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Alternative libertaire n°267 (décembre 2016)

De
20 pages

Police, Antiterrorisme, Fougères, Rencontres euroméditerranéennes , Grégory Chambat, Véronique Decker, transidentité, anarchisme en Belgique, Brésil, COP21, Pesticides, Sélection Livres jeunesse, René Berthier, mouvement cheminot de 1995

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Ajouté le : 30 décembre 2016
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ÉDUCATION
L’école de l’émancipation contre
l’école de la réaction p. 8-9
PESTICIDES
L’État et les lobbys du poison p. 14
CULTURE
Noël : des albums pour subvertirMENSUEL N° 267M DÉCEMBRE 2016M 3 euros Dom 4  Québec 4 $ Polynésie 900 F pac. Kanaky 750 F pac.
les enfants p. 15
POLICIERS
fatigués de
cette société ?
L 15980 - 267 - F: 3,00 € - RD nous aussi
Contre la loi El Khomri, à Paris, le 15 septembre 2016 © Yann Renoult
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ÉDITO antisécuritaire
L’idéologie
policière La police déteste (p r
Lors des manifestations
de policiers de ces
dernières semaines, les
moins de charge de travail. Leurmédias se sont empressés En octobre ont eu lieu des manifestations de policiers dans
volonté va bien au-delà : ellede dégainer des sondages plusieurs villes de l’Hexagone, suite à l’attaque au cocktail
s’inscrit dans un projet poli-montrant un soutien Molotov de policiers dans un véhicule. Organisée sans les
syntique. En témoignent les formesimportant. Ainsi, malgré dicats et se faisant largement écho des thèses de l’extrême
mêmes de la mobilisation : deles meurtres, malgré droite, ces manifestations sont le signe d’une évolution
toul’utilisation centrale des symbo-les violences, malgré jours plus autoritaire du régime actuel.
les du nationalisme françaisles affaires, la police
Faut-il commencer par le rap- où les policiers devraient se (Marseillaise, drapeaux tricolo-semble bénéficier d’un
peler ? La police blesse, mutile retourner contre ceux qui les res, hommage à Jeanne d’Arc)soutien étonnamment fort.
et tue. Régulièrement, des asso- instrumentalisent dans leur aux slogans d’extrême droiteSi on écarte la question
ciations ou des organismes intérêt, ils réclament une fuite entendus dans certaines mani-de la fiabilité douteuse
internationaux, peu suspects de en avant : une politique pénale festations (« les racailles en pri-de ces sondages (qui
« gauchisme » ou d’être partisan plus dure, un armement plus son » ou encore « Françaisinviterait à relativiser
du slogan « ACAB », dénoncent puissant. Quel sera le résultat réveille-toi, tu es ici chez toi »).l’importance de ces
les violences policières en Fran- de cette politique ? Ce qu’elle Certains leaders identifiés sontchiffres), ce fait n’est pas
ce. Quotidiennement, du fait de produit depuis des années : de d’ailleurs réputés proches demoins surprenant.
leur couleur de peau ou de leur la tension avec ce qu’elle l’extrême droite comme le
Mais ce serait oublier
tenue vestimentaire, des per- implique comme conséquen- fameux Rodolphe S. (qui n’est
que l’activité policière
sonnes sont harcelées, humi- ces violentes. Et alors que la même pas policier) ou Robert
est « segmentée ».
liées, injuriées, blessées ou tuées légitimité politique de la classe Paturel, ancien du Raid.
Le harcèlement quotidien,
par la police. Au mieux, ces dominante se réduit à peau de
la violence ou les
meurtres sont enterrés par la chagrin, on comprend que les ÉTAT D’URGENCE,
brimades sont toujours
justice, au pire, ils sont justifiés. maîtres cajolent leurs chiens ÉTAT POLICIER
ciblés : de préférence
Ainsi du meurtre d’Adama Trao- de garde. Ce que veulent ces policiers au
sur les classes populaires,
ré : le procureur en charge de De Le Pen à Mélenchon, les fond, c’est une extension de leur
de préférence sur les
l’enquête a évoqué une « infec- politiciens ne cessent de cla- impunité, c’est l’effacement de
racisé.es. Des quartiers,
tion très grave », bien qu’aucun mer leur amour à ces braves la rhétorique républicaine
légades pans entiers de
des rapports d’autopsie n’en soldats. Et quand ils sont au liste qui euphémise la violence
la population ne sont pas
parle, ces derniers avançant le pouvoir, ils joignent le geste à exercée par la police sur la
confrontés à la réalité
résultat d’un « syndrome la parole. Dans le cadre des population. Ils veulent en finir
de la police ou alors
d’asphyxie ». Pendant ce temps, politiques d’austérité les avec cette forme pénible du
de manière ponctuelle,
des milliers d’individus sont moyens de la police sont mal- légalisme qui les empêche
d’aslors de mobilisations.
envoyés devant les tribunaux encontreusement réduits ? Pas sumer pleinement ce qu’ils
Ce serait oublier pour des « outrages » ou des de panique, le gouvernement sont : une force armée au
serviégalement que l’image de « rébellions » imaginaires. Ce suivant les rétablira. Un can- ce des puissants. Les derniers
la police est largement qui permettra à des policiers didat promet un « récépissé de verrous doivent sauter. Et s’ils
déformée : à longueur d’encaisser des indemnités contrôle d’identité » pour limi- ont pu manifester ainsi en
de séries policières, juteuses et de s’acheter une ter le harcèlement policier ? Ne enfreignant toute les règles
légadans leur grande impunité bon marché. vous inquiétez pas, il ne s’agit les de leur profession c’est qu’ils
majorité complaisantes, que d’une promesse de cam- se sont sentis autorisés à le faire
à longueur de reportages, DES POLICIERS « MAL-AIMÉS »? pagne vite « oubliée ». Un mili- car le contexte les y autorisait.
dans lesquels la police Mais voilà que les policiers se tant écologiste est tué lors d’u- Ce contexte est celui de l’état
contrôle son image, sentent « mal-aimés » et se plai- ne manifestation ? Pas de d’urgence qui, à force de
renoucelle d’une profession au gnent que « les gens ne les souci, le gouvernement men- vellement, n’existe plus. C’est
service de la population. respectent plus ». Prenons un tira à la place des gendarmes un état continu. Aucun
gouverLa réalité est évidemment instant au sérieux leurs griefs : et enterrera l’affaire. Ici ou là, nement ne le retirera, soit parce
tout autre et c’est la police est l’instrument de la la police municipale veut sa
tout l’enjeu du combat classe dominante pour défendre part du gâteau ? Des maires
idéologique à mener : ses intérêts. Dans ce cadre, elle leur donneront de nouveaux De Le Pen
montrer et diffuser, est utilisée pour réprimer les uniformes, plus guerriers, et les
par tous les moyens salarié.es qui luttent pour leur armeront. Et si, comme à Beau- à Mélenchon, les
possibles, ce que fait survie ou les écologistes qui se vais, la population refuse par
la police et démontrer politiciens ne cessentbattent contre un projet d’aéro- référendum de les armer, les
sa fonction de maintien port inutile. Par ailleurs, la poli- policiers se vengeront à coup de clamer leur amour de l’ordre au service tique du chiffre a imposé aux de PV. Partout règne
l’impunide la bourgeoisie. policiers de se focaliser sur la té, récompense pour le sale à ces braves soldats.
petite délinquance ou la délin- boulot.
quance routière, facilement Les policiers qui ont manifes- Et quand ils sont
répréhensibles et électorale- té par centaines, parfois armés
ment exploitables. Ces actions et cagoulés, le savent bien. Et au pouvoir, ils joignent
exposent la police à une impo- au fond ce qu’ils veulent ce
le geste à la parole. pularité certaine voire, très rare- n’est pas simplement des
20 novembre 2016
ment, à de la violence. Mais là moyens supplémentaires ou
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P L E I N S F E U X
p resque) tout le monde
qu’il est convaincu que c’est
« utile », soit par peur de la
vindicte des éditocrates. Cet état
implique le renforcement et
l’autonomisation conséquents
du pouvoir policier : des
interdictions de circuler ou de séjour
peuvent être prononcées par le
préfet tout comme des
perquisitions, de jour comme de nuit,
sans l’aval d’un juge, des
dissolutions d’association et des
assignations à résidence peuvent
être décidées. S’agit-il de la lutte
antiterroriste ? Assurément non.
Sur 4 000 perquisitions
administratives ordonnées dans le cadre
de l’état d’urgence, seuls cinq
ont donné lieu à des procédures
judiciaires antiterroristes.
La fonction réelle, c’est
d’accroître le pouvoir de la police
sur certaines parties de la
population en particulier sur les
catégories populaires issues de
l’immigration ou sur les militantes
et militants politiques.
Accélération d’une logique sécuritaire
qui n’est pas neuve et qui est
produite depuis des années par
tous les gouvernements sans
exception : destruction des
quelques libertés publiques gresser. Et ce n’est pas parti pour des tendances autoritaires du policiers, démontrer les méca-Le déploiement
des forces arrachées par les combats s’inverser. Pour 2017, les politi- capitalisme. Celles-ci se tradui- nismes et les raisons de
l’autode répressionsociaux, militarisation et arme- ciens nous promettent plein de sent, dans les politiques sécuri- ritarisme. Mais aussi détruirependant
ment de la police, développe- surprises : construction massive taires mises en œuvre, par une les dernières illusions de ceuxla lutte contre
la loi travail ment de la surveillance et de de prisons, camps de concen- restriction des libertés politiques et celles qui, par naïveté et
para illustré
l’enfermement. tration pour « fichés S », davan- et par l’application de manière ce qu’ils et elles n’y sont pasle tournant
Cette logique puise sa légiti- tage de police et moins de liber- de plus ou plus autoritaires autoritaire du exposé.es directement, ne
pergouvernementmité dans des rhétoriques poli- tés. Les modèles russes ou (sans s’embarrasser de la « for- çoivent pas la réalité des
viosocialiste
ticiennes et médiatiques men- chinois ne sont plus très loin, à me démocratique ») des poli- lences policières. Dans ce sens,en place.
songères. Celles qui prétendent moins que ce ne soit le modèle tiques antisociales : recours au les montages vidéo, les
témoique les violences graves aug- turc qui soit visé. 49.3, volonté de gouverner par gnages ont une puissance virale
mentent alors qu’elles n’ont ordonnance, impositions des sur les différents réseaux
jamais été aussi peu nombreu- UN AUTORITARISME RAMPANT politiques par des organismes sociaux.
ses, celles qui parlent de « cas- Car il s’agit bien d’une évolu- non élus, etc. Mais le cœur du combat
seurs » ; « d’émeutes » pour tion générale du capitalisme et Il ne saurait donc y avoir de consiste d’abord à assurer une
désigner des « violences » poli- non d’une sinistre parenthèse. lutte pour les libertés publiques solidarité de classe sans faille à
tiques qui n’ont pourtant jamais Bien évidemment, les sociétés ou contre l’autoritarisme sans celles et ceux qui subissent la
été aussi peu violentes, celles capitalistes n’ont jamais été une perspective révolutionnaire répression policière. Une
soliqui distillent la peur à longueur démocratiques car elles ont anticapitaliste. Mais l’on perçoit darité qui peut être financière,
de reportages sur la délinquance porté en elles l’autoritarisme, ici toute la difficulté à mobiliser technique mais aussi politique
ou sur la police, déformant la l’exploitation des individus par sur ces questions. Depuis le indépendamment des
désacréalité et propageant le senti- le travail, l’écrasement des début de l’état d’urgence, des cords stratégiques, qu’il faut
cerment d’insécurité chez ceux et exclus ou la colonisation. Mais tribunes ont été publiées dans tes assumer, mais qui ne doivent
celles qui pourtant ne vivent les combats sociaux y ont sou- la presse, des appels ont été lan- pas être prétextes à la division
pas, dans leur écrasante majo- vent amené de la contradiction cés et quelques manifestations face à la répression policière.
rité, cette insécurité. Mais s’il y et les rapports de force n’ont pas ont été organisées mais elles Enfin, importante est la
nécesa une insécurité et une violence toujours été les mêmes. Or la n’ont regroupé que quelques saire adaptation des pratiques
qui progresse, c’est bien celle période actuelle est marquée milliers de personnes tout au politiques dans un contexte où
orchestrée par l’État. La répres- par le recul de ces luttes, pour plus. Il y a donc un combat la part d’illégalité de celles-ci
sion politique et le contrôle des un ensemble de raisons, ce qui idéologique à mener : dénoncer sera croissante.
populations ne font que pro- contribue aux renforcements les mensonges des discours Tristan (AL Toulouse)
Alternative libertaire n°267 décembre 2016M 3
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