Définition et synonyme de : CHIISME

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Article publié par Encyclopaedia Universalis CHIISME Le chiisme est le plus ancien courant politico-religieux de l'islam et constitue la minorité la plus importante de cette religion. Shī‘a, terme signifiant « parti, partisans », fut progressivement appliqué au premier des « partis » nés dans la communauté musulmane et constitué par les légitimistes qui revendiquaient en faveur de ‘Alī, cousin et gendre du Prophète, et de ses descendants le droit exclusif de guider la communauté, aussi bien sur le plan temporel que spirituel. Ceux-ci sont donc considérés comme les seuls imām- s (guide, chef, dirigeant) authentiques et légitimes. La fidélité à ‘Alī et à ses descendants appelée peu à peu le chiisme, est donc aussi vieille que le litige sur la succession du prophète Mahomet, litige survenu dès la mort de celui-ci en 632. Tous les développements doctrinaux proprement chiites, élaborés surtout en Irak des premiers siècles de l'islam, viennent justifier ce légitimisme alide et en même temps trouvent en lui leur fondement. L'imam En effet, le véritable pivot autour duquel gravite toute la religion chiite est la figure de l'imam. De la théologie à l'éthique, du droit à la mystique, tous les aspects doctrinaux, tous les chapitres de la foi chiite sont déterminés en dernier lieu par l'imamologie et ne trouvent sens que par rapport à celle-ci. Ce credo fondamental semble être caractérisé par une double vision du monde.
Publié le : mercredi 10 juillet 2013
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CHIISME

Le chiisme est le plus ancien courant politico-religieux de l'islam et constitue la minorité la plus importante de cette religion. Shī‘a, terme signifiant « parti, partisans », fut progressivement appliqué au premier des « partis » nés dans la communauté musulmane et constitué par les légitimistes qui revendiquaient en faveur de ‘Alī, cousin et gendre du Prophète, et de ses descendants le droit exclusif de guider la communauté, aussi bien sur le plan temporel que spirituel. Ceux-ci sont donc considérés comme les seuls imām-s (guide, chef, dirigeant) authentiques et légitimes. La fidélité à ‘Alī et à ses descendants appelée peu à peu le chiisme, est donc aussi vieille que le litige sur la succession du prophète Mahomet, litige survenu dès la mort de celui-ci en 632. Tous les développements doctrinaux proprement chiites, élaborés surtout en Irak des premiers siècles de l'islam, viennent justifier ce légitimisme alide et en même temps trouvent en lui leur fondement.

L'imam

En effet, le véritable pivot autour duquel gravite toute la religion chiite est la figure de l'imam. De la théologie à l'éthique, du droit à la mystique, tous les aspects doctrinaux, tous les chapitres de la foi chiite sont déterminés en dernier lieu par l'imamologie et ne trouvent sens que par rapport à celle-ci. Ce credo fondamental semble être caractérisé par une double vision du monde. D'abord, une « vision duelle », fondée sur la dialectique du manifeste et du caché, de l'apparent et du secret, de l'exotérique et de l'ésotérique (respectivement zāhir et bātin). Selon cette conception, toute réalité comporte ces deux aspects distincts mais interdépendants. En théologie, Dieu-même comprend deux niveaux ontologiques : celui de l'essence, à jamais inconnaissable, et celui des noms et attributs. Ce dernier niveau n'est plus inconnaissable, c'est un inconnu qui aspire à être connu. Il peut l'être grâce à des théophanies ou des « lieux de manifestations » qui constituent autant d'organes de Dieu qui rendent Dieu agissant dans la création. Or l'imam, dans son acception métaphysique, en tant qu'homme de lumière, primordial et cosmique, constitue la plus haute des théophanies, le plus efficace des organes. La connaissance de sa réalité équivalant à la connaissance de ce qui peut être connu en Dieu, l'imam cosmique est donc le véritable « Dieu révélé », le secret des secrets de la création. À son tour, cet imam cosmique a lui aussi un aspect caché et un aspect manifeste. Sa dimension ésotérique, c'est justement sa face métaphysique. Mais il se manifeste, sur terre, à travers des êtres humains d'élection, des hommes divins qui, par leur être et leurs actes, rendent possible l'accès au divin et que le chiisme désigne par les termes d'imam ou encore walī, pluriel awliyā (amis ou alliés de Dieu). Dans une théologie de « théophanies en cascade », la connaissance de Dieu passe par la connaissance de la réalité cosmique de l'homme de Dieu.

Au chapitre de la prophétologie, le chiisme soutient que le prophète législateur, bien qu'ayant la connaissance de l'ésotérique, n'apporte à la masse, à la majorité d'une communauté donnée, que l'aspect apparent, exotérique de la parole divine, sous forme d'un livre révélé. Cependant, chaque prophète législateur est accompagné dans sa mission d'un ou de plusieurs imams (douze pour les chiites duodécimains, sept pour les septimains, etc.) qui, eux, ont pour tâche d'initier une minorité de fidèles au sens caché, ésotérique du texte révélé. Le prophète est donc le messager de la lettre de la révélation et l'imam, celui de son esprit. La religion possède donc une majorité de « soumis » à la lettre, et une minorité d'initiés aux enseignements secrets de l'écriture. Cette minorité, ce sont les « chiites » de cette religion. L'imam et sa mission représentent donc l'ésotérique de la prophétie. C'est pourquoi le chiisme se définit comme « le secret de l'islam », tout comme l'enseignement de tous les imams passés constituait le secret des religions inaugurées par les prophètes antérieurs. Secret dont l'imam historique est le détenteur et le guide initiateur et dont l'imam cosmique, symbole de la divinisation possible de l'homme, est le contenu.

Le combat entre le Bien et le Mal

À côté de cette vision duelle, le chiisme a également développé une « vision dualiste » selon laquelle l'histoire de la création est celle d'une lutte opposant les forces de l'intelligence et de la lumière (l'imam et ses fidèles à tous les niveaux cosmologiques) et celles de l'ignorance et de l'obscurité (les adversaires des imams et leurs partisans). Qui sont exactement ces dernières ? Ici interviennent des théories complexes, fragmentaires, d'autant plus difficiles à démêler qu'elles varient selon les différentes tendances qui divisèrent le chiisme dès les premiers temps de l'islam. Mais on peut dire que, selon les données les plus récurrentes, les adversaires des imams, les forces de la contre-initiation, ne sont pas toujours et forcément les incroyants, les païens ou les fidèles d'autres religions. Ils sont plus souvent représentés, au sein de la même religion, par les « gens de l'exotérique », ceux qui, après le départ du Prophète, accaparent le pouvoir et, tout en se disant soumis à la lettre de la religion, refusent de croire en l'existence d'un esprit caché sous la lettre. La majorité au sein de la communauté, dirigée par ces « guides de l'ignorance », ampute ainsi sa religion de ce qu'elle a de plus profond et se condamne à la décadence et à la violence.

L'histoire de l'humanité est l'histoire d'une guerre entre ces deux forces antagonistes. L'actuel cycle est celui de la domination, sur le plan temporel, des forces ténébreuses de l'ignorance et il en sera ainsi jusqu'au retour final du sauveur eschatologique, le mahdī, dit l'imam résurrecteur ou celui-qui-se-lève (al-Qā‘im) et sa victoire violente et définitive sur le Mal.

Cette double vision du monde, où le rôle de l'imam est toujours fondamental, illustre les deux constantes de la foi chiite : d'abord, l'importance centrale de la connaissance et de l'initiation aux réalités cachées de celle-ci ; ensuite, la perpétuité du combat entre le Bien et le Mal. La première détermine la spiritualité de l'homme, la seconde son histoire et le fidèle chiite est constamment invité à se tenir à leur intersection.

Les figures du chiisme

Dans le chiisme, l'objet principal de dévotion est un ensemble de personnages ainsi formé : le prophète Mahomet, sa fille Fātima, son gendre et cousin ‘Alī et les autres imams descendants de ces deux derniers. Objets d'un véritable amour mystique, ils occupent le centre de la piété populaire comme de la méditation des penseurs et des lettrés. Les jours présumés de leur anniversaire constituent des fêtes religieuses, comme leurs dates de mort des journées de deuil. Leurs tombes sont les principaux lieux de pèlerinages des fidèles, faisant des cités où elles se trouvent des villes saintes (les plus visitées sont Najaf et Karbalā en Irak, où se situent respectivement les mausolées de ‘Alī, « le père des imams », et de Husayn, « le prince des martyrs »). Les enseignements qui leur sont attribués dans l'immense corpus de hadith chiite ont été inlassablement copiés, lus, médités, pratiqués, commentés et ce au travers des siècles jusqu'à nos jours. C'est que ce sont eux les représentants les plus sublimes des amis de Dieu dont la connaissance s'ouvre sur celle des mystères divins.

La lignée et le nombre des imams ont été sujets de divergence et déterminèrent la division du chiisme en d'innombrables schismes, tendances et courants. Pratiquement à la mort de chaque imam, des divergences sur sa succession et l'identité de l'imam suivant aboutissaient à la genèse de nouvelles sectes et ce d'autant plus que dogmes, pratiques et doctrines n'étaient pas encore définitivement établis. Les ouvrages historiques et hérésiographiques dénombrent plus d'une centaine de ces sectes aux premiers siècles de l'islam. La presque totalité d'entre elles disparut assez vite, bien que certaines de leurs doctrines soient intégrées dans les courants qui survécurent. Ceux-ci sont principalement représentés par les trois grandes familles chiites : le zaydisme, surtout présent au Yémen et en Arabie méridionale, l'ismaélisme et enfin l'imamisme ou le chiisme duodécimain, branche de loin majoritaire et religion d'État en Iran depuis le xvie siècle.

Auteur: MOHAMMAD ALI AMIR-MOEZZI
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