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Alternative libertaire n°261 (mai 2016)

De
20 pages
Mouvement social ; Loi travail ; Saint-Denis debout ; Conflit hôtellerie ; Presse ; Take Eat Easy ; auto-entreprenariat ; referendum à Notre-Dame-des-Landes ; trêve hivernale ; Dossier Grenoble « rouge-vert » institutionnel ; corruption ; Mayotte ; Attentats en Belgique ; Anarchiste en Grèce ; économie circulaire ; Stérilisation volontaire ; 1886: l’affaire du Haymarket Square
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GRENOBLE Le « rouge-vert » institutionnel, ALTERNATIVE LIBERTAIRE une alternative ?p. 8-11 MAYOTTE MENSUELN° 261MAI 20163 eurosDom 4Québec 4 $ Polynésie 900 F pac. Kanaky 750 F pac. Les raisons d’une grève généralep. 13 NE PLUS SUBIR agir
80F:3,L 159- 261 -00- RD Manifestation du 31 mars 2016 à Paris, contre le projet de loi El Khomri cc VN/AL Paris-Sud
ÉDITO
Le pouvoir en question Les initiatives Nuit debout sont hétérogènes dans leur dynamique et leur composition. À travers elles se trouve posé la difficile question du pouvoir. D'abord : que pouvons nous face aux politiques actuelles ? Le principe de la convergence des luttes se trouve posée dans ces rassemblements. Ceux-ci offrent un cadre pour celles et ceux qui sont isolé-e-s car précaires. Mais le risque est de favoriser la désertion des lieux où se construit la confrontation de classe (les entreprises ou les lieux de scolarité) au profit d'une conflictualité seulement symbolisée par des discours sur « la lutte » ou « le pouvoir oligarchique ». Ensuite, la question de la réappropriation de la politique est revendiquée. Mais cette question est pertinente si elle s'extrait d'un certain « entre-soi » social et des modes d'action qui y sont liés : la fascination pour le radicalisme verbal ou la culture universitaire. Aussi l'occupation de places publiques ne signifie pas réappropriation. Pour cela il faut intervenir dans les espaces où s'exerce le pouvoir économique et policier sur la population : les quartiers quels qu’ils soient. Reste que se bâtit une culture de lutte démocratique salutaire. Mais comme dans tout mouvement, la question qui doit nous guider est : que restera-t-il de cela ? Quels sont les points de non-retour que nous avons réussi à atteindre ?
20 avril 2016
2Alternative libertaire n°261 mai 2016
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mouvement social En mai, accélérer
La mobilisation contre la loi travail a démarré très fort le 9 mars dernier. Après une journée de grève réussie le 31 mars, elle a subi un revers avec une faible mobilisation le samedi 9 avril. Par ailleurs, la jeunesse a été très mobilisée en mars mais peine à franchir un nouveau palier et les vacances puis les examens universitaires n’aident pas. Comment rebondir?
Au vu de la faiblesse de la mobi-lisation du 9 avril contre la loi tra-vail et de l'arrivée des vacances, il aurait été risqué de programmer une date de grève pendant les congés. La responsabilité de l’in-tersyndicale n’était donc pas de programmer une date au plus tôt, mais plutôt de proposer des pistes pour pouvoir franchir les vacan-ces et ne pas laisser les jeunes seuls à se mobiliser, surtout dans un contexte de très forte répres-sion. Sur le premier point, c’est bien évoqué dans le communiqué CGT-FO-FSU-Solidaires-Unef du 9 avril mais peu de choses sont mises en œuvre concrètement dans les territoires, comme par exemple l’impulsion d’intersyn-dicales locales. Sur le deuxième, le renoncement de l’intersyndi-cale est total : aucune date inter-médiaire aux côtés des lycéens et étudiants, pas un mot pour condamner la répression inouïe à laquelle ceux-ci font face. Le gouvernement s’est engouffré dans la brèche pour tenter de tuer le mouvement par une méthode éprouvée : la carotte et la matraque.
DES ANNONCES EN TROMPE-L’ŒIL POUR LES JEUNES Le gouvernement a reçu l’Unef et ses organisations lycéennes le 11 avril, où il a fait plusieurs pro-messes en direction des jeunes. À l’issue de cette rencontre, l’Unef a émis une appréciation très posi-tive de ces mesures, tout en main-tenant son appel à la mobilisation pour le retrait de la loi le 28 avril. Mais que valent vraiment ces annonces ? – La taxation des CDD courts existe déjà : la « mesure » du gou-vernement relève du pur effet d'annonce. Dans le cadre des négociations en cours entre patronat et syndicats sur l'assu-rance chômage, l'ensemble des syndicats proposent d'augmenter cette surtaxation mais le patronat s'y oppose.
– La prolongation de la bourse sur critères sociaux quatre mois après la fin des études, pour un montant de 200 euros par mois, l'augmentation de 10 % du mon-tant des bourses lycéennes et la création d'un nouvel échelon pour les bourses étudiantes (de 1 000 euros par an), ne peuvent qu'être jugées positivement, même s’il faut rappeler que cha-cune laisse de côté bon nombre 1 d’étudiantes et étudiants . – L'augmentation du salaire des apprentis de 30 à 40 euros par mois ne coûtera pas un cen-time aux patrons et sera entiè-rement financé par l'État. – La généralisation de la cau-tion locative étudiante (un orga-nisme d'État se porte garant pour l'étudiant auprès du bailleur) a été vivement critiquée par Droit au logement, qui craint que les proprios en profitent pour augmenter les loyers. – La création de « quotas » pour les lycéens et lycéennes technologiques est une annonce récurrente, jamais mise en œu-vre. L'ouverture de 2 000 places en BTS correspond simplement à la hausse prévue par la pyra-mide des âges. Et surtout, rappelons que c’est le même gouvernement qui pré-tend lutter contre la précarité et qui veut faire passer la loi tra-vail… qui va vider de sens le CDI en facilitant les licenciements ! Ces annonces sont des trom-pe-l’œil visant avant tout à démobiliser la jeunesse : il suffit de les évaluer à leur juste valeur pour se persuader qu’il faut res-ter mobilisés. Les violences policières attei-gnent un niveau inégalé depuis bien longtemps. Faudra-t-il le décès d’un manifestant, comme contre la loi Devaquet en 1986, pour que le gouvernement fasse marche arrière ? Hollande a beau avoir reculé sur la consti-tutionnalisation de l’état d’ur-gence, on voit aujourd’hui à quel
Manifestation le 9 avril à Paris.
point celui-ci a permis de désin-hiber le pouvoir et la police : la répression de la COP21 n’était bien qu’une entrée en matière. Les flics sont constamment à la manœuvre pour faire monter la tension dans les manifs, notam-ment en laissant le champ libre aux petits groupes autonomes, afin de pouvoir inonder de lacry-mo les cortèges et parfois couper ceux-ci en deux. Rappelons que la meilleure résistance face à la répression n’est sûrement pas de s’enferrer dans le romantisme insurrectionnaliste mais plutôt de rester solidaires, groupés, et de continuer d’essayer d’élargir la mobilisation. Et ce n’est pas fini : l’Assemblée des blessés, des familles et des collectifs contre les violences poli-cières signale ainsi que le gouver-nement a prévu de commander 115 000 balles de Flash-Ball par an, soit une moyenne de 315 tirs par jour. Les déclarations syndicales sont encore trop peu nombreuses pour condamner cette répression. Signalons toutefois la déclaration du 23 mars de l’intersyndicale de l’enseignement supérieur et de la recherche « Nous condamnons les violences policières », ainsi que l’appel du 18 avril de person-
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actuel, ça sera une défaite de plus qui pèsera lourdement sur les années à venir. Des syndicalistes ont ainsi revu le concept localement, notam-ment en organisant des Banlieues debout ponctuelles, afin d’ancrer le mouvement contre la loi travail dans les territoires, et en tissant des liens entre ces assemblées et le mouvement social. Le 3 mai, le débat sur le texte commence à l’Assemblée natio-nale. Hollande a été contraint de s’engager à ne pas utiliser l’article 49-3, qui permet de faire passer un texte en force. Le patronat et la droite, considérant que le texte a été « dénaturé » par les maigres concessions de Valls, devraient tenter de réintégrer ces éléments dans le projet de loi. De l’autre côté, le PS est toujours clivé : les « frondeurs » ou encore les jeunes socialistes se disant opposé-e-s au projet de loi. Le débat devrait donc être long, avec une deuxiè-VN/AL PARIS-SUD me manche lors du passage au Sénat.
 pour faire tomber la loi ne s’opposaient pas frontale-ment au gouvernement. C’est un point de rupture qui va laisser des traces. Le tort serait de pen-ser que l’émergence d’un cont-re-pouvoir révolutionnaire va se faire naturellement. Que les syn-dicats et organisations politiques ne servent plus à rien et que la mobilisation se fait à l’échelle individuelle via les réseaux sociaux, comme essayent de nous le faire avaler les médias de tous bords. Les militants et militantes d’Al-ternative libertaire pèsent dans les entreprises pour y faire vivre un syndicalisme de classe et de masse, dans la jeunesse pour favoriser l’auto-organisation et la convergence avec les salarié-e-s, dans les quartiers pour mobiliser la population et impulser la convergence des luttes dans les Nuits debout. Avoir un courant libertaire organisé change la don-ne là où nous sommes présents. Et c’est pour élargir ce courant que nous avons décidé à notre dernier congrès un « changement d’échelle » que nous mettons plei-nement en œuvre dans cette mobilisation avec de nombreuses initiatives publiques, une réflexion sur notre fonctionne-ment interne et en proposant l’adhésion aux personnes en recherche d’organisation. Rejoi-gnez Alternative libertaire! Grégoire (AL Orléans)
nalités scientifiques et syndicales « Un pouvoir qui matraque la jeu-nesse est faible et méprisable », à faire largement connaître. Dans ce contexte, les Nuits debout ont permis d’entretenir l’agitation pendant les vacances. Mais il faut relativiser : leur sur-exposition médiatique, en parti-culier à Paris, est aussi un moyen de détourner l’attention de la nécessaire construction de la grè-
ve dans les entreprises. Car les salarié-e-s qui peuvent rester dis-cuter trois heures en assemblée générale après leur travail sont en fait peu nombreux. De même, la mobilisation actuelle doit être l’occasion d’aller au-delà de la revendication défensive de retrait de la loi tra-vail. Mais dans certaines villes, la loi n’est presque plus évoquée ! Or si l’on perd sur le mouvement
L’échéance, ce sont donc les grandes vacances : soit on arrive à accélérer d’ici là et la loi est reti-rée, soit on patine et la loi sera empirée et votée en catimini en juillet. Pour ça, il faut donc que ça redémarre très fort dès mai. Ce mouvement est le premier mouvement interprofessionnel contre un gouvernement « socia-liste ». Même les grèves de 1936
1.Par exemple pour la prolongation des bourses : les étudiant-e-s en formations sanitaires et sociales, celles et ceux qui sortent de l’université ou de BTS sans diplôme ou qui au contraire sortent après avoir épuisé leurs
Saint-Denis debout, convergence au service de l’action
Le 13 avril s’est tenue la première Nuit debout de Saint-Denis (93). Inspirée de l’initiative lancée à Paris, elle a eu lieu grâce au travail unitaire de militants et militantes de la ville, pour partie organisé-e-s en AG interpro depuis le 31 mars : étudiants en grève depuis début mars, syndicalistes Sud/Solidaires et CGT, membres du centre social autogéré Attiéké, collectifs de sans-papiers, de parents (Bonnets d’âne…), d’artistes (dont la compagnie Jolie môme), féministes, antifascistes, antiracistes, membres d’AL, de la CGA, du NPA, de l’OCML-VP, d’Ensemble… Cet attelage peut sembler hétéroclite mais repose sur des expériences unitaires et de la confiance. Il a réussi à impulser et organiser en quatre jours un espace de mutualisation et de convergence sur la ville qui a réuni plus de 600 personnes de toutes générations.
La mutualisation, c’est celle des situations vécues par les habitants et les salarié-es (y compris privés d’emploi) de la ville, qui est un moment essentiel : il s’agit de s’ouvrir aux autres et de créer du lien. C’est une étape importante pour développer la
conscience d’appartenir à une même classe sociale.
La convergence se construit autour de la lutte actuelle contre la loi travail. C’est notre capacité à prendre en compte les différentes revendications et luttes (pour les femmes, le logement, les papiers, la dignité et le droit au travail, l’égalité de façon générale…) dans le cadre de la mobilisation. Cette convergence s’est matérialisée par l’annonce des luttes actuelles à soutenir (familles à la rue, grèves en maison de retraites…) et la création de rendez-vous communs. Elle doit permettre de renforcer la mobilisation, le rapport de forces et de faciliter l’action collective à l’échelle
de la ville. Ce dernier point est essentiel au moment où la lutte s’enracine mais sans secteur « moteur » en grève avec tout de même beaucoup de personnes mobilisées.Tout cela redonne de l’énergie, permet à des camarades un peu éloigné-e-s ces dernières années du militantisme de reprendre confiance dans le collectif et dans la possibilité de gagner tous et toutes ensemble. Surtout, cette rencontre permet à beaucoup plus de monde de s’exprimer, de participer, de se réapproprier l’espace public et de tâter une forme d’auto-organisation collective. Nous verrons si cette première expérience devant se reproduire pour le moment chaque mercredi réussira à se développer sans s’enliser dans un entre-soi militant et sans oublier la réalité de l’action. Nous serons nombreuses et nombreux à y contribuer. Simon Laviec (AL Saint-Denis)
3 Alternative libertaire n°261 mai 2016
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