Définition et synonyme de : MARXISME

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Article publié par Encyclopaedia Universalis MARXISME Le marxisme, en tant que courant économique, se rattache à l'œuvre de Karl Marx (1818-1883), en particulier à son économie politique que l'on trouve exposée principalement dans Le Capital (1867 – livre I, 1885 – livre II, 1894 – livre III, 1905 et 1910 – livre IV). Cette économie politique s'inscrit d'emblée dans une perspective historique, ce qui constitue d'ailleurs l'une de ses spécificités. Le système capitaliste, qui est au centre des réflexions de Marx, est ainsi pensé dans le cadre d'une théorie des sociétés humaines et de leur histoire : comme tous les systèmes sociaux, celui-ci n'est pas une nécessité naturelle mais un produit historique, et donc changeant, des conditions dans lesquelles les hommes produisent les moyens de leur existence. Friedrich Engels (1820-1895) parlera de « matérialisme historique » à propos de cette théorie de l'histoire : le « matérialisme » désigne la conception selon laquelle toutes les formes sociales sont déterminées par les conditions d'existence matérielles et le qualificatif « historique » renvoie au caractère nécessairement transitoire car historique de ces formes sociales.

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Le marxisme, en tant que courant économique, se rattache à l'œuvre de Karl Marx (1818-1883), en particulier à son économie politique que l'on trouve exposée principalement dans Le Capital (1867 – livre I, 1885 – livre II, 1894 – livre III, 1905 et 1910 – livre IV).

Cette économie politique s'inscrit d'emblée dans une perspective historique, ce qui constitue d'ailleurs l'une de ses spécificités. Le système capitaliste, qui est au centre des réflexions de Marx, est ainsi pensé dans le cadre d'une théorie des sociétés humaines et de leur histoire : comme tous les systèmes sociaux, celui-ci n'est pas une nécessité naturelle mais un produit historique, et donc changeant, des conditions dans lesquelles les hommes produisent les moyens de leur existence. Friedrich Engels (1820-1895) parlera de « matérialisme historique » à propos de cette théorie de l'histoire : le « matérialisme » désigne la conception selon laquelle toutes les formes sociales sont déterminées par les conditions d'existence matérielles et le qualificatif « historique » renvoie au caractère nécessairement transitoire car historique de ces formes sociales.

Si la pensée de Marx a eu un tel impact, au point de donner lieu à une école « marxiste » encore bien vivante, et d'influencer d'autres courants théoriques en économie, comme l'école de la régulation, c'est en particulier parce qu'elle donne une vision de la société et de l'histoire qui a gardé toute sa pertinence. Pour autant, cela ne signifie évidemment pas que la théorie marxiste de l'histoire soit exempte de limites (ainsi de sa dimension évolutionniste, typique de l'époque de Marx).

L'école « marxiste » s'est attachée à compléter et à renouveler la pensée de Marx afin de traiter des spécificités du capitalisme contemporain (développement de la séparation de la propriété du capital et de la gestion, modifications de la structure de classes, de la sphère de production et de celle de la commercialisation, etc.) – ce qu'illustrent, par exemple en France, les travaux d'économistes tels que Gérard Duménil et Dominique Lévy ou de Jean-Marie Harribey. Néanmoins, comme toute théorie, celle de Marx n'est pas sans soulever de nombreux problèmes, notamment en ce qui concerne la question économique de la valeur dans le capitalisme.

Le matérialisme historique

Les conditions dans lesquelles les hommes produisent les moyens de leur existence, auxquelles l'analyse marxiste se réfère en parlant de « mode de production », ont trait aux « rapports (sociaux) de production », c'est-à-dire aux rapports des hommes entre eux, et aux « forces productives » qui désignent à la fois les moyens de production matériels, les travailleurs et leur savoir-faire.

Chaque type de société s'érige sur la base d'un mode de production certes spécifique (l'esclavagisme, le féodalisme, le capitalisme) mais dont les rapports de production sont toujours marqués par une domination des « maîtres des conditions de production » sur les « producteurs directs », les travailleurs. Cette domination, et l'antagonisme entre ces deux classes sociales, prend des formes différentes d'un type de société à l'autre (transparente dans l'esclavagisme et le féodalisme, voilée dans le capitalisme) et concerne le partage de ce qui est produit.

La succession historique des types de société consiste alors en une évolution, dont la cause principale réside dans les contradictions apparaissant entre les forces productives (en développement inéluctable) et les rapports de production ainsi que leur expression juridique, les rapports de propriété. Sur la base de ces contradictions s'érige la « lutte des classes », véritable moteur de l'histoire dans l'analyse marxiste.

Dans le capitalisme, cette lutte oppose les propriétaires des moyens de production à ceux qui leur vendent leur force de travail – que Marx appelle parfois « prolétaires » –, parce qu'ils n'ont que cela à vendre pour vivre. Cette façon que propose Marx de penser le capitalisme comme un lieu de conflit – avec ce que cela suppose comme gaspillages, souffrances et désordres – en perpétuelle évolution, s'oppose à la vision avant lui des économistes classiques (Adam Smith, David Ricardo) et, après lui, des néoclassiques (Stanley Jevons, Léon Walras, Vilfredo Pareto, Alfred Marshall). Ceux-là insistent, au contraire, sur l'harmonie qui résulte des « forces du marché » permettant, telle l'action d'une « main invisible », de coordonner les choix de la multitude d'individus dont est formée la société capitaliste.

Une théorie de l'échange

L'œuvre majeure de Marx concernant l'économie, Le Capital – qui sert de fondation à l'école marxiste – commence par la question majeure de l'échange. Plus précisément, sur quelle base s'effectue l'échange dans le capitalisme ? Comme ceux qu'il appelle les « classiques », Adam Smith et David Ricardo, Marx rejette le point de vue courant – mais trop vague – selon lequel les échanges se font sur la base de l'offre et de la demande. Car celles-ci sont, à la fois, difficiles à préciser et soumises à une multitude d'aléas. D'où l'idée de chercher un facteur commun à l'ensemble des marchandises, et qui soit reconnu comme tel par ceux qui les produisent et les échangent, au-delà de l'appréciation subjective qu'ils peuvent en avoir et qui se rapporte à leur valeur d'usage.

Pour les classiques et pour Marx, ce facteur commun, c'est le temps de travail socialement nécessaire pour produire une marchandise – c'est-à-dire son temps moyen de production dans la société considérée. Ce temps sert donc d'étalon de mesure : si, pour produire une unité d'un bien A, il faut 3 heures de travail socialement nécessaire, et 2 heures pour une unité de bien B, alors une unité de bien A s'échangera contre 3/2 unités du bien B.

Cette façon de concevoir la valeur d'échange a l'avantage d'être simple et claire, sans heurter le bon sens : le travail n'est-il pas à l'origine de tous les biens, en dehors de ceux qui proviennent directement de la nature ? Elle pose néanmoins un certain nombre de problèmes, à commencer par la distinction entre le travail « productif » (créateur de valeur) et le travail « improductif ». Cette distinction, qui n'a rien à voir avec la matérialité ou l'immatérialité des produits du travail, continue d'alimenter de nombreux débats chez les économistes marxistes. Que penser, par exemple, des activités telles que celles de la police, de la magistrature, des armées, plus généralement, des activités relevant de l'appareil d'État ? Mais aussi de la gestion, de la publicité, du marketing, de la spéculation boursière, de toutes sortes d'activité d'intermédiation ?

Ces dernières activités, en rapport avec la sphère de production sans en faire partie, sont habituellement considérées comme improductives dans l'analyse marxiste. Cela ne signifie pas pour autant qu'elles sont dénuées d'utilité puisqu'elles ont une fonction objective : en organisant et en surveillant le processus de travail productif ainsi qu'en veillant à la circulation du capital (à travers, l'achat, la vente, la gestion de la trésorerie, des stocks, etc.), elles ont pour fonction la maximisation du taux de profit et participent à la réalisation (et non à la production) de la valeur. Si Marx envisageait déjà ce type de travaux, en lui consacrant de longs développements, il les conservait dans une position secondaire par rapport au travail productif. Tout en reprenant cette distinction entre travaux de production et de gestion (au sens large), l'analyse marxiste contemporaine l'a actualisée pour tenir compte du développement, tant quantitatif que qualitatif, des activités de gestion dans le capitalisme actuel.

Un autre problème tient au fait que la production des marchandises fait généralement intervenir des machines, des matières premières, etc., qui sont elles-mêmes le résultat d'un travail passé. Comment prendre en compte ce travail, dans l'évaluation des marchandises ? Marx est conscient de ces problèmes. La réponse qu'il propose se situe dans sa théorie du partage du surplus, c'est-à-dire de la part du produit total qui va au-delà de ce qui permet à la société de se maintenir ou de se reproduire à l'identique.

Une théorie du partage du surplus

Si, dans le système esclavagiste ou féodal, l'exploitation des travailleurs est explicite au sens où elle prend la forme d'un rapport de subordination évident des esclaves ou des sujets à leurs maîtres, il en va différemment dans le capitalisme. En effet, sans être libres vis-à-vis de l'urgence de la nécessité, les travailleurs y sont néanmoins libres de vendre leur force de travail. Cette dernière est donc, dans l'analyse marxiste, une marchandise comme une autre et qui a, en tant que telle, une valeur, égale au temps de travail nécessaire pour la « produire » – c'est-à-dire pour maintenir en vie et en bonne santé le travailleur et sa famille, selon les normes sociales de l'époque.

La différence entre ce que produit le travailleur, en valeur, et la valeur de sa force de travail est ce que Marx appelle la « plus-value » ; celle-ci est donc un surplus – par rapport à une sorte de minimum vital – que se partagent les autres membres de la société. L'exploitation, qui dans le capitalisme prend la forme particulière de l'échange économique, correspond donc à l'existence d'un surplus que s'approprient des groupes qui ne l'ont pas produit. Parmi ceux-ci, il y a d'abord les propriétaires des moyens de production, les capitalistes, qui font divers usages de la plus-value accaparée : outre leur consommation propre et les ressources qu'ils consacrent pour maintenir et développer la production, ils s'en servent pour payer une foule de professions – dont les activités font partie des tâches improductives – qui permettent notamment que leurs produits se vendent, et donc que la valeur se réalise, et aussi que se maintienne leur place privilégiée, et dominante, dans la société (d'où l'importance de l'appareil d'État, dans sa fonction idéologique mais aussi répressive).

Le travail productif est donc, dans le capitalisme, celui qui est à l'origine de la plus-value, appropriée par les capitalistes et redistribuée en partie par eux – pour que le système fonctionne.

En ce qui concerne le travail passé (Marx emploie l'expression « travail mort ») – incorporé dans les moyens de production, bâtiment, machines, matières premières, etc. –, il intervient au niveau du partage de la plus-value globale entre les capitalistes. Marx prend alors en compte le fait que le taux de rémunération des capitaux tend à être le même pour tous (car sinon les capitaux quitteraient les secteurs où ce taux est faible pour aller vers ceux où il est élevé) : la part de la plus-value totale revenant à chaque capitaliste tend donc à être proportionnelle à sa mise de fonds.

Il s'ensuit que le taux d'échange effectif des biens, donné par leur prix, n'est plus tout à fait égal à leur valeur, donnée par la quantité de travail vivant nécessaire à leur production : le prix d'une marchandise sera inférieur à sa valeur dans les secteurs utilisant relativement plus de travail et moins de machines et autres équipements ; il lui sera supérieur dans le cas contraire. Ce problème de la transformation de la valeur en prix de production a donné lieu, et donne encore lieu, à de nombreux débats, en particulier chez les économistes marxistes.

Reproduction, crises et baisse tendancielle du taux de profit

Pour Marx, le capitalisme ne peut que développer les forces productives, les capitalistes étant toujours à l'affût de toute occasion d'augmenter leurs profits, notamment par la mise en œuvre des nouvelles formes d'organisation du travail et en utilisant les innovations permettant de produire plus avec moins de travail vivant. Mais, en même temps, ce développement se présente comme une fuite en avant, dans le désordre et le gaspillage de ressources, aucune « main invisible » ne rendant compatibles entre elles les décisions prises par chacun des capitalistes.

Marx établit néanmoins, dans ce qu'il appelle des schémas de reproduction, les conditions dans lesquelles ces décisions seraient globalement compatibles. Pour cela, il distingue deux catégories de biens, ceux qui servent à la consommation finale (des travailleurs et des capitalistes) et ceux qui servent à produire d'autres biens (matières premières, machines, etc.). Par exemple, pour qu'il y ait reproduction à l'identique, il faut que la consommation des travailleurs et des capitalistes du secteur des biens de consommation soit égale (en valeur) au capital utilisé dans le secteur des biens de production. Une condition similaire peut être établie lorsqu'il y a reproduction élargie, c'est-à-dire une croissance régulière.

Il n'y a toutefois aucune raison pour que, dans l'un ou l'autre cas, ces conditions soient vérifiées. D'où l'« anarchie du capitalisme » dont parle Marx, avec, d'un côté, la production de marchandises ne trouvant pas preneur, et de l'autre, des besoins non satisfaits. D'où aussi les crises régulières qui affectent le capitalisme, réglant plus ou moins, et provisoirement, ces dysfonctionnements.

À ces crises, que l'on peut qualifier de conjoncturelles – même si leur manifestation peut prendre du temps, les contradictions devenant de plus en plus aiguës – viennent s'ajouter des tendances profondes, propres aussi au capitalisme. Parmi elles, il y a le fait que la part des machines et des équipements dans la production augmente dans le temps, et donc que la part du travail « mort », passé, augmente relativement à celle du travail vivant. Or, comme ce dernier est à l'origine de la valeur, et donc de la plus-value, la part de celle-ci revenant à chaque unité de capital va diminuer (la plus-value totale étant constante, alors que la masse des capitaux augmente). Il y a ainsi, selon Marx, une « baisse tendancielle du taux de profit ».

Cette baisse tient à la logique même du fonctionnement du système : chaque capitaliste cherche à réduire le temps de travail nécessaire à la production des biens, de façon à prendre un avantage sur les autres (et à augmenter ainsi sa plus-value relative) ; mais comme tous les capitalistes agissent ainsi, finalement le temps de travail vivant qui intervient dans la production des marchandises diminue, relativement au travail « mort », passé.

La baisse du taux de profit qui s'ensuit n'est cependant que « tendancielle », car elle peut être contrecarrée, ou freinée. Ainsi, la valeur des biens diminuant (avec le temps de travail vivant nécessaire à leur production), il en est de même de la valeur de la force de travail (donnée par les biens nécessaires au maintien des travailleurs et de leur famille). Ce qui a pour conséquence d'augmenter la masse de plus-value que se redistribuent les capitalistes, et donc leur taux de profit.

De même, une partie des équipements et des machines sont mis à l'encan lors des crises, ou ils deviennent obsolètes, ce qui entraîne une dévalorisation du capital en tant que représentant du travail « mort », ou passé. Le taux de profit calculé par rapport à ce capital moindre en valeur, augmente donc, ou diminue moins vite, si la masse de plus-value demeure la même, ou augmente.

La théorie marxiste des crises a donné lieu, et donne encore lieu, à d'âpres discussions, mais elle a au moins l'avantage d'exister quand d'autres théories économiques font l'impasse sur elles. L'existence de cette théorie tient évidemment à la vision que Marx a du capitalisme, en tant que système rongé par ses contradictions et historiquement daté.

Auteur: OZGUR GUN
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