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Dictionnaire philosophique

Publié le : dimanche 22 mai 2011
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Dictionnaire philosophique
Voltaire
1764
Textes entiers : I, II, III, IV
Avertissement
Avertissement de Beuchot
Préface
Introduction
Avertissement de la collection
Index alphabétique
A - B - C - D - E - F - G - H - I - J - K - L
M - N - O - P - Q - R - S - T - U - V - Y - Z
Index par tome
Tome 17 : A - Biens d’église
Tome 18 : Blasphème - Esclaves
Tome 19 : Espace - Lois criminelles
Tome 20 : Lois (esprit des) - Zoroastre
Dictionnaire philosophique : Avertissement pour la
présente édition
Dictionnaire philosophique
Voltaire
1764
AVERTISSEMENT
POUR LA PRÉSENTE ÉDITION.
________
Pour répandre ses idées dans le monde, pour les faire pénétrer jusque parmi le
vulgaire, il n’est rien de tel que de les rassembler sous forme de dictionnaire. Aussi,
quand ce projet d’un dictionnaire philosophique fut jeté, un peu à la légère, au milieu
d’un souper du roi de Prusse, Voltaire ne le laissa-t-il point tomber ; il s’y attacha
sérieusement, il le réalisa en composant d’abord un volume assez mince pour êtreun livre de poche, un manuel. Le sous-titre que portèrent beaucoup d’éditions : la
Raison par alphabet, caractérisait l’ouvrage. C’était le catéchisme de l’école
encyclopédiste.
L’ouvrage alla grossissant peu à peu, et bientôt le Dictionnaire portatif cessa de
mériter ce titre. Mais ce n’est que dans l’édition de Kehl qu’il reçut, comme Bouchot
l’explique ci-après, les proportions considérables qu’on lui voit aujourd’hui.
Bien que formé de plusieurs ouvrages de Voltaire, il offre un ensemble très-
homogène, une unité très-saisissante à l’esprit.
Ce livre est resté bien plus vivant qu’on ne l’imagine. Si vous l’ouvrez et que vous
commenciez à le parcourir, il vous tient bientôt et vous entraîne. La variété des
connaissances qui s’y déploient, le mouvement rapide de la pensée et la vivacité
du style, vous empêchent de lâcher prise. Il semble qu’on assiste à ces
conversations de Voltaire dont les contemporains rapportent les séductions
irrésistibles. C’est Voltaire « sachant instruire et amuser en même temps », comme
disait le grand Frédéric, s’intéressant à tout, parlant de tout, non pas
dogmatiquement, mais avec abandon et légèreté, et se livrant à l’impression
instantanée que reçoit de chaque objet sa vive et mobile imagination.
Imprimé sous la rubrique de Londres, publié dans l’été de 1764, le Dictionnaire
portatif se répandit, comme tous ces ouvrages de combat, avec une rapidité
singulière. Un zèle de prosélytisme et de propagande contribuait à leur divulgation.
Le canton de Genève notamment était inondé de ces opuscules défendus. « Vous
achetiez, dit M. Desnoiresterres, un ballot de livres chez un libraire ; rentré chez
vous, en l’ouvrant, vous vous aperceviez qu’il s’était grossi de ces pernicieux livrets.
On en glissait sous les portes, on en pendait aux cordons de sonnettes, les bancs
des promenades en étaient couverts. Dans les lieux d’instruction religieuse, ils se
trouvaient substitués comme par enchantement aux catéchismes ; et, jusque dans
le temple de la Madeleine, des Dictionnaires portatifs, habillés comme des
psautiers, traînaient sur les banquettes, où ils ne laissaient pas d’être ramassés par
quelqu’un. On est pris de vertige rien qu’en lisant (dans l’ouvrage de M. Gaberel :
[1]Voltaire et les Genevois ) l’énumération abrégée de ces piéges continuels tendus
par « l’infernal vieillard » sous les pas de l’innocence et de la piété. Mais nous
voulons croire que tout cela est quelque peu enflé. Les horlogers surtout, ces
horlogers qui formèrent la population du Ferney naissant, étaient des distributeurs
actifs et les agents de cette propagande clandestine. « On en trouvait des piles
(des piles de libelles) dans les cabinets d’horlogers, et les petits messagers
avouaient qu’un monsieur leur avait donné six sous pour déposer le paquet sur
l’établi du patron. » Si ces brochures étaient dévorées par les hommes, les
femmes, plus dociles aux exhortations des pasteurs, les avaient en une sainte
horreur ; et pour les sauver de quelque auto-da-fé, il n’était que prudent de les tenir
sous triple verrou. Un de ces braves gens était parvenu à réunir toute une
bibliothèque de ces petits livres, dont il ne se serait pas dessaisi pour des trésors.
Un jour, après le dîner, sa mère, avec laquelle il vivait, lui dit : « Il était bon le fricot, il
avait bon goût, n’est-ce pas ? — Mais oui, très-bon, et surtout chaud à point, répond
celui-ci. — Ah ! chaud, je le crois bien ! Si tu veux savoir de quel bois je l’ai chauffé,
va voir ta cachette à Voltaire. « La vieille avait découvert le coin, selon l’expression
genevoise, et tout y avait passé ! »
Le grand conseil menaçait de brûler le Portatif. « Un magistrat, écrivait Voltaire à
[2]d’Argental , vint me demander poliment la permission de brûler un certain Portatif ;
je lui dis que ses confrères étaient bien les maîtres, pourvu qu’ils ne brûlassent pas
ma personne, et que je ne prenais nul intérêt à aucun Portatif. »
Voltaire le désavouait énergiquement. Bien mieux, suivant une habitude déjà
ancienne, il dénonçait lui-même l’ouvrage incriminé, et adressait, le 12 janvier
1765, la lettre suivante aux autorités de la république : « Je suis obligé d’avertir le
Magnifique Conseil de Genève que, parmi les libelles pernicieux dont cette ville est
inondée depuis quelque temps, tous imprimés à Amsterdam, chez Marc-Michel
Rey, il arrive lundi prochain chez le nommé Chirol, libraire de Genève, un ballot
contenant des Dictionnaire philosophique, des Évangile de la raison, et autres
sottises qu’on a l’insolence de m’imputer, et que je méprise presque autant que les
[3]Lettres de la montagne . Je crois satisfaire mon devoir en donnant cet avis, et je
m’en remets entièrement à la sagesse du Conseil, qui saura bien réprimer toutes
les infractions à la paix publique et au bon ordre. » Pendant que la saisie se faisait
chez le libraire Chirol, ajoutent les chroniqueurs genevois, une autre cargaison plus
considérable, à l’adresse du libraire Gando, avec lequel Chirol s’était entendu,
franchissait la frontière du côté opposé et versait impunément son contenu dans le
canton.En France et à Paris, les procédés de divulgation étaient à peu près les mêmes.
Les sévérités du Parlement et les recherches de la police n’y pouvaient rien. Le
Dictionnaire philosophique portatif n’était guère paru que depuis un an, lorsqu’il fut
compromis dans une terrible affaire, celle du chevalier de La Barre. Il fut trouvé
parmi les livres du malheureux chevalier, en compagnie de Thérèse philosophe, le
Portier des Chartreux, la Religieuse en chemise, la Tourière des Carmélites, le
Sultan Misapouf, Thémidore, La Princesse Grisemine, le Cousin de Mahomet, la
Belle Allemande, le Canapé couleur de feu, les Dévirgineurs, ou les Trois Frères,
etc., tous ouvrages plus licencieux encore qu’irréligieux. Il avait place sur ces
tablettes devant lesquelles le chevalier était accusé de faire des génuflexions
comme devant un tabernacle : il fut condamné à être jeté avec tous les autres livres
dans le bûcher qui consuma le corps de La Barre.
Cette affaire causa à Voltaire un grand effroi. « Mon cher frère, écrit-il à
[4]Damilaville mon cœur est flétri ; je suis atterré. Je me doutais qu’on attribuerait la
plus sotte et la plus effrénée démence à ceux qui ne prêchent que la sagesse et la
pureté des mœurs. Je suis tenté d’aller mourir dans une terre où les hommes soient
moins injustes. Je me tais ; j’ai trop à dire. »
Et le 12, il reprenait : « Je suis incapable de prendre aucun plaisir après la funeste
catastrophe dont on veut me rendre en quelque façon responsable. Vous savez que
je n’ai aucune part au livre que ces pauvres insensés adoraient à genoux. »
Il alla passer quelque temps, pour se tranquilliser, aux bains de Rolle, en Suisse. Il
rêva de chercher un refuge dans la ville de Clèves, sous la protection du roi de
Prusse, et d’y entraîner avec lui Diderot, d’Alembert et les encyclopédistes. Mais il
ne tarda pas à reprendre possession de lui-même. L’indignation le ranima. Cette
même année 1766, il adressa la Relation de la mort du chevalier de La Barre au
célèbre auteur du livre Des Délits et des Peines, Beccaria, et plus tard, dès que
Louis XVI fut monté sur le trône, il écrivit le Cri du sang innocent.
Le Dictionnaire philosophique continua de paraître dans tous les formats et de
grossir, d’édition en édition. Il est encore aujourd’hui une des parties de l’œuvre de
Voltaire les plus lues dans les classes populaires. Ainsi, dans les salles de lecture
des bibliothèques publiques, c’est, à ce que m’ont assuré plusieurs admmistrateurs
de ces établissements, un des livres qui sont le plus demandés en communication,
et qu’on est obligé de renouveler le plus souvent.
Jusque-là Voltaire n’avait livré au christianisme que de légers combats. Avec le
Dictionnaire philosophique, c’est la guerre qui commence. Elle fut infatigable,
acharnée ; elle dura une quinzaine d’années sans trêve ni merci ; et il arriva qu’à la
fin de ces quinze ans, Voltaire, comme dit M. Sainte-Beuve, avait fait Paris et la
France à son image. Depuis lors, tout homme participant à la vie intellectuelle a
dans la tête un fond d’idées voltairiennes, soit qu’il les ait puisées directement à la
source, soit qu’il les ait reçues indirectement ou qu’elles lui soient transmises
comme de naissance. Depuis lors l’apologétique chrétienne a dû partir aussi de ce
fait incontestable, et, quand elle a prétendu le nier simplement et n’en point tenir
compte, elle n’a fait qu’une œuvre stérile.
L. M.
__________
1. ↑ Paris, Cherbuliez, 1857.
2. ↑ Lettre du 23 décembre 1764.
3. ↑ De J.-J. Rousseau.
4. ↑ Lettre du 7 juillet 1766.
Dictionnaire philosophique : Avertissement de BeuchotDictionnaire philosophique
Voltaire
1764
AVERTISSEMENT
DE BEUCHOT.
________
Des lettres du roi de Prusse, qui jusqu’à ce jour n’ont pas été admises dans les
[1]Œuvres de Voltaire , à qui pourtant elles sont adressées, donnent la date de la
composition des premiers articles du Dictionnaire philosophique, et la fixent à
1751. Colini ne la met cependant qu’à 1752. « Il faut, dit-il, placer à cette année le
projet du Dictionnaire philosophique, qui ne parut que longtemps après. Le plan de
cet ouvrage fut conçu à Potsdam. J’étais chaque soir dans l’usage de lire à
Voltaire, lorsqu’il était dans son lit, quelques morceaux de l’Arioste ou de Boccace :
je remplissais avec plaisir mes fonctions de lecteur, parce qu’elles me mettaient à
même de recueillir d’excellentes observations, et me fournissaient une occasion
favorable de m’entretenir avec lui sur divers sujets. Le 28 septembre, il se mit au lit
fort préoccupé : il m’apprit qu’au souper du roi on s’était amusé de l’idée d’un
Dictionnaire philosophique, que cette idée s’était convertie en un projet
sérieusement adopté, que les gens de lettres du roi et le roi lui-même devaient y
travailler de concert, et que l’on en distribuerait les articles, tels que Adam,
Abraham, etc. Je crus d’abord que ce projet n’était qu’un badinage ingénieux
inventé pour égayer le souper ; mais Voltaire, vif et ardent au travail, commença
[2]dès le lendemain .»
Les détails donnés par Colini sont tellement précis qu’on est tenté de penser que
les lettres du roi de Prusse auront été mal datées dans les copies que j’ai sous les
yeux.
[3]L’ouvrage ne parut cependant qu’en 1764 sous le titre de Dictionnaire
philosophique portatif, en un volume in-8°, que Voltaire désigne quelquefois sous le
seul nom de Portatif. Une nouvelle édition in-8°, augmentée de huit articles, vit le
jour en décembre 1764, mais avec la date de 1765, date sous laquelle je citerai
cette édition, qui fut bientôt reproduite en un seul volume petit in-8° ; l’édition de
1765, en deux volumes in-12, est augmentée de seize nouveaux articles.
Cependant le parlement de Paris, par arrêt du 19 mars 1765, condamna au feu le
Dictionnaire philosophique ; et, le 8 juillet de la même année, la congrégation de
l’Index à Rome le proscrivit : c’était autant d’éléments de succès de plus. De
nouvelles additions furent faites à l’édition de 1767, en un seul volume in-8° de 580
pages, et d’autres encore à l’édition de 1769, en deux volumes in-8°, sous le titre
de : la Raison par alphabet, sixième édition revue, corrigée et augmentée par
[4] [5]l’auteur . L’édition de 1767, aussi intitulée sixième édition était augmentée de
trente-sept articles qui ont été imprimés séparément in-8° pour supplément à
l’édition de 1765 de même format. Le frontispice de l’édition de 1770, deux parties
in-8°, porte : Dictionnaire philosophique, ou la Raison par alphabet, septième
édition revue, etc. Une partie seulement des articles, formant alors le Dictionnaire
philosophique, a été reproduite, soit en 1775, dans l’édition encadrée, tome
erXXXVIII (I des Pièces détachées attribuées à divers hommes célèbres), soit en
1777, dans l’édition in-4°, tome XXVIII ; et dans toutes les deux, sous la rubrique
de : Fragments sur divers sujets par ordre alphabétique. Une réimpression de
1776 a pour titre : la Raison par alphabet, ou supplément aux Questions sur
l’Encyclopédie, attribué à divers hommes célèbres, dixième et dernière édition,
[6]revue, corrigée et augmentée par l’auteur, in-8° de 359 pages .
Il y a loin de là aux sept volumes, ou plus de 3,500 pages, que remplit aujourd’hui le
[7]Dictionnaire philosophique . Cette augmentation est le résultat des dispositions[8]des éditeurs de Kehl, qui, ainsi qu’ils le disent dans leur Avertissement , ont fait
un seul ouvrage de plusieurs, en refondant dans le Dictionnaire philosophique :
1° Les Questions sur l’Encyclopédie ;
2° L’Opinion par alphabet ;
3° Les Articles insérés dans l’Encyclopédie ;
4° Plusieurs articles destinés par l’auteur au Dictionnaire de l’Académie ;
5° Un grand nombre de morceaux publiés depuis plus ou moins longtemps.
Les Questions sur l’Encyclopédie parurent de 1770 à 1772, en neuf volumes in-8°.
Les trois premiers sont datés de 1770, et contiennent jusqu’au mot Ciel des
anciens ; le quatrième, qui vit le jour en 1771 commence par l’article Cicéron ; les
cinquième, sixième, septième et huitième sont de la même année ; le dernier mot
est Supplice. Enfin le neuvième, commençant par la troisième section du mot
Superstition, et qui outre la fin de l’alphabet, contient un Supplément et une
réimpression des Lettres de Memmius à Cicéron (voyez les Mélanges, année
1771), porte la date de 1772. Voltaire doit ne pas avoir été étranger à une
réimpression aussi en neuf volumes in-8°, commencée en 1771, date sous laquelle
je l’ai citée, réimpression dans laquelle parut l’Addition de l’éditeur qui fait partie de
l’article Ana, pages 205-208 du présent volume. L’édition in-4° de 1774 contient
des augmentations. Quelques personnes ont cru que les Questions sur
l’Encyclopédie n’étaient qu’une nouvelle édition du Dictionnaire philosophique.
Voltaire n’avait reproduit dans les Questions qu’un petit nombre d’articles du
Dictionnaire. A cela près, les deux ouvrages n’ont de commun que la distribution
par ordre alphabétique.
Je ne puis dire précisément de quoi se composait l’Opinion par alphabet que
Voltaire avait laissée en manuscrit. Il en est de même des articles qui étaient
destinés pour le Dictionnaire de l’Académie française.
Ce n’était pas assez d’avoir brûlé le Dictionnaire philosophique, le 19 mars 1765.
On mit cet ouvrage sur le bûcher qui consuma les restes du chevalier de La
[9] erBarre , le 1 juillet 1766 ; voyez dans les Mélanges, année 1766, la Relation de
la mort du chevalier de La Barre.
Les critiques ne furent pas moins acharnés contre ce livre. Les rédacteurs du
Monthly Review appelaient l’auteur inconsidéré, dissolu, déréglé, infâme. En
France, Larcher le traitait de bête féroce ; voyez mon Avertissement en tête du
tome XI.
L’abbé Chaudon est le principal auteur du Dictionnaire antiphilosophique pour
servir de commentaire et de correctif au Dictionnaire philosophique et aux autres
livres qui ont paru de nos jours contre le christianisme, Avignon, 1767, in-8°;
1769, 2 volumes in-8° ; 1772, 2 volumes in-8°, et dont la dernière édition, 1785, 2
volumes in-8°, est intitulée Anti-Dictionnaire philosophique, etc., 4° édition,
corrigée, considérablement augmentée et entièrement refondue sur les mémoires
de divers théologiens. Les diverses éditions de l’ouvrage de Chaudon contiennent
[10]l’arrêt du parlement, du 19 mars 1765, et le réquisitoire d’Omer Joly de Fleury ;
mais
l’édition de 1767 est la seule où l’on trouve quelques pièces relatives à la
condamnation de plusieurs livres, et la Lettre du R. P. Routh, jésuite, à
monseigneur Gualterio, nonce de Sa Sainteté, à Paris (sur la catholicité et les
derniers moments de Montesquieu). On a quelquefois confondu l’ouvrage de
Chaudon avec celui de Nonotte, dont je parlerai plus bas.
L’abbé François s’escrima en même temps contre deux ouvrages de Voltaire, en
publiant ses Observations sur la Philosophie de l’histoire et sur le Dictionnaire
philosophique, avec des réponses à plusieurs difficultés : 1770, 2 volumes in-8° ;
voyez mon Avertissement en tête du tome XI.
L’abbé Paulian donna la même année son Dictionnaire philosopho-théologique
portatif ; 1770, un volume in-8°. Les éditeurs de Kehl, dans une note sur le chapitre
xiii de l’Homme aux quarante écus, ont confondu cet ouvrage avec celui de
Chaudon.L’abbé Nonotte fit paraître, en 1772, un Dictionnaire philosophique de la religion,
où l’on établit tous les points de la religion attaqués par les incrédules, et où l’on
répond à toutes leurs objections, 4 volumes in-12.
Ce n’est point par l’aménité que se distinguent les critiques de ces quatre abbés,
tandis que c’est avec beaucoup de modestie et d’honnêteté que des opinions de
Voltaire sont combattues dans les Remarques sur un livre intitulé Dictionnaire
philosophique portatif, par un membre de l’illustre Société d’Angleterre pour
l’avancement et la propagation de la doctrine chrétienne ; Lausanne, 1765, in-12.
La date de ces cinq écrits indique assez qu’ils portent sur le Dictionnaire
philosophique dans sa forme primitive, c’est-à-dire tel qu’il était en 1764 et années
suivantes. C’est sur l’ouvrage dans la forme qui lui a été donnée par les éditeurs de
Kehl que portent les Observations philosophiques sur le Dictionnaire
philosophique de Voltaire, par G. Feydel, 1820, in-12, dont il n’a paru que les
quarante-huit premières pages, qui viennent jusques à Abus des mots
inclusivement.
C’était dans leur Dictionnaire philosophique que les éditeurs de Kehl avaient placé
la plupart des Lettres philosophiques, ou sur les Anglais ; je les ai, en 1817,
rétablies en corps d’ouvrage, et dans leur forme primitive ; on les trouvera dans les
Mélanges, à l’année 1734.
On ne peut guère prendre le même parti pour le Dictionnaire philosophique tel qu’il
était originairement, c’est-à-dire de 1764 à 1769, et pour les Questions sur
l’Encyclopédie. Les deux ouvrages étant de même nature et rangés dans le même
ordre, le lecteur, si on les séparait aujourd’hui, serait souvent embarrassé dans ses
recherches. Mais en conservant la fusion des deux ouvrages, j’ai cru utile de donner
la date de la publication de chaque article, et j’ai fait la même chose pour tous les
autres morceaux qui composent aujourd’hui le Dictionnaire philosophique. Si l’on
excepte les articles de la lettre T, qui, la plupart, étaient évidemment destinés pour
le Dictionnaire de l’Académie, il n’y a, dans les sept volumes, qu’environ quarante
articles dont je ne donne pas la date. Il est à croire que la plupart, sinon tous, sont
posthumes et appartenaient à l’Opinion par alphabet, dont il est question dans la
note 5 de la page viii. J’ai déplacé quelques articles ; mais, toutes les fois que je
l’ai fait, une note indique à quel endroit on trouvera les morceaux déplacés.
Deux morceaux seulement ont été ajoutés dans cette édition de 1829. Ce sont : 1°
l’article Généreux ; 2° un supplément à l’article Quisquis, que je tiens de feu M.
Decroix, l’un des éditeurs de Kehl.
J’ai admis un assez grand nombre de variantes. Les plus remarquables sont aux
articles Égalité, Fonte, Guerre. Celle de la fin de l’article Fonte est d’autant plus
importante qu’elle sert à expliquer un passage de la lettre de Voltaire à d’Alembert,
du 19 auguste 1770.
Wagnière, dont on trouvera le nom dans quelques notes, a été secrétaire de
Voltaire pendant plus de vingt ans : il était entré chez lui en 1754 et y resta jusqu’à
[11]la mort du patriarche .
B.
er1 avril 1829.
__________
1. ↑ On les trouvera dans la présente édition, dans la Correspondance, année
1751.
2. ↑ Mon Séjour auprès de Voltaire, page 32.
3. ↑ D’après la lettre de Voltaire à Damilaville, du 13 juillet 1764, on peut croire
que le Dictionnaire philosophique venait d’être publié.
4. ↑ Je crois que cette édition de 1769 est la première sous le titre : la Raison
par alphabet. Pour la porter à deux volumes, on a réimprimé, à la fin du
second, l’A, B, C (voyez les Mélanges, année 1768) en dix-sept dialogues qui
occupent plus de 140 pages.5. ↑ C’est à l’occasion de cette édition que Voltaire écrivait à d’Alembert, le 19
juin 1767, que l’ouvrage paraissait en Hollande, tête levée.
6. ↑ Il est assez singulier qu’on présente comme Supplément aux Questions sur
l’Encyclopédie, qui ont paru de 1770 à 1772, un ouvrage publié longtemps
avant.
7. ↑ Le Dictionnaire philosophique, dans l’édition de Beuchot, comprend, en
effet, sept volumes (3,782 pages). (L. M.)
8. ↑ Voici cet Avertissement des éditeurs de Kehl :
> « Nous avons réuni sous le titre de Dictionnaire philosophique les
Questions sur l’Encyclopédie, le Dictionnaire philosophique réimprimé sous
le titre de la Raison par alphabet, un dictionnaire manuscrit intitulé l’Opinion
par alphabet, les articles de M. de Voltaire insérés dans l’Encyclopédie ;
enfin plusieurs articles destinés pour le Dictionnaire de l’Académie française.
« On y a joint un grand nombre de morceaux peu étendus, qu’il eût été difficile
de classer dans quelqu’une des divisions de cette collection.
On trouvera nécessairement ici quelques répétitions ; ce qui ne doit pas
surprendre, puisque nous réunissons des morceaux destinés à faire partie
d’ouvrages différents. Cependant on les a évitées, autant qu’il a été possible
de le faire sans altérer ou mutiler le texte. »
> J’ai encore diminué le nombre des doubles emplois ; mais il en était
d’inévitables : voyez entre autres les articles Air, Distance, et Figure.
9. ↑ Lettre de d’Alembert, du 16 juillet 1766.
10. ↑ Le rapporteur était Marie-Joseph Terray, qui fut depuis contrôleur général
des finances. L’arrêt qui condamnait au feu le Dictionnaire philosophique y
condamnait aussi les Lettres écrites de la montagne, par Jean-Jacques
Rousseau.
11. ↑ On a publié des Mémoires sur Voltaire et sur ses ouvrages, par
Longchamp et Wagnière, ses secrétaires ; 1820, 2 volumes in-8°.
Dictionnaire philosophique : Préface
Dictionnaire philosophique
Voltaire
1764
PRÉFACE
du
D I C T I O N N A I R E P H I L O S O P H I Q U E
[1](Édition de 1765 .)
__________
Il y a déjà quatre éditions de ce Dictionnaire, mais toutes incomplètes et informes ;
nous n’avions pu en conduire aucune. Nous donnons enfin celle-ci, qui l’emporte sur
toutes les autres pour la correction, pour l’ordre, et pour le nombre des articles.
Nous les avons tous tirés des meilleurs auteurs de l’Europe, et nous n’avons fait
aucun scrupule de copier quelquefois une page d’un livre connu, quand cette page
s’est trouvée nécessaire à notre collection. Il y a des articles tout entiers de
personnes encore vivantes, parmi lesquelles on compte de savants pasteurs. Ces
morceaux sont depuis longtemps assez connus des savants, comme Apocalypse,
Christianisme, Messie, Moïse, Miracles, etc. Mais dans l’article Miracles, nous
avons ajouté une page entière du célèbre docteur Middleton, bibliothécaire de
Cambridge.
On trouvera aussi plusieurs passages du savant évêque de Glocester, Warburton.
Les manuscrits de M. Dumarsais nous ont beaucoup servi ; mais nous avons rejetéunanimement tout ce qui a semblé favoriser l’épicuréisme. Le dogme de la
Providence est si sacré, si nécessaire au bonheur du genre humain, que nul
honnête homme ne doit exposer ses lecteurs à douter d’une vérité qui ne peut faire
de mal en aucun cas, et qui peut toujours opérer beaucoup de bien.
Nous ne regardons point ce dogme de la Providence universelle comme un
système, mais comme une chose démontrée à tous les esprits raisonnables ; au
contraire, les divers systèmes sur la nature de l’âme, sur la grâce, sur des opinions
métaphysiques, qui divisent toutes les communions, peuvent être soumis à
l’examen : car, puisqu’ils sont en contestation depuis dix-sept cents années, il est
évident qu’ils ne portent point avec eux le caractère de certitude ; ce sont des
énigmes que chacun peut deviner selon la portée de son esprit.
L’article Genèse est d’un très habile homme, favorisé de l’estime et de la confiance
d’un grand prince : nous lui demandons pardon d’avoir accourci cet article. Les
bornes que nous nous sommes prescrites ne nous ont pas permis de l’imprimer
tout entier ; il aurait rempli près de la moitié d’un volume.
Quant aux objets de pure littérature, on reconnaîtra aisément les sources où nous
avons puisé. Nous avons tâché de joindre l’agréable à l’utile, n’ayant d’autre mérite
et d’autre part à cet ouvrage que le choix. Les personnes de tout état trouveront de
quoi s’instruire en s’amusant. Ce livre n’exige pas une lecture suivie ; mais, à
quelque endroit qu’on l’ouvre, on trouve de quoi réfléchir. Les livres les plus utiles
sont ceux dont les lecteurs font eux-mêmes la moitié ; ils étendent les pensées dont
on leur présente le germe ; ils corrigent ce qui leur semble défectueux, et fortifient
par leurs réflexions ce qui leur paraît faible.
Ce n’est même que par des personnes éclairées que ce livre peut être lu ; le
vulgaire n’est pas fait pour de telles connaissances : la philosophie ne sera jamais
son partage. Ceux qui disent qu’il y a des vérités qui doivent être cachées au
peuple ne peuvent prendre aucune alarme ; le peuple ne lit point ; il travaille six jours
de la semaine, et va le septième au cabaret. En un mot, les ouvrages de
philosophie ne sont faits que pour les philosophes, et tout honnête homme doit
chercher à être philosophe, sans se piquer de l’être.
Nous finissons par faire de très humbles excuses aux personnes de considération,
qui nous ont favorisés de quelques nouveaux articles, de n’avoir pu les employer
comme nous l’aurions voulu ; ils sont venus trop tard. Nous n’en sommes pas moins
sensibles à leur bonté et à leur zèle estimable.
__________
1. ↑ Cette même préface se retrouve en tête des éditions données sous le titre
de la Raison par alphabet. À chaque édition on en changeait seulement le
cinquième mot. (B.)
Dictionnaire philosophique : Introduction
Dictionnaire philosophique
Voltaire
1764
INTRODUCTION
AUX QUESTIONS SUR L’ENCYCLOPÉDIEPAR DES AMATEURS.
(1770)
__________
Quelques gens de lettres, qui ont étudié l’Encyclopédie, ne proposent ici que des
questions, et ne demandent que des éclaircissements ; ils se déclarent douteurs et
non docteurs. Ils doutent surtout de ce qu’ils avancent ; ils respectent ce qu’ils
doivent respecter ; ils soumettent leur raison dans toutes les choses qui sont au-
dessus de leur raison, et il y en a beaucoup.
L’Encyclopédie est un monument qui honore la France ; aussi fut-elle persécutée
[1]dès qu’elle fut entreprise . Le discours préliminaire qui la précéda était un
vestibule d’une ordonnance magnifique et sage, qui annonçait le palais des
sciences ; mais il avertissait la jalousie et l’ignorance de s’armer. On décria
l’ouvrage avant qu’il parût ; la basse littérature se déchaîna ; on écrivit des libelles
diffamatoires contre ceux dont le travail n’avait pas encore paru.
Mais à peine l’Encyclopédie a-t-elle été achevée que l’Europe en a reconnu
l’utilité ; il a fallu réimprimer en France et augmenter cet ouvrage immense, qui est
de vingt-deux volumes in-folio : on l’a contrefait en Italie, et des théologiens même
ont embelli et fortifié les articles de théologie à la manière de leur pays : on le
contrefait chez les Suisses, et les additions dont on le charge sont sans doute
entièrement opposées à la méthode italienne, afin que le lecteur impartial soit en
état de juger.
Cependant cette entreprise n’appartenait qu’à la France ; des Français seuls
l’avaient conçue et exécutée. On en tira quatre mille deux cent cinquante
exemplaires, dont il ne reste pas un seul chez les libraires. Ceux qu’on peut trouver
par un hasard heureux se vendent aujourd’hui dix-huit cents francs ; ainsi tout
l’ouvrage pourrait avoir opéré une circulation de sept millions six cent cinquante
mille livres. Ceux qui ne considéreront que l’avantage du négoce verront que celui
des deux Indes n’en a jamais approché. Les libraires y ont gagné environ cinq cents
pour cent, ce qui n’est jamais arrivé depuis près de deux siècles dans aucun
commerce. Si on envisage l’économie politique, on verra que plus de mille ouvriers,
depuis ceux qui recherchent la première matière du papier, jusqu’à ceux qui se
chargent des plus belles gravures, ont été employés et ont nourri leurs familles.
Il y a un autre prix pour les auteurs, le plaisir d’expliquer le vrai, l’avantage
d’enseigner le genre humain, la gloire : car pour le faible honoraire qui en revint à
deux ou trois auteurs principaux, et qui fut si disproportionné à leurs travaux
immenses, il ne doit pas être compté. Jamais on ne travailla avec tant d’ardeur et
avec un plus noble désintéressement.
On vit bientôt des personnages recommandables dans tous les rangs, officiers
généraux, magistrats, ingénieurs, véritables gens de lettres, s’empresser à décorer
cet ouvrage de leurs recherches, souscrire et travailler à la fois : ils ne voulaient que
la satisfaction d’être utiles ; ils ne voulaient point être connus, et c’est malgré eux
qu’on a imprimé le nom de plusieurs.
Le philosophe s’oublia pour servir les hommes ; l’intérêt, l’envie et le fanatisme, ne
s’oublièrent pas. Quelques jésuites qui étaient en possession d’écrire sur la
théologie et sur les belles-lettres pensaient qu’il n’appartenait qu’aux journalistes de
Trévoux d’enseigner la terre : ils voulurent au moins avoir part à l’Encyclopédie pour
de l’argent, car il est à remarquer qu’aucun jésuite n’a donné au public ses
ouvrages sans les vendre ; mais en cela il n’y a point de reproche à leur faire.
Dieu permit en même temps que deux ou trois convulsionnaires se présentassent
pour coopérer à l’Encyclopédie : on avait à choisir entre ces deux extrêmes ; on les
rejeta tous deux également comme de raison, parce qu’on n’était d’aucun parti, et
qu’on se bornait à chercher la vérité. Quelques gens de lettres furent exclus aussi,
parce que les places étaient prises. Ce furent autant d’ennemis qui tous se
réunirent contre l’Encyclopédie dès que le premier tome parut. Les auteurs furent
traités comme l’avaient été à Paris les inventeurs de l’art admirable de l’imprimerie,
lorsqu’ils vinrent y débiter quelques-uns de leurs essais ; on les prit pour des
sorciers, on saisit juridiquement leurs livres, on commença contre eux un procès
criminel. Les encyclopédistes furent accueillis précisément avec la même justice etla même sagesse.
[2]Un maître d’école connu alors dans Paris ou du moins dans la canaille de Paris,
pour un très-ardent convulsionnaire, se chargea, au nom de ses confrères, de
déférer l’Encyclopédie comme un ouvrage contre les mœurs, la religion et l’État,
Cet homme avait joué quelque temps sur le théâtre des marionnettes de Saint-
Médard, et avait poussé la friponnerie du fanatisme jusqu’à se faire suspendre en
croix, et à paraître réellement crucifié avec une couronne d’épines sur la tête, le 2
mars 1749, dans la rue Saint-Denis, vis-à-vis Saint-Leu et Saint-Gilles, en présence
de cent convulsionnaires : ce fut cet homme qui se porta pour délateur ; il fut à la
fois l’organe des journalistes de Trévoux, des bateleurs de Saint-Médard, et d un
certain nombre d’hommes ennemis de toute nouveauté, et encore plus de tout
mérite.
Il n’y avait point eu d’exemple d’un pareil procès. On accusait les auteurs non pas
de ce qu’ils avaient dit, mais de ce qu’ils diraient un jour. « Voyez, disait-on, la
malice : le premier tome est plein de renvois aux derniers ; donc c’est dans les
derniers que sera tout le venin. » Nous n’exagérons point : cela fut dit mot à mot.
L’Encyclopédie fut supprimée sur cette divination ; mais enfin la raison l’emporte.
Le destin de cet ouvrage a été celui de toutes les entreprises utiles, de presque
tous les bons livres, comme celui de la Sagesse de Charron, de la savante histoire
composée par le sage de Thou, de presque toutes les vérités neuves, des
expériences contre l’horreur du vide, de la rotation de la terre, de l’usage de
l’émétique, de la gravitation, de l’inoculation. Tout cela fut condamné d’abord, et
reçu ensuite avec la reconnaissance tardive du public.
Le délateur couvert de honte est allé à Moscou exercer son métier de maître
d’école ; et là il peut se faire crucifier, s’il lui en prend envie, mais il ne peut ni nuire
à l’Encyclopédie, ni séduire des magistrats. Les autres serpents qui mordaient la
lime ont usé leurs dents et cessé de mordre.
Comme la plupart des savants et des hommes de génie qui ont contribué avec tant
de zèle à cet important ouvrage s’occupent à présent du soin de le perfectionner et
d’y ajouter même plusieurs volumes, et comme dans plus d’un pays on a déjà
commencé des éditions, nous avons cru devoir présenter aux amateurs de la
littérature un essai de quelques articles omis dans le grand dictionnaire, ou qui
peuvent souffrir quelques additions, ou qui, ayant été insérés par des mains
étrangères, n’ont pas été traités selon les vues des directeurs de cette entreprise
immense.
C’est à eux que nous dédions notre essai, dont ils pourront prendre et corriger ou
laisser les articles, à leur gré, dans la grande édition que les libraires de Paris
préparent. Ce sont des plantes exotiques que nous leur offrons ; elles ne mériteront
d’entrer dans leur vaste collection qu’autant qu’elles seront cultivées par de telles
mains, et c’est alors qu’elles pourront recevoir la vie.
____________
1. ↑ Le premier volume de l’Encyclopédie parut en 1751 ; la publication fut
suspendue par arrêt en 1753 ; on put reprendre l’année suivante, mais pour
se voir encore interdit on 1757. Ce n’est qu’en 1765 qu’on se remit à l’œuvre,
et en 1771 seulement fut donné le dernier des dix-sept gros volumes de texte
à deux colonnes et des onze volumes de planches in-folio dont se composa
d’abord l’ouvrage, qui, plus tard, fut encore augmente de cinq volumes de
supplément. Il y eut donc un intervalle de plus de vingt ans entre l’apparition du
premier et du dernier tome.
Le discours préliminaire est de d’Alembert. (G. A.)
2. ↑ Abraham Chaumeix.
Dictionnaire philosophique : Avertissement
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