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Le palais de Saint-Cloud sous le second Empire : décor intérieur - article ; n°1 ; vol.1, pg 51-59

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10 pages
Livraisons d'histoire de l'architecture - Année 2001 - Volume 1 - Numéro 1 - Pages 51-59
« The Saint-Cloud castle during the Second Empire : on the interior decoration », by Catherine Granger. The Saint-Cloud castle was one of Napoléon III's official residences, the Emperor has regularly occupied. Except the demolition of the Theatre and the Orangery, no architectural modification was made at this time. Eugénie, but also Napoléon III, were nevertheless certainly interested in interior decoration, which is well-known for Saint-Cloud yard thanks to numerous watercolors, photographs and steward Schneider's files. We know how a lounge was decorated by the cabinet maker Michel-Victor Cruchet, who inserted there a couple of panels made of lime-wood and carved in Louis XVI style, while the Emperor and the Empress focused on buying furniture, as for example at the universal exhibition in 1855. Then, many ancient and modern pictures and sculptures belonging to them decorated the château, some of which came from Queen Hortense. In 1870 the castle burnt out but many works were saved.
« Die Innendekoration des Schlosses von Saint-Cloud während des Zweiten französischen Regimes », Catherine Granger. Das Schloss von Saint-Cloud gehörte zu den offiziellen Residenzen Napoleons III, in denen er regelmassig wohnte. Er liess das Theater und die Orangerie abbrechen, nahm ansonsten keine weiteren architektonischen Anderungen daran vor. Eugénie und auch Napoléon III interessierten sich aber sehr fur die Dekoration : das ist dank vieler Aquarelle, Photographien und den Aufzeichnungen des Haushofmeisters Steward, bekannt. Deshalb kennen wir die Innendekoration eines Salons des Tischlers Michel-Victor Cruchet, der die Wände mit Zitronenholz verkleidet hat. Der Kaiser und die Kaiserin erwarben gerne Möbel, vor allem auf der Weltausstellung 1855. Viele alte und neue Zeichnungen und Schnitzereien, die ihnen gehörten, oder von Königin Hortense stammten, dekorierten das Schloss. Trotz des Brandes 1870, der das Schloss völlig zerstörte, wurden manche Werke gerettet.
9 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Catherine Granger
Le palais de Saint-Cloud sous le second Empire : décor intérieur
In: Livraisons d'histoire de l'architecture. n°1, 1er semestre 2001. pp. 51-59.
Zusammenfassung
« Die Innendekoration des Schlosses von Saint-Cloud während des Zweiten französischen Regimes », Catherine Granger. Das
Schloss von Saint-Cloud gehörte zu den offiziellen Residenzen Napoleons III, in denen er regelmassig wohnte. Er liess das
Theater und die Orangerie abbrechen, nahm ansonsten keine weiteren architektonischen Anderungen daran vor. Eugénie und
auch Napoléon III interessierten sich aber sehr fur die Dekoration : das ist dank vieler Aquarelle, Photographien und den
Aufzeichnungen des Haushofmeisters Steward, bekannt. Deshalb kennen wir die Innendekoration eines Salons des Tischlers
Michel-Victor Cruchet, der die Wände mit Zitronenholz verkleidet hat. Der Kaiser und die Kaiserin erwarben gerne Möbel, vor
allem auf der Weltausstellung 1855. Viele alte und neue Zeichnungen und Schnitzereien, die ihnen gehörten, oder von Königin
Hortense stammten, dekorierten das Schloss. Trotz des Brandes 1870, der das Schloss völlig zerstörte, wurden manche Werke
gerettet.
Abstract
« The Saint-Cloud castle during the Second Empire : on the interior decoration », by Catherine Granger. The Saint-Cloud castle
was one of Napoléon III's official residences, the Emperor has regularly occupied. Except the demolition of the Theatre and the
Orangery, no architectural modification was made at this time. Eugénie, but also Napoléon III, were nevertheless certainly
interested in interior decoration, which is well-known for Saint-Cloud yard thanks to numerous watercolors, photographs and
steward Schneider's files. We know how a lounge was decorated by the cabinet maker Michel-Victor Cruchet, who inserted there
a couple of panels made of lime-wood and carved in Louis XVI style, while the Emperor and the Empress focused on buying
furniture, as for example at the universal exhibition in 1855. Then, many ancient and modern pictures and sculptures belonging to
them decorated the château, some of which came from Queen Hortense. In 1870 the castle burnt out but many works were
saved.
Citer ce document / Cite this document :
Granger Catherine. Le palais de Saint-Cloud sous le second Empire : décor intérieur. In: Livraisons d'histoire de l'architecture.
n°1, 1er semestre 2001. pp. 51-59.
doi : 10.3406/lha.2001.866
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/lha_1627-4970_2001_num_1_1_866par Catherine GRANGER
LE PALAIS DE SAINT-CLOUD SOUS LE SECOND EMPIRE:
DÉCOR INTÉRIEUR
Le palais de Saint-Cloud fit tout d'abord partie des résidences officielles de Louis
Napoléon Bonaparte, président de la République1. Ce fut là qu'il reçut le sénatus-
consulte le nommant Empereur, tout comme Napoléon Ier en 1804. Le palais fut
ensuite compris dans sa dotation, définie par le sénatus-consulte du 12 décembre
1852. Napoléon III en était usufruitier, comme des Tuileries, de l'Elysée, et d'autres
résidences et domaines situés en province. Il en avait la jouissance, pouvait y apport
er tous les embellissements et modifications qu'il souhaitait et devait pourvoir à leur
entretien grâce à la Liste civile (d'un montant de 25 millions par an) qui lui était
accordée2. Si le château de Saint-Cloud est aujourd'hui disparu, son aménagement
intérieur est bien connu, grâce à de nombreux documents: aquarelles de Jean-
Baptiste Fortuné de Fournier (1798-1864) J, vues stéréoscopiques, inventaires du
mobilier, papiers et photographies du régisseur, Armand Schneider, qui publia après
1 870 un livre anecdotique sur la vie à Saint-Cloud4 et en prépara un second, sur le
palais et sa décoration, qui ne parut pas5. Il avait noté précisément l'emplacement
des meubles et objets dans les différentes pièces.
Travaux et nouveaux aménagements
Le château de Saint-Cloud suivait un plan en U ; à l'arrière, du côté Nord, était
accolée l'orangerie, suivie de la salle de spectacle, reconstruite sous Napoléon Ier. Les
appartements du couple impérial se trouvaient au premier étage, dans l'aile méri
dionale ; ceux d'Eugénie donnaient sur le bassin du fer à cheval et les jardins, ceux
de Napoléon III sur la cour d'honneur. Saint-Cloud fit partie des résidences habi
tuelles de la cour, avec les Tuileries, Fontainebleau et Compiègne ; il était occupé au
début de l'été et à l'automne. Le couple impérial n'y fit pourtant que peu de travaux.
Les seules modifications architecturales touchèrent la salle de spectacle et l'orangerie.
1. Sur l'histoire du château, voir comte [Maurice] Fleury, Le Palais de Saint-Cloud: ses origines, ses hôtes,
ses fastes, ses ruines, Paris, [1902], 312 p., et Daniel Meyer, « Le domaine national de Saint-Cloud »,
Monuments historiques, 1975, n° 3, p. 40-57.
2. Sur ce sujet voir Catherine Granger, La Liste civile de Napoléon III: le pouvoir impérial et les arts, thèse
de doctorat de l'École pratique des hautes études, sous la direction de Jean-Michel Leniaud, soute
nue en 2000.
3. Conservées au musée de Compiègne.
4. Armand Schneider, Le Second empire à Saint-Cloud par le commandant Schneider, Paris, 1 894, 296 p.
5. Ses papiers sont conservés à la Bibliodièque historique de la ville de Paris et au département des Estampes
de la Bibliothèque nationale de France. Les clichés illustrant cet article proviennent de ce fonds.
Lwraûorw à' histoire àe l'architecture n°l 52 CATHERINE ORANGER
En 1853, sur ordre de l'Empereur, l'architecte, Jacques-Jean Clerget (1808-1877),
effectua des interventions d'entretien dans le théâtre : raccords de peinture, change
ments de chiffre et d'insignes. Mais quelques années plus tard, Napoléon III décida
sa démolition, ainsi que celle de l'orangerie. Il voulait faire ériger un nouveau
théâtre, comme ce fut le cas à Fontainebleau, puis à Compiègne; il prescrivit de
déposer « avec le plus grand soin » les boiseries des loges et toutes les décorations de
la salle afin de les réutiliser6. Une nouvelle orangerie fut construite dans le parc en
1861-62V. Mais ce furent la galerie d'Apollon, ou le salon de Mars, qui servirent pour
les spectacles.
Comme dans les autres palais, des restaurations et aménagements furent réalisés
au début du règne, en particulier dans les appartements de l'Impératrice : repolissage
des cheminées en marbre ; remplacement de glaces étamées, parfois en deux volu
mes, par de nouvelles, livrées par la manufacture de Saint-Gobain ; remise à neuf des
bronzes; dorures des moulures, des cadres des tableaux; travaux de menuiserie
(modification des lambris) s. Hubert frères, « entrepreneurs de sculpture en carton-
pierre », qui travaillaient à cette époque pour tous les palais de la Couronne, four
nirent des rosaces de style Louis XVI, des dessus-de-porte, des couronnements pour
les glaces, des panneaux de porte, ornés de trophées de musique, de rubans, d'ara
besques, de feuilles d'acanthes, de fleurs ou de fruits9. Les peintures furent refaites;
les plafonds des quatre salons évoquaient un ciel nuageux. De nouveaux parquets y
furent posés en 1855, avec différents motifs géométriques selon les pièces10.
Dans les années suivantes, d'autres appartements furent rénovés. Guillaume
Grohé (1808-1885) fournit des lambris en acajou et des portes pour la salle à manger.
Des travaux de peinture, de dorure furent effectués dans l'aile sud ; Hubert frères
fournirent des motifs (rosaces, angles) en carton-pierre. La venue d'invités donnait
aussi l'occasion de restaurations; en 1855, 20.000 francs furent consacrés au grand
appartement donnant sur le jardin de l'orangerie, qui devait accueillir le duc et la
duchesse de Brabant. Des cloisons furent démolies pour permettre de nouvelles
distributions, six glaces furent remplacées, et des ornements en carton-pierre instal
lés". Une partie des travaux faits dans les appartements de l'Impératrice coïncidè
rent avec la visite de la reine Victoria, également en 1855, qui occupa ces lieux.
D'après les souvenirs de la dame d'honneur d'Eugénie, madame Carette, Saint-
Cloud n'était pas la résidence favorite de l'Impératrice, qui préférait les Tuileries ou
Fontainebleau en raison des aménagements qu'elle y avait faits12. Pourtant, ce fut
sans doute pour elle que, en 1856, un petit salon (qui avait été la chambre
6. Arch, nat., F'1 1634, lettre de Frémont, chef de la division des bâtiments, au ministre de la Maison
de l'Empereur, le maréchal Vaillant, 9 décembre 1861.
7. Les crédits se montèrent à 75.000 francs en 1861, plus 35.000 l'année suivante. Arch, nat., F21 1634.
8. Arch, nat., F"1 1628. Devis de 47.546 francs établi par l'architecte du palais, Clerget, le 4 octobre
1853, et accepté par le ministre de la Maison de l'Empereur, Achille Fould, le 25.
9. Arch, nat., F:' 3425/2, décompte de travaux exécutés par Hubert frères.
10.nat., FJ1 1629.
11. ibid.
12. Amélie Carette, Troisième série des souvenirs intimes de la cour des Tuileries, Paris, 1891, p. 62.
LivraLiona d'hiàtoire àe l'architecture n°l LE PALAIS DE SAINT-CLOUD SOUS LE SECOND EMPIRE 53
d'Henriette d'Angleterre), situé dans les apparte
ments donnant sur l'orangerie, fut décoré de
panneaux de tilleul sculptés par Michel- Victor
Cruchet (1815-1899), dans le style Louis XVI.
Certains documents parlent du « petit salon de
l'Impératrice » ; il prit ensuite le nom de de
Cruchet, ou salon sculpté13 (ill. 1). Cruchet fut un
Illustration non autorisée à la diffusion des ébénistes qui travailla pour Eugénie, exécutant
des copies de meubles anciens14. Dans ce salon, des
sculptures en carton-pierre ornèrent le plafond —
Cruchet fut un des premiers à les utiliser dans la
décoration intérieure — et des boiseries sculptées
couvrirent les murs. Les panneaux étaient ornés de
motifs de fleurs, de couronnes, de figures d'en
fants, au dessus des trois glaces ; de carquois,
casques, boucliers, oiseaux, au dessus des portes à 111. 1 : Le salon sculpté, photographie, Bibl.
deux vantaux ; de nœuds de rubans et de chutes France, dép. est. et phot. (cl. BnF).
de fleurs pour les portes à un vantail. Des têtes de
béliers ou de chèvres décoraient la partie haute des pilastres. Les portes étaient égal
ement sculptées, les unes sur le thème des quatre saisons, les autres de guirlandes,
feuillages et vases de fleurs. Des glaces furent posées au-dessus de la cheminée, sur
le mur d'en face et entre les fenêtres. Cruchet fournit également une cheminée sculpt
ée, en marbre blanc. Des travaux de complément, non prévus dans le budget, furent
effectués en 1858 par l'ébéniste. Le devis se montant à 1 1 000 francs, l'ajournement
avait été proposé, mais l'Empereur voulut que les travaux fussent exécutés imméd
iatement. Il s'agissait de remplacer des tapisseries placées à titre provisoire par des
panneaux sculptés, dans le même style que le reste du salon, et d'installer une console
surmontée d'une glace15. L'aménagement continua l'année suivante, avec un plafond
peint, circulaire, exécuté par Pierre- Victor Galland (1822-1892), représentant des
figures sur un fond de ciel. À l'origine, quatre dessus-de-porte, ornés de figures d'en
fants, avaient également été prévus, et commandés à cet artiste. Mais il fut ensuite
décidé de placer des plaques de peinture sur porcelaine, fournies par la manufacture
de Sèvres, qui fit aussi les médaillons des pilastres1".
Les œuvres d'art et le mobilier
Si les travaux furent peu nombreux, les souverains imprimèrent leur marque à
Saint-Cloud par le choix de l'ameublement, des oeuvres d'art exposées. Il fallait
13. Le devis se montait à 56.282 francs. Arch, nat., F21 1630.
14. Voir Denise Ledoux-Lebard, Le Mobilier français du XIX siècle, 1795-1889, dictionnaire des ébénistes
et des menuisiers, Paris, Editions de l'Amateur, 1989, p. 141-142.
15. Arch, nat., F* 1632, lettre de Clerget à Achille Fould, 5 mars 1858.
16. Ibid., lettre de Clerget à Achille Fould, 15 novembre 1859.
Lwrauiorw à'huitoire de l'architecture n°l 54 CATHERINE GRANGER
d'ailleurs combler des vides, puisque des toiles provenant du Louvre furent récupérées
par le Musée sous la Seconde République. Dès 1852, des tableaux acquis au Salon par
Louis-Napoléon y furent placés, en grand nombre ; et les envois continuèrent dans les
années suivantes. Les scènes de genre et les paysages, particulièrement appréciés par le
couple impérial, et correspondant bien aux goûts de l'époque, furent nombreux.
Napoléon III s'entoura aussi de souvenirs de sa famille. En 1854, il racheta le
contenu du château d'Arenenberg en Suisse, ancienne propriété de sa mère la reine
Hortense qu'il avait dû vendre après sa mort. Toutes les caisses furent envoyées à
Saint-Cloud. On n'en connaît pas de liste précise, mais elles contenaient à la fois des
statues, du mobilier, et sans doute des tableaux. Tout ne resta pas sur place ; ainsi la
bibliothèque de la reine fut envoyée au palais de l'Elysée. Mais un certain nombre
d'oeuvres furent réparties dans le château. Quatorze tableaux appartenant à
l'Empereur rentoilés au Louvre, et renvoyés à Saint-Cloud en janvier 1856:
des paysages de Paul Bril (1554-1626), Jan Miel (vers 1599-1663), une Sainte
famille17, un portrait de petite fille par Charles Paul Landon (1760-1826) IS. Une
sculpture fut enlevée du vestibule de l'escalier de l'Empereur, sur son ordre, pour
faire place à une statue de Joséphine provenant d'Arenenberg19. Un tableau en tapis
serie des Gobelins représentant Bonaparte Premier Consul., d'après Gros, fut installé
dans le salon de Mars20. Parmi les objets provenant ď Hortense, citons encore une
pendule à musique, ornée d'une statuette de femme alanguie, en marbre blanc, repo
sant sur un socle d'acajou supporté par des lionnes de bronze. Elle était placée sur
une cheminée dans le salon vert de l'Impératrice21.
Saint-Cloud est le palais qui reçut le plus de tableaux appartenant à la famille
impériale, en dehors des Tuileries. Une liste d'œuvres du domaine privé présentes à
Saint-Cloud dénombrait vers 1855 soixante-seize peintures, dont dix-neuf en magas
ins22. Le bureau de l'Empereur était orné de plusieurs tableaux et sculptures : Une
femme d'Eleusis d'Henriette Browne (1829-1901), peintre de genre très appréciée par
Napoléon III et Eugénie, des portraits de l'Impératrice et de sa sœur la duchesse
d'Albe, Napoléon Ier et les jeunes princes de sa famille à Saint-Cloud de Louis Ducis
( 1 773- 1 847) 2\ Le Sommeil propice de Jacob Jordasns ( 1 593- 1 678), une Sainte famille
de Jacques Stella (1596-1657), une Vierge de l'Ecole italienne, un portrait de jeune
fille, deux statuettes en bronze représentant un chasseur à pied et un zouave. Sa chamb
re contenait des portraits d'Hortense et du roi Louis de Hollande, Le Prince Impér
ial en enfant de troupe par Adolphe Yvon (1817-1893), des bustes de l'Impératrice,
par Emilien de Nieuwerkerke, et du roi Louis.
17. И s'agit peut-être de la Sainte famille de Stella que l'Empereur conservait dans sa chambre.
18. Arch, musées nationaux, 3DD27, fol. 9.
19.nat., F2' 1628, lettre de l'adjudant Rolin au ministre, 30 mai 1854.
20. Arch, nat., AJ" 1 155, inventaire du mobilier de 1855.
21. Cette pendule fut restituée à la famille impériale en 1924. Elle fait aujourd'hui partie des collections
de la princesse Napoléon.
22. Arch, musées nationaux, Z52 Saint-Cloud.
23. Ce tableau fut acquis en 1855 à un marchand pour 2000 francs. En 1 868, une copie fut exécutée, et
l'original envoyé au musée de Versailles.
Livraison*) d'hi)toire de l'architecture n°l PALAIS DE SMXT-CLOl Ъ SOUS LE SECOXD EMPIRE 55 LE
La correspondance administrative garde la trace des ordres donnés par l'Empereur
pour la décoration. On voit nettement qu'il s'intéressait au décor qui l'entourait. Lors
d'un séjour en 1854, il demanda à plusieurs reprises un catalogue des objets d'art
du palais24. Il fit faire des changements. Avant 1848, l'escalier d'honneur était orné
d'un portrait équestre de Louis-Philippe par Ary Scheffer. L'Empereur proposa en
remplacement un tableau de sa collection, Le Premier Consul au grand Saint- Bernard
par Jacques-Louis David (1748-1825). En fait, une tapisserie des Gobelins, sur le
thème de la danse des nymphes, y fut installée provisoirement25. En 1855,
Napoléon III demanda qu'on mît à la place une scène de bataille. Nieuwerkerke
suggéra un tableau de Georges Rouget (1784-1869), commandé en 1837 pour le
musée historique de Versailles, représentant le moment où le sénatus-consulte de
1804 établissant l'Empire est apporté à Bonaparte, alors à Saint-Cloud26. Il y fut
installé durant l'été. Deux ans plus tard, L'Arrivée de la reine d'Angleterre à Saint-
Cloud, commandé à Charles Louis Miiller (1815-1892), prit sa place (ill. 2).
L'Empereur fit placer la Sapho de James Pradier (1792-1852) 27, acquise par l'Etat
au Salon de 1852, dans le vestibule du grand escalier d'honneur, et fit venir une statue
des Tuileries pour lui faire pendant28. La reine Victoria nota dans son journal que le
souverain l'emmena voir Sapho., ainsi que La Nuit de Joseph Pollet (1814-1 870) , dans
le vestibule de l'escalier de l'Impératrice (ill. 3) 1Ч. Il fit parfois enlever une œuvre qui
lui déplaisait ; par exemple, en 1 860, il fit savoir au comte de Nieuwerkerke, direc
teur général des musées, qu'il avait remarqué dans la chapelle des tableaux qui ne lui
avaient pas plu. Il demanda qu'ils fussent enlevés le jour même, tout en précisant
qu'il voulait être consulté avant leur remplacement30. En 1863, il ordonna quelques
changements dans les sculptures31.
La décoration de certaines pièces changea profondément au cours du règne.
Fortuné de Fournier fit plusieurs séries d'aquarelles représentant les appartements
d'Eugénie. On peut y voir le salon des Officiers d'ordonnance (ou salon rouge, de
la couleur des tentures en soie) et le salon des Dames3- (ou salon vert), aux murs
24. Frédéric Villot, conservateur au musée du Louvre, avait appris cela par le régisseur du château. Arch,
musées nationaux, 1BB*13, procès-verbal du Conservatoire des Musées, 17 janvier 1854.
25. Arch, nat., AJ" 1155, fol. 3, inventaire du mobilier de 1855.
26. Arch, musées nationaux, P12 Saint-Cloud, fol. 129, lettre de l'adjudant Rolin à Nieuwerkerke, 12
juillet 1855. Ce tableau qui mesure 4 x 6,4 m. est conservé au musée de Versailles.
27. Paris, musée d'Orsay.
28. Arch, nat., F21 1628, lettre de l'adjudant Rolin au ministre, 30 mai 1854.
29. Queen Victoria, leaves front ajournai, a record of the visit of the Emperor and the Empress of the French
to the Queen, and of the visit of the Queen and [...] the Prince Consort to the Emperor of the French,
1855, London, 1961, p. 141-142, 27 août 1855. La Nuit fut restitué en 1881 à l'Impératrice; une
réduction est conservée au musée de Compiègne.
30. Arch, musées nationaux, P12 Saint-Cloud, fol. 139, lettre de Rolin à Nieuwerkerke, 28 juillet 1860.
31. Ibid., fol. 140, lettre de Gally, régisseur des Tuileries, à Nieuwerkerke, 16 octobre 1863.
32. Voir Française Maison, « Fortuné de Fournier, le salon des Dames du palais de Saint-Cloud », Dessins
français du XIX siècle dans les musées de Picardie, Saint-Quentin, Section fédérée Picardie de l'Asso
ciation générale des conservateurs des collections publiques de France, 1994, p. 124-126. D'autres
pièces ont été étudiées : Jean-Pierre Samoyault, « Vues d'intérieur », Jean-Baptiste Fortuné de Fournier,
LivraLtorui à histoire de l'architecture n °/ 56 CATHERINE GRANGER
Illustration non autorisée à la diffusion
111. 2 : L'escalier d'honneur, photographie, Bibl. nat.
de France, dép. est. et phot. (cl. BnF).
Illustration non autorisée à la diffusion
111. 3 : La Nuit de Joseph
Pollet, placé dans le
vestibule de l'escalier de
l'Impératrice, photogra
phie, Bibl. nat. de
France, dép. est. et phot,
(cl. BnF).
Livraliorut (Yhuitoire àe l'architecture n °1 PALAIS DE SAIXT-CLOl.'D SOILS LE SECOND EMPIRE 57 LE
couverts de tableaux qu'elle avait achetés au Salon. Mais en 1 866, presque toutes les
toiles furent envoyées, sur ses ordres, dans son hôtel parisien de la rue de l'Elysée.
Dans le salon vert, seuls restèrent un grand paysage de montagne du peintre norvé
gien Hans Fredrik Gude (1825-1930) et un portrait d'Eugénie en costume Louis XV,
par Franz Xaver Winterhalter ( 1 806-1 873) 33. D'autres œuvres vinrent les remplacer
à Saint-Cloud, dont un paysage de Jules André (1807-1869). Mais il ne s'agissait
plus uniquement d'oeuvres de la collection de l'Impératrice; une photographie
montre dans ce salon Le Soir de Jules Breton (1827-1906) M, qui avait été acquis par
l'Etat en 1861 pour le musée du Luxembourg. Les œuvres qui étaient retirées du
Luxembourg, « musée de passage », pouvaient soit être attribuées à des musées de
province, soit servir à décorer les résidences de la Couronne. On peut citer une
douzaine de tableaux de ce musée envoyés à Saint-Cloud en juillet 1866 et octobre
1867, pour combler les vides des deux salons, dont La Rencontre de Faust et
Marguerite de James Tissot (1836-1902), Le Confessionnal à Saint-Pierre de Rome le
dimanche de Pâques d'Ernest Hillemacher (1818-1887), L'Enfance de Charles Quint
d'Edouard Hamman (1819-1888) 3\ La Procession des saintes images aux environs de
Saint-Pétersbourg d'Isidore Patrois (1815-1884) *, Henri III et le duc de Guise de
Pierre-Charles Comte (1823-1895) 37. Eugénie puisa même une fois dans les collec
tions du Louvre, en 1855, ce qui fit grand bruit. Elle fit venir La Sainte famille de
Murillo dans ses appartements, à l'occasion de la visite de Victoria. Un an plus tard,
le tableau fut retiré, sans doute sur intervention de Nieuwerkerke, mais Eugénie
obtint son retour38. On peut le voir sur une vue du grand salon par Fortuné de
Fournier. Il avait été encastré, et y resta jusqu'en août 1870. Forte de ce précédent,
elle voulut décorer ses appartements d'autres toiles du Louvre. Elle demanda deux
tableaux de Rubens, « à prendre dans la galerie du musée », de dimensions un peu
inférieures à celles des panneaux à garnir, afin de laisser apparaître autour des toiles
un peu de la tenture de soie grise39... Deux jours plus tard, Nieuwerkerke était
informé d'un nouveau désir : quatre toiles du genre de Watteau, ou de Boucher, pour
son cabinet de travail40. Mais Eugénie, qui n'était pas soutenue par l'Empereur dans
ce projet, n'obtint pas satisfaction: retirer des œuvres du Louvre pour les placer dans
des résidences impériales était mal vu du public.
L'Art en France sous le Second Empire, Paris, R.M.N., 1979, p. 109-1 1 1 ; Colombe Samoyault-Verlet,
« La chambre d'Eugénie à Saint-Cloud, d'après l'aquarelle de Fortuné de Fournier ( 1 860) », Dossier
de l'art, février-mars 1995, n° 22, p. 58-61.
33. New York, Metropolitan museum of art.
34. Voir Henri Clouzot, Des Tuileries à Saint-Cloud. L'art décoratif du Second Empire, Paris, 1925, pi. VII.
Le tableau de Jules Breton fut ensuite renvoyé au musée du Luxembourg. En 1936, il fut déposé à
l'hôtel de ville de Cuisery (Haute-Saône).
35. Ces trois tableaux sont aujourd'hui conservés au musée d'Orsay.
36. Déposé à Cannes en 1894.
37. Aujourd'hui au château de Blois.
38. Arch, musées nationaux, P12 Saint-Cloud, fol. 133, lettre de Fould à Nieuwerkerke, 4 avril 1856.
39. Ibid., fol. 135, lettre de Williamson, conservateur du Mobilier de la Couronne, à Nieuwerkerke, 15
mai 1856.
40. Ibid., fol. 136, lettre de Lezay-Marnésia à Nieuwerkerke, 17 mai 1856.
Livraisons à'huttoire de l'archUecture n°I 58 CATHERINE GRANGER
Le mobilier existant fut complété par des commandes et des achats. Eugénie,
dont le goût pour la décoration demeure célèbre, ne fut pas la seule à s'occuper de
l'ameublement. À l'Exposition universelle de 1855, Napoléon III acquit pour
28.000 francs, auprès de Ribailler et Mazaroz, qui avaient reçu la première médaille
d'argent, un meuble à deux corps en noyer sculpté en haut relief, sur le thème de la
chasse et la pêche, orné de peintures à l'huile sur fonds d'or. Deux grandes statues
servaient de support à la partie supérieure du meuble41. Placé dans le cabinet de travail
de l'Empereur, il a brûlé en 1870. Le régisseur, Armand Schneider, signalait égal
ement parmi les achats faits à cette exposition une vitrine en bois sculpté, dans le salon
de stuc, et deux dressoirs en noyer et ébène, dans la salle à manger 42. L'un d'eux est
sans doute le buffet dressoir « de style Napoléon III (ou bien grec-renaissance) »,
acheté par l'Empereur à Pierre- Ambroise Chaix (1814-après 1868), orné de figures
de la poésie et la musique. La même année, Grohé fournit pour Saint-Cloud deux
consoles Louis XVI, en bois de rose et amarante, recouvertes d'un dessus de marbre
blanc, et ornées de bronzes ciselés dorés; deux somnos ronds, de même style, en
acajou43, placés dans la chambre de l'Impératrice; quarante chaises en acajou, deux
étagères, des banquettes et des fauteuils pour la salle à manger. Toujours en style Louis
XVI, Wassmus livra en 1857 un « riche guéridon », dans le genre de Riesener, en
bois d'érable, d'amaranthe et de rose, orné de bronze ciselés et dorés. Le dessus était
décoré d'un bouquet de fleurs en marqueterie. Il lui fut payé 8000 francs44. D'autres
ébénistes ont participé à l'ameublement de Saint-Cloud, principalement dans les
premières années du règne. Alexandre-Georges Fourdinois (1799-1871) livra la
psyché du cabinet de toilette d'Eugénie15; Jeanselme, en 1856, des chaises et des
fauteuils pour les appartements de l'Empereur et l'Impératrice. Eugénie utilisa aussi
les collections du Garde-Meuble ; ainsi son cabinet de travail était orné d'un bureau
Louis XV, sorti des Tuileries, et d'une commode de Martin Carlin (vers 1730-1785),
provenant de Fontainebleau. Dans la deuxième partie du règne, les nouveautés furent
peu nombreuses. Eugénie plaça dans son grand salon un piano à queue en bois de
palissandre et noyer avec incrustations et filets de cuivre et ornements de bronze doré,
qui avait été fabriqué à Vienne et lui avait été offert par l'Empereur d'Autriche après
l'Exposition universelle de 186746. Le cadeau de François-Joseph comprenait égal
ement deux candélabres monumentaux et un lustre, dits de Marie-Thérèse, de style
hollandais, en bronze et cristal de Bohème. Les candélabres furent installés dans le
salon de Mars, de chaque côté de la cheminée, et le lustre dans le salon des Vernet47.
41. Arch, nat., O5 1679, dossier des acquisitions de l'Empereur à l'Exposition universelle de 1855, mandat
de payement du 21 décembre 1855. Sur Pierre Ribailler (1809-1868), qui était associé à son gendre
Paul Mazaroz, voir D. Ledoux-Lebard, op. cit., p. 552-553 (une gravure représentant ce meuble y est
reproduite).
42. B. H. V. P., papiers d'Armand Schneider, fol. 56 et 57.
43. Arch, nat., O5 1681, mémoire de fourniture.
44. Ibid., mandat de payement du 28 février 1857.
45. La maison Fourdinois a fait l'objet d'une thèse de l'Ecole des chartes, par Olivier Gabet, soutenue en 2000.
46. Il fut restitué à Eugénie en 1871.
47. Arch, nat., AJ19 345, fol. 230, inventaire du mobilier du palais de Saint-Cloud, 1867-1869.
Livrauotu à' histoire de L'architecture n°l LE PALAIS DE SA1XT-C.LOVD SOCS LE SECOND EMPIRE 59
En septembre 1870, le château fut occupé par les Prussiens et incendié par un
obus le 13 octobre. Les événements ont été racontés par le régisseur, Armand
Schneider48. Si le château a brûlé, et si les décors intérieurs ont été ruinés, un grand
nombre d'objets a pu échapper au désastre grâce à l'activité de l'administration. Au
début, en raison de l'insuffisance des moyens de transport, Schneider dut choisir les
pièces les plus précieuses, qui furent ramenées à Paris entre le 6 et le 18 septembre49.
Henry Barbet de Jouy, conservateur du Louvre, vint prendre des œuvres appartenant
au Musée. Puis, pendant l'incendie, des meubles, des objets d'art et une partie de la
bibliothèque purent être sortis du palais. Le prince royal de Prusse avait donné l'ordre
de sauver le tableau de Miiller, L'Arrivée de la reine d'Angleterre à Saint-Cloud, parce
que sa femme y était représentée, mais en vain, car il était marouflé, à une grande
hauteur, dans la cage d'escalier déjà en feu50. Les Prussiens participèrent au sauve
tage, mais parfois à leur profit: des vases des Sèvres, des bustes du roi Louis et
d'Eugénie furent emportés51. Une partie des objets qui avaient échappé à l'incendie
appartenait personnellement à la famille impériale, et lui fut restituée.
Saint-Cloud est un des palais qui connut le moins de transformations architec
turales sous le Second Empire. Mais il est caractéristique de l'intérêt réel que
l'Empereur montrait au décor de ses résidences, et de son attachement aux souven
irs de famille dont il vivait entouré. Les vues qui nous restent de Saint-Cloud témoi
gnent aussi de la politique d'encouragement aux arts menée par le couple impérial,
qui achetait régulièrement tableaux, sculptures et mobilier.
Catherine GRANGER
conservateur des bibliothèques
Bibliothèque nationale de France
48. Le 6 septembre 1870, Schneider, qui était sous-régisseur, fut chargé de remplacer le régisseur, Battel,
qui venait de démissionner. B. H. V. P., papiers Schneider, fol. 69.
49. Ibid. , fol. 52 et 158.
50. Ibid., fol. 3 et 44.
51. Ibid., fol. 21 et 56.
Lwrauoruf ô'hutoire de l'architecture n°I