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Alternative libertaire n°263 (juillet-août 2016)

De
28 pages

Dossier spécial loi Travail (10 pages) ; syndicalisme ; SUD Solidaires ; Nuit Debout ; Franprix ; Notre-Dame-des-Landes ; RBI ; Murray Bookchin ; Sivens ; Bure ; Palestine ; Ukraine ; Irène Pereira ; Guerre d’Espagne

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Ajouté le : 30 décembre 2016
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dossier spécial«8 pages supplémentaires«4 euros
SYNDICALISME Les deux visages de la CGTp. 4-5 SUD : l’interpro, ça paiep. 6-7
EN MANIF Ça passe ou ça casse ?p. 8-9 ALTERNATIVE LIBERTAIRE ET MAINTENANT Ne pas se faire bernerp. 12-13 MENSUELN° 263«ÉTÉ 2016«4 eurosDom 6!1200 F pac. Kanaky 1000 F pac.Québec 6 $ Polynésie Pour l’alternativep. 14-15 révolte retour sur unprintemps brûlant
Manifestation du 14 juin 2016 à Paris © Daniel Maunoury
pages 2 à 15
L:4,00!- RD 15980- 263 -F
É D I T O
Valls, et ça repart !
Depuis 2010, la contestation était bien atone. Pire : elle prenait souvent un visage réactionnaire. Souvenons-nous que le mouvement social du début de ce quinquennat a été... La Manif pour tous ! L’extrême droite a fortement progressé, avec un FN à près de 25%. Enfin, cerise sur le gâteau : les ignobles attentats de janvier et novembre 2015 ont été le prétexte au renforcement de l’État policier. Dans ce contexte, le gouvernement PS s’est cru tout permis. Les réformes propatronales se sont multipliées. El Khomri devait enfoncer le clou avec le dynamitage du code du travail. Le pouvoir pariait sur la résignation générale... Et non ! Divine surprise : la riposte a pris corps. Remettant la lutte des classes au centre du jeu, reléguant pour quelque temps les divisions identitaires, ce mouvement a vu s’opposer deux camps. D’un côté, le patronat, l’État et ses sbires (syndicats jaunes, partis libéraux, médias aux ordres). De l’autre, le prolétariat dans toute sa diversité : ouvriers, employées, du public, du privé, mais aussi la jeunesse scolarisée et les cohortes du salariat précaire. A l’heure où nous écrivons ces lignes, l’issue du combat est encore incertaine, mais d’ores et déjà, la gauche de gouvernement est en miettes. Un espace politique extraparlementaire s’ouvre. L’occasion est là, sachons la faire fructifier.
22 juin 2016
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F E U X
Printemps brûlant On n’est pasf
Depuis la lutte contre la réforme des retraites en 2010, il n’y avait pas eu d’affrontement social aussi important, malgré des années de politiques antisociales. Mais s’il y a eu lutte c’est que la loi Travail a cristallisé un ensemble de tensions idéologiques et sociales. La difficulté a été de coordonner des secteurs dont les enjeux dans la lutte et les stratégies pouvaient diverger.
Pour le gouvernement, soute- qui a réuni plus d’un million de nu par la droite et le patronat signatures. Du côté syndical, le (malgré l’habituelle mise en scè- démarrage a été plus que labo-ne des faux désaccords propre rieux. Dans un premier temps, au jeu politique), l’enjeu de la une intersyndicale « au grand loi El Khomri, c’est de franchir complet » a produit un appel une étape détermi- mollasson, aligné sur nante dans la des- la CFDT. truction du code duLe réveilIl a fallu que la colè-travail. Non seule-a eu lieu,re monte en interne, ment la loi facilite et que l’idée d’une au-delà de ce les licenciements et journée d’action le qu’on pouvait permet la baisse des 9 mars rencontre un espérer salaires et l’augmen- fort écho sur Internet tation du temps de pour que l’intersyndi-travail, mais elle inverse la hié- cale se défasse des jaunes. Rédui-rarchie des normes de la négo- te à une alliance CGT, FO, FSU, ciation collective, autorisant les Solidaires, Unef et UNL, elle a accords d’entreprises à être infé- lancé l’appel à la mobilisation. rieurs aux accords de branches et même au code du travail lui-même ! En face, les salarié-es ne pou-vaient rester la tête baissée. Et le réveil a eu lieu, fort heureuse-ment, au-delà de ce qu’on pou-vait espérer. Si la lutte a pris une telle ampleur, c’est qu’elle voit s’af-fronter deux mondes opposés. D’un côté le gouvernement qui fait de la loi un enjeu idéolo-gique fort, le Premier ministre n’hésitant pas à taxer ses oppo-e sants de « gauche du XIX siè-cle », et Hollande affirmant, tel Margaret Thatcher, qu’« il n’y a pas d’alternative ». De l’autre côté, la mobilisation offre enfin l’occasion de s’affronter à un pouvoir impopulaire, arrogant etDANIEL MAUNOURY démontrant depuis des années sa fidélité canine aux capitalistes. Ont suivi une dizaine de dates d’inégale portée, avec manifesta-UN MOUVEMENT AUXtions et grèves. TEMPORALITÉS DIFFÉRENTESMais, si le mouvement a tenu Impossible de donner un visage sur la longueur, c’est qu’il a pu unique à ce mouvement tant ses s’appuyer sur une diversité de aspects ont été divers. Cela a secteurs mobilisés qui n’ont pas débuté par une agitation média- obéi aux mêmes temporalités et tique venue de la gauche du PS se sont échelonnés à travers ces avec le lancement d’une pétition journées d’action.
2 Alternative libertaire n°263«juillet-août 2016
Un mouvement qui tient dans la durée, mais sans raz-de-marée dans la rue (ici, à Paris, le 14 juin).
De mars à avril, c’est la jeunes-se scolarisée qui s’est mobilisée dans les lycées et les facs. Puis, aux mois de mai et juin, ce sont différents secteurs qui sont partis en grève reconductible – les raf-fineries, les transports, les servi-ces publics, les centrales nucléai-res, les ports et docks, etc. Cette diversité et cette mobili-sation par vagues successives explique la ténacité d’un mouve-ment qui a fédéré différentes colères dans la durée... mais sans parvenir à se massifier réelle-ment.
UNE DIFFICULTÉ À MASSIFIER En effet, malgré la multiplica-tion des « temps forts », les mani-festations n’ont pas connu de véritable raz-de-marée. Excepté le 31 mars et le 14 juin, les jour-nées de mobilisation n’ont pas réuni plus de 500 000 personnes, c’est-à-dire bien en-deçà des
mouvements de 2010 (retraites) et de 2006 (CPE), où le pic de 3 millions de personnes dans les rues avait été atteint. En ce qui concerne les grèves, la problématique est similaire. Là où des syndicats combatifs sont implantés, des grèves ont pu être menées, à l’exception de la majorité de la fonction
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On n’est pasfatigués !
publique. Dans les secteurs manifestations, la peur des vio-industriels stratégiques, la grève lences policières, accentuée par a eu un impact en faisant planer leur diffusion virale sur les une menace sur l’économie. réseaux sociaux. Preuve en est que le gouverne- Enfin, il y a une telle droitisa-ment a rapidement tenté de tion de la classe politique et des désamorcer certains foyers de médias qu’il devient difficile de contestation en lâchant du lest faire entendre une voix alternati-(sur le projet de convention ve. A cet égard, il faut prendre collective du secteur avec des pincettes ferroviaire, sur les les sondages révélant Tentation salaires des profs...). qu’une majorité de Pas de grèvesde se repliergens étaient hostiles d’ampleur, donc et à la loi Travail. Dans derrière la tentation de se la masse des « gens les plus replier derrière les contre » il peut y avoir combatifs plus combattifs (raf- des motifs hétérocli-fineries, centrales tes qui ne mènent pas nucléaires, cheminots...) en ali- nécessairement sur la voie de la mentant les caisses de grève. La mobilisation. caisse de grève est un outil de Reste que la lutte a bénéficié solidarité très positif pour soute- d’un véritable soutien populai-nir, au coup par coup, des entre- re, et ce malgré les attaques vio-prises en lutte. Mais lorsqu’on lentes qu’elle a subies sur le plan est censé entrer en lutte « tous policier et médiatique. Celles-ci ensemble », on sent tout de suite n’ont fait que nourrir la radicalité qu’un dévoiement est possible exprimée par une part croissante vers la fameuse lutte par procu- de ses acteurs et actrices. ration... Plusieurs raisons expliquent laLE BLOCAGE, INTÉGRÉ difficulté à massifier. Il y a toutÀ L’ARSENAL DE LA LUTTE d’abord la précarisation rampan- En 2010 de nombreuses actions te et l’éclatement des collectifs de blocage avaient eu lieu, mais de travail, ajoutés à l’absence de sans commune mesure avec cel-syndicats combatifs dans la les qui viennent de se dérouler. majorité des lieux de travail. Il y a Face à la surdité gouvernemen-ensuite, en ce qui concerne les tale, la pratique des blocages s’est
généralisée. Dans de nombreu-ses villes, les transports, les gares, les zones industrielles et les dépôts d’essence ont été bloqués, souvent de façon unitaire. Ces actions directes ont une tri-ple vertu. Elles permettent d’en-tretenir un climat de conflictuali-té entre les journées nationales ; elles contribuent au rapport de forces en bloquant partiellement l’activité économique ; elles don-nent confiance et conscience de ce que peut être la force collecti-ve. Reste qu’elles ne remplacent pas la nécessité de la grève, arme principale du blocage de l’éco-nomie.
LA CRISE POLITIQUE S’ACCENTUE, CONSTRUISONS L’ALTERNATIVE Ce mouvement aggrave la crise politique actuelle. Dans plu-sieurs pays européens, les partis traditionnels s’effondrent et leur électorat se désagrège. Selon les cas, cela profite à l’extrême droi-te, à la gauche radicale, voire à des ovnis politiques. Mais, glo-balement, l’autoritarisme pro-gresse de la part d’une bourgeoi-sie dont les politiques peinent à trouver une quelconque légiti-mité démocratique. En France, très isolé, le gouver-nement n’a pu s’appuyer que sur la force pour imposera la loi Tra-
vail. La répression a été violente et les mesures autoritaires se multiplient : usage immodéré de l’article 49-3, interdictions de manifester à certaines person-nes, tentative d’interdire la mani-festation syndicale du 23 juin, emprisonnements, rhétorique martiale. La social-démocratie, comme souvent, a ouvert la boîte de pandore de l’autoritarisme et nul ne sait comment évoluera le régime, mais le PS le paiera très cher. Il sera probablement réduit en miettes en 2017 et après. Il faut faire le pari que cet effon-drement ne profite pas qu’à l’ex-trême droite. Le FN habituelle-ment si bavard a été bien discret pendant quatre mois, coincé ent-re les intérêts capitalistes qu’il sert et une partie de son électorat favorable à la mobilisation. Car que démontre ce très chaud printemps ? Que la véritable opposition au gouvernement PS-Medef, ce ne sont ni les requins sarkozystes des Républicains, ni les technocrates relookés du FN, ni les parlementaires ramollos du Front de gauche... La véritable opposition, c’est le mouvement social. Toutes et tous ensemble, nous pouvons bloquer l’écono-mie. Et nous pouvons aussi trans-former la société. Du côté des révolutionnaires, tout l’enjeu est de fédérer les for-ces qui se sont exprimées pour mener la résistance face à l’auto-ritarisme montant et construire l’alternative sociale et politique. Dans ce contexte de bouillonne-ment, les dés sont relancés. Tristan (AL Toulouse)
diversité des tactiques A Rennes, on danse la valse à quatre temps ! Dans un mouvement large, il y a des fractions déterminées et d’autresreprésentatifs » jusquepar les syndicats à différents degrés. -là écartés, mais plus frileuses. Le tout est qu’elles acceptent la diversité des tactiques etaussi aux structures plus informellesSoutien formel mais affiché de la restent solidaires face à l’adversaire commun. A Rennes, illustration encomme l’AG interpro ou la CoordinaCGT et de FO, participation active de -Solidaires, de la CNT et du SLB. tion des intermittents et précaires. quatre temps. 3. L’ACTION !L’entrée dans la danse4. LA RÉPRESSION !L’acceptation de 1. LA MANIF !En premier lieu, les de l’espace public par la mairie et par des routiers a contribué au décloison-la nécessaire diversité des tactiques manifs ont été celles de la jeunesse. la préfecture est indéniablement un nement. Les piquets ont été l’occasion dans un mouvement social s’est aussi Les syndicats sont entrés mollement point de cristallisation de la dyna-d’échanges et de rencontres. De multi-révélée dans le soutien aux inculpés, dans la danse. Résultat, assez vite les mique interprofessionnelle à Rennes. ples initiatives ont vu le jour, parfois quels que soient les chefs d’accusa-manifs se sont déroulées en deux En réaction, le 1er Mai, le mouve-conjointes, parfois non. Mais il faut tion, et dans la création d’un collectif temps : d’abord le défilé unitaire clas-souligner que la force de ce mouvement a investi la Maison du peuple, -rassemblant de façon très large orga-sique;lieu historique du syndicalisme ren puis, pour la fraction la plus -nisations politiques, syndicats et assoment à Rennes a été l’acceptation, par -déterminée, un redémarrage de la nais, sacrifié sur l’autel de la gentrifi-toutes ses composantes, de sa diversi-ciations, dénonçant d’une seule voix manif avec action à la clef. cation. Cette occupation, bien que de té. Ainsi l’intersyndicale s’est progres-la criminalisation du militantisme. 2. L’ESPACE PUBLIC !La confiscation sivement ouverte aux syndicats « noncourte durée, a été soutenue et investie Mathilde (AL Rennes) 3 Alternative libertaire n°263«juillet-août 2016
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syndicalisme Un printemps, deuxCGT pour alimenter un barrage Pour le reste, la pétition de Quatre mois d’un conflit social soutenu par la majorité de l’opi-enflammé. Bref l’avion CGT a Caroline Haas et ses 1,3 million nion publique, ponctué de manifestations à répétitions, de grè-un pilote; ses de signataires, le mouvementpassagers sont ves reconductibles, de blocages ciblés et de violences vont for-ravis. Mais y a-t-lycéenil un équipage -étudiant et, d’une certaine cément provoquer des débats et des réajustements au sein de dans le cockpit ? manière, l’affrontement avec les la CGT. Un enjeu pour tous les syndicalistes « lutte de classe » flics impulsé par les réseaux et pour les libertaires. LIGNE ILLISIBLE DE LA« autonomes » auront en perma-e Au terme du 51 congrès confé-salariés. Le congrès confédéralFÉDÉRATION DES CHEMINOTSnence poussé aux fesses l’inter-déral, en avril, on se posait la validait alors la position expri-De toute évidence, les diver-syndicale. Il ne sera donc pas question suivante : la « gauchisa-gences d’orientation, les baronmée par Martinez la veille du -possible, comme en 2010 sur les 2 tion » de la CGT, dénoncée par congrès dans Médiapart . Dans nies locales et fédérales ont retraites, d’accuser la direction les médias, sera-t-elle une réalité empêché la CGT d’avoir un vrai cette interview, il mettait au pied confédérale CGT d’avoir saboter malgré les divergences non du mur l’aile la plus droitière de plan, clair, de montée vers la grè-le mouvement. Et il faut recon-réglées lors du con-naître que même les équipes synla CGT et coupait ve générale. Les agendas des uns -1 grès ? Deux mois l’herbe sous le pied et des autres se sont percutés jus-dicales les plus combatives n’ont plus tard, après laLes agendaspas réussi à entraîner leurs collèqu’à rendre illisible l’attitude de de l’aile gauche... -manifestation giratoi-Grâce au mouvement la fédération des Cheminots alors gues dans un mouvement de grè-des uns re du 23 juin à Bas-contre la loi El que plusieurs syndicats CGT par-ve dure. et des autres tille, nous avons plus Khomri, il s’est cons-taient en grève reconductible en Avec ses méthodes hypercen-se sont de questions que de truit une vraie légiti-même temps que SUD-Rail… tralisées, la fédération des Ports percutés réponses... mité, aussi bien dans et Docks aura tenu plusieurs jour-Une seule chose la base militante qu’à nées de grèves. La fédération de 1. « CGT : un congrès sous haute tension »,Alternative semble certaine : Philippe Marti-l’extérieur de la CGT. Sauf faux la Chimie a manifestement pous-libertaire,juin 2016. 2. « Philippe Martinez (CGT) : “Le gouvernement joue un jeu nez avait accédé au poste de pas de dernière minute, il restera sé à la grève des raffineries mais de dupes” », Mediapart, 18 avril 2016. secrétaire général dans des condi-celui qui s’est rendu dans les usi-n’a pas réussi à aller au-delà dans 3. « Affrontements du 12 mai à Paris : un mauvais remake », tions contestables. Puis il a gagné nes en grève, a soutenu les bloca-cette branche industrielle. Les blog Communisteslibertairescgt.org, 14 mai 2016. 4. Pour le prouver, il a exhibé au JT de France 2 la photo d’un son vote d’intronisation au ges de raffineries et de dépôts fédérations de la Métallurgie, du ece car, garé à hauteur du métro Durocautocar caillassé. En fait, 51 congrès en proposant la grève pétroliers, allant jusqu’à jeter un Commerce, du Livre n’ont guère et vide d’occupants, n’a jamais été visé. Il a simplement pris reconductible dans les AG de pneu devant les photographesdes pierres perdues, destinées aux CRS massés à côté.été visibles alors que l’inversion
Nord : la bureaucratie nous divise, l’action nous unit ! Dans le Nord, l’UD CGT, de mèche avec la préfecture pour éviter lesnouveau coup tordu. Le 12 mai, lorsen question. On se conforte dans l’idée qu’à la CGT, « c’est nous les d’une manif, le service d’ordre orga-« débordements », a été bousculée par la base militante, révoltée, plus beaux, les plus forts ». nisé par l’UD, après avoir retiré ses elle, par les violences policières. Mais en réalité, les manifs se passent brassards, facilite la séparation de la Fin février, lors de la réunion du soutien aux camarades de Goodyear et bien. Entre l’intersyndicale, Nuit manif en deux par les CRS. Gazage, comité départemental CGT du Nord, d’Air France victimes de la répres-debout et le pôle anticapitaliste (liber-matraquage, grenades de désencer-fin février, l’assistance était remontée sion. D’autres dates suivent, sur taires, antifas, autonomes, cénétis-clement… c’est la totale. Et une contre le projet de loi El Khomri. Valenciennes par exemple. tes...), la cohésion est bonne, l’unité grande amertume. Sur toutes les lèvres : « On va rien Après le succès relatif de la journée sans accrocs. Mais ces combines n’y peuvent lâcher ! » A ce moment-là se profilait du 31 mars, très vite les manifs pren-rien : les actions de blocage, comme la date du 9 mars, appel nent la forme d’actionsDE CONNIVENCE AVECcelle du dépôt de carburant de Dou-citoyen lancé en dehors de blocage, avec pourLE PRÉFET ET LES RGchy-les-Mines, ont permis aux cama-De fait, des organisations syndica-rades de la base de rencontrer et deTout roule bien jusqu’au moment où mot d’ordre « blocage de les, mais qui rencontraitbingo,discuter avec des camarades libertaicertains secrétaires d’UL et d’UD, de l’économie ». Même si -un écho croissant sur elles n’ont pas fait crou-connivence avec le préfet et les RG, res, autonomes, antifas, etc. Des liens le 9 mars est Internet. En comité dépar-ler le système capitaliste, s’attellent à faire exploser cette cohé-se sont créés, et lors des manifs sui-une bonne temental il a donc été ces actions auront au sion. Le 22 avril, un premier commu-vantes, on a pu voir des syndicats et surprise décidé de s’y inscrire… moins permis d’entretenir niqué de l’UD du Nord condamne les syndicalistes rester aux abords du pôle surtout dans l’idée que la l’agitation et éviter le « dégradations » imputées à la jeunes-anticapitaliste pour protéger notre CGT ne pouvait pas en être absente au découragement que l’on avait subi se révoltée qui peuple les manifs. jeunesse de la police. Par la suite, la cas où ça marcherait. pour les retraites en 2010. Mais, en Colère immédiate de la base cégétiste solidarité avec notre camarade Antoi-Et de fait, bingo, le 9 mars est une parallèle, on constate avec inquiétude qui exige que ce soient les violences ne, dont l’arrestation ciblée a eu un bonne surprise : la foule est au rendez-certain retentissement dans la régionpolicières qui soient condamnées. que même si 70 % de la population vous, et les syndicats et UL de la est hostile à la loi, la masse n’est pas Cinq jours plus tard, l’UD est con-et même au niveau national, a renfor-région n’ont pas fait semblant de vraiment dans la rue. Certains syndi-trainte d’obtempérer : son communi-cé la dynamique unitaire. mobiliser ! On prend espoir. calistes avanceront, pour se donner qué du 27 avril ne parle plus que des C’est une des choses importantes qui Pour ne pas faire retomber la pres-violences policières à Lille, Hazebonne conscience, que si les gens ne -restera de ce printemps brûlant : une sion en attendant la journée d’action viennent pas en manif, « c’est la fau-brouck et Tourcoing. solidarité de classe, vivante et chaleu-nationale du 31 mars, une manif inter-Après cette claque pour l’UD, la te des casseurs ». Certes, pourquoi reuse, forgée dans la lutte. médiaire est organisée à Douai, en pas. Ça évite surtout de se remettre préfecture et la police, on a droit à unAL Douai-Valenciennes 4 Alternative libertaire n°263«juillet-août 2016
Un printemps, deux CGT de la hiérarchie des normes vise directement les entreprises de ces secteurs. Idem dans l’interpro : là où les union départementales des Bouches-du-Rhône et de Seine-Maritime ont réellement pris des initiatives fortes, combien d’UD ou d’UL auront attendu la vota-tion citoyenne pour se bouger ? Dans combien de villes la CGT a-t-elle construit des AG inter-syndicales et interprofessionnel-les ? C’est tout autant la frilosité des directions fédérales que la faiblesse des équipes syndicales dans les entreprises et les locali-tés qui sont donc en cause. Pour les militants révolutionnaires, l’enjeu qui se dessine est claire-ment de reconstruire à la base les forces syndicales qui ont fait faux bond au printemps 2016.
RÉTICENCE À DÉNONCER LES « CASSEURS » L’attitude de la CGT vis-à-vis des « casseurs » mérite aussi un décryptage. Si la chasse aux « gauchistes » reste un réflexe, il ne s’applique pas partout de la 3 même façon . Mais c’est l’attitu-de de Martinez qui mérite d’être soulignée car il a, au début des violences, refusé de condamner ceux que les journalistes appel-lent « les casseurs » alors que de
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DANIEL MAUNOURY La fédération des Ports et Docks aura tenu plusieurs journées de grèves. Ici, lors du défilé parisien du 14 juin.
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nombreuses déclarations fédéra-le que conserve la CGT dans la les ou départementales les con-lutte des classes en France. L’é-damnaient sans ambages. vènement qui pourrit la vie d’un Il aura fallu l’escalade des des-gouvernement, c’est bien la capa-tructions et des pressions média-cité de la CGT à mettre (ou pas) tiques et internes pour l’amener des centaines de milliers de sala-à condamner plus nettement, puis rié-e-s en grève;de remplir l’im-brutalement, après le 14 juin et le mense majorité des rangs des bris des vitres de l’hôpital Nec-manifestations;la d’organiser ker, les« individus »grande majorité des qui s’en seraient pris blocages de sites. La chasse aux manifestants, ce Après ce constat, 4 qui était faux .auxpour les communistes “gauchistes” Accusé de « collu-libertaires, une double sion avec les cas-tâche : renforcer l’ex-reste un seurs » il n’était pas pression des valeurs réflexe facile, dans sa posi-du syndicalisme de tion, de s’en tenir à lutte avec toutes et renvoyer dos à dos casseurs et tous les militants qui s’y retrou-policiers. Mais il sera plus diffici-vent, dans leur diversité poli-le d’avoir en interne un débat sur tique; faire vivre dans nos sec-les méthodes des « autonomes » tions et syndicats, nos unions après avoir ainsi simplifié et nié locales et départementales, les les choix politiques de ces mili-pratiques de démocratie directe, tants assimilés sans autre forme d’AG, de radicalité des méthodes de procès à des provocateurs de lutte inspirées du syndicalisme policiers. Car leur capacité, sur révolutionnaire des origines. Paris par exemple, à entraîner des Avec le refus de bouger même milliers de manifestants hors des sur l’article 2, et l’interdiction de cortèges syndicaux posent de manifester le 23 juin, le gouver-vraies questions… nement veut humilier les sept syndicats qui lui tiennent tête. UN RÔLE CENTRAL DANSPlus encore, il cherche à rendre la LA LUTTE DES CLASSESdéfaite amère pour permettre aux Néanmoins il ne faudrait pas ailes droites des bureaucraties qu’un débat indispensable sur les syndicales de tirer un bilan néga-conséquences des tactiques de tif de l’affrontement. Infliger une guérilla urbaine et leur instru-défaite aux syndicalistes com-mentalisation par le gouverne-batifs pour discréditer leurs dis-ment devienne l’arbre qui cache cours et ramener la CGT dans le la forêt. Si une leçon est à retenir sillage de la CFDT. Voilà l’enjeu de la séquence de lutte du prin-pour le PS et le patronat. temps 2016, c’est la place centra-Jean-Yves Lesage (AL 93)
Auvergne : le blocage, carburant du mouvement social De façon assez sidérante, le bureau de coup aux collègues. Les gendarmes Des cégétistes qui bloquent un dépôt de carburant, le secrétaire l’UD CGT du Puy-de-Dôme, au lieu mobiles cassent le blocage le 23 mai. de l’UD-CGT qui les menace d’appeler les flics, les ouvriers qui partent de soutenir, essaie de stopper l’action, Mais le personnel du site va continuer en grève, l’arrivée des gardes mobiles… Récit. le secrétaire nous menaçant même la grève encore pendant une semaine, Courant mai, on en a tous ras le bol tenir le blocage plusieurs jours et de d’envoyer les CRS ! Eh oui le secré-empêchant les stations-service d’être de ces manifestations à répétition où favoriser la convergence des luttes. taire de l’UD… Mais qu’importe, alimentées. Et la mobilisation ne on ne fait que marcher, avant que cha-Quarante-huit heures plus tard, l’en-retombe pas : c’est un site Atac Logisc’est la base qui a imposé sa volonté. -cun rentre chez soi. Il faut passer à aut-semble des opérateurs du dépôt ces-tique qui est ensuite bloqué, puis unAu bout de trois jours, l’impact du re chose. Après une diffusion de tracts sent le travail… pour soutenir le blo-dépôt pétrolier Bolloré, puis l’aéroblocage devient sensible : une bonne -matinale, nous en parlons autour d’un cage ! Un événement historique, à son partie des stations-service du coin n’a port d’Aulnat. café entre militants, principalement échelle, car ce n’était jamais arrivé. Il plus de gazole, et pas mal de stations Ce qui découle de ce genre d’ac-de l’union locale CGT de Cournon-faut dire que, contrairement aux raffi-Total sont carrément fermées, contrai-tion ? Un moral gonflé à bloc. L’envie d’Auvergne (63) et sans étiquettes. neurs, les employés des dépôts pétro-rement à ce que peut dire la presse. de se battre encore, sans se résigner. Décision est alors prise de communi-liers ne font presque jamais grève. Il Parce que c’est possible, qu’on a renLe blocage va perdurer pendant six -quer pendant la manif pour monter s’agit de petites structures où nous jours dans une très bonne ambiance : contré des gens d’horizons différents, une action de blocage dans la foulée. sommes rarement plus de dix person-cégétistes, nuit-deboutistes, libertai-capables de s’unir dans une même Le 17 mai, une cinquantaine de per-lutte. Et le sentiment que si cettenes, et très peu à être syndiqués. res, sans étiquettes… Hélas je serai le sonnes se mettent en route pour blo-seul gréviste du site à participer aux pratique se banalise, on peut bloquer quer le dépôt pétrolier Total de Cour-LA BASE IMPOSE SA VOLONTÉAG quotidiennes des bloqueurs. Dom-l’économie à l’occasion d’un grand non. Les gens de Nuit debout Cette grève est plus que bienvenue mage, car les discussions y sont riches mouvement social, et que ce sera un Clermont-moyen imparable de se faire entendre.et dressent des perspectives pour les car le blocage, bien qu’impulsé par Ferrand nous rejoignent assez rapidement, ce qui permettra de l’UL CGT ne va pas sans difficultés… luttes à venir – je les répercute après-Laurent (AL Auvergne) 5 Alternative libertaire n°263«juillet-août 2016
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