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Le transfert d'un modèle de démocratie participative

De
154 pages

Si l'idée de faire participer la société aux discussions d'intérêt public n'est pas nouvelle, elle a acquis depuis quelques années une lisibilité particulière dans le débat politique et contribue, dans différents pays, à transformer sensiblement les pratiques de la démocratie. À cet égard, le budget participatif apparaît comme un cas emblématique et l'expérience menée sous l'égide du Parti des Travailleurs dans la ville brésilienne de Porto Alegre, dès la fin des années 1980, est devenue le symbole qu'une autre démocratie était peut-être possible. Depuis, la question du budget participatif a connu une vaste circulation internationale et fait l'objet de multiples appropriations et adaptations à l'échelle locale. En France, la ville de Saint-Denis fut l'une des premières à s'intéresser à ce projet et valorise désormais la participation de ses habitants aux discussions sur le budget municipal. Cet ouvrage explore donc les dynamiques du transfert du budget participatif entre la capitale du Rio Grande do Sul et la cité dyonisienne, en s'appuyant notamment sur la notion de paradiplomatie désignant l'action extérieure des gouvernements locaux. Au terme d'une vaste enquête, Osmany Porto de Oliveira met en valeur des données encore peu connues en matière de circulation transnationale des politiques publiques et décrypte les multiples enjeux de ce transfert original.


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Couverture

Le transfert d'un modèle de démocratie participative

Paradiplomatie entre Porto Alegre et Saint-Denis

Osmany Porto De Oliveira
  • Éditeur : Éditions de l’IHEAL
  • Année d'édition : 2010
  • Date de mise en ligne : 5 mars 2015
  • Collection : Chrysalides
  • ISBN électronique : 9782915310399

OpenEdition Books

http://books.openedition.org

Édition imprimée
  • ISBN : 9782915310986
  • Nombre de pages : 154
 
Référence électronique

PORTO DE OLIVEIRA, Osmany. Le transfert d'un modèle de démocratie participative : Paradiplomatie entre Porto Alegre et Saint-Denis. Nouvelle édition [en ligne]. Paris : Éditions de l’IHEAL, 2010 (généré le 09 mars 2015). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/iheal/2656>. ISBN : 9782915310399.

Ce document a été généré automatiquement le 9 mars 2015.

© Éditions de l’IHEAL, 2010

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Si l'idée de faire participer la société aux discussions d'intérêt public n'est pas nouvelle, elle a acquis depuis quelques années une lisibilité particulière dans le débat politique et contribue, dans différents pays, à transformer sensiblement les pratiques de la démocratie. À cet égard, le budget participatif apparaît comme un cas emblématique et l'expérience menée sous l'égide du Parti des Travailleurs dans la ville brésilienne de Porto Alegre, dès la fin des années 1980, est devenue le symbole qu'une autre démocratie était peut-être possible.

Depuis, la question du budget participatif a connu une vaste circulation internationale et fait l'objet de multiples appropriations et adaptations à l'échelle locale. En France, la ville de Saint-Denis fut l'une des premières à s'intéresser à ce projet et valorise désormais la participation de ses habitants aux discussions sur le budget municipal. Cet ouvrage explore donc les dynamiques du transfert du budget participatif entre la capitale du Rio Grande do Sul et la cité dyonisienne, en s'appuyant notamment sur la notion de paradiplomatie désignant l'action extérieure des gouvernements locaux.

Au terme d'une vaste enquête, Osmany Porto de Oliveira met en valeur des données encore peu connues en matière de circulation transnationale des politiques publiques et décrypte les multiples enjeux de ce transfert original.

Sommaire
  1. Remerciements

  2. Principaux sigles utilisés

  3. Préface

    David Dumoulin Kervran
  4. Introduction

  5. Chapitre 1. La démarche d’approfondissement de la démocratie à Saint-Denis

    1. Contexte sociopolitique à Saint-Denis
    2. Stratégie d’approfondissement démocratique
  1. Chapitre 2. Le budget participatif : pourquoi le modèle de Porto Alegre ?

    1. Budget participatif : des raisons pour l’appliquer
    2. Porto Alegre entre mythe et limites : le transfert du modèle
  2. Chapitre 3. La « bonne gouvernance » et les villes en quête de prestige international

    1. Normes de la « bonne gouvernance »
    2. Porto Alegre et le réseau « Mercocités »
    3. Le programme URB-AL, reliant villes européennes et villes latino-américaines
  3. Chapitre 4. Transferts et liens politiques : quel modèle en circulation ?

    1. Mobilisation et accueil des Forums sociaux internationaux
    2. Des « bonnes pratiques » au lesson-drawing
  4. Chapitre 5. Transformations locales et effets internationaux

    1. Le budget participatif dans la campagne électorale de 2004
    2. Porto Alegre et Saint-Denis : quel avenir avec la nouvelle administration ?
  5. Conclusion

  6. Bibliographie

Remerciements

1Ma reconnaissance va tout d’abord à David Dumoulin Kervran, pour avoir dirigé cette recherche, pour ses commentaires, toujours très subtils, et sa disponibilité. Le dialogue avec David Recondo et ses conseils judicieux ont été indispensables pour la réalisation de cette recherche. Les avis de Marion Gret et de Diana Burgos-Vigna m’ont également guidé.

2Différentes personnes m’ont accompagné, chacune à sa manière, durant mon travail au Brésil et en France. Au cours de mon expérience de terrain, j’ai été accueilli de manière exemplaire à la mairie de Porto Alegre et de Saint-Denis. Je tiens à exprimer ma gratitude aux fonctionnaires qui se sont rendus disponibles pour me renseigner, me fournir des documents et m’accorder des entretiens, en particulier Marie-Christine Gimenez, Elise Roche, Céline Daviet et Karine Dubreuil. Les habitants de ces deux villes m’ont beaucoup apporté en me racontant leurs expériences.

3Je tiens à remercier mon père pour ses encouragements sans cesse renouvelés. Bien que de loin, mes proches m’ont accompagné, à chaque instant, durant mon séjour en Europe. Sans leur soutien, ce travail n’aurait pu être réalisé.

4Je souhaite remercier, enfin, toutes les personnes qui m’ont donné de leur temps. Même si leurs noms ne figurent pas dans ces lignes, leur apport a été significatif. L’Institut des Hautes Études de l’Amérique latine n’a pas été seulement un espace d’étude, mais ce fut aussi un lieu de rencontres. Les personnes que j’ai connues dans cet endroit chaleureux ont joué un rôle fondamental dans la mesure où, durant deux années intenses, les échanges d’idées, constants et soutenus, ont stimulé ce mémoire au cours de son élaboration. Je tiens aussi à exprimer ma gratitude à l’équipe des éditions de l’IHEAL pour sa bienveillance.

Principaux sigles utilisés

1ABONG (Association brésilienne des ONG)

2AITEC (Association internationale des techniciens, experts et chercheurs)

3AM (Amazonas)

4ATTAC (Association pour la taxation des transactions pour l’aide aux citoyens)

5BA (Bahia)

6BP (Budget participatif)

7CBP (Conseil du budget participatif)

8CE (Ceará)

9CGLU (Cités et Gouvernements Locaux Unis)

10CPC (Commission parlementaire conjointe)

11CUF (Cités-Unies-France)

12ECO-92 (Sommet de la Terre à Rio 1992)

13EDD (Empowered Deliberative Democracy)

14ES (Espírito Santo)

15FAL (Forum des autorités locales)

16FCES (Forum consultatif économique et social)

17FMCU (Fondation mondiale des Cités-Unies)

18FMI (Fond monétaire international)

19FN (Front national)

20FOCEM (Fundo para a Convergência Estrutural do MERCOSUL)

21FRACAB (Federação Riograndense de Associações Comunitárias e Amigos de Bairro)

22FSE (Forum social européen)

23FSM (Forum social mondial)

24GAPLAN (Gabinete de Planejamento)

25MDB (Movimento Democrático Brasileiro)

26MERCOSUR (Marché commun du Sud)

27MG (Minas Gerais)

28MSD (Mairie de Saint-Denis)

29OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques)

30OIDP (Observatoire international de la démocratie participative)

31OLDP (Observatoire local de la démocratie participative)

32ONU (Organisation des Nations unies)

33PCB (Partido Comunista Brasileiro)

34PCF (Parti communiste français)

35PE (Pernambuco)

36PICE (Programa de Integração e Cooperação Econômica)

37PMPA (Prefeitura Municipal de Porto Alegre)

38PNUD (Programme des Nations unies pour le développement)

39PPS (Partido Popular Socialista)

40PT (Parti des travailleurs)

41RS (Rio Grande do Sul)

42SEAI (Secretaria Especial para Assuntos Internacionais)

43SP (São Paulo)

44UAMPA (União das Associações dos Moradores de Porto Alegre)

45UDF (Union pour la démocratie française)

46UN-Habitat (Programme des Nations unies pour les établissements humains)

47URB-AL (Programa de cooperación para el desarrollo urbano en América Latina y Europa)

Préface

David Dumoulin Kervran

1Il faut se réjouir que ce livre voie le jour et se fraie un chemin vers un public élargi, dépassant ainsi l’audience confidentielle qui est généralement celle des mémoires de master. Au travers de l’étude du transfert du budget participatif de Porto Alegre à Saint-Denis, les lecteurs trouveront assurément des données et des analyses suggestives pour continuer à penser les relations qu’entretiennent sociétés européennes et sociétés latino-américaines. À la croisée de l’analyse de l’action publique et de la sociologie des relations internationales, l’analyse développée par Osmany Porto de Oliveira incarne en effet ce renouveau de la sociologie politique qui rend largement caduc le vieux clivage entre science politique et relations internationales, entre études « internistes » et « externistes ». Il ne s’agit certes pas de nier l’existence des frontières des États nationaux, mais de montrer qu’il est nécessaire de les étudier de manière transversale. L’internationalisation des sociétés politiques s’incarne dans des dynamiques concrètes de circulation dont ne rendent pas toujours compte les approches théoriques de la « globalisation ». Ici, l’action internationale des collectivités locales et des acteurs non gouvernementaux est au cœur de l’enquête puisque cet ouvrage met en lumière la circulation transatlantique des instruments de politiques publiques à l’échelle municipale, la paradiplomatie des villes et des réseaux d’experts et les implications concrètes des injonctions à la « bonne gouvernance » au sein du monde de la coopération internationale.

2Qu’il soit question ici de « bonne gouvernance » n’implique cependant pas la reproduction des canons promus par la Banque mondiale, qui n’est plus la seule à édicter des standards internationaux. C’est justement l’un des intérêts de ce livre que d’analyser les croisements entre différentes arènes de légitimation des « bonnes pratiques » – des plus « critiques » aux plus « mains-tream ». Il sera en effet question des alliances internationales entre partis de gauche, mais surtout du rôle essentiel des Forums sociaux mondiaux, du Forum des autorités locales pour l’inclusion sociale (FAL), de l’Observatoire international de la démocratie participative (OIDP) ou encore des réseaux URBAL suscités par l’Union européenne. L’analyse permet donc de s’interroger sur la possibilité d’une internationalisation plurielle, qui laisserait place à la concurrence des modèles politiques et enterrerait définitivement le « consensus de Washington ». Cette ouverture demeure toutefois ambiguë tant le slogan des altermondialistes, « un autre monde est possible », semble lui aussi domestiqué et normalisé par les liens avec la politique des partis et des administrations locales.

3L’originalité de ce travail réside principalement dans le fait qu’Osmany Porto de Oliveira ne nous propose pas une énième étude de cas sur la démocratie participative. En effet, l’évaluation et la comparaison des pratiques participatives ne constituent pas son objet d’étude, même si les dispositifs en vigueur des deux côtés de l’Atlantique lui sont familiers et si le bilan du budget participatif à Saint-Denis apparaît finalement mitigé. Ce sont plutôt le contexte du transfert et les ressorts de celui-ci qui monopolisent l’attention : l’auteur analyse ainsi le jeu entre factions au sein du Parti des Travailleurs à Porto Alegre et du Parti communiste à Saint-Denis et prend la mesure de l’imbrication intime du choix d’instruments de gestion et de la politisation des activités au sein des mairies. Clé essentielle de compréhension des mécanismes de transfert, les stratégies de recherche de légitimité sont finement décryptées et permettent de voir se déployer le « double jeu » que les équipes dirigeantes des villes doivent jouer dans leur quête simultanée de prestige international et de reconnaissance auprès des électeurs locaux. Ce volume contribue donc aussi à une discussion théorique en démontrant comment l’analyse des transferts internationaux gagne à être pensée dans une articulation entre l’étude des mécanismes de « lessons drawing » et une approche donnant le primat aux stratégies politiques à la fois locales et internationales qui caractérisent désormais la paradiplomatie des villes.

4Autre élément remarquable méritant qu’on le souligne, la stratégie de recherche adoptée par l’auteur s’est avérée très féconde. Osmany Porto de Oliveira a en effet obtenu un stage dans chacune des mairies qu’il étudiait et s’est ainsi familiarisé, au plus près du réel, avec les ressorts de l’administration publique locale au Brésil et en France. Ceci lui a permis de comprendre les spécificités des contextes locaux, de faire la part des discours et des pratiques à Porto Alegre et à Saint-Denis et de mettre en œuvre, par la suite, son projet d’analyse transnationale sur de solides fondements méthodologiques. La solidité des données présentées dans ce livre a donc été acquise par cette présence prolongée sur les lieux et rappelle salutairement – bien que l’auteur n’ait pas opté pour une mise en récit incluant les observations et les commentaires ethnographiques – l’importance des expériences de terrain en sciences sociales.

Auteur
David Dumoulin Kervran

Maître de conférences en sociologie Juin 2010

Introduction

1Les dispositifs de participation directe de la société dans les débats d’intérêt public sont, de nos jours, l’objet d’une prolifération massive. L’inclusion des citoyens dans les décisions sur des domaines qui les concernent directement est devenue, non seulement un élément de revendication des mouvements sociaux, mais également une priorité pour les différents gouvernements. En France, des exemples visibles comme les « conseils de quartier » et les « conseils de développement » confirment l’élargissement progressif de cette réalité participative qui, depuis les années 1990, gagne peu à peu du terrain. Dans le domaine participatif, l’Amérique latine est une des régions les plus fertiles en matière d’expérimentation et d’innovation. Aussi les pratiques d’import-export de dispositifs comme d’idées à ce sujet, tant au niveau infranational qu’international, se développent elles inévitablement. Le « budget participatif » brésilien, mis en place à Porto Alegre à partir de 1989, est l’exemple le plus frappant de cette dynamique. Devenu icône de la démocratie participative, ce dispositif a connu un intense mouvement de transferts à l’échelle mondiale.

2Le phénomène participatif fut accompagné par l’émergence d’un intérêt croissant pour les sciences sociales, contribuant ainsi à la cristallisation d’une riche littérature sur le sujet. Certains travaux sur la théorie démocratique [O’Donnell, Cullel et Iazzetta, 2004] considèrent la participation comme l’un des éléments permettant d’évaluer la qualité d’un régime démocratique. Une autre ligne de recherche, représentée par Fung et Wright [2002] aux États-Unis, et Lubambo, Coêlho et Melo [2005] au Brésil, utilise les études de cas pour observer les conditions institutionnelles favorables à l’approfondissement de la démocratie. Par ailleurs, l’innovation des expériences de budget participatif a suscité l’attention des chercheurs et est à l’origine d’un nombre important de travaux [Abers, 2000 ; Avritzer, 2003 ; Baiocchi, 2001 ; Fedozzi, 1997 ; Gret et Sintomer, 2002 ; Santos, 2003, Sintomer et al., 2008]. La dimension participative de la démocratie est également abordée par le prisme du type de projets politiques plus larges portés par ceux qui la mettent en place [Dagnino et al., 2006].

3Or, si l’ensemble des recherches au sujet de la participation et de la démocratie porte sur l’efficacité des dispositifs de participation, la qualité de la démocratie, la participation elle-même et les projets politiques, il reste encore beaucoup à étudier quant aux mécanismes plus vastes de la circulation internationale des dispositifs, des idées et des modèles de participation. C’est à partir de ce constat simple mais significatif que nous avons entrepris ce travail. Nous avons choisi d’étudier le transfert du budget participatif de Porto Alegre réalisé par Saint-Denis. L’analyse des contextes locaux de ces deux villes et des relations internationales qui les rapprochent semble indispensable afin d’expliquer l’adoption du budget participatif par la ville française.

4Ce travail a, parmi ses objectifs principaux, celui de stimuler la réflexion autour des questions concernant la « démocratie participative ». Pour ce faire, nous envisageons d’intégrer l’étude des relations internationales, en particulier des relations récentes entre la France et le Brésil, pour interpréter le transfert. Notre but premier n’est pas d’analyser le dispositif participatif, c’est-à-dire le fonctionnement du budget participatif lui-même, mais de comprendre les enjeux présents dans le processus de transfert du budget participatif.

5Ce type de réflexion existe déjà, certes, mais dans des écrits sans vraiment de liens entre eux et sans méthodologie bien définie. En France, parmi les travaux de cette nature, on trouve les recherches de Diana Burgos-Vigna, qui portent sur les questions de la circulation du budget participatif en Amérique latine, notamment au Pérou et, de manière plus transversale, en France [2004]. L’ouvrage Cultures et pratiques participatives : Perspectives comparatives, dirigé par Catherine Neveu [2007], met également en évidence la problématique des transferts et une partie de ce livre est dédiée à ce thème. En ce qui concerne le budget participatif, en Europe en particulier, les travaux plus récents d’Yves Sintomer et de ses collaborateurs ont contribué au débat : à partir d’une analyse comparée, les auteurs développent une typologie des dispositifs opérant pour tout le continent [Sintomer et al., 2008]. Pour le cas brésilien, Brian Wampler et Leonardo Avritzer, partant d’une étude quantitative sur la diffusion des budgets participatifs au Brésil, montrent que les différentes municipalités reproduisent le dispositif, indépendamment du parti politique au pouvoir. Les partis considérés comme étant au centre, comme les orientations politiques plus conservatrices, appliquent de nos jours le dispositif au Brésil. Wampler et Avritzer insistent sur le fait que le budget participatif est passé d’une expérience de radicalisation de la démocratie, soutenue initialement par le Parti des Travailleurs, à une pratique de bonne gouvernance [Wampler et Avritzer, 2006]. Toutefois l’ensemble de ces recherches ne dialogue pas et il n’existe pas de corpus consistant de travaux, de méthodes rigoureuses et d’argumentations solides sur les transferts des dispositifs participatifs en général et sur le budget participatif en particulier.

6L’étude des transferts suscite un intérêt de plus en plus grand, non seulement en sciences sociales mais aussi en science politique1. Le sociologue Pierre Bourdieu, dans un discours prononcé en 1989, essaie d’éclaircir les mécanismes de la circulation internationale des idées, en proposant une analyse de la dimension culturelle et internationale des relations internationales2. Afin de comprendre la réforme d’État en Amérique latine, Yves Dezalay et Briant Garth mènent une recherche sociologique sur les relations de pouvoir dans le champ national et international. Portant sur une étude des élites, leur travail traite des dynamiques d’importation et d’exportation de technologies juridiques américaines dans quatre pays du sous continent [Dezalay et Garth, 2002]. L’analyse des transferts de valeurs et de savoir, selon ce point de vue structurel et sociologique, offre une contribution majeure à la compréhension des logiques implicites dans le phénomène de la mondialisation.

7L’argumentation proposée ici est cependant forgée prioritairement à partir des recherches plus récentes menées en science politique. Le foisonnement des études sur la thématique des transferts est dû au fait que l’apprentissage international est une pratique désormais courante [Dolowitz et Marsh, 2000 ; Levi-Faur et Vigoda-Gadot, 2006], et la « transnationalisation » de l’action publique [Hassenteufel, 2005] intensifie les opérations d’import-export du savoir et des techniques d’action publique d’un pays à l’autre. L’action des acteurs politiques transnationaux est au centre de cette transformation. Les processus d’intégration régionale – l’Union européenne en particulier – ont mis en œuvre des procédures différenciées de transfert de politiques publiques [Sarugger et Surel, 2005]. Par ailleurs, l’attribution de prix sur les « bonnes pratiques » – communément appelé « best practices » – par des organisations internationales, principalement la Banque mondiale, stimule la dissémination de politiques publiques uniformes à l’échelle globale.

8Face à cette dynamique complexe réunissant les espaces nationaux et internationaux, l’approche du transfert se révèle efficace et intéressante pour plusieurs raisons. Elle permet en effet une description contextuelle avec la mise en place de nouvelles classifications. Le processus de transfert peut être utilisé en tant que variable explicative des succès et des échecs des dispositifs participatifs venant d’ailleurs [Dolowitz et Marsh, 2001]. En outre, l’analyse du transfert offre la possibilité d’éclaircir les différents enjeux – de nature politique et technique – et les stratégies des acteurs, nationaux et transnationaux, présents tout au long de ce processus [Dupré, 2003 cité par Vigour, 2005 : 49], ainsi que les différents usages des dispositifs et modèles en circulation.

9Les idées ont bien évidemment une place de choix dans les dynamiques de transferts internationaux. Il n’est que de voir comment l’histoire de la Commune de Paris en 1871 a pu influencer la genèse du budget participatif parmi d’autres phénomènes de même nature. Durant la IIIe République, la Commune de Paris en 1871 – cette remarquable expérience de participation populaire à la gestion locale – a marqué l’histoire. À la suite de l’échec de la guerre franco-prussienne, l’insatisfaction due à la précarité de la vie dans la métropole pousse les Parisiens à s’organiser pour développer une forme radicale d’autogestion dans la capitale. L’expérience culmine avec la prise de l’Hôtel de Ville mais elle ne tarde pas à échouer. Des soldats venant de Versailles, où l’aristocratie s’était réfugiée, mettent fin à l’expérience, exterminant physiquement la grande majorité des communards. Cette histoire, devenue mythe, a été la source d’inspiration de plusieurs mouvements de revendication populaire et sociale dans le monde.

10L’administration de Porto Alegre, sous l’égide du Parti des Travailleurs (PT), se nourrit de l’héritage de la Commune de Paris pour concevoir et défendre son modèle de démocratie participative, le budget participatif3. Associant la participation citoyenne à une méthodologie d’inversion des priorités, l’objectif de la ville brésilienne est de compléter la participation politique par le biais du vote et de stimuler un processus d’inclusion sociale. Comme Porto Alegre, d’autres villes cherchaient à la fin du xxe siècle à développer des dispositifs sophistiqués de participation directe de la population aux questions d’intérêt public.

11La participation des gouvernements locaux, et notamment des villes, à la sphère internationale, s’accentue à partir des années 1990. Les villes, en effet, réalisent des actions externes pour différentes raisons qui peuvent être d’ordre politique, économique ou culturel. La coopération, par le biais des accords bilatéraux et par des alliances politiques, est une pratique qui leur permet d’affirmer peu à peu leur force et d’imposer leurs propres intérêts. Les gouvernements locaux affrontent des problèmes similaires et les expériences d’une administration en matière de gestion locale ou de stratégie politique peut être source d’inspiration pour les uns comme pour les autres. Dans ce contexte, les transferts internationaux se développent inévitablement.

12La coopération entre Porto Alegre et Saint-Denis est née dans un contexte de lutte politique à la fois locale et internationale, qui marque les mouvements sociaux et certains partis progressistes de notre époque. Ce n’est pas un hasard si Saint-Denis accueille le Forum social européen en 2003, après la succession des Forums sociaux mondiaux de Porto Alegre. Notre propos est d’observer le dispositif de participation locale à partir de l’étude du transfert du modèle, celui de Porto Alegre4. Si ce pari est réussi à la fin de cette recherche il constituera un apport heuristique aux études sur la démocratie participative ainsi que sur les transferts. C’est du moins notre espoir. Les cas de Porto Alegre et de Saint-Denis sont très significatifs. Les deux villes établissent une forte coopération politique à la fin des années 1990. En 1999 la première expérience de budget participatif est réalisée à Saint-Denis. En 2001, Porto Alegre est le siège du premier Forum social mondial. Deux ans après, c’est Saint-Denis qui accueille le Forum social européen. Des échanges fructueux s’établissent entre les villes afin de créer une communauté internationale fondée sur une vision et des valeurs communes de ce que doit être la vie en société.

Problématique

13La diffusion des modèles de démocratie participative locale est un phénomène déterminé par une interaction complexe entre les facteurs locaux et les facteurs internationaux. La démocratie, dans ses dimensions formelle et matérielle, semble par ailleurs avoir été historiquement un objet de circulation internationale5. Pour comprendre la démocratie participative promue de nos jours par les collectivités locales, il est indispensable de faire retour sur l’ensemble des recherches qui prennent en compte l’imbrication de ces deux dynamiques afin d’expliquer les phénomènes politiques contemporains.

14Dans l’ouvrage classique sur les transitions vers la démocratie organisée, à la fin des années 1980, par O’Donnell, Schmitter et Whitehead [O’Donnell et al., 1988], Laurence Whitehead ouvre le premier chapitre du troisième volume en s’interrogeant sur l’influence internationale sur les processus de démocratisation en Amérique latine. L’intérêt pour l’influence interne et externe sur les enjeux politiques est également présent dans le travail de Robert Putnan sur les négociations internationales. L’auteur affirme que les États dans les négociations internationales jouent sur un double terrain : interne et international6. Les négociateurs, dans ce sens, ont des positions différentes vis-à-vis de chaque espace d’action. Dans un autre contexte – celui de l’importation des normes du droit en Amérique latine – Yves Dezalay et Briant Garth affirment que les élites importatrices pratiquent « l’art du double jeu » en se faisant les porte-parole de leurs revendications d’autonomie nationale et des puissances hégémoniques [Dezalay et Garth : 28].

15Nous nous sommes nourri des recherches de Laurence Withehead, Robert Putnam et de Dezalay et Garth pour mener ce travail. Cependant nous nous sommes approprié la proposition et nous l’avons reformulée. Pour nous à l’époque actuelle, les transferts de modèles de démocratie participative locale, notamment les cas de Porto Alegre et de Saint-Denis, s’inscrivent dans une dynamique de tension inséparable entre enjeux locaux et enjeux internationaux. Il y a deux dimensions dans le transfert du budget participatif. La première concerne la question de la relation entre gouvernance locale et participation. Il s’agit donc d’un problème plus technique, tandis que la deuxième renvoie à la notoriété internationale que confère l’innovation du budget...

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