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Contribution de Patrick VIVERET, assemblée générale de SOL. 18 Mai 2011. Le Sol dans la perspective des Etats généraux de l'ESS. TROIS POINTS D ...

Publié le : mardi 17 avril 2012
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Contribution de Patrick VIVERET, assemblée générale de SOL. 18 Mai 2011
Le Sol dans la perspective des Etats généraux de l'ESS
TROIS POINTS D ATTENTION POUR LAVENIR DUMOUVEMENT SOL
La monnaie fut elle sociale, complémentaire, voire alternative suscite une telle fascination que la tentation est grande de voir se reproduire dans les tentatives actuelles les deux phénomènes que nous contestons dans le système monétaire dominant : a) l'inversion du rapport finalité/outil,le projet monétaire devenant un projet en lui même b)les tentatives de captation que cette fascination entraîne.
Celà vaut pour toutes les tentatives de monnaies sociales mais celà vaut aussi pour le Sol puisque nous avons tendance à être plussouvent centrés sur le vecteur technique du Sol (carte à puce hier, billet à puce ou téléphone aujourd'hui) que sur ce à quoi il sert. C'est pourquoi il me paraît important de garder trois points de vigilance dans notre projet dans la perspective des états généraux de l'ESS : - celui du lien nécessaire entre nouvelle approche de la richesse et de la monnaie; -celui du lien entre nouvelle approche de la richesse et nouvelle approche du pouvoir face aux tentations de captation ; - celui du lien avec les autres outils au service d'une société fondée sur la recherche d'un meilleur vivre ensemble
1/ Sortir de la vision réductrice de la richesse et de la monnaie
Une part importante de la crise résulte d'une vision réductrice de la richesse et du dérèglement majeur du rôle de la monnaie dans nos sociétés.La vision réductrice consiste àne prendre en compte que les richesses marchandes à travers des indicateurs tels que le PIB et à ne pas voir que toute richesse résulte de deux sources fondamentales, la nature, l'activité humaine. C'est ce que l'on peut appeler ,en amont des fondamentaux économiques, des fondamentaux écologiques et anthropologiques. Les ressources d'une nature qui ne se fait pas payer, les activités domestiques et les activités associatives non marchandes, ce que Karl Polanyia appelé l'économie de réciprocité, en constituent des exemples typiques. Nombre de collectivités territoriales et l'Etat lui même commencent à découvrir l'importance de cette vision renouvelée de la richesse. L'économie sociale et solidaire a longtemps été anticipatrice (et seule) sur ces questions : c'est ainsi quele bilan sociétalinitié par le CJDES, lacomptabilité sociétaleinitiée en Bretagne par le Codespar ont été des tentatives importantes pour faire bouger la vision réductrice des bilans et des comptabilités. Il serait paradoxal , à l'heure où cette exigence est désormais de plus en plus reconnue par des organismes internationaux ou par la commission Stiglitz de voir l'ESS se contenter de suivre le mouvement.
C'est encore plus net sur le terrain monétaire où l'innovation est encore plus nécessaire compte tenu du rôle décisifde l'argent. Ici ce sont les monnaies sociales et, notamment pour l'ESS, leprojet Solqui symbolisent cette capacité anticipatrice.
Il s'agit, dans le domaine de la richesse et de la monnaie, de construirele trépied du REV(résistance, expérimentation, vision) : résistance créative face à la privatisation de ce bien public essentiel qu'est la monnaie,vision transformatrice d'un système monétaire mondial au service d'un développement humain soutenable et expérimentations anticipatrices de nouveaux indicateurs de richesse et de mise en oeuvre de monnaies solidaires à valeur ajoutée écologique et socialeen alliance avec des collectivités territoriales.
le lien avec le projet CAP 40 d'une autre évaluation de la richesse
Ce projet ,inscrit dans la perspective d'une « bourse des vraies valeurs ». Il vise à répondre à la crise générale du crédit, au sens fort de confiance, qui mine aussi bien le rapport au pouvoir que le rapport à la richesse dans nos sociétés. Il s'agit dese fonder sur un sens non confisqué et non réducteur des mots eux mêmes : la valeur comme force de vie, le crédit comme qualité de confiance afin d'établir une évaluation, voire une notation globale de différents acteurs économiques mais aussi politiques et sociaux au regard de la création de valeur ajoutée écologique et sociale et du degré de confiance que l'on peut accorder à leurs proclamations « éthiques », « citoyennes » ou en faveur du « développement durable ». Les garanties exigées seraient proportionnelles au degré de confiance, donc à la qualité du crédit que l'on peut leur faire. L'ensemble du système articulé permettrait de mieux déterminer quel degré de coopération ou au contraire de conflictualité (allant jusqu'à la menace de boycott et de campagne civique de dénonciation) il est possible d'envisager pour des acteurs qui, comme les associationsbénévoles, ont souvent un capital monétaire faible mais un capital symbolique fort. Il y a un signal fort à proposer, dans ce lieu symbolique où se tiennentles états généraux de l'ESS de l'ancien palais Brogniart de la Bourse de Paris, une alternative à la logique du CAC 40 et proposer, à travers le projet "CAP 40", l'élaboration d' une évaluation cohérente avec les critères d'un développement humain soutenable, et opposant, face au court termisme du CAC 40, la logique du changement de cap etd'une vision à moyen terme, celle de la transition nécessaire de nos sociétés vers des modes de développement plus sobres et conviviaux.
2/ face aux logiques de captation, l'enjeu démocratique
Face à la crise, c’esten effet l’enjeu de la réappropriation démocratique de la création monétaire au profit d’une autre approche de la richesse centrée sur lavaleur ajoutée écologique et sociale qui est décisive. Mais cette approche peut être mise en cause par la force des logiques de captation que provoque la fascination de la
monnaie fut elle à prétention alternative. Captation économique (risque de l'émergence croissante de monnaies privées d'entrepreses) ou captation politique (risque de nouveau "seigneuriage" comme lorsque les seigneurs battaient monnaie).
Des monnaies sociales tellesle Sol peuventaider l'ESS à franchir des sauts qualitatifs dans trois directions : a.pour atteindre une masse critique d'échanges il faut toucher une fraction notable non seulement de l'ESS mais aussi des acteurs engagés dans un développement humain soutenable. Ce sontdonc des vecteurs privilégiés pour nouer des alliances en particulier avec des collectivités territoriales. b.elles doivent s'appuyer sur des stratégies coopératives entre ces différents acteurs et notamment au sein de l'ESS. Ce sont donc des outils pour développer ces logiques coopératives au sein d'une ESS marquée souventpar des logiques compétitives en son propre sein. c.Elles permettent à travers leur rapportau temps et/ou à l'euro de préparer l'articulation entre richesses marchandes et richesses non marchandes. Le fait que l'ESS rassemble ces deux richesses et ces deux grands types d'acteurs en produisant à la fois des biens et des services et, à travers le bénévolat, de la valeur ajoutée sociale non monétaire, constitue un fort atout anticipateur. Mais l'ESSne peut transformer cet atout potentiel en force réelle que si elle accepte en son sein déjà de reconnaître ces deux richesses et d'en organiser l'articulation. Le Sol, par exemple pourrait être un moyen précieux dans cette direction d'autant qu'il peut servir d'unité de compte dans les nouvelles formes comptables et renforcer d'autres initiatives plus locales ou sectorielles telles que les SEL, les réseaux d'échanges de savoirs, les coopératives de temps (l'Accorderie venue du Québec et soutenue par la fondation Macif en constitue l'exemple le plus récent).
le lien entre enjeux micro/macro
Notons enfin que dans la crise que connaît aujourd'hui la zone euro, l'approche en termes de monnaie sociale de développement durable pourrait permettre de sortir de la logique binaire de choix régressifs entre la préservation de l'euro à coups de programme d'austérité ou la sortie de l'euro et l'éclatement de l'Europe qui pourrait en résulter. Le retour à l'idée initiale d'une monnaie européenne commune mais non unique articulée avec des monnaies sociales territoriales (nationales, régionales ou locales) favorisant un développement local soutenable, préservant les systèmes de protection sociale et redonnant aux acteurs publics un pouvoir de création monétaire mérite d'être mis en débat. A un niveau plus ambitieux encore il faut débattre du projet "Terra", d'une monnaie mondiale complémentaire, non spéculative et cohérente avec un développement soutenable, proposée par un ancien responsable de la banque centrale de Belgique, Bernard Lietaer.
3/ Richesse, monnaie sociale et société du bien vivre
Cette autre approche de la richesse et de la monnaie, cette exigence de qualité démocratique sont au service d'une économie et d'une politique "au service de l'homme" comme l'ESS le répète dans tous ses textes. Mais cette perspective qui conduit à travailler à l'émergence de ces "sociétés du bien vivre" évoqués dans les forums sociaux mondiaux ne va pas de soi. Pour les êtres humains passer du logiciel "ego-compétitif" au logiciel "alter-coopératif" (cf E Morin) suppose des changements de posture tout à la fois personnels et collectifs. Et notre "boîte à outils" ne se limite pas à la monnaie. A cet égard le fait que le Sol à la différence d'autres tentatives notamment locales ne peut simplement être portée par un groupe de "bons copains" est à la fois une source de difficultés mais aussi une opportunité. Nous sommes conduits dans la gestion même des problèmes que nous rencontrons à affronter les tensions inhérentes au rôle de la monnaie dans nos sociétés : tension entre logique économique et logique politique, entre associations et entreprises, entre cultures différentes etc. Celà peut être source de contradictions parfois difficilement surmontables. mais c'est aussi l'opportunité de travailler sur le coeur des enjeux d'une autre approche de l'économie et du politique et au delà de la question clef du "bien vivre ensemble". Dans cette perspective même si nous privilégions le renouvellement de l'outil monétaire nous devons en permanence utiliser d'autres outils présents dans la boîté. Quand on n'a qu'un marteau dit un proverbe célèbre on voit tous les problèmes comme des clous ! Il y a des moments où le tournevis, la clef à molette ou le pinceau sont mieux adpatés que le marteau...Il nous faut dès lors être autant attentifs non seulement aux méthodes permettant une autre approche de la richesse (nouveaux indicateurs et systèmes de comptabilité et d'évaluation) qu'aux outils de renouvellement qualitatifs de la démocratie (forums ouverts, construction de désaccords...) voire de la qualité du vivre ensemble : communication non violente, web coopératif, attention à la convivialité etc. Si la monnaie, pour reprendre la définition suggestivede Bernard Lietaer ,est un "standard d'échange au sein d'une communauté de confiance" nous voyons bien que la question la plus difficile n'est pas celle du choix du standard (ou de l'étalon d'échange) : c'est cellede la construction de la communauté et de sa qualité de confiance.
Patrick Viveret le 18 mai 2011
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