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Alternative libertaire n°262 (juin 2016)

De
20 pages
Loi Travail ; Réunion non mixtes ; Maison du peuple à Renne ; Droit d’asile ; Congrès de la CGT ; Marche de nuit ; conditionnement sexué ; Éducation émancipatrice ; Community organizing ; Précaires aux États-Unis ; Rojava ; Dimitri Buchenkov ; BDS ; FAI indépendant ; EDF ; Référendum à Notre-Dame-des-Landes ; Extraction offshore ; 1912 : Entr’aide et Défense sociale
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MENSUELN° 262JUIN 20163 euros
Dom 4Québec 4 $ Polynésie 900 F pac. Kanaky 750 F pac.
RENNES Récit d’une occupation évacuée par le Raidp. 4
ÉTATS-UNIS Organiser les précairesp. 11
DU PLUTONIUM DANS LA LOIRE L’impunité pour EDF ?p. 15
CONTRE LA LOI TRAVAIL ET SON MONDE bloquons tout
L 15980- 262 -F:3,00- RD
ÉDITO
Qui a peur ? Avec une répression intense le gouvernement fait le choix de la politique de la peur. Le moindre incident est l’occasion d’une communication effrénée et d’une surenchère autoritaire. Mais celles-ci masquent mal l’état de fébrilité de ces monarques en herbe. Des coups de menton de Valls jusqu’à Hollande affirmant, sur le modèle d’une Margaret Thatcher, « qu’il n’y a pas d’alternative » : ces politiciens se sentent investis jusqu’au bout de leur rôle de chef de guerre du capitalisme ! Quitte à jouer la politique de la terre brûlée. Mais celle-ci a un prix et l’ombre d’un effondrement à la Pasok plane sur le PS où c’est devenu sauve qui peut. La crise politique qui vient pourrait coûter cher. Alors qui a peur ? Sans aucun doute toutes celles et ceux qui subissent la violence policière. Mais notre peur est corrélée à l’espoir d’une victoire sociale. Nous savons que nous n’avons pas le choix. Nous n’avons rien à sauver : ni poste de député ni maroquin d’aucune sorte. Cette classe politique a une peur grandissante face à ces effusions dans un monde du travail et de la précarité qu’elle ne connaît pas : que pourrait-il surgir de ça ? Comment se positionner ? Le silence du FN sur la loi travail est éloquent à ce sujet. Une autre crainte : et si l’Euro de foot était perturbé ? La grande cérémonie des jeux menacée par les luttes ? Un cauchemar pour eux, une opportunité pour nous !
23 mai 2016
2Alternative libertaire n°262 juin 2016
P L E I N S
F E U X
loi travail Le mouvement
Après plus de deux mois, le mouvement ne s’essouffle pas et les manifestations continuent de rassembler malgré la stratégie de la tension mise en place par les forces de répression. Les actions de blocage commencent à peser sur l’économie. Mais la partie est loin d’être gagnée et Valls comme Hollande continuent d’afficher leur fermeté. Pour l’emporter, il faut continuer de répé-ter autour de nous, dans tous les secteurs, que c'est par la grève que nous réussirons à faire plier le gouvernement.
Depuis le coup de tonnerre inespéré du 9 mars, une quin-zaine de dates de mobilisation se sont succédé et, même si les appels à la grève étaient plus ou moins francs et plus ou moins appuyés selon les secteurs, le mouvement de contestation de la loi travail s’est installé dans la durée, conforté par des sondages d’opinion majoritairement hos-tiles au projet du gouverne-ment : si entre 70 % et 75 % de la population est hostile à la loi travail, autant dire que cette pro-portion doit frôler les 95 % parmi les salarié-e-s !
MI-MAI, TEMPO ACCÉLÉRÉ Ce rejet massif de la casse du code du travail s’est encore accen-tué après l’annonce du recours à l’article 49.3. Cet outil constitu-tionnel est au seul service du gou-vernement ; contrairement à ce qui est souvent écrit, il ne retire pas aux parlementaires le droit de décider (que le peuple n’a pas !), mais les oblige à choisir de faire tomber le gouvernement si ils et elles veulent bloquer le pro-jet de loi. Cette manœuvre auto-ritaire voulue par un gouverne-ment confronté, sur le terrain social, à une opposition résolue et, jusque dans ses propres rangs, à la grogne des députés les moins décomposés par l’idéologie libé-rale a rencontré une intensifica-tion de la mobilisation durant la semaine du 17 mai. Le tempo s’est accéléré et les appels à des grèves carrées de 24 heures ont fait place à des appels à la grève reconductible et au blocage de la production. Dès le 16 mai, les transports rou-tiers ont commencé des opéra-tions de ralentissement ou de blo-cage. Le 17 mai, la grève commençait à s’installer plus franchement dans certains sec-teurs et, le 18 mai, les cheminots et cheminotes entraient de nou-
veau dans la danse malgré d’im-portantes divergences straté-giques entre la fédération SUD-Rail, résolument déterminée à faire le lien entre les revendica-tions propres à la SNCF et la mobilisation contre la loi travail, et la fédération CGT-Cheminots, campée sur des mots d’ordre sectoriels limités. Cela n’a d’ailleurs pas manqué de susci-ter de l’incompréhension chez des équipes CGT convaincues que c’est tous et toutes ensemble qu’il faut se mobiliser. Le 19 mai, des centaines de milliers de per-sonnes sont descendues dans les rues et les blocages de sites stra-tégiques (dépôts de carburants, raffineries, axes routiers, entre-pôts, zones industrielles, etc.), par la grève et les barrages, se sont intensifiés. Cette évolution de la mobilisation pourrait conduire à une situation sem-blable au mouvement de 2010 contre la réforme des retraites, durant lequel les raffineries s’étaient peu à peu imposées comme le fer de lance de la mobilisation, au risque d’entre-tenir une logique de grève par délégation. Si ces blocages par-ticulièrement efficaces doivent être encouragés et appuyés, il faut cependant absolument évi-ter de mettre tous ses œufs dans le même panier et de ne faire reposer la contestation que sur un ou deux secteurs en lutte, chaleureusement soutenus par l’ensemble des salarié-e-s mais isolés dans leur combat. Ce que nous devons au contraire répé-ter, c’est que la grève doit être partout chez elle : bloquer l’économie, cela ne veut pas simplement dire bloquer l’ap-provisionnement en énergie, cela veut dire bloquer le plus de secteurs productifs possibles. La grève est partout utile, parce qu’elle permet de libérer du temps pour manifester et passer
À Paris, le 19 mai, un SO sous les lacrymo.
à l’action, parce qu’elle permet de libérer des forces pour géné-raliser le mouvement et massifier la mobilisation. Cette stratégie est notamment portée par les signa-taires de l’appel « On bloque tout ! », dont l’objectif est de ras-sembler les syndicalistes et les structures syndicales qui pensent que« la seule manière de gagner et de faire plier le gouvernement, c’est de bloquer l’économie », c’est-à-dire de« confirmer l’ancrage de la grève, préparer sa généralisation et sa reconduction partout où c’est possible dans les jours et semaines qui viennent ». Des initiatives locales ont d’ores et déjà vu le jour autour de cet appel, de Nan-tes à Marseille, afin de lancer une démarche intersyndicale et inter-professionnelle locale. Installer la grève partout, cela ne se fait bien sûr pas d’un coup de baguette magique et la posture consistant à dénoncer l’immobi-lisme voire le double-jeu des « directions syndicales » ne tient pas face à la réalité militante : même si on pourrait attendre plus de volontarisme de la part des équipes d’animation des organi-sations syndicales, les difficultés à mobiliser ne viennent pas de bureaucrates syndicaux qui frei-neraient des quatre fers par peur de se voir dépasser par leur « base » ; le vrai problème auquel sont confronté-e-s les militants et
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 à l’heure de vérité Face à cela, notre tâche doit être de pousser partout à la prolonga-tion et au durcissement du mou-vement dans la perspective de généraliser la grève et de bloquer l’économie, non seulement pour obtenir le retrait de la loi travail mais, plus largement, pour en finir avec les politiques d’austérité et de destruction des droits sociaux. L’enjeu est bien de conti-nuer à massifier le mouvement et à faire entrer de nouveaux sec-teurs dans la bataille. Ce qui compte, c’est de construire la grè-ve dans chaque secteur en mobi-lisant et en se réunissant sur les lieux de travail, au plus près des salarié-e-s. Au niveau des cadres interprofessionnels locaux, nous devons généraliser la fronde en mettant en œuvre des opérations de blocage de l’économie. Une victoire contre la loi travail redonnerait confiance à notre camp social et permettrait de donner un coup d’accélérateur aux luttes pour conquérir de nou-veaux droits et combattre pied à pied la loi des patrons. Le projet de loi sera discuté au Sénat à par-tir du 14 juin et sera sans doute de nouveau passé en force à l’Assemblée. D’ici là, la manifes-tation nationale du 14 juin doit être l’occasion de frapper un grand coup et de montrer que le mouvement n’est pas près de s’ar-rêter. Comme en 2006, ne nous laissons pas refroidir par le recours au 49.3 et restons mobili-sé-e-s jusqu’au retrait de la loi ! Ben (AL Paris-Nord-Est)
militantes qui se coltinent les tournées, les diffusions de tracts dans les entreprises et les prises de parole, c’est que les collègues peinent à passer du mécontente-ment à l’action, que ce soit dans la fonction publique (qui n’est certes pas la plus directement concernée par la casse du droit du travail) ou dans le privé. La massification de la mobilisa-tion à laquelle nous travaillons se fait d’autant plus difficilement que le gouvernement utilise sans retenue tout l’appareil répressif d’État pour, d’un côté, décourager les manifestants et manifestantes les moins déterminé-e-s et, de
l’autre, laminer les autres formes de contestation. Dans de nom-breuses villes, l’arsenal déployé à chaque manifestation est impres-sionnant et les violences policiè-res sont partout présentes : les grenades lacrymogènes pleuvent par dizaines sur les parcours, les tirs de Flash-Ball s’enchaînent et les cordons de gardes mobiles ou de CRS tonfa au poing pressent, poussent et gazent sans retenue, y compris dans les cortèges syn-dicaux. Enfin, les forces de répres-sion exhibent les drones, hélicop-tères et canons à eau. Une telle stratégie de la tension policière a clairement une moti-
vation politique : il s’agit, pour le pouvoir, de dissuader les sala-rié-e-s de descendre dans la rue, de décourager ceux et celles qui manifestent avec des enfants, de faire peur à toutes celles et ceux qui ne sont pas préparé-e-s à un tel niveau de répression. PRESSION POLICIÈRE CONSTANTE er L’exemple du 1 mai à Paris est particulièrement révélateur : alors que cette manifestation est d’or-dinaire festive et populaire, la pré-fecture de police a cette année décidé de bloquer les cortèges avant qu’ils n’arrivent et de tenter par tous les moyens d’empêcher qu’elle se tienne dans de bonnes conditions. Seule la détermina-tion des manifestants a permis qu’elle arrive à destination, mal-gré les nuages de gaz lacrymo-VN/AL PARIS-SUD gène et la pression policière cons-tante. Dans le même temps, nombreux sont les militants et militantes investi-e-s dans la lutte contre la loi travail à être contrô-lé-e-s, interpellé-e-s, gardé-e-s à vue voire écroué-e-s : à Rennes, une vingtaine ont ainsi passé 48 heures dans les cellules sordi-des d’un commissariat et sont poursuivi-e-s pour association de malfaiteurs en vue de dégrader des biens d’utilité publique, sim-plement pour une opération de transport gratuit. À Lille, c’est un militant de la CGT Valenciennes qui a été violemment interpellé en pleine manifestation et qui a depuis été placé en détention pro-visoire jusqu’au 9 juin.
Des réunions non mixtes pour faire vivre le mouvement des facs et d’ailleurs suite à l’appel de l’AG non mixte francilienne :« Ces réunions ont permis d’appréhender ensemble les comportements oppressifs vécus dans la mobilisation et des moyens pour les combattre. Un communiqué de soutien à Aïssatou Dabo, porte-parole de la coordination nationale étudiante, a été rédigé suite au lynchage sexiste et raciste dont elle a été victime après son intervention sur I-Télé. Des idées se sont développées telles que celle d’organiser une semaine des travailleuses permettant de mettre au jour la double oppression des femmes. »Le mouvement de ce printemps est chargé de perspectives féministes, constructives et subversives ! Lucie (AL Rennes)
La réunion de collectifs féministes et antisexistes lors de mouvements sociaux n’est pas une nouveauté. Tout simplement parce que les contre-réformes proposées par les gouvernements successifs oppriment et précarisent les femmes – encore plus que les hommes – de par leur statut de subalternes et parce que des comportements oppressifs adviennent dans la lutte et son organisation. Comme dans tous les autres moments de la vie quotidienne. Or se battre contre une loi va de pair avec l’élaboration collective et la défense d’un projet de société débarrassée des oppressions où chacun et chacune puisse vivre et s’épanouir. Jasmine, militante à Solidaires étudiant-e-s, explique comment et pourquoi un comité féministe non-mixte s’est constitué à l’université Rennes-II :
« Une ou deux semaines après la première manifestation du 9 mars, il y a eu une volonté de créer un comité non mixte suite à des actes sexistes de camarades. Ce comité a proposé une analyse de la loi travail d’un point de vu féministe sous forme de tracts, et s’est constitué en cortège dans les manifs avec sa propre banderole dans une perspective d’intersectionnalité des luttes. Il a aussi organisé des réunions ouvertes en direction des camarades de la mobilisation pour parler des mécanismes du sexisme. Les cours sont terminés pour cette année, mais à la rentrée prochaine, un collectif féministe verra certainement le jour à la fac ! »Jasmine parle aussi de la convergence des individues et des collectifs antisexistes
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