Définition et synonyme de RÉALISME en littérature

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Article publié par Encyclopaedia Universalis qui traite du réalisme en littérature. Grâce à ce document encyclopédique sur le "réalisme", vous trouverez toutes les informations qu'il vous faut pour mieux comprendre le réalisme en littérature. Ce document offre une définition très précise du réalisme et elle vous permet aussi d'avoir accès aux synonymes de ce terme.
Publié le : mercredi 10 juillet 2013
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Source : Encyclopaedia Universalis
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RÉALISME, littérature

Au sens strict, la notion de « réalisme » renvoie à un courant littéraire apparu en France dans les années 1850, étroitement lié à des peintres dont le plus important est Gustave Courbet. Il trouve son premier théoricien chez l'écrivain et critique d'art Champfleury (Le Réalisme, 1857), son champion avec le romancier Edmond Duranty (Le Malheur d'Henriette Gérard, 1860 ; La Cause du beau Guillaume, 1862), créateur de l'éphémère revue Réalisme (1856-1857). À en croire ce dernier, « le réalisme reproduit simplement ce qu'il a sous les yeux ». Programme paradoxal, puisque au moins à première vue, il nie ce qui se donne comme l'apanage du roman : le droit à la fiction et le souci de l'art. Paradoxe d'autant plus frappant qu'il est formulé par des auteurs très proches des milieux de l'art, et confrontés à l'apparition d'une technique révolutionnaire de reproduction : la photographie, qui semble à la fois accomplir et détruire le destin imitatif de la peinture. Aussi le réalisme doit-il d'abord être compris comme un refus : celui de mettre l'art au service de toute forme d'idéalisation, tenue pour rejet du réel – reproche qui vaut à l'évidence pour le néo-classicisme, dévoyé aux yeux des réalistes en pur académisme, mais aussi pour le romantisme, qu'ils considèrent comme une sorte de trahison du vrai. On n'a pas manqué en retour de lui reprocher le « culte de la laideur » (comme on l'a dit de Courbet), une complaisance pour le sordide, le pathologique, le mesquin, et pour finir l'absence de toute morale : le terme « réalisme » prend alors une connotation violemment péjorative, lorsqu'il est employé contre Gustave Flaubert, lors du procès de Madame Bovary, et même contre Charles Baudelaire, pourtant très éloigné de l'esthétique réaliste, lors du procès, la même année 1857, des Fleurs du mal.

Le comble de l'illusion

Une première issue au paradoxe sera de l'assumer par la revendication d'un style : le comble de l'art serait en quelque sorte de transcender la bassesse de son sujet. Une telle revendication peut aller jusqu'à contredire l'intention du premier réalisme, faite de compassion et d'engagement social. Dans une lettre de 1854, Flaubert soutient qu'il a écrit Madame Bovary pour « montrer que les tristesses bourgeoises et les sentiments médiocres peuvent supporter la belle langue ». Les frères Goncourt, auteurs avec Germinie Lacerteux (1864) d'un roman manifeste du réalisme, en arrivent à une « écriture artiste », jugeant dans leur Journal (1866) « ridicule qu'on demande à une œuvre d'art qu'elle serve à quelque chose ».

Une deuxième issue – permettant, au moins en théorie, de tenir à l'écart aussi bien le débat moral que celui sur l'écriture – sera de prendre au sérieux l'objectif initial de « l'étude de [son] époque », en assimilant le travail du romancier à celui du savant : c'est la thèse d'Émile Zola, qui emprunte au physiologiste Claude Bernard la notion de « méthode expérimentale » pour la transposer au roman (Le Roman expérimental, 1880). Le terme réalisme étant devenu suspect, il impose à la place celui de naturalisme, dont il va donner le chef-d'œuvre avec Germinal (1888). La description la plus exacte d'un milieu permet d'isoler les déterminants de l'action individuelle, en quelque sorte expliquée par le conditionnement social et ses effets sur l'organisme.

Se plaçant sous l'invocation du principal des disciples de Zola, Guy de Maupassant (« Faire vrai consiste à donner l'illusion complète du vrai [...] J'en conclus que les Réalistes de talent devraient s'appeler plutôt illusionnistes », Préface de Pierre et Jean, 1888), Pierre Bourdieu a brillamment montré, dans Les Règles de l'art. Genèse et structure du champ littéraire (2e éd. 1998), en quoi les deux orientations étaient solidaires. « Romancier de l'illusion romanesque », Flaubert est de ceux « qui prennent la fiction au sérieux » non pour « fuir le réel » mais, comme ses personnages, Madame Bovary ou Frédéric Moreau dans L'Éducation sentimentale (1869), « parce qu'ils ne parviennent pas à prendre la réalité au sérieux » : « objectiver l'illusion romanesque, et surtout le rapport au monde dit réel qu'elle suppose, c'est rappeler que la réalité à laquelle nous mesurons toutes les fictions n'est que le référent reconnu d'une illusion (presque) universellement partagée ». Si Zola reconnaît Flaubert comme son maître, il en est le continuateur moins par sa sociologie explicite que par sa manière d'assumer – lui le premier, selon Bourdieu – le rôle séparé de l'écrivain, lorsqu'il invente la figure de l'intellectuel (au moment de l'affaire Dreyfus), détaché de tout intérêt de classe et voué à un « corporatisme de l'universel ». De ce point de vue, Bourdieu décèle une affinité secrète des réalismes avec le dandysme de Baudelaire et même avec l'esthétique radicalement contraire de Stéphane Mallarmé, dénonçant lui aussi, mais de toute autre façon, « l'artifice humain ».

Réalisme et romanesque

Le réalisme en tant que courant littéraire est à situer dans la longue durée d'un réalisme au sens large : à savoir, depuis Platon et Aristote, l'art conçu comme imitation. On distinguera avec Erich Auerbach (Mimesis. La représentation de la réalité dans la littérature occidentale, 1946) le « réalisme grossier », celui qu'en littérature le classicisme français réservait à des genres « bas » comme la comédie, du « réalisme sérieux », pour lequel la partition en styles bas, moyen et haut (donc l'assimilation de la représentation du trivial, du banal, au registre mineur) n'a aucun sens. On comprend le lien étroit de ce réalisme moderne avec le roman, capable dès l'origine d'intégrer ce que les autres genres refusent, de les subvertir et surtout d'embrasser son époque. Il se rapproche du réalisme médiéval, celui des récits de la passion (où s'effectue la fusion que réclamera le romantisme du sublime et du grotesque), de la simplicité franciscaine et de la poésie de Dante. Mais avec une différence essentielle : il ne s'agit plus d'une « interprétation figurative de la réalité », selon le rapport qualifié par les médiévistes de symbole ou d'allégorie entre le visible et ce qui lui donne sens, mais d'un monde entièrement donné à la lecture par un « effet de réel » (Roland Barthes) – sans arrière-plan sinon, comme avec Don Quichotte (1605-1615), celui du gai savoir de l'illusio. Le moment de l'autonomie conquise de la littérature (le réalisme au sens strict, la revendication artiste et la naissance de l'intellectuel) apparaît en dernière analyse comme un fruit de l'autonomie des sociétés humaines, renvoyées à l'immanence de leur histoire.

Ainsi compris, le réalisme apparaît avant d'être nommé. Il domine le roman du xixe siècle, surtout en France (Honoré de Balzac, Stendhal), mais aussi en Angleterre (Charles Dickens) puis en Russie (Léon Tolstoï, Fédor Dostoïevski) et partout en Occident. Après la vogue du naturalisme, il va s'étendre au théâtre (Henrik Ibsen), sera revendiqué par Thomas Mann en Allemagne (Les Buddenbrook, 1904), suscitera en Italie, sous le nom de vérisme, un important courant régionaliste (Giovanni Verga, Luigi Capuana). La variante engagée se prolonge dans le roman dit populiste (Eugène Dabit en France), la littérature prolétarienne (Henri Barbusse) et surtout le réalisme socialiste, doctrine quasi officielle, dans les années 1930, des écrivains communistes, et qu'on peut définir comme un réalisme épique, ajoutant à la description, censée triompher dans le roman réaliste, la dimension narrative d'un héroïsme à la gloire du peuple. En sens inverse, Jean Ricardou s'est fait le défenseur, avec Problèmes du Nouveau Roman (1966), d'un « enlisement descriptif » apte à « dégager l'écriture du masque de la fiction » : tout conformisme du style, y compris réaliste, menaçant de transformer le réel en son contraire – le fictif, le convenu.

Auteur: François TRÉMOLIÈRES
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sankou

D

samedi 6 février 2016 - 11:19

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