabilités très variés qui ont contribué à lui faire connaître les spécificités et les problèmes de leur secteur.

Introduction

Vilar, reviens, ils sont devenus fous ! Le créateur du Festival d'Avignon et directeur du TNP serait plus qu'interloqué devant la triste pièce à l'affiche depuis deux ans, marquant l'acmé d'une incompréhension entre les professionnels du spectacle et une partie de l'opinion publique. Dans l'inconscient collectif, ces professionnels sont portés et protégés par des politiques de gauche, animés par l'idée que la culture élève, enrichit les âmes et les cœurs, embellit les vies. Or, non seulement aucune nouvelle création n'est envisagée, mais après avoir parlé d'une « sanctuarisation » au niveau national, les pouvoirs publics ont programmé une baisse des dépenses publiques de 50 milliards d'euros sur trois ans, dont 11 milliards pour les collectivités territoriales. Une baisse sans précédent puisque, jusqu'à présent, la plupart des baisses se situaient dans une fourchette de 2 à 3 %. Cette baisse risque de se porter sur les acteurs culturels qui ne peuvent être protégés, comme les budgets sociaux, par l'obligation de distribuer des allocations (RSA, PCH, APA{1}). Cela peut pousser à des mesures radicales, telles celles qu'a prises la région Bourgogne en réduisant de 13 % son budget culture lors des délibérations annuelles des 12 et 13 janvier 2015{2}.

Au moment où ce livre est publié, les choses ne sont pas figées. Un certain nombre de pactes sont en cours de négociation entre le ministère et les collectivités qui s'engageront à stabiliser leur budget culture sur les années 2015 à 2017. L'heure n'est plus aux créateurs ou aux visionnaires mais aux gestionnaires, lesquels ne comprennent pas que la culture est une richesse et un investissement, n'y voyant qu'une dépense à réduire à tout prix. Inconcevable politique à courte vue, et pourtant...

Au-delà de Vilar et du théâtre, tous les arts vivants et enregistrés sont durement touchés par une vague de contestation. Malheur aux cigales, misez sur les fourmis. L'air du temps pourrait se résumer ainsi : pourquoi les gens veulent-ils être payés pour s'amuser et danser, jouer de la musique ou jouer la comédie ? D'ailleurs, on dit bien « jouer », les mots ne sauraient mentir ; si l'on joue, ça ne peut être un métier, n'est-ce pas ? Voilà ce que la doxa aime à répéter, et qui constitue le premier socle d'idées reçues sur les professionnels du spectacle. Leur caractère vraiment professionnel, justement. Un discours ambiant très prégnant que la crise financière a renforcé les dénigre, nie leur sérieux et prétend que seuls « les grands » (qui n'ont pas de carte, de badge ou autre signe distinctif, ce qui complique leur reconnaissance ; le box-office peut-être ?) sont des professionnels, les autres étant des amateurs qui n'ont pas à réclamer d'en vivre. Problème : ils travaillent parfois 50 ou 60 heures par semaine, ce qui rend délicat le fait de tenir la caisse d'un magasin de bricolage ou d'être serveur pour payer le loyer...

Cette image du comédien-serveur nous est d'ailleurs plus que familière, véhiculée par nombre de fictions (et bon nombre de superproductions) américaines. La pensée se globalisant, il n'est pas illogique que l'imaginaire étatsunien nous imprègne de plus en plus largement. C'est donc là où il nous faut brandir « l'exception culturelle » pour résister aux coups de rabot budgétaires. Elle n'est pas un luxe, une lubie ou une toquade, mais plutôt la marque d'une singulière richesse, dont il faut faire la pédagogie en évitant les chausse-trapes sémantiques. Hélas, la glissade est déjà à l'œuvre : après avoir affirmé dans sa conquête du pouvoir que « la culture n'est pas une marchandise », la gauche gestionnaire des années 1980 et 1990 a dérivé vers la formule plus ambiguë « la culture n'est pas une marchandise comme les autres ».

Les mots sont piégés, restons-en aux faits

« La sémantique, dans ce secteur, est un champ de mines. À titre personnel, j'ai veillé à ne jamais parler d'“intermittents” pendant les trois ans et demi que j'ai passés rue de Valois. J'ai toujours évoqué les artistes et les techniciens du spectacle{3}. » L'avertissement salutaire de Renaud Donnedieu de Vabres, ministre chargé de restaurer les liens de confiance entre les professionnels et les politiques après l'épisode traumatisant de 2003, qui vit se développer le fort mouvement de contestation dans la profession et qui déboucha sur l'annulation du Festival d'Avignon, a guidé notre rédaction. C'est pourquoi nous ne parlerons pas d'« assistance » quand il s'agit d'une indemnisation ; de même que nous ne parlerons jamais de « charges » mais bien de « cotisations » patronales et salariales, et enfin, rappelons que l'intermittence est un « régime », non une profession. Freud écrivait : « On commence par céder sur les mots et on finit parfois par céder sur les choses. » La précision du vocabulaire n'a donc rien d'un luxe superflu mais relève bien d'une exigence de clarté et de réalité factuelle. Il sera question dans ce livre de l'ensemble des professionnels du spectacle vivant et du spectacle enregistré (danse, musique, théâtre, cinéma, fictions audiovisuelles, etc.), qu'ils soient permanents ou intermittents. Pas les travailleurs des musées, ou les personnes travaillant comme créatifs dans la communication et la publicité que nombre d'études prennent en compte. Pas concernés non plus les professions artistiques, peintres ou plasticiens, qui ne se fondent pas (toujours) dans des collectifs de travail et relèvent d'autres logiques comptables. La présente collection « Pour en finir avec les idées fausses » s'attache à déconstruire les représentations erronées du grand public et si l'on entend souvent que les intermittents sont des parasites mondains trop payés (pour les plus virulents de leurs détracteurs), rares sont ceux qui pestent contre le sybaritisme des peintres, lesquels ne touchent pas d'allocations.

Au-delà des questions sémantiques, la question des témoignages est un autre signe tangible des tensions autour du sujet. Si les acteurs institutionnels du milieu de la culture que j'ai rencontrés ont accepté de répondre aux demandes d'interview sans restriction aucune, il m'a semblé intéressant, pour bénéficier d'une grande diversité de paroles et de points de vue, de lancer des appels à témoignage sur diverses plateformes et réseaux sociaux, de sorte que la totalité du spectre des différentes professions, expériences, tailles et natures des structures (public, privé, associatif), régions et âges (pour voir si les vérités d'hier sont celles d'aujourd'hui) des intervenants soit représenté. Le succès de cette démarche fut tel que je reçus bien plus de témoignages qu'il ne m'était humainement possible d'en traiter, signe que le sujet fait écho au quotidien de nombre de professionnels, désireux de clarifier ou démystifier certains clichés entourant leur pratique. Pour autant, je dus me résoudre à accepter la grande majorité de ces aveux sous le sceau de l'anonymat : dans un milieu où le réseau joue un rôle prépondérant et où la réputation est un facteur déterminant, pas question d'afficher au grand jour ses dissensions ou critiques avec tel employeur, tel donneur d'ordre, telle catégorie de professionnels usant ou abusant d'un système. J'ai évidemment respecté le vœu de mes interlocuteurs.

L'intermittent, travail à plein temps

Tous les professionnels du spectacle ne sont pas intermittents. Dans le spectacle vivant, de nombreux artistes et techniciens exercent leur métier en CDI (31 858 personnes{4}), parfois en CDD longue durée (29 186 personnes{5}), dans les conditions classiques du marché de l'emploi. Les 168 707 travailleurs en CDDU{6}, le contrat à durée déterminée d'usage, ne bénéficient pas tous de l'assurance chômage spécifique qui nécessite d'avoir travaillé 507 heures sur la période de dix mois ou dix mois et demi.

Et pourtant la figure de l'intermittent continue de fonctionner comme un repoussoir systématique pour les organisations patronales (hormis celles du secteur du spectacle, qui comprennent parfaitement les spécificités de ces travailleurs et de leur rythme de création), qui y voient des parasites ne travaillant que partiellement en attendant de toucher des allocations. Ce livre vise à démythifier tout cela en montrant le quotidien de professionnels qui travaillent sans compter leurs heures, et dont l'essence même de l'activité implique qu'ils ne peuvent s'arrêter. Créer, chercher, expérimenter, répéter, la somme de choses à faire lorsque l'on est artiste ou technicien ne connaît aucune frontière calendaire, aucun horaire fixe, et les faits montrent qu'ils travaillent d'arrache-pied, sans se plaindre, conscients de la chance d'exercer des métiers qui les passionnent, mais souffrant quelque peu de l'opprobre publique de ceux qui jugent sans connaître.

Attention à l'« effet mégaphone »

Le 9 mars 2015, Pascale Clark, animatrice sur France Inter, diffuse des disques lors de son direct pour protester contre la décision de la Commission de la carte d'identité des journalistes professionnels (CCIJP) de lui retirer sa carte de presse. Patrick Cohen, autre animateur de la radio, révèle que la productrice est intermittente et effectue son métier dans ces conditions depuis plus de vingt ans. Instantanément Internet s'enflamme. Sur tous les sites relayant l'information, des commentaires aigres sur le thème : « Ah bah voilà, toujours la même chose avec les intermittents. Et c'est avec nos impôts. » Le principal problème vient plutôt de la confusion de statut, puisqu'on ne devrait pas pouvoir être à la fois intermittent et journaliste. Au-delà de ce problème, ce livre s'attachera à montrer que ce genre de polémiques est fumeux sous l'angle économique, et surtout, remettra de la hiérarchie dans les problèmes liés à ce secteur. Un « effet mégaphone » polarise l'attention sur quelques centaines d'intermittents exerçant dans l'audiovisuel (majoritairement l'audiovisuel public, malheureusement) et dont on peut contester le statut. Soit parce que ce sont des vedettes, et le grand public comprend mal cet abus de recours aux droits, soit parce que ce sont des travailleurs précaires, et on ne comprend pas pourquoi ils ne sont pas titularisés. Quelques centaines de personnes bénéficient d'une exposition telle que l'on croirait qu'ils constituent la majorité des effectifs. Or, le régime des intermittents compte environ 110 000 personnes indemnisées{7} par l'assurance chômage au titre de ce régime. Un rapport de 1 à 1 000, donc. Attention à ne pas prendre les quelques exceptions pour la majorité du genre et se laisser happer par cette réalité brouillée.

Dépasser la dichotomie entre le millionnaire et le clochard

Au fond, les idées reçues sur les professionnels du spectacle se cristallisent autour d'une double représentation outrancière et folle, elle-même porteuse d'autres clichés. Les artistes seraient soit des millionnaires, soit des clochards. Aux premiers, on reproche de recevoir des aides indues de l'État et d'être des ultraprivilégiés. Les seconds font l'objet de la vindicte de ceux qui estiment que s'ils sont clochards, c'est avant tout parce qu'ils n'ont aucun talent et qu'ils se complaisent dans ce confort où les entretiennent l'État et l'Unédic. Chaque tentative de réforme politique ou de discussion interprofessionnelle est faussée par le poids historique de ces représentations. Cet ouvrage essaie de tracer un sillon raisonnable entre les deux fossés pour montrer que, plus que jamais en temps de crise, la culture n'est pas un luxe mais une voie de sortie par le haut.

Le spectacle coûte cher

Comme pour de nombreux autres investissements, un consensus curieusement myope ne voit que la case « dépenses » liées aux spectacles, sans jamais apercevoir les « recettes » pour les comptes publics.

« Le spectacle coûte cher », nous serine un discours majoritaire, ajoutant qu'en période de crise, il n'est pas vraiment l'heure de penser à se divertir et à se cultiver l'âme, priorité à la sauvegarde des comptes publics. Sans même développer une critique morale sur ce discours (pourtant plus que fondée...), arguons qu'il est économiquement lourdement erroné.

D'après le ministère de la Culture et de la Communication, le coefficient multiplicateur de l'investissement culturel est énorme, la palme étant détenue par le Festival de Marciac, pour lequel 1 euro investi génère 11,20 euros de recette{8} ! Et de nombreux autres exemples et études abondent dans ce sens (on atteint même 10 euros récupérés pour 1 euro investi dans le Festival international d'art lyrique d'Aix-en-Provence{9}).

Non, le spectacle ne coûte pas cher, c'est au contraire un investissement très rentable pour le développement économique du pays. Ne croyez pas La Fontaine, les cigales ont de quoi passer l'hiver au chaud.

1. « De toute façon, mieux vaut investir dans l'industrie qui rapporte que dépenser dans le spectacle. »

→ Vraiment, vraiment faux.

Que les choses soient claires : la culture rapporte au pays. Et pas seulement de l'argent, mais aussi des emplois. Rappelons ces deux vérités fortes dès le début de cet ouvrage, alors que nous sommes habités par deux mythes tenaces : la création de richesses et d'emplois est soit celle d'hier (usines, produits manufacturés), soit celle de demain (dématérialisation et tout-numérique). Eu égard à la gravité du chômage en France, nul doute que nous aurons évidemment besoin des deux, mais aussi de l'entre-deux, c'est-à-dire des activités qui créent du lien et font du bien, souvent considérées avec condescendance comme nécessaires mais pas importantes pour l'économie du pays. Or, le secteur du spectacle vivant et enregistré témoigne d'un véritable...

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