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HARCELEMENT MORAL DANS UNE TPE

De
25 pages
Témoignage
Eclairage clinique au travers des ouvrages du Docteur M.-F. HIRIGOYEN
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1
                    HARCELEMENT MORAL DANS UNE TPE
J’ai toujours voulu travailler dans le secteur des risques psychosociaux (RPS). Avant que le
sujet soit médiatisé, j’avais, pour projet en 2005, de créer une association pour salariés
souffrant de maux liés aux conditions de travail. J’ai été dissuadée par un ponte de la
question. Comme tout est verrouillé en France, je n’avais pas insisté.
En ce qui concerne les RPS, je n’ai obtenu que des offres en free-lance.
Dans mes « délires », j’ai même pensé à refaire une thèse de doctorat sur ce sujet en Amérique
du Nord (Canada ou Etats-Unis).

 1
Le harcèlement moral appartient à la catégorie des risques psycho­sociaux (ou des violences internes). Il 
survient dans un contexte managérial spécifique. Il a été relevé, en particulier, l’absence d’un contre­pouvoir 
dans l’unité de travail.
Marie­France HIRIGOYEN, psychiatre reconnue dans le domaine, définit ainsi cette pathologie sociale :
« (…) se définit comme toute conduite abusive (geste, parole, comportement, attitude…) qui porte atteinte,  
par sa répétition ou sa systématisation, à la dignité ou à l’intégrité psychique ou physique d’une personne,  
mettant en péril l’emploi de celle­ci ou dégradant le climat de travail. »
Les chiffres que nous disposons en France ne sont pas récents. D’après une enquête menée par l’IPSOS en 
2000, 30% des salariés auraient connu le harcèlement moral et 37% auraient été témoins du harcèlement 
d’un  collègue. Ce  phénomène touche toutes  les  catégories  socio­professionnelles, les hommes comme les 
femmes ; et les entreprises publiques comme privées.
J’ai connu le harcèlement moral comme le tiers des salariés… il y a cinq ans. Je regrette aujourd’hui de ne 
pas avoir tenu de journal et de ne pas avoir enregistré les conversations, les données auraient gagné en 
précision. Je déplore également le fait de ne pas avoir porté plainte au SSTRN (Service de la Santé au 
Travail de la Région Nantaise). Pourquoi ne pas en avoir parlé à la médecine du travail ? Parce qu’on se 
culpabilise, parce que les manifestations du harcèlement sont par définition difficiles à prouver lorsque les 
témoins sont aux abonnés absents. Certaines expressions du harcèlement sont par essence immatérielles et 
abstraites. N’est­ce pas le propre de toute communication ?
J’ai mis cinq ans à rédiger cet article. 
Le harcèlement, comme tout traumatisme, fait que la victime ne se sentira plus jamais la même personne. Car 
le traumatisme est une effraction psychique…2
 2  PROLOGUE
J’ai, dans ma vie, souvent mis la charrue avant les bœufs comme si seules la volonté et la passion pouvaient 
faire soulever des montagnes. Ne pas intégrer le fait que « l’argent est le nerf de la guerre » est un déni. 
En   juin   2003   j’avais   tenté   de   faire   fonctionner   une   entreprise   (import   de   matières   premières   bio   et 
marocaines pour la fabrication de cosmétiques). En 2005, par absence de trésorerie, j’avais déclaré forfait. 
Deux années sans gain mais deux années très formatrices au niveau commercial B to B. 
En juin 2005, j’étais convoquée à un entretien pour un poste de commerciale dans une TPE, cabinet de 
conseil aux entreprises.
En cette fin d’après­midi, l’atmosphère était électrique. La journée entière avait été ponctuée par des averses 
orageuses.
Je m’étais mise sur mon trente­et­un, robe beige, chaussures et sac assortis et veste en daim. Certains de ces 
articles m’avaient été donnés ou prêtés, je ne roulais pas sur l’or.
Le lieu du rendez­vous me surprit. Le cabinet avait aménagé dans une pépinière d’entreprises, il était donc 
de création très récente…
Je fus accueillie très chaleureusement par Lorin, le créateur et gérant de la société. L’entente fut immédiate. 
Idéaliste, enthousiaste, il me résuma brièvement sa formation, ses activités et m’exposa ses projets futurs. A 
la fin de l’entretien, il me présenta à Albert, consultant en Santé et Sécurité au Travail. Albert était aussi 
l’ami de Lorin, ils s’étaient connus sur les bancs d’un organisme de formation. Albert allait être mon futur 
bourreau.
Je m’étais également entretenu avec ce consultant. Il ne s’agissait pas d’un échange mais plutôt d’un long et 
brouillon monologue débité sur un ton monocorde. La voix surprenait… aucune affectivité ne pouvait être 
décelée. 
Albert avait surtout mis l’accent sur une distinction récente, reçue de la CPAM pour ses « travaux » faits en 
partenariat avec un cabinet RH. Mon interlocuteur était assez insaisissable. Il était assez manifeste que 
l’empathie ne faisait pas partie de ses qualités premières. Il ne me posa aucune question. L’entrevue était, 
pour lui, une manière de se mettre en valeur.
Avant de quitter la petite structure, je saluais Paul le consultant en qualité, Bruno l’informaticien et Hervé 
un consultant en agro­alimentaire mais qui travaillait en free­lance.
Quinze jours plus tard, j’étais embauchée. J’étais la sixième occupante des lieux. Plus tard je ferai la 
connaissance d’un second informaticien, Mael, qui travaillait à mi­temps pour Lorin mais de son domicile. 
Mael, comme je constaterai plus tard, ne venait que lorsque les autres étaient partis manger à l’extérieur, 
donc souvent sur les coups de midi. Il avait fait, un jour, allusion au caractère très particulier d’Albert.

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