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Alternative libertaire n°256 (décembre 2015)

De
20 pages
Attentats de Daech ; Juifs révolutionnaires ; Pôle emploi ; Expulsions logements ; Loi famille ; Sud Rural Équipement ; Élections à la SNCF et à La Poste ; Armement policier ; Prostitution ; Québec : Sisterhood ; Exploitation minière ; Kurdistan ; Palestine ; 1905: la loi de séparation des Églises et de l’État
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GUERRE TERRORISME GUERRE TERRORISME sortir de Samuel Pfleumer - RD l’engrenage 3,00 F: - 256 -L 15980
ÉDITO L’engrenage guerrier Les attentats de Paris le 13 novembre, comme ceux de Beyrouth la veille, visaient à produire un effet maximal de terreur sur la population et les terroristes ont réussi leur coup. Il y a quatre ans, face à un autre massacre, celui du nationaliste Anders Breivik à Oslo, le maire de la capitale norvégienne avait déclaré :« Nous allons punir le coupable. La punition, ce sera plus de générosité, plus de tolérance, plus de démocratie. »Notre gouvernement a choisi une autre voie. En intensifiant les bombardements en Syrie, en augmentant les pouvoirs des préfets et des forces de l’ordre, dans le cadre d’un état d’urgence prolongé à la quasi-unanimité au Parlement, Hollande et Valls répondent aux attentes des terroristes. La stigmatisation des populations musulmanes ou les victimes civiles de nos bombardements servent la propagande d’un soi-disant État islamique qui se réfugie dans le terrorisme après avoir enchaîné les défaites sur le terrain face aux Kurdes. Alors que le centenaire de la Première Guerre mondiale aurait pu nous faire réfléchir, nous observons toujours les mêmes phénomènes de « chasse aux traîtres », ennemis de l’union sacrée. Mais nous savons aussi que cette situation ne durera pas. En s’enfonçant dans une logique guerrière, notre gouvernement nous condamne à d’autres attaques. Il faudra bien, pour y mettre fin, se révolter contre ces va-t-en-guerre. 23 novembre 2015 2
attentats
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Après le sang et les de l’armée française contre Daech : l’organisation est atta-quée par l’État français en Syrie donc riposte en utilisant les méthodes qui lui sont propres, à savoir l’usage d’une violence extrême contre la population civile et le recours au terrorisme dans une logique de guerre de Photos departisans poussée à l’extrême, Yannick et jusqu’au suicide. Car, oui, la Lætitia, prises lors de laFrance « est en guerre » mais pas manifestation de simplement depuis vendredi soir soutien aux réfugié-e-s duni simplement depuis les atten-22 novembre tats de janvier : les gouverne-à Paris, interdite ments successifs, sans jamais au nom de l’état d’urgence. demander son avis à la popula-tion, ont depuis des années engagé l’armée française dans des interventions en Afrique ou L’effet recherché par les terroristes est d’accentuer la stigmatisation dont est victime la minorité musulmane et d’approfondir le divorce entre la minorité musulmane et le reste de la société.
L e s a t t e n t a t s d e P a r is , o n t s u s c it é u n e im m e n s e v a gu e d 'é m o -t io n e t o n t p lo n g é la s o c ié t é d a n s la p e u r. P o u r a lle r d e l'a v a n t , il e s t n é c e s s a ir e d e n e p a s c é d e r a u x s ir è n e s d u m ilit a r is m e e t d u s é c u r it a ir e m a is p lu t ô t d e r e t is s e r d e s lie n s e t d e d é f e n d r e le s s o lid a r it é s m a lg r é la r é p r e s s io n . Les attentats du 13 novembre attentats-suicides avaient tou-ont causé un immense choc ché en direct le public du Stade dans la population et ont suscité de France. Les djihadistes de chez nous tous une vague de sentiments mêlés : peur légitime d’être à nouveau frappés, incompréhension face à la hai-ne, impression d’être démunis, colère viscérale et envie sponta-née de revanche. L’émotion est vive mais plus les jours passent et plus il semble nécessaire de se poser pour réfléchir et essayer de comprendre : derrière l’ap-parente évidence de l’affronte-ment du « bien » et du « mal », la situation est complexe et, sur-tout, les réponses sont loin d’être aussi claires qu’on voudrait nous le faire croire. Il n’est bien sûr pas question de trouver des excuses aux exaltés qui ont froi-dement assassiné 130 personnes mais nous ne pouvons pas pour autant nous contenter des solu-tions toutes faites qu’on nous propose. La première étape consiste alors à organiser le flux des infor- Daech veulent ainsi montrer mations et des images pour qu’ils peuvent frapper où ils tâcher de saisir exactement la veulent et quand ils veulent. signification de ce qui s’est passé Au-delà de la démonstration et d’en démêler les causes. Mais de force à visée interne et à il faut aussi analyser les consé- visée externe, les fusillades et quences politiques de ces atten- les explosions sont destinées à tats et de se donner les moyens attiser les conflits au sein de la de prendre clairement position société et à précipiter le rallie-dans le tumulte des discours. Il ment de franges jusque-là réti-faut enfin réfléchir aux réponses centes de la population à une à apporter à toutes celles et tous mobilisation va-t-en-guerre. ceux qui ne se satisfont pas de L’effet secondaire recherché l’inaction et veulent agir pour par les terroristes est d’accen-faire progresser la solidarité face tuer en retour la stigmatisation à la peur. dont est victime la minorité musulmane de la population et UN ACTE DE PROPAGANDEde précipiter la radicalisation SPECTACULAIREd’une part croissante de musul-À travers les attaques coordon- mans déclassés et désespérés. nées du 13 novembre, c’est toute En choquant par leur violence, la stratégie de Daech qui s’ex- les militants de Daech espèrent prime : en lançant plusieurs fracturer la société et approfon-commandos frapper simultané- dir le divorce entre la minorité ment Paris et Saint-Denis, musulmane et le reste de la l’objectif premier de cette orga- société pour grossir le vivier de nisation politico-militaire recrutement pour le djihad. d’inspiration salafiste était de Enfin, comme l’ont noté de réussir un acte de propagande nombreux commentateurs, ces spectaculaire, dont les effets attentats sont une réponse auraient été décuplés si les directe à l’intervention militaire Alternative libertaire n°256 décembre 2015
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larmes, les solidarités l’État islamique. Dans le même temps, la France ne fait pas grand-chose pour soutenir celles et ceux qui luttent sur le terrain face à Daech, au premier rang desquels figurent les unités de protection kurdes du Rojava (les YPG), et maintient le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ainsi que les organisations qui en sont proches, sur la liste des organisations classées comme terroristes par l’Union européen-ne. La solution, pour éradiquer Daech, c’est non seulement de permettre aux unités combattan-
au Proche-Orient, dont les objectifs ont toujours été de maintenir des équilibres géopo-litiques ou de préserver des inté-rêts stratégiques. À l’opération Chammal lancée en Syrie en septembre 2014 font ainsi écho l’opération Barkhane dans la bande sahélo-saharienne ou l’opération Sangaris en Répu-blique centrafricaine. Au total, ce sont plusieurs milliers de militaires français qui sont mobilisés sur des « opéra-tions extérieures », qu’on appelle plus communément des guer-res… Pointer ainsi la politique impérialiste de l’État français comme une cause des attentats du 13 novembre ne revient pas à déresponsabiliser les auteurs des attentats ni à relativiser l’horreur de leurs actes mais à mettre en lumière d’autres responsabilités indirectes. Cette réflexion nous oblige éga-lement à ne pas nous contenter de la nécessaire critique des idéologies religieuses, dont la force pernicieuse est malheureu-sement capable de susciter une exaltation allant jusqu’au meur-tre et au sacrifice de soi. Nous ne devons pas renoncer à mener cette critique mais nous devons également regarder en face le malaise social que cette situation traduit : les assassins téléguidés par Daech ne sont pas des sol-dats syriens ou irakiens envoyés en France en mission comman-dée, ce sont des Français qui ont grandi en France, s’y sont radi-calisés et ont tourné leurs armes contre une population qu’ils
connaissaient. Au-delà des par-cours individuels et des trajec-toires personnelles, nous avons clairement affaire à un phéno-mène social : que des jeunes musulmans pas forcément pra-tiquants soient ainsi séduits par une forme extrême de djihad est révélateur de la relégation socia-le qu’ils subissent et de l’absence d’autre mode d’affiliation valo-risant que la société leur propo-se. À cet égard, il faudrait égale-ment pointer le rôle de la prison comme espace de radicalisation et de réintégration dans un grou-pe criminel. En France comme en Irak, ce sont en effet les cent-res d’enfermement qui permet-tent aux djihadistes de renforcer leurs réseaux et la solution du tout répressif privilégiée actuel-lement par le gouvernement français est d’ores et déjà vouée à l’échec. HYPOCRITE GUERRE CONTRE LE TERRORISME Dès le week-end suivant les attentats, le gouvernement était sur le pied de guerre pour annon-cer, d’une part, la mise en œuvre d’une batterie de mesures sécu-ritaires et, d’autre part, une inten-sification des interventions mili-taires en Syrie. Depuis lors, ce tournant militariste ne s’est pas démenti et la Russie, qui encore hier était infréquentable en rai-son de sa politique expansion-niste et de ses relations douteuses avec Bachar Al-Assad, est deve-nue une alliée choyée par le gou-vernement français. L’État isla-mique doit être combattu, cela
ne fait aucun doute, mais les bombardements américains, rus-ses ou français ne peuvent au mieux permettre que de désor-ganiser militairement Daech et de l’empêcher d’étendre son emprise sur la région. Encore une fois, c’est la population civile qui risque par ailleurs de payer le plus lourd tribut dans cette guer-re... Pilonner Daech n’apporte aucune solution à long terme et les peuples de Syrie ou d’Irak ne peuvent espérer aucune amélio-ration durable de leurs condi-tions de vie si la question de la reconstruction et de l’instaura-tion d’un nouveau pouvoir poli-tique n’est pas clairement posée. Pire, ces « frappes » risquent fort d’aggraver la situation en nourrissant le ressentiment sus-cité par l’intervention de la coali-tion et en poussant encore plus de jeunes déboussolés dans les bras de l’État islamique. Il n’y a aucune solution purement mili-taire au défi lancé par Daech et ce ne sont pas les bombarde-ments de belligérants étrangers qui peuvent réellement résoudre le problème. Cela est d’autant plus vrai que la guerre déclarée au terrorisme est marquée par l’hypocrisie : tandis que l’État français assure tout faire, dans le cadre de la coalition, pour mettre en pièces Daech, il conti-nue d’entretenir des relations commerciales et diplomatiques avec la Turquie, l’Arabie saou-dite et le Qatar, qui figurent, de façon plus ou moins discrète, parmi les principaux soutiens économiques et idéologiques de
Daech : généalogie d’un État djihadiste
À l’origine de Daech, il y a la guerre d’Irak lancée en 2003 sous l’égide des États-Unis – et dans laquelle l’État français avait à l’époque refusé de s’engager. C’est en effet dans le chaos provoqué par l’effondrement du régime de Saddam Hussein qu’est créée Al-Qaïda en Mésopotamie. Cette organisation salafiste djihadiste alors dirigée par Abou Moussab Al-Zarqaoui va se faire connaître en harcelant l’armée d’occupation américaine par des attaques-suicides et des attentats presque quotidiens. Dès cette époque des liens se tissent, dans les geôles américaines, entre les anciens officiers du pouvoir baasiste et les futurs cadres dirigeants de Daech. En 2011, quand les Etats-Unis finissent de se retirer d’Irak en laissant à l’armée irakienne des milliards de dollars de matériel militaire, l’État
islamique d’Irak (EII), dans lequel s’est fondue Al-Qaïda en Mésopotamie, compte environ 5 000 hommes. C’est une partie de ces hommes qui, à partir du début de la révolution syrienne, rejoindront le Front Al-Nosra pour combattre Bachar Al-Assad et conquérir l’hégémonie au sein de l’opposition armée. Grâce à ses moyens financiers, à son organisation militaire et à sa méthodique cruauté, l’EII parvient à s’étendre en Syrie et se proclame État islamique en Irak et au Levant (EIIL, également désigné par l’acronyme anglais ISIS ou par l’équivalent arabe Daech). Dès lors, l’objectif n’est plus seulement de se livrer au djihad mais bien d’instaurer un nouveau pouvoir politique et d’imposer la loi islamique sur les territoires conquis.
En juin 2013, Daech prend le contrôle de Raqqa et soumet la population par la terreur : les opposants politiques subissent des châtiments cruels allant souvent jusqu’à la décapitation ou la crucifixion. Raqqa devient la capitale officieuse de l’EIIL qui, en juin 2014, lance ses troupes sur Mossoul, au nord de l’Irak. La ville est prise presque sans combats suite à la désertion massive des soldats irakiens, qui laissent derrière eux l’équipement militaire américain flambant neuf. Le 29 juin 2014, Abou Bakr al-Baghdadi, émir de l’EIIL, proclame le califat sur un territoire d’environ 200 000 km² à cheval sur la Syrie et l’Irak. C’est cet État djihadiste qui est aujourd’hui la cible de la coalition internationale.
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