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Le Chantier

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Trois ouvriers plantés sur un échafaudage. Explosions, déflagrations troublent le déroulement de leur travail. Autour d’un théâtre qui s’effrite et d’une maison qui se fissure, une actrice cherche son spectacle, un acteur veut oublier ses rôles, un homme écrit des poèmes et une femme voudrait manger un hot-dog...

Souvenirs individuels ou collectifs, failles dans les murs et dans les cœurs, culture élitaire et populaire s’entrechoquent dans une intrigue qui pose la question de l’art.


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LE CHANTIER
LE CHANTIER PERSONNAGES Laura Antoine Karim Lucien Paul Marcel Jeanine Une rue en construction. Au centre on distingue une chaussée large bordée sur le côté gauche d’un trottoir. Sur le trottoiràun mètre de son bord environ se dresse un mur gris fait de larges pierres. Sur le mur une inscrip tion imprimée sur une affiche : l’abri est efficace. Contre le mur sont montés des échafaudages qui permettent d’accéder à un plan sur lequel tient debout le début d’une faça de d’immeuble interrompue. Cette façade est constituée de portes, de fenêtres reliée s les unes aux autres par des panneaux de bois recouverts en partie de papier pei nt, en partie par des tubulures métalliques. Cette construction inachevée dessine un mouvement de pente. Plus loin, vers le fond, on devine la construction d’un épais mur qui doit fermer ce qui paraît être un immeuble. Tout au fond un ciel blanc contre lequel sont posés dans l’ordre des planches de bois, et d’immenses échafaudages. Sur le côté droit une palissade assez haute attire immédiatement le regard. Elle recouvre un long parallélépipède de bois. Lorsqu’on lève la tête, on découvre un plafond tapi ssé, quadrille de constructions métalliques. La partie droite du plafond est obscur cie par une bâche grise, la partie gauche qui est pour ainsi dire à l’air libre découv re encore comme en rappel un morceau de ciel blanc.
Des espaces d’une très forte luminosité alternent avec d’autres d’ une forte obscurité.
Du côté jardin, entrent des musiciens vêtus de smok ings noirs, qui vont avec cérémonie et lenteur prendre place à leurs instrume nts regroupés en un endroit du lieu.
1. APPARITION (Du fond du lieu entre Laura. Elle tient un sac de voyage d’une extrême légèreté. Elle marche lentement sur l’allée centrale. On entend au loin une valse jouée par plusieurs accordéons.)
Laura :Tout a l’air tranquille (un temps) Rien n’a changé... (un temps) Il y a quelqu’un ? (un temps) Personne qui ne réponde à ma voix... Désert.
(Regard circulaire)
J’ai le frisson... La chair de poule... Une peur pleine de bonheur. (un temps) Je sens des présences... (un temps) (Elle déambule avec lenteur dans cet endroit qui lui paraît familier. Elle lance sa voix.)
Ohé ! Ohé ! Ohé !... (un temps) Il y a de l’écho. (un temps) Je demande juste un temps, une pause, un repos.
(un temps) (Laura ouvre son sac et en sort une étoffe très longue cousue de tissus différents.) J’ai froid...
(Elle se recouvre de cette étoffe.)
Impossible de se rappeler... Ma maison a éclaté. Une maison de bois, on y entre par une sente. Devant la porte, il y a des petits nains . Un jardin, une cour, un puits. Les patins de feutre, les nappes de toile cirée, les de ssous de plat en accordéon, les soirées autour du poste de TSF, les boîtes de cacao Van Houten, les madeleine de Commercy... (un temps) Je ne pouvais plus supporter leurs sourires, leur c onfort... Tout là-bas sentait le renfermé, le trop cuit... Irrespirable. J’allais m’habituer au mensonge, à la mort. Il fallait que je revienne. (un temps) Jai tellement marché. J’ai les pieds écrasés.
(Elle s’assied, enlève ses chaussures et se masse les pieds.) Et puis... elle a sommeil Laura.
(Elle répète son nom comme pour le plaisir.)
Laura. Laura. Laura. (un temps) La joie t’a prise. Elle te laissera. Et tout se taira.
(Parlant à son pied.)
Sais-tu Laura... J’ai rêvé. J’étais une pomme reinette. Ma peau c’était de l’épluchure. Dedans j’avais un ver tout blanc. Il me bouffait les pépins. Et puis à la fin, j’étais plus qu’une épluchure vide. Je me suis réveillée... (Laura remet ses chaussures, se relève, puis lance des vocalises comme si elle essayait sa voix.) Ou, a, é, ou, a é, ou, a, é, ou...
(Elle y prend plaisir.) Ou, a, é, ou, a, é, ou, a, é, ou, a, é, ou... (Comme portée par ses vocalises Laura se metà chanter sur une musique où se mêlent les sons des sirènes d’ambulances, de grues en action, de pants de murs qui s’effondrent, de construction multiples.) Je suis dans le ventre d’un éléphant qu’aurait perdu ses papa, maman. (Elle rit.)
Personne ne répond à ma voix. Je suis Laura, le rat. (Elle rit.) Ma maison est fêlée, craquelée, épluchée, brisée, cassée. (Elle rit.) J’ai les idées en méli-mélo. Je vais ici me payer du repos.
(Elle s’arrête.)
L’étrangeté c’est de chanter. (Elle rit.) Murs, ouvrez vos oreilles grandes. Vous êtes l’enceinte de mes palais. D’y penser ça me fait le cœur mou. Il bondit comme un mirador fou.
(Elle s’arrête.)
Mais qu’est-ce que je dis ? Mais qu’est-ce que je dis ?
(Elle reprend ses vocalises.)
Ou, a, é, ou, a, é, ou, a, é, ou, a, é, ou.
(Plus fort et plus haut.)
Ou, a, é, ou, a, é, ou, a, é, ou, a, é, ou... (Elle rit.) (Elle grimpe sur les échafaudages.)
J’ai un appétit de grue.
(un temps) Dans mon crâne. Il y a des orages. Des rages. Des pages. Qui explosent en arrondis. Je n’ai pas d’âge. (un temps)
Sur la plus haute branche. Un rossignol chantait. (Elle rit.)
Sur les plus hautes hauteurs. Je ne crains ni les écorchures, ni les salissures.
(Elle s’assied sur le haut des échafaudages et regarde « l’extérieur ». )
Archives. Relier entre elles les feuilles dispersées, jour après jour oubliées... Ici, la ville allume ses bars. Rendez-vous à la Marquise, au Tria non. A Tout-va-bien, à la Boule d’or, à la Vielleuse, au Point du Jour, à ici ça gaze. Rendez-vous au Fééric, au Floréal, au Parisiana, au Cocorico, à l’Alcazar. Dans la bru me d’octobre, sous les feux d’un mauvais bar, les reins cambrés, je me détache sur u ne toile peinte d’exotisme... Aimer... toujours... toujours... Je suis la femme à la rose.
(Elle descend les échafaudages. Parlant aux murs.)
Écoutez les murs, ouvrez grandes vos oreilles grandes. (Elle chante : )Pars au Nicaragua. Va à l’Alhambra. Cigarettes et castagnettes. Pars au Nicaragua. Va l ’Alhambra. Cigarettes et castagnettes... (Elle rit.) J’ai perdu la suite. La mémoire... La mémoire s’en va. (un temps) — Eh bien ! Laura, qu’est-ce qu’on me raconte ? Tu pars ? Tu quittes Belleville ?
— L’hiver passé, je suis tombée au lavoir. Une corde tendue. Je ne l’ai pas vue. Fêlée, on m’a dit. Je me rongeais les sangs, je ne dormais plus. Des idées de la nuit. Du cafard. De la neurasthénie.
— Tu as de la peine Laura ?
— C’était l’été. J’étais gaie... (un temps) — La p’tite chi-, la p’tite chi-, la p’tit’chi-co-rée sauvage...
— Toil’ci-, Toil’ci-, Toil’ci-, Toil’ci-, Toil’cirée...
(Elle rit.) (un temps)
— Tu es triste Laura ?
— J’ai déserté les appartements, les bruits étouffés, les mêmes robinets, les mêmes chasses d’eau, les mêmes tables. J’aime les escaliers et les graffitis d’ascenseurs.
— Est-ce que tu es folle ?
— J’entasse. C’est beau les foules en fleurs. C’est grandiose, ces éclairages superbes. C’est d’une beauté royale, le rouge, le n oir, c’est des vieux costumes qui vont au théâtre.
— Tu aimes te moquer, Laura ?
— Je suis une allumette d’impudicité.
— Tu parles bien, Laura.
— J’ai volé ces mots.
— Que fait-tu ici ?
— C’est à cause de ce tumulte dehors.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Ils vont désosser les maisons. Montrer les fissures. — Tu ne sais plus quoi inventer Laura.
— J’invente pas, j’invente pas, je ne sais pas. Encore un moment... encore un temps. (un temps) (Comme si elle déchiffrait une inscription.)
Sur les marches de cette maison Naquit dans le plus grand dénuement Celle dont la voix plus tard Devait boulverser le monde...
(Elle chante en recherchant les paroles, « Bravo pour le clown ».)
Un clown est mon ami Un clown bien ridicule
Et dont le nom s’écrit en gifles majuscules Pas beau pour un empire, plus triste qu’un chapeau Il boit d’énormes rires et mange des bravos Pour ton nez qui s’allume, bravo, bravo, Tes cheveux que l’on plume, bravo, bravo, Tu croques des assiettes assis sur un vélo Tu ronges des paillettes tordues dans un tonneau Pour ton nez qui s’allume, bravo, bravo, Tes cheveux que l’on plume, bravo, bravo, La foule aux grandes mains s’accroche à tes oreilles.
Je suis roi et je règne, bravo, bravo, J’ai des rires qui saignent, bravo, bravo. Venez que l’on m’acclame, j’ai fait mon numéro Tout en jetant ma femme du haut du chapiteau. Bravo, bravo, bravo, bravo, bravo...
(Laura disparaît.) NOIR
2. NOIR (On entend des voix dans l’obscurité.) Lucien :Allume !
Karim :C’est arrivé d’un coup.
Antoine :C’est sur ta gauche. Tâte à gauche.
Karim :Je trouve pas.
Lucien :Quel empoté !
Karim :Je crois que j’y suis. Je sens quelque chose.
Lucien :Et bien, vas-y, mets le jus quoi !
Antoine :J’ai la trouille, dans le noir...
Karim :Ça y est... ça y est... J’y suis... Je crois bien que c’est... (un temps) ...Ah, non, c’est pas ça...
Lucien :Mais c’est pas possible... c’est pas possible... Karim :Et s’il y avait des fantômes. C’est l’endroit rêvé. Antoine :Ouh ! Ouh ! Ouh ! Ouh ! Ouh !
Lucien :Arrête tes clowneries. C’est pas le moment.
Karim(brusquement): Là. J’ai vu quelque chose bouger.
Antoine :Où ça ?
Karim :Par là, par là, une ombre noire qui filait comme un rat.
Lucien :C’est gai, ça commence bien.
(La lumière s’allume.)
Karim :Ça y est !
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