La lecture en ligne est gratuite
Lire Télécharger

Partagez cette publication

Site Internet
www.cae.gouv.frAnalyses
Économiques
Créativité et innovation
Les derniers
Rapports dans les territoiresdu Conseil
d’Analyse
Rapport de Michel Godet, Philippe Durance et Marc MousliÉconomique
70. Perspectives agricoles
en France et en Europe
Nous sommes à l’aube d’une troisième vague d’innovations dans un monde où
71. Mondialisation : émergent de nouveaux producteurs. Il faudra continuer à innover, non seulement
les atouts de la France
dans les high techs mais aussi dans les organisations, la gouvernance, la forma-
72. Les leviers de la croissance tion, et le management. Ce sera la créativité dans les usages des technologies
française
qui démultipliera l’innovation et assurera l’avenir des entreprises.
73. Mesurer le pouvoir d’achat
Les réflexions de ce rapport s’appuient sur le travail collectif d’un groupe de travail
74. Gaz et électricité : un défi
commun au Conseil d’analyse économique, à la Délégation interministérielle àpour l’Europe et pour la France
l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale et à l’Académie des tech-75. Private equity et capitalisme
nologies. Elles ont porté non seulement sur l’économie de production, et sur lesfrançais
pôles de compétitivité à vocation exportatrice, mais aussi sur l’économie présentielle76. La mondialisation immatérielle
et sur les pôles d’attractivité qui dépendent de la qualité de vie et de services des
77. Innovation et compétitivité territoires. S’appuyant sur de nombreux exemples, ce rapport vise à identifier et
des régions
faire connaître les nouvelles formes d’innovation de toute nature qui peuvent amé-
78. La crise des subprimes liorer les deux dimensions du développement des territoires, compétitivité et
79. Salaire minimum et bas revenus attractivité. Vingt-cinq contributions originales complètent le rapport et en explici-
tent les principaux messages.80. Politique de change de l’euro
81. Performances à l’exportation Ce rapport a été présenté à Monsieur Michel Mercier, ministre de l’Espace rural et
de la France et de l’Allemagne de l’Aménagement du territoire, le mardi 18 mai 2010. Cette lettre, publiée sous la
82. Loger les classes moyennes responsabilité de la cellule permanente, reprend les principales conclusions
tirées par les auteurs.83. Le financement des PME
84. Immigration, qualifications
et marché du travail
85. Le partage des fruits
de la croissance en France
Créativité et innovation La France peut jouer sur plusieurs ta-86. Épargner à long terme
et maîtriser les risques financiers bleaux. Elle mène, avec les pôles de com-Ce rapport reprend l’analyse des facteurs
87. Politique climatique : une nouvelle pétitivité, une politique ambitieuse pour
architecture internationale de compétitivité de l’économie française
disposer d’une industrie high tech puis-
88. Refondation du droit social : qui reposent principalement sur l’inno-
concilier protection des travailleurs sante. Mais les pôles de production com-vation en abordant de façon originale leet efficacité économique pétitive à vocation exportatrice n’expli-concept d’innovation et en le reliant à ses89. Investissement direct étranger quent que 20 à 25 % des revenus d’unet performances des entreprises dimensions territoriales. Plutôt qu’à l’in-
territoire. Sur le reste de la production, il90. Les mobilités des salariés novation high tech, il s’intéresse à l’in-
(à paraître) est possible d’innover dans les domainesnovation low tech qui constitue également
du management, du commerce, de l’or-un facteur de croissance et qui se retrouve
ganisation, des services à la personnepartout dans les territoires si on y prête
pour améliorer un de ses principauxattention. Ce concept recouvre notam-
atouts qui est sa « qualité de la vie ».ment tous les nouveaux usages perfor-
mants de l’Internet, les outils liés aux Le rapport introduit la notion de créati-n° 4/2010
nouvelles technologies qui favorisent le vité qui est particulièrement utile pour
tourisme, les services à la personne, la analyser les dispositions à l’innovation
modernisation des services publics lo- dans les territoires. La créativité est la
JUILLET 2010
caux… capacité à produire des idées et surtoutles organiser d’une façon originale. Elle tunités pour les entreprises et les collec- entreprises s’inspirent de modèles de
suppose des cerveaux assez « agiles » tivités locales. Les défis du recyclage, du communautés internes à leurs activités.
pour imaginer, rapprocher et associer des retraitement, d’économie d’énergie, Si ces pratiques existaient déjà, par exem-
idées parfois très différentes, et organi- constituent des pistes nouvelles. Le prin- ple dans le cadre de rencontres dans des
ser de façon nouvelle des concepts cipe de traçabilité va réhabiliter le be- lieux de convivialité comme les bars à
existants. Elle doit être encouragée au soin de proximité, raccourcir les chaînes sushi au Japon, les capacités d’Internet
cours de la formation initiale des jeunes du producteur au consommateur et fa- ont décuplé ces usages.
à travers des enseignements moins ma- voriser le retour à des productions plus Le modèle Toyota constitue l’exemple
gistraux. Mais au niveau des territoires, locales. Le principe de précaution par
de l’innovation participative, complé-
son émergence suppose plusieurs ingré- contre mérite une attention toute parti- ment de l’innovation institutionnelle.
dients pour lui permettre de se déve culière dans la mesure où son applica-
Aujourd’hui, de nombreuses entreprises
lopper : tion maximaliste ou isolée pourrait cons- industrielles et en particulier dans le sec-
tituer un frein à l’innovation locale.
• la créativité a un lien étroit avec l’art teur automobile se sont approprié les
et la culture générale, même lorsque les La dimension sociale demande que la principes de ce modèle. Dans le secteur
préoccupations sont techniques et éco- question de la mixité des populations, de des services, le rapport cite un exemple
nomiques. Tous les arts sont des trem- l’intégration des populations immigrées, dans l’hôtellerie avec une démarche par-
plins pour la créativité ; et de l’éducation des jeunes en difficulté ticipative des salariés organisée pour faire
trouvent des solutions innovantes, par- émerger des innovations.
• la créativité a un besoin vital de tolé-
fois présentes dans des pays voisins. Par
rance, de la part de la société civile autant Certaines entreprises n’hésitent pas à
ailleurs, le contexte de fort vieillissement
que de celle des institutions. La trans- solliciter leurs clients pour améliorer ou
des populations dans nos pays va rendre
gression est consubstancielle à la créati- orienter la production de leurs produits.
plus urgente la recherche de solutions aux
vité ; Le rapport évoque les pratiques de dé-
questions précédentes.
veloppement de logiciels en version• la culture, la sociabilité, les occasions
La dimension économique porte, outre « bêta » ainsi que le cas d’un grand fa-
de rencontre et d’émulation pèsent plus
la prise en compte de l’usage de ressour- bricant de jouets.que les traditions autochtones et que les
ces rares, sur celle de l’instabilité d’un
aménités naturelles, même si celles-ci Les innovations organisationnelles por-
modèle de croissance reposant trop sursont utiles ; tent aussi sur les structures juridiques des
l’endettement notamment public. Mais
entreprises. De nouvelles formes d’or-• la créativité dans un territoire repose la nécessité de trouver les moyens de
ganisation permettent de moderniser les
sur sa capacité d’attirer les talents, ce qui contrôler l’évolution des dépenses publi-
liens sociaux et les relations de confiancesuppose outre une atmosphère de liberté ques constitue un fort levier pour la re- parfois défectueuses dans les structures
et de tolérance, de disposer de biens cul- cherche de solutions innovantes pour les
trop hiérarchiques.turels et de lieux d’échanges ; administrations publiques, comme pour
Parmi ces entreprises alternatives, onles entreprises.• l’aboutissement de la créativité néces-
trouve les sociétés coopératives de pro-
site des financements facilités par la pré- (*)duction (SCOP) . En cinq ans, leur nom-sence de « business angels » privés ou Innovation et compétitivité
bre a augmenté de 23 % et leurs salariésdes entreprisesdu tiers secteur ou des capacités d’accès
de 14 %. Toutefois, elles ne représentent
aux ressources publiques des universi- La clé de la réussite des innovations dans encore que 0,2 % de l’emploi marchand.
tés ou centres de recherche. les entreprises repose sur la capacité des Deux autres statuts d’entreprise sont ve-
dirigeants à adapter leur management et nus compléter la gamme d’entreprises
leur organisation aux évolutions techno- alternatives : les sociétés coopérativesEnjeu de l’innovation
logiques. Sans cet effort, les méthodes d’intérêt collectif (SCIC) qui permettentpour les territoires
nouvelles se heurtent à la culture an- d’associer salariés, bénévoles, usagers,
Au niveau national, l’innovation est sur- cienne de l’entreprise et dégradent les collectivités publiques, entreprises, asso-
tout associée aux technologies de pointe, relations humaines. Pour adapter fine- ciations et particuliers et les coopérati-
et celles-ci ne doivent pas être négligées, ment les organisations de travail à l’élé- ves d’activité et d’emploi (CAE) qui of-
mais les enjeux sont aujourd’hui aussi vation des compétences individuelles et fre un cadre économique, juridique et
ceux du développement durable : faciliter les apprentissages individuels, il social permettant l’exercice d’activités
environnementaux, sociaux, économique peut être utile de passer par le diverses en commun. Très utiles pour des
et politiques. La France doit donc inno- niveau intermédiaire des « communau- créateurs d’entreprises, elles permettent
ver de façon singulière, voire unique, tés », internes à l’entreprise ou plus lar-
dans des domaines où elle dispose ges. Par exemple, des communautés
d’atouts incontestables relevant de la d’experts comme celles constituées
« qualité de la vie ». autour de Linux sont des groupes de pro-
erfessionnels qui partagent leurs pratiquesLe développement durable apporte cer- (*) Devenues depuis le 1 février 2010 les
sociétés coopératives et participatives.et leurs connaissances. De nombreusestes des contraintes mais aussi des oppor-
2 ANALYSES ÉCONOMIQUES – N° 4/2010de mettre en commun des moyens ou des toriale. Ses pôles ont bénéficié de finan- jeunes professionnels dans l’exercice de
fonctions ainsi que de permettre des as- cement public avec la mise en place d’un leur activité. Ces formes nouvelles de-
sociations de métiers différents. « guichet unique » : le « fonds unique vraient s’accompagner d’un effort sur la
interministériel ». On distingue trois ty- prévention et leur financement pourraitLe rapport s’intéresse également à deux
pes de pôles de compétitivité : plus relever de la capitation. Les assurés
innovations de rupture, l’économie qua-
sociaux peuvent aussi voir s’améliorerternaire et l’économie de fonctionnalité. • les pôles « orientés business », héritiers
l’information et le traitement de leurs
Plutôt que de vendre des produits, l’éco- des anciens systèmes locaux de produc-
dossiers grâce à l’utilisation des TIC etnomie s’oriente vers la vente de servi- tion, proches du modèle des districts ita-
la responsabilisation de tous les acteurs
ces. L’économie quaternaire regroupe les liens. Ils ont joué le jeu de la recherche
salariés, employeurs et employés des or-activités proposant de satisfaire les be- pour être labellisés ;
ganismes de sécurité sociale. Un témoi-
soins des consommateurs par la mise à
• les pôles « d’aménagement du terri- gnage de telles innovations est présentédisposition temporaire de biens ou de
toire », axés sur le développement local. dans le rapport.
personnes sur tous les lieux de vie en
Ils sont poussés et soutenus par les ins-
s’appuyant sur l’utilisation des TIC. L’innovation peut aussi être efficace danstances locales, mais avec des modes de
L’économie de fonctionnalité permet la formation. L’innovation dans les mé-
coopération encore récents ;
d’offrir l’usage d’un bien sans passer par thodes pédagogiques et dans l’ingénie-
• les pôles de type « Silicon Valley »,sa possession ; le vélo en libre service, rie de la formation a été favorisée par la
dans lesquels la dimension recherche estmais aussi les contrats d’entretien-loca- régionalisation de la formation profes-
primordiale et qui travaillent étroitementtion dans le secteur électronique ou la sionnelle, qui permet de mieux adapter
avec les laboratoires universitaires et lesvente de l’usage de pneus au kilomètre les formations au rythme de l’évolution
centres de la recherche publique.illustrent ces évolutions. En termes d’amé- des techniques. Employeurs et forma-
nagement du territoire, ces nouvelles pra- teurs dialoguent, engagent des partena-
De manière générale, la dimension re-
tiques obligent les entreprises à avoir des riats pour partager des plateformes tech-
cherche et innovation est différente se-
services plus proches de leurs clients. nologiques. La régionalisation, c’est
lon ces trois groupes.
aussi la possibilité de voir se réaliser de
Le rapport rappelle que le tourisme cons-
Pour faciliter l’accès de PMI à des capa- nombreuses expériences originales quititue pour la France une activité écono-
cités de recherche, l’État a créé les Insti- méritent d’être évaluées et mises en com-
mique forte, mais qui pourrait encore
mun.tuts Carnot, qui labellisent les centres degagner à mieux utiliser les TIC, le GPS
recherche de qualité entretenant des par-et les techniques de référencement pour Le rapport décrit une expérience origi-
tenariats avec les PMI. Un levier finan-offrir aux visiteurs potentiels plus de vi- nale d’« open innovation » consistant à
cier est donné à ces laboratoires en pro-
sibilité de l’offre de tous les territoires faire développer par un chômeur un pro-
portion de la recherche partenariale. Dede France. Ce faisant, les territoires peu- jet dormant d’une entreprise au profit des
plus, ils sont présents sur de très nom-
vent être deux fois gagnants car deux. Il évoque également le « réseau
breux territoires.l’attractivité du territoire pour les touris- d’échanges réciproques de savoirs » de
tes est indissociable de son attractivité la Poste qui constitue une véritableCertains territoires peuvent difficilement
pour les professionnels et en particulier bourse d’échanges de savoirs.développer des industries à vocation in-
les créateurs d’entreprise. ternationale. Mais, s’ils sont dotés de
savoir-faire techniques parfois très an- Des territoires stratèges,
ciens et peuplés d’entreprises sachant innovants, créatifs ?
évoluer rapidement et travailler ensem-
Les territoires comme Le rapport distingue l’économie produc-ble, un développement endogène est per-
écosystèmes de l’innovation tive et l’économie résidentielle. De nom-mis à condition d’être soutenus par des
breux territoires bénéficient en termes deDans le débat sur le meilleur modèle de institutions publiques, privées ou consu-
ressources d’un niveau élevé de la redis-l’innovation, concentré dans les grandes laires partageant un même système de
tribution mais aujourd’hui s’y ajoutentmétropoles ou réparti dans de plus petits valeurs. Un exemple de ce type de dé-
des migrations d’actifs rendues faciles etdistricts industriels, le rapport donne la marche se rencontre dans les
rapides grâce à la disponibilité pour leurpréférence au second tout en reconnais- labellisations comme l’appellation d’ori-
travail des nouvelles technologies. Il fautsant que celui-ci suppose un fort dyna- gine contrôlée (AOC).
aussi rappeler l’accroissement spectacu-misme endogène aux territoires, et un
Des gisements d’innovations existent laire du temps de non-travail dans la vieeffort pour y favoriser la « qualité de la
dans le domaine de la santé. Face à la des Français : notamment les vacancesvie ».
désertification médicale, de nouvelles et le temps de retraite qui sont sources
La politique publique des pôles de com- formes d’organisation peuvent émerger de relocalisations résidentielles en dehors
pétitivité concrétisée en 2005 a consti- comme les réseaux territoriaux de santé des territoires habituels d’activité écono-
tué une incitation importante à l’innova- et les maisons pluridisciplinaires. Elles mique. Ceci engendre une circulation
tion industrielle par le décloisonnement permettent de regrouper plusieurs spé- privée des revenus qui viennent abonder
du système productif sur une base terri- cialités, et répondent aux aspirations de les redistributions publiques. On assiste
ANALYSES ÉCONOMIQUES – N° 4/2010 3
à une inversion conceptuelle étonnante : très attractif peut renchérir les prix, ne site Internet dédié. Ils pourraient plus
directement susciter et encourager lesle revenu, qui est l’output final du pro- serait-ce que pour le logement. On peut
cessus de création de richesses est de- envisager que ces écarts de coûts puis- innovations administratives en n’oubliant
pas d’y associer les usagers. Ils doiventvenu, sur les territoires, un input dont sent se refléter dans des rémunérations
fournir des environnements favorables àdépend finalement le PIB. Une contri- qui pourraient varier selon les territoires.
l’innovation en étudiant la transforma-bution de l’INSEE montre que Ceci modifierait la compétitivité relative
tion de l’impôt crédit-recherche en unl’attractivité des territoires pour les re- des territoires, augmentant les chances
impôt crédit innovation. Pour favorisertraités s’étend également aux actifs, voire des moins favorisés d’attirer des activités
la mobilité, le rapport recommande l’exo-aux leaders, qui privilégient alors les sensibles au coût du travail peu qualifié.
nération des droits de mutation en casavantages comparatifs de ces territoires.
de mobilité pour raison professionnelle.
L’attractivité des territoires demande une Des recommandations Pour favoriser le développement des ter-
régulation sociale locale et des mécanis- pour l’action ritoires moins favorisés en y attirant de
mes informels de coordination ainsi nouvelles activités, le rapport proposeLes pouvoirs publics et les administra-
qu’une bonne gouvernance locale. Un d’expérimenter localement des modula-tions publiques doivent assurer la pro-
territoire doit offrir des transports, des tions des revenus d’activité en relationmotion des expériences réussies et en-
équipements et des services publics et avec le coût de la vie.courager les médias à leur réserver une
privés bien organisés. Sa cohérence doit
place suffisante dans le flot d’informa- Les entrepreneurs et les entreprises de-aussi s’appuyer sur ses valeurs propres
tions, apportant ainsi une touche plus vraient mettre en réseau tous les disposi-
et identitaires pour éviter un risque de
positive à des médias riches en « mau- tifs d’accompagnement de la créationdilution, notamment du fait de la nou-
vaises nouvelles ». Ils peuvent dévelop- d’entreprises, veiller à la présence de
velle concurrence des univers virtuels.
per eux-mêmes cette diffusion à travers « business angels » et de gestionnaires
Le coût de la vie constitue également un pour prendre le relais des créatifs et trans-le Comité de pilotage des initiatives lo-
facteur ambivalent de la compétitivité : cales et le soutien à des grands prix ou former les idées originales en projets
sa faiblesse contribue à l’attractivité d’un innovants. Développer les nouvelles ac-des concours nationaux, avec le signale-
tivités liées au développement durable etterritoire, mais à l’opposé, un territoire ment des meilleures expériences sur unaux nouvelles formes d’économie (qua- ratrice d’activités » à la Marshall. s’intéresse plus à la réforme de l’organi-
ternaire, fonctionnalité…) mérite une sation territoriale actuellement à l’étude
Il demeure plus circonspect sur l’idée
attention particulière et un appui public et sur laquelle les économistes pourrait
d’un soutien tous azimuts » à l’innova-
mais avec un soutien financier mesuré proposer des critères de délimitation op-tion, source de dispersion des moyens
pour éviter de faire subventionner par le timale des territoires, de leur organisa-
publics. Par contre, il encourage il ap-
contribuable des activités destinées à une tion et de leur gouvernance du point deprécie l’idée de développement d’indi-
minorité d’utilisateurs. Les nouvelles for- vue de la croissance et de l’emploi.
cateurs territorialisés qui permettraient
mes d’organisation des entreprises d’analyser des logiques d’innovation dif- Christian Saint-Étienne s’interroge sur
(SCOP, SCIC, CAE) devraient être pro-
férentes. Il évoque le cas de la région les facteurs de la croissance. Il souscrit à
mues. Midi-Pyrénées à forte intensité techno- l’imminence d’une troisième vague d’in-
Les territoires et leurs acteurs sont de logique et de la région Bretagne égale- novations soulignée par le rapport mais
composition variable selon les projets ment bien classée en termes d’activités conteste l’importance donnée à « la qua-
d’innovation. Il n’existe pas de décou- d’innovation, mais reposant plus sur des lité de la vie et le dynamisme des rela-
page administratif idéal. Il faut accepter structures de gouvernance efficaces, plu- tions sociales » dans une économie
de sortir de ces découpages institution- sieurs pôles de développement et un at- présentielle qui ne dépend que des trans-
nels pour s’ajuster au meilleur territoire tachement culturel des habitants à leur ferts des régions les plus productives vers
pour un projet spécifique. Il convient région particulièrement marqué. Il con- les autres. À ce titre, il considère que la
d’accepter pour certains projets un « dé- clue en rappelant le rôle des métropoles situation de la France sur ces dimensions
sordre créateur » avec la désignation d’un qui doivent demeurer attractives car leur est remarquable et devrait lui assurer une
préfet, fonctionnaire habilité à lever cer- polarisation et densité de réseaux offrent meilleure position que n’est actuellement
tains obstacles juridiques, administratifs alors les conditions propices à l’innovation. la sienne dans le dynamisme des Nations.
ou réglementaires. Contrairement à l’idée dominante du rap-
Michel Didier s’intéresse à l’apport du port d’un développement par tous les ter-
Dans le domaine de l’éducation et de la concept de créativité et son lien avec ce- ritoires, il considère que les métropoles
formation, il faut susciter la créativité et lui d’innovation. La créativité serait-elle sont des lieux de créations de toutes na-
le goût de la prise du risque en renfor- finalement l’aptitude à avoir des projets? tures (économique, culturelle, sociale…)çant la place des disciplines créatives, L’innovation suppose de son côté l’exis- et qu’elles servent de locomotive aux
quitte à réduire celle des enseignements tence d’effets externes : non seulement autres territoires. Il pense que les terri-
délivrés de manière magistrale. Il ne faut elle crée de la valeur dans des activités toires « périphériques » en fort dévelop-pas craindre de renforcer les partenariats entrepreneuriales directes, mais elle ap- pement contribuent peu à l’amélioration
entre les établissements d’enseignement porte également à l’ensemble de l’éco- de la compétitivité française. Par contre,
et les entreprises en faisant participer à nomie un supplément de valeur par effet quand les métropoles perdent leurs re-
l’enseignement et aux jurys des profes- externe. Cela est particulièrement vrai traités et leurs « manipulateurs de sym-
sionnels reconnus pour leurs compéten- pour les innovations techniques. Cette boles », cela réduit d’autant leur poten-
ces professionnelles au côté des ensei- distinction n’est pas négligeable pour tiel dans une économie mondialisée. Il
gnants reconnus pour leurs compétences définir la légitimité du champs d’un cré- apprécie tout particulièrement plusieurs
académiques. dit d’impôt recherche que le rapport pro- des contributions annexées au rapport.
pose d’élargir. Le concept de créativité En particulier, il adhère à l’idée que nous
permet également de revisiter les condi- sommes face à de nouvelles révolutionsCommentaires tions et les facteurs de développement technologiques comme les biotechnolo-
Pierre Dartout, délégué à l’aménagement endogène des territoires. Michel Didier gies et celles des « cleantechs » que nous
du territoire et à l’attractivité régionale, prend cependant quelques distances avec risquons de laisser passer comme ce fut
partage la ligne directrice du rapport qui l’idée que les infrastructures pèseraient le cas pour celle de la révolution numé-
place le territoire au cœur du processus peu dans le développement des territoi- rique. Il croît également qu’au-delà de la
d’innovation. Il partage l’opinion que les res, ou celle que les processus de type recherche il faut aussi s’intéresser à
territoires gagnants du futur sont ceux qui bottom-up des communautés de prati- l’étape du développement. Cette fonction
parviendront à développer harmonieuse- ques et des équipes de projets seraient ne peut être portée que par des innova-
ment à la fois des pôles de compétitivité plus féconds que les approches top-down teurs-entrepreneurs capables de maîtri-
et des pôles de qualité de vie. Il souhai- du modèle classique de R&D. Michel ser les savoirs, mais aussi les savoir-faire
terait que cette dernière notion de « pôle Didier regrette que le rapport privilégie empiriques permettant d’optimiser la
de qualité de vie » soit plus développée la force des nombreux exemples cités à production et le service rendu au client
dans le rapport. Il partage l’idée qu’il n’y la mobilisation d’évaluations empiriques final.
a pas un modèle universel de l’innova- de l’efficacité économique des arguments
tion mais plutôt une atmosphère « géné- donnés. Il aurait apprécié que le rapport
113 rue de Grenelle 75007 Paris – Tél. : 01 42 75 53 00 – Fax : 01 42 75 51 27
Directeur de la publication : Christian de Boissieu
Rédacteur en chef : Pierre Joly
Conception et réalisation graphique : Christine Carl