La lecture en ligne est gratuite
Le téléchargement nécessite un accès à la bibliothèque YouScribe
Tout savoir sur nos offres

Partagez cette publication

DE LA RUE SAINT DOMINIQUE AU FAUBOURG SAINT GERMAIN
Préhistoire de la ville et du 222, boulevard Saint-Germain
Frédéric Dupont, alors maire du VII
e
arrondissement, écrit en 1984 dans le catalogue consacré à
cette rue fameuse qui est alors «exposée » au musée Rodin par la Délégation à l
action artistique de
la ville de Paris et la Société d
histoire et d
archéologie du V
e
arrondissement :
« C
est là qu
habita Mme du Deffand, cette « héritière » de la marquise de Sévigné, qui, après avoir
reçu dans son salon les principales célébrités de son siècle, écrivit d
admirables pages, et sut, alors
qu
elle était presque nonagénaire et devenue aveugle, conserver l
amour d
Horace Walpole qui
plusieurs fois par an franchissait la Manche pour entendre sa voix, admirer son visage et ses yeux qui
ne pouvaient plus voir.
C
est aussi rue Saint-Dominique qu
ont été écrites les lettres de Mlle de Lespinasse qui sont les plus
belles lettres d
amour qu
un être humain pût écrire, baptisés par les Goncourt comme « le plus grand
battement de c
œ
ur du XVIIIe siècle » et qui devaient porter l
ultime signature de celle qui devait
mourir peu après le mariage de l
homme qui les avait inspirées. »
Le Musée des Lettres et Manuscrits ne pouvait rêver meilleur patronage. Mais n
est-il pas installé
222 boulevard Saint-Germain ? Lorsqu
en 1866, six cent vingt cinq mètres de l
ancienne rue Saint-
Dominique sont rebaptisés boulevard Saint-Germain, l
histoire de l
ancienne voie n
en est pas pour
autant abolie.
L
évêque Saint Germain d
Auxerre, le découvreur de Sainte Geneviève, a donné son nom à l
église,
précédemment consacrée sous le double vocable de Saint Vincent et Sainte Croix, après sa
translation dans le ch
œ
ur de l
église. Tout naturellement, la nouvelle desserte de la rive gauche rend
hommage à sa mémoire en ce XIX
e
siècle féru d
histoire et d
héritage.
Le nouveau découpage territorial s
entrelace avec la rue saint-Dominique apparemment disparue
dont quelques immeubles constituent le joli secret des fonds de parcelle. Saint-Germain-des-Prés
comme la rue voisine du Pré-aux-Clercs nous rappellent cette campagne qui s
étendait à l
ouest de
l
église et de l
abbaye dont elle était le centre. Le long de la Seine et jusqu
au Palais Bourbon, une
zone inondable appartenait à l
Université depuis Louis VII le Jeune et servait de lieu de réunions et de
délassements pour les étudiants. Extra muros, on la distinguait par l
adjectif « Grand » Pré-aux-Clercs
du « Petit » situé à l
Est.
Un arrêt du Parlement daté du 7 septembre 1629 autorise le lotissement du site. La rue qui bordait
au sud le Pré aux Clercs prend le nom de Saint-Dominique en 1643. Ses anciens noms, dont Treilles
en 1433, Herbu des Moulins-à-Vents en 1523, ou de l
Oseraie (1527), du Port (1530), aux Vaches
(1542) alors que les animaux l
empruntaient pour rejoindre la plaine de Grenelle, illustrent
l
évolution du futur faubourg.
LES DOMINICAINS, DE LA COMMUNAUTE A LA PROMOTION IMMOBILIERE
Les lettres patentes de la reine régente, Marie de Médicis, en date de septembre 1611, autorisent le
père Sébastien Michaelis à fonder à Paris, un couvent de Dominicains, dits des jacobins réformés.
L
installation place du Marché Saint-Honoré est approuvée le 8 avril 1612 par Henri de Gondi,
évêque de Paris. La communauté est revenue à la règle austère de son fondateur. Il faut attendre
une vingtaine d
années pour que le général de l
ordre, le père Nicolas Rodolphi décide la création du
noviciat destiné à la formation des jeunes frères selon ladite réforme.
Vingt mille écus d
or, produits des taxes imposées aux provinces de l
ordre et des revenus des biens
privés des religieux, permettent d
acheter une maison avec terrain attenant de sept arpents et demi.
Quatre représentants de la communauté viennent s
installer le 15 août 1631. L
acquisition n
est
définitive que le 5 juin 1532. L
abbé de Saint-Germain-des-Prés, qui a toujours autorité sur ce
territoire, autorise l
opération le 18 juin et le roi le 6 juillet de la même année.
Dans la chapelle aménagée dans la maison, la première messe est célébrée par le nonce du Pape,
Bichi, le 15 août 1631. Le patronage de la Vierge, dont ce jour est la fête, bénit l
ouverture du
noviciat auquel le nonce a intéressé le cardinal de Richelieu, d
où le don d
une rente annuelle de
2000 livres. Sa nièce bien-aimée, la duchesse d
Aiguillon, assiste à la cérémonie.
On
connaît
son
engagement au service de la Compagnie du Saint Sacrement. Dans cette France consacrée sept ans
plus tard à la Vierge, Paris apparaît comme une cité sainte investie par la spiritualité de la Réforme
catholique.
La propriété est bordée au nord par le Grand Pré-aux-Clercs, à l
est par la butte du Moulin encore
suggérée par le nivellement de la rue Saint-Guillaume en sa partie septentrionale, au sud par la rue
qui va bientôt changer de nom en hommage à ses illustres voisins, et la rue du Bac à l
ouest.
Les maisons destinées à abriter la communauté occuperaient l
emplacement des 216/220 boulevard
Saint-Germain. Deux bâtiments se coupent à angle droit dont la seconde chapelle occupe l
angle
nord-est. Comme la construction se termine le 13 août 1632, le prieur sollicite la bénédiction de
l
abbé de Saint-Germain-des-Prés. Le noviciat dirigé par le père Carré dépend du général de l
ordre
qui siège à Toulouse.
Les dépenses devant être équilibrés par les revenus, les religieux décident d
élever des maisons de
rapport le long de la rue Saint Dominique. Ils cherchent des personnalités qui leur avancent les
sommes nécessaires. Ils trouvent leur premier opérateur en la personne de Geoffroy de Laigue qui
leur confie trente sept mille livres afin de disposer d
une maison dont le noviciat se réserve l
usufruit.
Le contrat est signé le 7 avril 1663.
L
originalité de l
entreprise, alors commune à l
ensemble des ordres urbains qui ont fait de
l
investissement immobilier une pratique, réside dans la décision prise en 1682 par les Dominicains
de concevoir une petite ville patricienne. Le couvent et l
église sont reconstruits et l
église forme le
fond d
une place demi-circulaire, plantée d
arbres, fermée de grilles, notre place Saint-Thomas
d
Aquin, desservie par deux voies, actuellement rues Saint-Thomas-d
Aquin et Gribeauval. Cette
situation en c
œ
ur d
îlot respecte le silence et l
isolement indispensables à la vie religieuse. On ignore
qui a pensé cet urbanisme spécifique. Peut-être une pensée croisée de l
architecte de l
église et de la
spiritualité dominicaine.
En bordure des rues du Bac et Saint-Dominique, dix-sept immeubles (cinq le long de la rue du Bac
édifiés entre 1683 et 1688 - les 230 à 238 boulevard Saint-Germain-, et douze sur la rue Saint-
Dominique de l
année 1684 - les 226 à 214 boulevard Saint-Germain) sont peu à peu construits sur le
modèle des premières maisons de 1663 et années suivantes. Les occupants locataires correspondent
à la cible aristocratique (rue Saint-Honoré les dominicains avaient justement destiné leur promotion
à la population bourgeoise de cette rue marchande), d
où une typologie d
hôtel particulier : porte
cochère et bâtiment sur rue, cour bordée ou non d
ailes, corps de logis et jardin avec en général une
porte permettant un accès rapide à l
église. À noter qu
il ne s
agit pas de demeures luxueuses. Il n
est
évidemment pas question de rivaliser avec les excès des propriétaires particuliers.
Les sommes récoltées ne suffiront pas. Le chantier de l
église qui a pour architecte Pierre Bullet,
architecte du roi et de la ville, dont la première pierre est posée le 5 mars 1683 par l
archevêque
d
Albi, le dominicain Hyacinthe Serroni, et la duchesse de Luynes, Anne de Rohan- Montbazon, ne se
termine qu
en 1769 par la façade signée par le frère Claude, architecte et dominicain. Nombre
d
édifices religieux abritant des ordres connaîtront de la sorte une économie difficile, et parfois un
inachèvement jusqu
à un état persistant de ruines, tels l
église des Bernardins.
DE L
HÔTEL, CINQUIEME MAISON DU PLAN DE VERNIQUET (1796), D
ABORD NUMEROTE 42 RUE
SAINT-DOMINIQUE, À L
ACTUEL 222 BOULEVARD SAINT-GERMAIN.
Un dénommé Bailly est le premier occupant connu de l
immeuble peut-être antérieur au dernier
aménagement du couvent. À dater de Pâques 1682, Jean Luillier, seigneur de Labbebille, le loue à vie
pour un montant forfaitaire de 15 0000 livres. En 1704, M. Goislard, conseiller au Parlement, y
réside.
Le 12 mai 1708, la comtesse d
Arco signe un bail de six ans ; le loyer annuel est fixé à 1 500 livres.
Elle y loge le chevalier de Bavière, le fils qu
elle a eu de l
Electeur Maximilien-Emmanuel, logeant à ce
moment au N° 40 actuel de la rue du Cherche-Midi.
La marquise de Villette lui succède, puis le 10 avril 1717, pour six ans à nouveau et au loyer annuel,
nettement augmenté, de 2 500 livres (le quartier prend de la valeur), à Jean-Baptiste-Julien Danycan
de Lanazouarn, maître des Comptes, et son épouse Claude-Charlotte de Tilly de Blaru. Le bail sera
prolongé.
Le 23 avril 1727, les précédents locataires toujours présents, un bail partant de Pâques de neuf ans,
intéresse particulièrement l
histoire. Le nouvel occupant est en effet Claude de Saint-Simon, abbé de
Jumièges, et plus encore abbé de cour aux idées jansénistes. Il demeurait auparavant rue Taranne,
voie prolongeant la rue Saint-Dominique vers l
abbaye. Déjà locataire de la maison II, il le sera plus
tard des maisons IV et VI.
Cousin du duc de Saint-Simon qui habite la maison II, soit le 218 boulevard Saint-Germain, toujours
existant, entre 1714 et 1746, il héritera de ses papiers à la mort du mémorialiste en 1755. On peut
être reconnaissant à celui qui était surnommé « Monsieur le Riche » et qui fut si imbu de ses titres et
rang, d
avoir évité la vente et la dispersion des Mémoires.
Le loyer modéré de 1 800 livres est lié à l
engagement de l
abbé de construire dans le coin du jardin
« du côté de la maison occupée par le duc de Saint Simon », une écurie avec grenier au dessus. Sur
les 1 800 livres de travaux supplémentaires destinés à l
amélioration du confort, il n
en dépense
pourtant que 800, les Jacobins réglant le solde.
La famille des Saint-Simon représentée par plusieurs de ses membres est bien le symbole de cette
société de locataires. En 1742, Catherine-Charlotte-Henriette de Canouville de Raffetot loue pour
neuf ans au prix annuel de 1 500livres, puis renouvelle pour neuf ans à nouveau en 1751, le loyer
passant à 2 000 livres à la demande de la locataire qui récupère le corps de logis construit dans le
jardin par l
abbé (désormais évêque de Metz) qui reloue le 1
er
octobre 1757 au prix de 2 900 livres.
Quand il meurt le 27 février 1760, sa s
œ
ur, Marie-Elisabeth de Rouvroy Saint-Simon, veuve du duc de
Laval-Montmorency, maréchal de France, loue à son tour, pour neuf ans et 3 000 livres à dater du 1
er
octobre 1760. Elle meurt dans la maison le 4 janvier 1762.
Le chapelet des noms illustres continue de s
égrener. Le 24 février 1762, Marguerite-Charlotte
Fleuriau de Marville, veuve de Pierre-Emmanuel, marquis de Crussol, loue pour neuf ans toujours et
trois mille livres. Le bail étant résilié le 5 avril 1766 un nouveau bail de même durée et d
un montant
de 3 250 livres commence le 1
er
juillet en faveur de Marie-Marthe-Françoise de Bonneval, veuve de
Louis de Talaru, marquis de Chalmazel, gouverneur de Phalsbourg, premier hôtel de la Reine,
demeurant rue de l
Université. Le lendemain de la résiliation du bail, soit le 11 décembre 1770,
l
hôtel est loué, à dater du 1
er
avril, toujours pour trois, six, neuf ans, à François-Raymond, marquis
de Montmort, lieutenant-général, à son épouse Marie-Geneviève Vidaud de Dognon ; le loyer qui
augmente petit à petit est passé à 3 500 livres. Le jour de la résiliation (23 mars 1773), l
hôtel est
reloué au même prix à dater du 1
er
avril, à Adélaïde-Luce-Madeleine Galard de Béarn-Brassac, veuve
de Bertrand-Nompar de Caumont, marquis de Caumont. Ces changements rapides sont
symptomatiques de la fonction quasiment hôtelière, au sens moderne, de ce type de propriété qui
n
est qu
une halte dans la vie de la haute société contemporaine.
Le 1
er
avril 1782, le loyer étant passé brutalement à 4 700 livres, l
évêque de Beauvais, François-
Joseph de la Rochefoucauld-Bayers prend possession des lieux. Son passage est très rapide puisqu
à
partir du 14 août de la même année, et au même tarif, la nouvelle locataire, qui le sera encore en
1790, devient Marie-Louise-Auguste de Montmorency, veuve de Charles, comte de Ruffec,
lieutenant-général.
L
EXPERTISE DES 41/42 RUE SAINT-DOMINIQUE (MAISONS IV ET V DU PLAN DE VERNIQUET) EN
DATE DU 16 SEPTEMBRE 1790. DES ORIGINES DOMINICAINES AUX NOUVEAUX IMMEUBLES DES
224/222 BOULEVARD SAINT-GERMAIN, UN MEME DESTIN ARCHITECTURAL .
MM Destriche, nommé par la Commune de Paris, et Rousseau, nommé par l
Assemblée Nationale,
nous ont laissé une description très exacte du site qui nous intéresse. Les extraits suivants
intéresseront le lecteur d
autant que le plan des constructions élevées à mesure sur la parcelle
permet de bien comprendre le descriptif.
« Maisons et dépendances situés à paris, n°s 41 et 42 provenant de la Communauté des Dominicains
consistant en un corps de bâtiment double, et simple sur la rue avec bâtiment an aile enclavé au
levant sur la cour, d
un autre corps de bâtiment aussi en aile enclavé au levant sur la cour, d
un autre
corps de bâtiment entre les deux cours et d
un petit bâtiment dans le fond de la principale cour, de
trois cours dont une petite pratique dans l
épaisseur du bâtiment en aile au couchant et d
un puits.
Les deux corps de bâtiment sur la rue l
un double et l
autre simple ainsi que l
autre simple ainsi que
l
aile en retour au levant sur la cour sont élevés d
un rez-de-chaussée au dessus des caves de deux
étages carrés et d
une mansarde avec grenier perdu au dessus, l
aile en retour sur la cour au
couchant est élevée d
un rez-de-chaussée avec mansarde au dessus (dû à M de Saint-Simon) et le
petit bâtiment en forme d
« angard » au fond de la cour est élevé d
un rez-de-chaussée, seulement à
usage de remises.
Les caves qui n
existent que sous les deux corps de bâtiment sur la rue sont divisées en plusieurs
berceaux et distributions de planches. Le rez-de-chaussée des deux dits corps de bâtiments sur, la
rue et les deux ailes sont divisés en deux passages de portes cochères avec chacune une loge de
portier et « supente » au dessus des deux vestibules dans lesquels chacun est pratiqué un grand
escalier dégageant tous les étages des dits corps de bâtiment avec chacun sous leurs échappées une
descente aux caves. Le surplus du rez-de-chaussée divisé ensemble en deux cuisines avec chacune un
four, de deux offices, trois autres pièces et d
une remise.
Le 1
er
Etage orné de parquet, lambris, chambranle de marbre et glaces, est composé de six
principales pièces trois cabinets et une petite garderobe en saillie sur la cour.
Le Second Etage divisé en neuf pièces avec corridor.
Le 3
e
Etage en mansarde est divisé en onze pièces pour Domestiques, un cabinet d
aisance et un
autre petit cabinet dans le comble au dessus du bâtiment double sont trois autres pièces dégagées
par un petit corridor avec cabinet d
aisance.
Le rez-de-chaussée du petit bâtiment entre les deux cours est composé d
une écurie pour six chevaux
d
une sellerie d
une remise double d
une grande pièce d
un cabinet d
aisance et d
un petit escalier
montant à l
étage en mansarde composé de cinq pièces avec corridor pour les dégager, le service
d
un grenier à « fourage » au dessus se fait par une « trape » avec échelle de meunier à côté de la
porte de l
écurie est pratiqué un petit « poulaillier ». Le petit bâtiment des remises au fond de la
principale cour est composé de trois remises simples et de deux petites chambres de domestiques,
dans le mur du fond de la cour le long duquel est adossé le bâtiment des remises est pratiquée une
porte conduisant par le passage commun à la place de l
Eglise, dans le milieu de l
épaisseur du mur
de « cloture » séparant les deux cours est un puits, dans la seconde cour est pratiqué un cabinet
d
aisance et un auvent en charpente devant la remise. »
Alors que l
abbé de Sugiac occupe la partie de la maison N°41 et madame de Breuil le N°42, le tout
pour 7 700 livres, l
expertise, qui précise la superficie de deux cent neuf toises, mentionne les droits
de jouissance particulièrement le passage sur lequel donne la porte en fond de parcelle ; sa
suppression est envisagé, ce qui signifie clairement que le départ des dominicains est le signe d
un
changement d
us et pratiques. Les droits de jouissance qui mettent en jeu les mitoyens mettent en
évidence l
interpénétration entre les 41 et 42 qui vont devenir les 38 et 36 rue Saint-Dominique-
Saint-Germain au siècle suivant. La propriété commune et les changements fréquents de locataires
ainsi que les usages ont favorisé une telle configuration.
Les locataires vont laisser la place aux propriétaires, la catégorie sociale qui caractérise le siècle à
venir, siècle de la bourgeoisie. Prix de vente estimé par les experts : «
la Somme de Soixante et
onze mille cinq cent quatre vingt trois livres y compris celle de deux mille neuf cent vingt-huit livres
pour valeur des dix trumeaux ensemble vingt glaces
».
OU L
HISTOIRE DES PROPRIETAIRES CONFIRME LA VOCATION LITTERAIRE INAUGUREE PAR LES SAINT-
SIMON ET OU IL EST RECOMMANDE DE NE PAS SE LAISSER TROUBLER PAR LES CHANGEMENTS DE
NUMEROTATION. LE 32 ENSUITE 36 ET 38 RUE SAINT-DOMINIQUE-SAINT- GERMAIN.
La complexité due à cette imbrication de la propriété des parcelles augmente quand on sait que
suite à la confiscation des biens des Jacobins par l
État, les ventes qui nous permettent de
comprendre l
évolution historique des parcelles concernent un ensemble numéroté 32 rue Saint-
Dominique-Saint-Germain, par la suite 34 et 36 rue Saint-Dominique-Saint-Germain, soit les 220 et
222 boulevard Saint-Germain dont on sait que le bâti est demeuré ancien au 220 et a été reconstruit
au 222, d
autre part le 38, aujourd
hui 224
L
adjudication du 41 rue Saint-Dominique (la numérotation n
a pas encore changé) est prononcée le
15 septembre 1791 au profit du docteur Jean Bayle agissant pour sa future épouse, Madame veuve
Paulin Daguesseau, au prix de soixante et onze mille huit cents livres payables à terme. Née Gabrielle
Anne Delavieuville, l
adjudication est à nouveau prononcée cette fois à son nom le 7 septembre 1791
suite au décès de son second mari.
Le 22 mai 1811, alors que la nouvelle numérotation est en vigueur, le nouvel acquéreur est là encore
une veuve, Madame Meunier, née Odelin, qui acquiert la propriété pour la somme de cent cinq mille
francs dont la fille, veuve de Joseph Violette, héritera à son tour après la mort de son frère. Décédée
à Bourg-la-Reine le 14 septembre 1852, elle lègue son bien par testament olographe à Alexandre
Goffin qui lègue à son tour le 8 octobre 1852 à Mademoiselle Jeanne Guy, célibataire majeure
habitant également Bourg-la-Reine. À la mort de celle-ci le 28 septembre 1867, la Fabrique Saint-
Séverin sera admise à hériter de la nouvelle propriétaire par décret impérial du 14 mai 1870 à
condition d
accepter les clauses du testament, à charge pour elle :
« 1 D
ajouter à perpétuité la somme de douze cents francs aux honoraires du curé de la paroisse et
une pareille somme de douze cents francs au traitement des vicaires.
2 De faire distribuer tous les ans et à perpétuité par les soins du curé, trois cents francs aux
pauvres de ladite paroisse.
3 De faire acquitter une année de messes une fois dites et treize messes tous les ans à perpétuité. »
Il nous faut quitter provisoirement le 41 tout en y revenant constamment. En effet, lors de
l
adjudication du 7 septembre 1791, M Catalan, chirurgien dentiste, paye soixante et onze mille deux
cents livres pour devenir propriétaire du 42. Le 12 avril 1809, il acquiert divers « objets » provenant
du 32 vendus par le mandataire de Madame Delavieuville pour un montant de quinze mille francs.
Lui succèdent pour cinquante huit mille francs Monsieur et Madame Jean Eloi Erambert, marchand
parfumeur, le 26 février 1812. Madame Meunier, déjà propriétaire de l
immeuble mitoyen, se porte
acquéreur le 28 juin 1814 et fait une affaire car elle ne paye que cinquante mille francs. Après le
décès de madame Violette, son cousin germain, Jean Meunier est l
héritier auxquelles succéderont
sa veuve et sa fille, Madame Collonge, et sa petite fille, Mademoiselle Guiliani.
LA RECONSTRUCTION.
Les époux Bellaigue sont les bénéficiaires de l
adjudication du 30 avril 1870. La valeur du bien a été
estimée cent quatre vingt deux mille francs. Antoine Bellaigue, propriétaire, et son épouse, Emilie
Eugénie Pierron, demeurent 11, rue Saint-Guillaume lorsqu
ils vendent le 21 février 1885 l
antique
propriété du 38 pour trois cent cinquante cinq mille francs. Le 3 novembre 1885 l
adjudication des 34
et 36 par la Fabrique Saint-Séverin au prix de deux cent dix mille francs.
L
acte contenant cette dernière transaction mentionne que « les constructions qui existaient alors
sur le N°222 ont été démolies, et sur leur emplacement ont été réédifiées des constructions
nouvelles qui ne forment qu
une seule maison avec celle élevée
sur l
emplacement du N°224...
Quant à la maison située Boulevard Saint-Germain N°220, elle a été conservée telle qu
elle existait. »
Libraire, François Xavier Roy, s
adresse à l
architecte Salomon Revel dont l
agence est installée 18,
rue Choron dans le IX
e
arrondissement.
Natif de Rouxviller, élève de Lenormand, il s
agit d
un
généraliste constructeur de banques et d
usines autant que d
immeubles de rapport. Le choix est
bon quand on sait le parti adopté : l
immeuble résidentiel en façade sur le boulevard Saint-Germain,
et la librairie dans la cour, où l
on trouve également le bâtiment servant d
écuries et remises.
L
architecte meurt en 1887 alors que le chantier démarre et c
est son successeur Gabriel Lhuiller qui
réalise son projet. Les magasins seront partiellement transformés en appartements dès 1893, mais
sans perdre leur vocation de départ qui coïncide avec leur nouvelle fonction de musée.
Olympe-Mathilde Roy, fille du libraire promoteur, habite le 218 boulevard Saint-Germain, l
ancien
hôtel illustré par le duc de Saint-Simon, lorsqu
elle meurt le 10 janvier 1935. Son second mari, Henri
Joseph Marie Saint Germain, dit de Saint-Germain, cède le bien à la librairie Rombaldi dont le siège
est 184 boulevard Saint-Germain pour la somme de quatre millions cinq cent mille francs réglés
comptant le 16 décembre 1943. La société Rombaldi est représentée par Madame Germaine
Maurice, veuve en première noces non remariée de Monsieur Toussaint Antoine Rombaldi.
Entre les Roy et les Rombaldi, les libraires éditeurs se sont succédé : Geffroy en 1900, à l
Abeille d
Or
et la Reliure française en 1924. Le Bottin du Commerce par rue nous révèle que les éditions de
l
Abeille d
Or Rombaldi ainsi que Toussaint Rombaldi, également 28 rue Jacob sont déjà présents en
1930.
LA FAMILE ROMBALDI
Les origines croisent Bastia et Ajaccio chez les grands parents de Madame Rombaldi dont la présence
cinquantenaire boulevard Saint-Germain est une caution de l
histoire.
Son père naît à Paris et se marie à une belle alsacienne. Entreprenant dès son plus jeune âge, il a la
chance de rentrer à onze ans chez Calmann Lévy qui lui apprend à conjuguer édition et commerce.
De la boutique de la rue Jacob, il passe à la Société de Géographie (le 184 boulevard Saint-Germain
mentionné précédemment) dont il reprend la librairie.
Il rachète trente six maisons d
édition et son installation dans les lieux dont nous rapportons
l
histoire extraordinaire en font une personnalité de Saint-Germain-des-Prés et du Tout-Paris. Ce qui
ne l
empêche pas de garder les pieds sur terre et de pratiquer le treize pour douze en continuant à
être grossiste en librairie.
Sa fille fait un beau mariage, son fils prend sa suite.Et c
est la création du fameux Club de la Femme
en association avec l
éditeur Cino Del Duca. La maison prospère, recrute beaucoup. Et la charge se
révèlera trop lourde. À tel point que les éditions fermeront leurs portes, laissant un nom inoublié.
L
écriteau portant mention des éditions Rombaldi est heureusement conservé.
DE MADEMOISELLE ROMBALDI À SCIENCES PO ET AU MUSEE DES LETTRES ET MANUSCRITS
Mademoiselle Rombaldi a passé ses premières années dans le bâtiment de la librairie. Après la vente
par la famille à la Caisse de retraites du personnel naviguant de l
aéronautique civile, et la cessation
des activités de l
éditeur, que va devenir l
immeuble industriel de la cour ? Les années ont accumulé
les transformations qui sont de véritables altérations de cette boîte à vide central entouré de galeries
et éclairage zénithal.
La première réutilisation envisagée, soit l
installation de l
école des Sciences Politiques, a eu pour
conséquence la création de plateaux destinés aux open space et un câblage généralisé. Au cours du
chantier mené par l
architecte Eric Chazelle et son agence Drôles de trames, les Bâtiments de France
ont réorienté le chantier vers une mise en valeur du vide autour duquel s
organise le parallélépipède
conçu par Salomon Revel.
La rigueur du projet valorise les structures. Les circulations et sanitaires regroupés derrière un mur
de service noir, les piles de pierre du sous-sol et les colonnes de fonte qui ceinturent le c
œ
ur de la
boîte confèrent un cadre scénique aux expositions et activités à venir du Musée.
L
attention donnée à l
éclairage donne à l
ensemble une coloration qui joue avec la lumière naturelle.
La modernité du site ainsi reconditionné est en relation affinitaire avec les premières maisons
construites par les dominicains destinées à servir à tous usages et locataires en fonction des usages
en cours.
La beauté de l
immeuble créé pour le libraire éditeur Roy est la preuve que l
architecture transmet
parfaitement le message de l
histoire. En effet jusqu
au présent article la mémoire des lieux était
plus ou moins ignorée. Aujourd
hui elle est réunie en toutes ses parties.
Pascal Payen-Appenzeller
Historien
Expert stratigraphe du Patrimoine
Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin