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La loi Gabinia contre la piraterie de l'an 67 avant J.-C. - article ; n°2 ; vol.67, pg 129-150

De
23 pages
Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres - Année 1923 - Volume 67 - Numéro 2 - Pages 129-150
22 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Édouard Cuq
La loi Gabinia contre la piraterie de l'an 67 avant J.-C.
In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 67e année, N. 2, 1923. pp. 129-
150.
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Cuq Édouard. La loi Gabinia contre la piraterie de l'an 67 avant J.-C. In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des
Inscriptions et Belles-Lettres, 67e année, N. 2, 1923. pp. 129-150.
doi : 10.3406/crai.1923.74739
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1923_num_67_2_74739LA LOI GABIN1A CONTRE LA PIRATERIE 129
Rotondi a identifié le casirum seprii avec Castelseprio sur
la'rive droite de lOlonna et le monasterium Torbeth avec
le monastère de Torba. La source de G. Flamma est év
idemment en grande partie française et il ne semble pas
l'avoir toujours bien comprise. Je serais assez porté à croire
que l'auteur a greffé une légende d'origine française sur
une légende lombarde : ses sources n'ont pas été jusqu'ici
retrouvées.
LA LOI GABINIA CONTRE LA PIRATERIE
DE L'AN 67 AVANT J.-C.
D'APRÈS UNE INSCRIPTION DE DELPHES
PAR M. EDOUARD CUQ, MEMBRE DE L'ACADÉMIE.
L'inscription qui fait l'objet de cette communication a
été découverte à Delphes en 1904, au cours des fouilles pra
tiquées par l'École française d'Athènes. Elle était gravée
sur la façade du monument de Paul-Émile, où elle couvrait
trois blocs de marbre superposés. Du premier, il ne reste
presque rien. La suite du texte, gravée sur le bloc du
milieu, est très mutilée (1. 1-33). La fin, gravée sur le bloc
inférieur est, en majeure partie, conservée (1. 34-64). Si,
comme il est probable, le premier bloc avait la même
dimension que les deux autres, l'inscription devait avoir
de 90 à 95 lignes, chaque ligne comprenant environ 115
lettres.
L'inscription restée jusqu'ici inédite vient d'être publiée
par M. Pomtow (Klio, XVII, 171), d'après des copies
anciennes. Un texte meilleur et un peu plus complet a été
préparé par M. G. Colin, professeur à la Faculté des Lettres
de Nancy, qui, en 1921, a revisé l'original. M. Colin a bien
voulu me communiquer sa copie destinée au recueil des
1. Comptes rendus de l'Académie, 1904, p. 532.
1923 9 130 LA LOÎ GABINIA CONTRE LA PIRATERIE
Inscriptions de Delphes, mais, comme elle n'a pas encore
été publiée, je ne saurais en faire état dans ce travail. En
attendant, il m'a semblé qu'il était utile de donner un bref
commentaire et de signaler l'intérêt que présente le nou
veau document, tel qu'il a été imprimé dans Klio. J'en
déterminerai d'abord la nature et la date. J'indiquerai
ensuite, dans la mesure où l'état du texte le permet, les
principaux faits qui s'y trouvent consignés.
I
NATURE DU NOUVEAU DOCUMENT
L'inscription de Delphes contient la traduction grecque
d'une loi romaine sur la répression de la piraterie. M. Pom-
tow l'appelle « das Piratengesetz des Sénats » : c'est une
expression impropre. Le Sénat n'a pas le pouvoir législatif
sous la République ; ses décrets. sont des sénatus-consultes
ou des avis donnés aux magistrats. Le peuple seul, lorsqu'il
est interrogé dans ses comices par le magistrat compétent,
a qualité pour donner des ordres (jubere), pour faire des
lois. Il s'agit ici d'une loi ou plébiscite : ε'ίτε νόμος εστίν είτε
δήμου γνο>μη (1. 19, 28). Le texte latin devait la qualifier :
lex plebisve scitum. Les ordres donnés aux magistrats
doivent être exécutés conformément a cette loi : κατά τού
τον τον νόμον ; chaque contravention est sanctionnée par une
amende et donne lieu à un procès déféré aux tribunaux. La
loi se borne à contier la solution de certaines questions à
la décision du Sénat : τής συγκλήτου οόγμα (1. 16, 18).
Il
DATE DE LA LOI
L'importance historique de l'inscription de Delphes a été
méconnue par suite d'une erreur commise, dès le jour de la LA LOI GABIN1A CONTRE LA PIRATERIE 131
découverte, sur la date de la loi. Cette erreur doit, avant
tout, être rectifiée. Tous ceux qui se sont occupés de cette
loi en ont fixé la date à Tannée 654 de Rome, cent ans
avant notre ère. C'est l'année où C. Marius fut consul pour
la sixième fois avec L. Valerius. On trouve en effet, dans
la partie de l'inscription qui a pu être déchiffrée, la ment
ion de ce consulat : Γαίωι Μαρίωι καΐ Λευκίωι Ουαλερίωι. Mais
une loi sur la répression de la piraterie n'avait aucune rai
son d'être en cette année. L'expédition, dirigée contre les
pirates ciliciens par le préteur M. Antoine, est antérieure
de deux ans : elle avait commencé en 632/102 et venait de
se terminer en 654/100 par le triomphe d'Antoine.
Une observation suffit d'ailleurs à démontrer que la ment
ion du consulat de C. Marius et de L. Valerius n'a aucun
rapport avec la date de la loi : cette mention figure à la
ligne 20 du second fragment, donc au milieu du dispositif.
Elle n'y serait pas à sa place : la date d'une loi est toujours
dans le préambule. Les consulats cités parfois dans le
corps d'une loi se réfèrent à un fait antérieur. C'est ainsi
que dans la loi agraire de 643 on vise le consulat de 621 :
P. Mucio,L. Calpurnio, cos. i ; dans la loi Antonia de 683,
relative à Termessus major en Pisidie, on vise les consuls
de l'année précédente, L. Gellius, Cn. Lentulus, et ceux de
663, L. Marcius et Ser. Julius 2.
La date de la loi peut être fixée d'une façon certaine en
rapprochant les dispositions qu'elle renferme et le récit des
auteurs anciens sur les guerres entreprises par les Romains
contre les pirates. La loi édicté un ensemble de mesures
destinées à détruire la piraterie d'une façon radicale. Cette
indication va nous permettre de déterminer, par voie d'él
imination, la date de la loi.
Les Romains ont employé deux méthodes pour combattre
1. CI. L., I, 175.
2. Ibid., I, 114. 132 LA LOI GABINIA CONTRE LA PlRATERÎK
la piraterie : ils ont d'abord pris des mesures spéciales à
certaines régions. Ils ont chargé les gouverneurs des pro
vinces maritimes de veiller à la sécurité de leurs côtes 1 ;
ou bien ils ont poursuivi les pirates dans leurs repaires 2,
comme le firent M. Antoine dans les montagnes de la Cili-
cie 3, et vingt ans plus tard (a. 78-76) le consul P. Servi-
lius sur les côtes de l'Asie mineure 4. Cette méthode n'a
donné que des résultats précaires : les pirates chassés de
certaines mers se reformaient ailleurs, lorsque les Romains,
qui n'avaient pas de flotte permanente, n'étaient plus en
état de les poursuivre.
La seconde méthode a consisté à organiser des expédi
tions générales pour combattre les pirates sur tous les points
à la fois 5. C'est ainsi qu'en 74, le Sénat confia la police
des mers à un chef unique, M. Antoine, le fils de celui qui,
trente ans plus tôt, avait commandé l'expédition de Cilicie.
Notre confrère, M. Foucart, a décrit, dans un article du
Journal des Savants (1906, p. 560), les campagnes de
M. Antonius Creticus, et expliqué les causes de son
insuccès. Le Sénat lui avait conféré un pouvoir illimité
[imperium infinitum 6) mais sans lui donner des moyens
financiers suffisants et les navires nécessaires à une aussi
vaste entreprise. M. Antoine, fait prisonnier par les pirates
de la Crète, mourut dans leur île en 71 7.
1. Appien, Milhr. 93 : Και γαρ τινας ήδη 'Ρωμαίων στρατηγούς ναυμαχία
νενικήκεσαν, άλλους τε, και τον της Σικελίας περί αυτί) Σικελία.
2. Appien, Mithr. 92: Μάλιστα περί την Τρα-/εΐαν λεγομένην Κιλικίαν, ην
κοινόν σφών ΰ'φορμόν η στρατο'πεδον έτίθεντο είναι.
3. Tite-Live, Epit. 6E : M. Antonius. prselor in Ciliciam maritimes
prœdones persecutus est. Il avait un pouvoir pro consule. Cic, De orat.,
I, 18.
4. Florus, I, 41 (III, 6). Appien, Mithr. 93.
5. DioCass., XXXVI, 33 : Δει μεν γαρ υμάς, εΐ'περ τι των δεόντων ποιη'σετε,
μηδ' παντα'/îj άμα αΰτοΐς πολεμησαι, ί'να μή συνιστάμενοι τζρός αλλήλους,
αυ τας αναφυγας προς τους où πολεμουμένους εγοντες, δύσληπτοι γένωνται.
6. Cic, 2» in Verr. III, 8, 91. Vell. Paterc, II, 31. Ps. Ascon., 206:
Curationem infinitam nactus totius orœ maritimse, gr&tia Cottœ consulis
et Cethegi factione in senatu.
7. Florus, I, 42(111, 7). , . LA LOI GAB1NIA CONTRE LA PIRATERIE 133
L'inscription de Delphes n'a pas trait à la mission conf
iée à M. Antoine par le Sénat. Elle s'occupe d'une expédit
ion organisée en vertu d'une loi. C'est celle dont la direc
tion fut confiée à Pompée en 687/67, parla loi Gabinia.
III
OBJET DE LA LOI
A cette époque les pirates étaient les maîtres absolus de
la mer, depuis les côtes d'Orient jusqu'aux colonnes d'Her
cule [. Ce n'étaient plus de simples flibustiers ; ils avaient
pendant la guerre de Mithridate recruté des partisans chez
presque tous les peuples de l'Orient 2 ; ils formaient une
association puissante qui rendait impossible le commerce
maritime 3. Les rois et les peuples alliés, victimes de leurs
déprédations, reprochaient aux Romains de les laisser sans
défense Κ L'Italie elle-même n'était pas à l'abri des incur
sions des brigands 5. Le ravitaillement devenait difficile ;
le peuple romain redoutait la famine. Irrité contre le Sénat
1. Appien, Milhr. 93 : "Ωστε πολλαί τάχιστα αυτών μυριάδες ήσαν. Καί
ου μόνης ετι της έωας θαλάσσης εκράτουν, άλλα καί της εντός Ηρακλείων
στηλών άπάσης.
2. Ibid., 92 : Άρς"αμένου μεν ί'σως του κακού παράτων Τραχειωτών Κιλίκων,
συνεπιλαβο'ντων δε Σύρων τε καί Κυπρίων και Παμφύλων καί των Ποντικών",'
καί σχεδόν απάντων τών έιόων εθνών.
3. Florus, Ι, 41, : Cilices invaserant maria, sublatisque commerciis
rupto fœdere generis humani, sic maria bello, quasi tempestate prœclu-
serant... Primum conlenti proximo mari, Cretam inter alque Cyrenas,
et Achaiam sinumque Maleum... latrocinabantur.
4. Cic, p. l. Manil, 12 : Quem socium deféiidistis ?... Quid ad nos, cum
ab exteris nationibus captos querar ?
5. Appien, Mithr., 93: "H τε πο'λις ή 'Ρωμαίων τ^σθετο μάλιστα τουκακοΰ,
τών τε υπηκόων σϊίσι καμνόντων, καί αυτοί δια πλήθος ϊδιον επιπόνως λιμώτ-
τοντες... Άλλ'ηδη,καί της γης της 'Ιταλικής τοις παραλίοις,αμφί τε το Βρεν-
τέσιον καί την Τυρ'ρηνίαν, έπέβαινον οί λησταί συν καταφρονήσει· καί γύναια
παροδεύοντα τών ευπατριδών καί δύο στρατη-ρυς αυτοϊς σημείοις συνηρπά-
κεσαν . 134 LA LOI GAB1NIA CONTRE LA PIRATERIE
qui n'avait pas su protéger les côtes les plus voisines, il
accueillit avec enthousiasme le projet de loi du tribun
A. Gabinius 1, qui attribuait à un chef militaire unique,
choisi parmi les consulaires, la mission dans laquelle, sept
ans auparavant, M. Antoine avait échoué 2. Pompée, qui
après son consulat était rentré dans la vie privée, n'était
pas désigné dans le projet 3, mais le peuple imposa sa
nomination malgré l'opposition du Sénat et du consul
C. Piso, malgré l'intercession de deux tribuns, L. Trebel-
lius et L. Roscius. Le consul n'échappa à la fureur popul
aire que grâce à l'intervention de Gabinius. Roscius n'osa
pas prendre la parole ; Trebellius, pour éviter d'être destitué,
retira son intercession 4. Le Sénat dut céder 5.
Pompée fut investi pour trois ans d'un pouvoir illimité
sur toutes les mers, sur toutes les côtes jusqu'à 50 milles
(environ 74 kilomètres) dans l'intérieur des terres ". C'était
un empiétement des comices sur les droits du Sénat, seul
compétent pour conférer des pouvoirs extraordinaires.
C'était contraire à la constitution : le pouvoir d'un dictateur
ne devait pas durer plus de six mois, ni s'exercer hors
1. Le tribun Aulus Gabinius Capito, devenu consul en 58, est l'un des
auteurs de la loi Gabinia Calpurnia, connue par une inscription bilingue
de Délos. Cf. Edouard Cuq, Bull, de Corresp. hellénique, 1922, XLVI,
198-215.
2. Vell. Paterc, II, 31 : quo plebiscito psene totius terrarum orbis
imperium uni viro deferebatur. Cf. sur les incorrections de ce texte,
Willems, Le Sénat de la République romaine. II, 655, 3.
3. Dio Cass., XXXVI, 23 : "Αντικρυς μεν γαρ τό τοΰ Πομπηίου όνομα
ουκ είπεν Γαουίνιος.
4. Vell. Paterc, II, 31 : Dissuadebant optimates. Gic, p. L Manilia,
17.
5. Dio Cass., XXXVI, 22, 28-34 ; 35 : Και έκεΐνά τε και ή γερουσία και
άκουσα επεκύρωσε, και ταλλα οσα πρόσφορα ες αϋτα είναι εκάστοτε εγίγνωσκεν ■
6. Vell. Paterc, II, 31, Α. Gabinius trihtinus legem tulit ut, cum belli
more non latrociniorum orbem classihus,jam non furtivis expeditionibus
piratœ terrèrent, quasdamque etiamltalise urbes diripuissent, Cn. Pom-
peius ad eos opprimendos mitteretur, essetque ei imperium sequum in
omnibus provinciis cum proconsulibus usque ad quinquayesimum millia-
rium a mari. Cic, De lege agraria, II, 17, 46. LOI GABLNIA CONTRE LA PIRATERIE 135 LA
d'Italie '. C'était une atteinte au pouvoir souverain des
gouverneurs des provinces maritimes 2, des peuples et des
rois alliés 3.
La loi Gabinia conféra ensuite à Pompée le droit de choi
sir dans le Sénat quinze légats qui, sous ses ordres, seraient
chargés de le seconder avec pleins pouvoirs. Le front de
mer fut divisé par Pompée en un certain nombre de secteurs.
Appien (Mithr., 95) en cite neuf, confiés chacun à un
ou plusieurs légats, qui avaient mission de le surveiller 4 :
1° Espagne et détroit d'Hercule (Tib. Nero, Manlius
Torquatus) ;
2° 3° Afrique, Mers des Sardaigne, Gaules et de Corse Ligurie et îles (Pomponius) voisines (Lentulus ;
Marcellinus, P. Alilius) ;
5° 4° Sicile, Côtes d'Italie mer Ionienne (L. Gellius, jusqu'à Cn. Lentulus) l'Acarnanie ; (Plotius
Varus, Terentius Varro) ;
6° Péloponèse, Attique, Eubée, Thessalie, Macédoine,
Béotie 8° 7° Bithynie, Les (Sis,enna) îles, la Thrace, mer ; Egée Propontide, avec l'Hellespont entrée (L. du Lollius) Pont ;
(P·. Piso) ;
9° Lycie, Pamphylie, Chypre, Phénicie(Metellus Nepos).
En fait, les quinze légats ne suffirent pas à la tâche ; il
fallut dédoubler plusieurs secteurs. Pompée demanda au
1. Dio Cass., XXXVI, 32.
2. Ce fut l'occasion d'un conflit entre le gouverneur de la Narbonaise et
un légat de Pompée : Pison refusa au légat le droit de lever des troupes
dans sa province ; il dut céder pour ne pas être destitué. Dio, XXXVI,
35.
3. Plut., Pompée, 25 : δύναμιν επί πάντας ανθρώπους.
4. "Ινα αυτοκράτωρ εντελής ου πιστευοιτο μέρους έκαστος υπάρχοι·_ αυτός
δ', οία δη βασιλεύς βασιλέων, αυτούς περιθέοι και έφορώη μένοντας έφ'ών ετάχ
θησαν, μήτε μεταδιώκων τους ληστας περιφέροιτο εξ έργων ατελών ετι όντων ε'.ς
άλλ' εΐεν οί πανταγο'θεν αυτοϊς άπαντώντές τε, και τάς ες αλλήλους δ:α- έτερα,
δρομας άποκλείοντες. {Mithr., 94). LA LOI GAB1NLA CONTRE LA PIRATERIE 136
Sénat de lui accorder encore dix légats avec deux questeurs.
Le Sénat ne résista que pour la nomination, à titre de
légat, de l'auteur de la loi, Gabinius *.
Voici, d'après Florus (III, 6), quelques-uns des change
ments opérés :
Mer de Ligurie : Atilius ;
Mer de Lybie : Lentulus Marcellinus ;
Mer d'Egypte : les jeunes Pompée ; Adriatique : Terentius Varro ;
Propontide : Porcius Cato ;
Mer Egée, Pont-Euxin, mer de Pamphylie : Metellus ;
Mer d'Asie : Ceppio.
Pompée reçut également le droit de réquisitionner, aussi
bien chez les alliés qu'en Italie et dans les provinces, tous
les navires, tout l'argent, toutes les troupes qu'il voudrait 2.
Use procura ainsi une armée de 120.000 fantassins et 4.000
cavaliers, 270 navires et une somme de 6.000 talents
attïques 3.
L'application de la loi aux alliés est confirmée par la
ligne 2 où on· lit [συμμαχία κα]1 φιλία εστίν τώι [δήμαη των 'Ρω
μαίων], par la ligne lOlyikix και συμμαχία έ[στί...], parla ment
ion de la Lycaonie (1. 4) qui appartenait alors au roi de
Gappadoce.
Le triple objet de la loi, nomination d'un général en chef,
adjonction de quinze lieutenants, droit de réquisition, n'est
connu que par les documents littéraires. Il manque dans
l'inscription ; il figurait sans doute sur le bloc supérieur, à
la suite du préambule. On ne pourrait donc affirmer que de Delphes contenait le texte de la loi Gubinia,
si, dans les fragments qui ont été conservés, on ne trouvait
1. Gic, p. t. Manilia, 19.
2. Dio Cass., XXXVI, 35 : και τας ναΰς άπάσας, τά τε χρήματα και τα
στρατεύματα οσα αν έθελήσί), λαβείν εψηφίσαντο.
3. Mithr., 94. LA LOI GABINIA CONTRE LA PIRATERIE 137
d'abord la preuve de l'application de la loi aux alliés, puis
le détail des mesures d'exécution et la sanction de la loi.
Ces deux parties essentielles de l'acte législatif font l'objet
de 11 chapitres sur 14 que comprenait la loi. Gicéron déclare
en effet que les dispositions relatives à la guerre de Pomp
ée contre les pirates étaient écrites dans une loi unique ] .
La concordance des renseignements fournis par deux
sources différentes confirme l'identification de la loi affichée
à Delphes avec la loi Gabinia de imperio Pompei de l'an
67. Cette conclusion est mise hors de doute par un passage
du chapitre 6 de la loi : il contient une dérogation à une
loi un peu antérieure, proposée par le même tribun, la loi
Gabinia de senatu legatis dando.
IV
MESURES D'EXÉCUTION
Les mesures prises pour assurer l'exécution des trois pre
miers chapitres de la loi font l'objet des chapitres 4 à 11.
Je les· examinerai dans l'ordre suivi par la loi 2.
Le chapitre 4 (1. 5-12) prescrit au consul, que le sort
aura désigné pour exercer ses fonctions le premier [ύπατος
δς αν πρώτος γένηται], d'écrire aux peuples et aux rois amis
et alliés dont suit l'énumération : le roi régnant dans l'île
de Chypre, le roi d'Alexandrie et d'Egypte, le roi de
Cyrène, les princes régnant en Syrie, d'autres encore que
la mutilation du texte ne permet pas d'indiquer. Appien
avait cet article sous les yeux lorsque dans son analyse de
la loi Gabinia, il dit : Βασιλεΰσί τε και δυνάσταις καΐ εθνεσι κα!
χόλεσι πάσαις έπέστελλον... 3 De son côté Cicéron assure que
1. P. l. Manilia, 19 : Itaque una lex, vnus vir, unus annus nos... libe-
ravit.
2. Je les ai numérotés pour la clarté de l'explication. Sur le marbre, les
chapitres sont séparés par un trait.
3. Appien, Mithr., 94.