Définition et synonyme de : GENRES

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Article publié par Encyclopaedia Universalis GENRES Le terme « genre », qui dérive du latin genus, revêt en français dès le e xiv siècle une acception rhétorique propre à définir les différents modes e poétiques. Au cours du xvi siècle, il s'applique à la peinture, dont il caractérise les catégories tant stylistiques qu'iconographiques. Toutefois, il tend progressivement à s'atrophier, l'expression de « peinture de genre » désignant d'abord tout ce qui ne relève pas de la peinture d'histoire (le e paysage, la nature morte, etc.), puis, à partir de la fin du xviii siècle, uniquement la représentation stéréotypée du quotidien. Le mot recouvre donc aujourd'hui deux notions distinctes : l'une restreinte (la scène de genre) ; l'autre large (les genres artistiques). C'est la seconde qui nous intéresse ici. Elle permet de classifier les arts visuels, et en particulier la peinture, par sujets définis de manière conventionnelle. Naissance des genres er Dans son Histoire naturelle, Pline l'Ancien, érudit romain du i siècle, rapporte l'histoire de plusieurs peintres légendaires, tel Pyraïkos, « peintre de saletés », dont les œuvres pleines de vie avaient atteint une cote extraordinaire sur le marché de l'art, ou Parrhasios, dont l'aptitude à reproduire fidèlement les objets avait pu tromper l'œil expert de son contemporain Zeuxis.
Publié le : mercredi 10 juillet 2013
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Source : Encyclopaedia Universalis
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GENRES

Le terme « genre », qui dérive du latin genus, revêt en français dès le xive siècle une acception rhétorique propre à définir les différents modes poétiques. Au cours du xvie siècle, il s'applique à la peinture, dont il caractérise les catégories tant stylistiques qu'iconographiques. Toutefois, il tend progressivement à s'atrophier, l'expression de « peinture de genre » désignant d'abord tout ce qui ne relève pas de la peinture d'histoire (le paysage, la nature morte, etc.), puis, à partir de la fin du xviiie siècle, uniquement la représentation stéréotypée du quotidien. Le mot recouvre donc aujourd'hui deux notions distinctes : l'une restreinte (la scène de genre) ; l'autre large (les genres artistiques). C'est la seconde qui nous intéresse ici. Elle permet de classifier les arts visuels, et en particulier la peinture, par sujets définis de manière conventionnelle.

Naissance des genres

Dans son Histoire naturelle, Pline l'Ancien, érudit romain du ier siècle, rapporte l'histoire de plusieurs peintres légendaires, tel Pyraïkos, « peintre de saletés », dont les œuvres pleines de vie avaient atteint une cote extraordinaire sur le marché de l'art, ou Parrhasios, dont l'aptitude à reproduire fidèlement les objets avait pu tromper l'œil expert de son contemporain Zeuxis. D'une part, Pline justifie ainsi la pratique des genres artistiques, d'autre part, le lien de celle-ci se trouve affirmé avec la représentation illusionniste du monde sensible, c'est-à-dire avec un style. De fait, les notions de genre et de style sont indissociables, en raison de leur commune référence à l'imitation de la nature et aux effets rhétoriques qui en découlent. Autrement dit, les genres artistiques ne peuvent exister qu'à travers une représentation tant soit peu mimétique du monde physique. Ce n'est donc pas un hasard si, en Occident, ils disparaissent au ve siècle, en même temps que l'illusionnisme antique, au moment où se met en place le système purement symbolique de l'image chrétienne, pour réapparaître progressivement une dizaine de siècles plus tard, parallèlement au retour de la peinture de chevalet et d'un véritable marché de l'art.

Renaissance des genres

Le lent processus de cette « renaissance des genres » peut se subdiviser en trois temps. D'abord, dès le xiiie siècle, le goût de certains collectionneurs pour l'Antique (notamment l'empereur Frédéric II de Hohenstaufen) et l'intérêt, lié à la doctrine matérialiste aristotélicienne, pour le corporel conduisent entre autres, à travers les expériences de certains sculpteurs, à la révolution opérée par Giotto, dont les inventions artistiques, appréciées et imitées, reconquièrent l'espace pictural et reproduisent le particulier, en contribuant à la réhabilitation du portrait comme genre autonome dès le milieu du xive siècle. Ensuite, l'attrait, suscité par la lecture des auteurs antiques, des humanistes italiens pour l'illusionnisme crée une attente que viennent combler dès les années 1420 Jan van Eyck et les peintres flamands, donnant une importance croissante aux éléments accessoires de l'image. Enfin, à partir de 1500 environ, un nouveau goût, que l'on pourrait qualifier de « habsbourgeois », pétri par l'humanisme italien et dominé par les grands rhétoriqueurs, se manifeste un peu partout en Europe et, principalement, dans les cours de Bruxelles, Malines et Vienne.

Focalisé sur l'inventio et son corollaire, la varietas, le goût habsbourgeois génère, tant dans les anciens Pays-Bas (Jérôme Bosch) que dans le sud des terres germaniques (Albrecht Altdorfer), et jusqu'à Venise (Giorgione), de nouveaux types de peinture. Ceux-ci correspondent aux différentes catégories décrites par Pline l'Ancien (peintures de monstruosités, scènes pastorales, etc.) et suscitent d'emblée une demande élargie sur le marché de l'art anversois, entraînant deux phénomènes complémentaires et indissociables de la notion de genre : d'un côté, la multiplication d'une idée singulière à travers le pastiche ; de l'autre, la spécialisation du peintre dans une catégorie appréciée comme telle.

C'est pourquoi le marché de l'art anversois, principal diffuseur du goût habsbourgeois, constitue tout au long du xvie siècle le véritable berceau des genres artistiques. Ceux-ci, considérés dans les limites qu'on leur assigne aujourd'hui, semblent graduellement s'affranchir des caractéristiques de l'image de dévotion pour acquérir leur autonomie. Ainsi, les inventions de Joachim Patinir, qualifié de « bon paysagiste » dans son Journal par Albrecht Dürer, en 1521, inaugurent une tradition qui, focalisée sur l'affirmation identitaire du « pays flamand », conduit à la scène de genre paysanne, à travers la neutralisation du contenu religieux (Pieter Bruegel l'Ancien), puis au « paysage pur » à travers une évacuation relative de la figure, opérée de façon absolue dans le cas de la nature morte (Jan Bruegel de Velours). Toutefois, les genres artistiques, dont les frontières sont perméables, sont perçus par les observateurs du xvie siècle de manière moins stricte. Dès le départ, ils semblent en effet proliférer de façon incontrôlable, comme peuvent notamment l'illustrer les idées de Bosch, qui, en transposant l'univers confidentiel des drôleries marginales dans la peinture sur bois, forge plusieurs modes, attachées à un style défini et suivies par nombre d'imitateurs spécialisés : notamment celles des « diableries », des « paysages incendiés » et des « proverbes ». Les genres coexistent ainsi sans ordre apparent dans les cabinets d'amateur, dont les inventaires reflètent le caractère additif. Leur classification apparaît donc peu à peu comme une nécessité, au moment où se développe la littérature artistique.

La hiérarchie des genres et sa subversion

La littérature artistique commence par prendre conscience de la prolifération des genres qu'elle décrit à travers les auteurs antiques, comme en témoigne, autour de 1530, l'érudit italien Paolo Giovio, qui, pour désigner les éléments divers d'un paysage dans un tableau du peintre ferrarais Dosso Dossi, utilise le terme « genre » (« tout ce qui appartient à ce genre si agréable à regarder »). Ces textes mettent en évidence la fonction fondamentale de catégories qui, adressées aux sens plutôt qu'à la raison, contribuent à la distraction de l'esprit. Puis, sous l'effet de la normalisation académique, à partir des années 1560, la littérature artistique passe progressivement du décrire au prescrire, en déterminant la spécialité des peintres – comme l'illustre, en 1584, le Trattato dell'arte della pittura du peintre italien Giovanni Paolo Lomazzo, qui, sur la base des remarques de Vitruve au sujet des styles attachés aux scènes théâtrales, fixe les principales orientations du paysage. Ainsi, les innombrables types de peinture se trouvent rangés en quelques genres, classés de manière conventionnelle par sujets, selon un ordre hiérarchique qui place la peinture d'histoire au sommet et lui subordonne le portrait, la scène de genre, le paysage et la nature morte. Héritée de l'Antiquité, cette hiérarchie, dans laquelle s'intercalent des sous-catégories, trouve sa formulation théorique la plus aboutie en France au sein de l'Académie royale. Généralement admise dans les cours européennes (France, Italie, Espagne), elle ne touche guère les villes des Pays-Bas septentrionaux, dont l'idéologie calviniste et l'économie spéculative en plein essor contribuent à un développement extraordinaire des genres jugés secondaires, spécialité revendiquée par les peintres hollandais.

Diffusé durant la seconde moitié du xviiie siècle, le goût pour le Siècle d'or hollandais touche en France nombre de collectionneurs et d'amateurs. Il contribue notamment à l'essor de la scène de genre. Celle-ci, baptisée telle en 1791 par le critique d'art français Quatremère de Quincy dans ses Considérations sur les arts du dessin en France, vient peu à peu concurrencer la grande peinture d'histoire et son culte de l'individualité héroïque, auxquels elle oppose une représentation stéréotypée du quotidien. Elle finit par la détrôner dans les années 1860, à l'époque du mouvement réaliste qui joue fréquemment sur l'ambivalence entre l'individu et le type. De ce fait, la subversion de la hiérarchie des genres devient l'une des stratégies majeures du mouvement moderne pour s'affranchir de la peinture académique. Elle se poursuit rapidement à travers la remise en question des deux principes fondamentaux du genre : l'autonomie du tableau et l'imitation de la nature.

Cette subversion passe aussi par la transgression du support traditionnel, comme l'illustre l'adoption de la scène de genre, puis de la nature morte, par certains sculpteurs. Elle aboutit au xxe siècle avec les expériences de Marcel Duchamp, qui abolit la distance entre l'objet et sa représentation mimétique, en transposant en quelque sorte les genres dans la réalité même, comme l'illustreront les « natures mortes » des Nouveaux Réalistes, ou les « paysages » refaçonnés par le Land Art.

Auteur: FREDERIC ELSIG
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