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Enjeux environnementaux et question sociale. Pourquoi et comment lier justice sociale et écologie ?

De
10 pages

Crifo (P), Laurent (E). Paris. http://temis.documentation.developpement-durable.gouv.fr/document.xsp?id=Temis-0078078

Ajouté le : 02 janvier 2013
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CONSEIL
ÉCONOMIQUE

POUR LE

DÉVELOPPEMENT

DURABLE






n°23

2013











Enjeux environnementaux
et question sociale
Pourquoi et commen
lier justice sociale et écologie ?

La préoccupation environnementale apparaît comme une nouvelle frontière de la question
ociale : des politiques publiques visant l'équité ou la réduction des inégalités sociales qui ne
rendraient pas en compte la dimension environnementale ignoreraient un aspect essentie
de la question sociale. En sens inverse, l'évolution des inégalités peut renforcer certains
déséquilibres environnementaux, et elle constitue un véritable défi pour le verdissement de
la croissance.
Patricia Crifo (Cedd, Univ. Paris Ouest et EcolePolytechnique)
et Éloi Laurent (Ofce/Sciences Po, StanfordUniversity)

L'ECOLOGIE : UNE NOUVELLEQUESTIONSOCIALE « capacités » (au sens d’Amartya Sen) et les
opportunités sociales dont ils peuvent jouir. Il serait
Le poids des conditions environnementales dans les donc inéquitable que les pouvoirs publics fassent
destins sociaux est considérable : selon l’Organisation l’impasse sur l’environnement dans lequel vivent les
mondiale de la santé (OMS), les facteurs individus (travail, résidence, loisirs), puisque celui-ci
environnementaux « modifiables » (c’est-à-dire sur détermine en partie les facteurs affectant leur santé
lesquels on peut agir) expliqueraient 24 % de la (physique, mentale) et plus largement leur bien-être.
charge de morbiditétotale (années de vie en bonne Or, si cette prise en compte existe en France, elle est
santé perdues) et un tiers de celle des enfants dans le encore beaucoup trop limitée.
monde. Selon d’autres estimations, 40 % des
maladies dans le monde seraient attribuables à la Car l’environnement détermine notamment le
présence, dans l’environnement physique des devenir social des enfants qui y grandissent : des
individus, d’agents pathogènes chimiques ou études américaines (menées notamment par Janet
biologiques. La France n’échappe pas à cette réalité : Currie) ont montré comment une spirale social-
c’est 14 % de la charge de morbidité totale qui y environnementale vicieuse pouvait réduire les
dépend des conditions environnementales. opportunités sociales des enfants à naître du fait de la
pollution de environnement subie par la mère durant
l’
Pour le rapport de l’OMS consacré aux « inégalités sa grossesse. De manière moins tragique, la qualité
de santé environnementale » en 2012 dont un de vie au quotidien est déterminée en partie par
chapitre est consacré à la France, « De nombreuses l’accès à ce que l’on nomme les aménités
inégalités en matière de santé environnementale, environnementales (parcs, jardins, etc.). Au sein de la
notamment lorsqu’elles sont liées à des variables problématique désormais largement partagée en
socioéconomiques ou au sexe des individus, Europe des « inégalités sociales de santé »(auquel le
constituent en outre des « inéquités », car elles sont Haut conseil pour l'avenir de l'assurance maladievient
injustes et évitables. La cause profonde de ces de consacrer un nouveau rapport), la perspective des
inégalités est bien souvent une absence de « ustice inégalités environnementales permet de rendre
distributive » – les risques environnementaux n’étant opératoire un enchaînement essentiel –
pas répartis équitablement et une absence de environnement, santé, bien-être – dans les sociétés

« justice procédurale » – les différents groupes de contemporaines et invite de ce fait à refonder les
population n’ayant pas les mêmes opportunités politiques sociales. Née aux Etats-Unis, cette nouvelle
d’influencer les décisions qui concernent leur approche a déjà été adoptée par les pouvoirs publics
environnement proche. »1 Royaume-Uni au2 et se développe en France, où les
études en cours confirment le lien entre condition
L’environnement conditionne ainsi en bonne partie sociale et conditions environnementales (Caudeville,
la santé des individus et, par contrecoup, les 2013)3.

Conseil économique pour le développement durable

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Références économiques|n°23|2013

Les inégalités environnementales peuvent prendre millions de ménages, soit encore près de 8 millions
de nombreuses formes, notamment celle d’inégalités de personnes. À l’échelle de l’Union européenne, ce
d'accès aux ressources naturelles ou aux aménités sont 21 % des ménages qui seraient dans l’incapacité
environnementales, elles recouvrent alors l'inégale de chauffer de manière adéquate leur logement (si le
répartition de la qualité (positive ou négative) de phénomène touche l’ensemble des pays européens,
l'environnement entre les individus et les groupes. la France paraît particulièrement concernée parmi ses
L’accès inégal à l’énergie fait, dans ce contexte, figure voisins de l’UE, avec un taux de plus de 16 %).
d’inégalité environnementale. Les inégalités
d’exposition recouvrent quant à elles l’inégale La précarité énergétique (ici considérée sous le seul
exposition à des impacts environnementaux néfastes angle du logement) est le symptôme le plus criant
ou à des « catastrophes social-écologiques » et le des inégalités environnementales dans l’accès à
risque d'effet cumulatif des inégalités sociales et l’énergie, mais le problème est bien plus large et
environnementales. complexe : il recouvre l’organisation de l’espace
urbain, l’inégalité dans l’accès aux transports
L’inégalité d’accès auxressources naturelles : lecollectifs, l’inégalité dans le temps des déplacements
cas de laprécarité énergétique et la qualité de vie qui en découle, les contraintes de
mobilité en raison des choix résidentiels, etc.

L’inégalité en matière de besoins énergétiques à la
fois pour chauffer son logement et pour se déplacerL’inégalité d’exposition structurelle : risques et
est manifeste en France selon son lieu et son typepollutions
d’habitation. Il s’agit d’une double précarité
énergétique, liée au logement et à la mobilité Le cas des Zones urbaines sensibles (ZUS) permet
(Hallegatte et Laurent, 2013)4 montrer de manière frappante comment les. de
inégalités environnementales s’articulent avec les
Au Royaume-Uni où les travaux sur la précarité conditions sociales. Les travaux de la Direction
énergétique ont commencé dès le début des années interministérielle à la ville (DIV) indiquent que les ZUS
1990, un ménage est considéré comme en situation sont bien plus exposées aux risques
de pauvreté énergétique » (fuel poverty) s’il environnementaux liés aux activités industrielles que
«
dépense plus de 10 % de son revenu pour maintenir les autres territoires : leurs habitants représentent les
un « niveau adéquat de chaleur » dans son logement, deux tiers de la population française totale exposée
soit une pièce à vivre à 21 degrés et les autres pièces au risque industriel.
de son logement à 18 degrés. Il s’agit de la définition
la plus précise de la pauvreté énergétique existant à Le danger d’un impact cumulatif des inégalités
ce jour dans l’Union européenne (même si elle n’est environnementales et sociales est alors clair : la
pas exempte de défauts méthodologiques) et qui dégradation de la santé des résidents des ZUS en
engage trois facteurs principaux : l’efficacité raison de leur plus grande exposition au risque
énergétique du logement, le coût de l’énergie et le environnemental aggrave encore la précarité de leur
revenu du ménage. condition sociale. Ces conditions environnementales
interagissent avec les comportements pour
On peut noter à ce sujet que, depuis 2003, la déterminer des trajectoires de vie. Les politiques
précarité énergétique a véritablement explosé au publiques ne peuvent pas ignorer cette réalité et ne
Royaume-Uni. Après être descendu à 1,2 millions en doivent pas sous-estimer l’impact qu’elles pourraient
2003, le nombre de ménages en situation de avoir, via l’amélioration de leurs conditions
pauvreté énergétique a été multiplié par trois, la environnementales, sur l’existence des individus.
proportion de ménages pauvres en énergie passant
de 5,9 à 18,4 %. Le gouvernement britannique Cependant, le phénomène d’inégalité sociale dans
attribue cette évolution au doublement de l’indice des l’exposition aux pollutions de l’environnement est, lui
prix de l’énergie domestique de 2003 à 2009, aussi, plus général que le seul cas des ZUS. Tout
lesquels ont largement annulé l’effet de d’abord, il paraît de plus en plus clair que la France a
l’amélioration de l’efficacité énergétique acquise laissé se développer un grave problème de pollution
entre 1996 et 2003. aux particules fines qui touchent ses grands et
moyens espaces urbains. Mais la répartition sociale de
La France a tenté ces dernières années de prendre à ce fardeau environnemental est inégale. En effet,
son tour la mesure de ce phénomène. La loi du 12 certaines populations sont, de par leur mode de vie
uillet 2010 reprend la définition proposée par le ou leur activitéprofessionnelle, plus exposées à la
rapport du groupe de travail du Plan Bâtiment pollution de l’air extérieur que d’autres. La pollution
Grenelle sur la précarité énergétique publié en 2009 : atmosphérique dans les grandes villes est
« Est en situation de précarité énergétique […] une généralement plus importante que dans les petites
personne qui éprouve dans son logement des villes ou en milieu rural. Or les ouvriers qui habitent
difficultés particulières à disposer de la fourniture plus souvent dans les grandes villes sont
d’énergie nécessaire à la satisfaction de ses besoins potentiellement plus exposés que le reste de la
élémentaires en raison de l’inadaptation de ses population à une pollution en milieu professionnel. Le
ressources ou de ses conditions d’habitat. ». Le groupe cas de l’amiante illustre parfaitement ces risques
d’experts précité a estimé à 13 % le nombre des environnementaux, autrefois négligés, voire niés,
ménages dans cette situation, soit environ 3,4 dont on constate aujourd’hui la gravité et l’impact sur

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certaines catégories socioprofessionnelles. On oublie L’enjeu des inégalités sociales engendrées par le
trop souvent les écarts considérables d’espérance de changement climatique6 est de plus en plus reconnu
vie selon la catégorie socioprofessionnelle, qui ont dans le cas des pays en développement7, mais il n’est
tendance à s’aggraver et non à se réduire. Une pas moins important dans les pays riches, bien que
conséquence en est qu’un système de retraite plus d’une nature différente (certains chercheurs évoquant
uste ne peut se bâtir sans prendre en compte les la « double injustice »8, environnementale et sociale,
risques environnementaux professionnels. qui résulte du changement climatique et des réformes
sociales qu’il engendre).



Espérance de vie des hommes à 35 ans, parpériodeet catégorie sociale


Cadres Employés Ouvriers Ecart entre Ecart entre
(1) (2) (3) (1) et (2) (1) et (3)
1976-1984 41,7 40,5 35,7 1,2 6
1983-1991 43,7 41,6 37,3 2,1 6,4
1991-1999 45,8 43 38,8 2,8 7
2000-2008 47,2 45,1 40,9 2,1 6,3
ouSEI.N:S Ee rc



La composition socioprofessionnelle des villes et L’exemple de la canicule de 2003 illustre bien cette
leur équipement en soin sont également variables problématique. La durée, l'intensité et la portée
selon que celles-ci sont grandes ou petites, géographique de cette canicule ont causé une
septentrionales ou méridionales. La vulnérabilité surmortalité de 14 800 personnes en France (2 000
sociodémographique joue alors un rôle fondamental personnes étant décédées dans la seule journée du 12
dans les différenciations entre villes. Dans les villes où août). Les études sanitaires portant sur la surmortalité
les collectivités territoriales mettent au premier rang en France dans la première moitié du mois d’août,
de leurs priorités les questions environnementales ou indiquent que 80 % des victimes avaient plus de 75
de santé, la qualité de vie des habitants et la ans (90 % des victimes avaient plus de 65 ans).
résilience social-écologique5 de veille sanitaire (INVS) a en outre établi L’Institutsont accrues.
statistiquement les variables expliquant le décès. On

Des études parviennent à mettre en évidence des trouve, par ordre d’importance, la catégorie
différenciations sociales au sein même des ensembles socioprofessionnelle et le degré d’autonomie des
urbains. On a pu montrer par exemple que les niveaux personnes âgées.
de pollution moyens sont plus élevés dans les
quartiers à faible revenu de certaines villes. Or Au-delà de l’impact immédiat d’une catastrophe de
niveaux de revenus et niveaux de pollution sont ce type, les catégories socioprofessionnelles les plus
associés à des taux de mortalité différents : le risque démunies ont plus de mal à rebondir après un
de mortalité non accidentelle est donc plus important évènement qui affecte directement et indirectement
dans les quartiers à faible revenu que celui des leur patrimoine, leur cadre de vie et leurs réseaux
habitants des quartiers favorisés (hauts revenus et sociaux. L’absence d’épargne les rend moins capables
faibles niveaux de particules). On montre aussi que la de réinvestir pour se relancer, et certaines petites
probabilité d’accidents de la circulation est plus faible entreprises ou entreprises individuelles peuvent
dans les quartiers les plus riches de certaines villes en souffrir du temps que mettent les assureurs à les
raison d’un moindre volume du trafic automobile et indemniser. Les travailleurs les moins qualifiés sont
de sa meilleure régulation. Enfin, des nuisances telles alors ceux qui ont le plus de mal à retrouver un
que le bruit sont inégalement réparties selon les emploi si leur entreprise est mise en difficulté par
quartiers d’habitation et le niveau social de leurs l’événement. Certes, on est loin de ce que l’on
habitants, même si, fait intéressant, ces derniers ont observe dans les pays les plus pauvres, où les
tendance à minimiser l’importance de la nuisance. catastrophes peuvent créer des trappes à pauvreté
dont certaines familles ne peuvent sortir, mais il
Tous ces éléments plaident pour un examen existe néanmoins une inégalité manifeste dans ces
systématique des inégalités environnementales en situations y compris dans les pays riches, comme l’a
France, notamment en milieu urbain où l’espace est dramatiquement montré l’épisode de l’ouragan
particulièrement polarisé Katrina aux Etats-Unis en 2005 et plus récemment les
conséquences sociales différenciées de l’ouragan
L’inégalitéface aux catastrophessocial-Sandy dans les Etats de New York et du New Jersey.
écologiques
Q’uest-ce qu’uen lopitiuqe social-écoloqigue ?
Un autre type d’inégalités environnementales est
l’inégalité sociale face aux catastrophes dites « Comment, dès lors, prendre simultanément en
naturelles ». Les inégalités entre les individus et les compte question sociale et enjeux
groupes face à ce type d’évènements dépendent en environnementaux ? Développer une telle approche
effet d'une combinaison de leur exposition respective « social-écologique » consiste à identifier dans
(contexte socio-économique, contexte géographique, l’analyse le caractère lié et parfois inextricable des
comportements individuels, etc.) et de leur sensibilité enjeux sociaux et des défis environnementaux :
respective (âge, état de santé, etc.). reconnaître les enjeux écologiques des questions

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Références économiques|n°23|2013

sociales, révéler les enjeux sociaux des questions salaires en haut de l’échelle des revenus et,
écologiques (Laurent, 2011 et Crifo et al., 2012)9. parallèlement, à la stagnation, voire la baisse des
Mettre en œuvre une politique sociale-écologique salaires les plus faibles.
consiste à articuler enjeux sociaux et défis
environnementaux pour permettre un progrès dans Concernant le premier pilier de la croissance, de
l’une et l’autre dimension simultanément, soit parce nombreux économistes voient dans les NTIC une
que le progrès dans l’une conduit à un progrès dans troisième révolution industrielle responsable des
l’autre (comme dans le cas de l’isolation d’une inégalités persistantes qui se sont manifestées dès les
maison, où le progrès environnemental induit un années 1970 dans la plupart des pays industrialisés.
progrès social), soit parce que la résultante de la L'accélération récente du progrès technique, avec les
politique sociale-écologique est de progresser NTIC, exercerait en effet un biais en faveur des
parallèlement dans l’un et l’autre domaine. Mais dans qualifications et des compétences individuelles, à
bien des cas, envisager et concevoir une politique l'origine de l'accroissement considérable des
sociale-écologique consiste à reconnaître l’existence inégalités salariales. On parle à ce sujet de « progrès
d’un arbitrage entre question sociale et question technique biaisé » en faveur des plus qualifiés.
environnementale pour parvenir à le surmonter (c’est Concrètement, l’utilisation des NTIC (mesurée par
l’exemple de la fiscalité carbone, qui peut, si l’on n’y exemple par les stocks d’ordinateurs détenus par les
prend garde, avoir des conséquences sociales entreprises) induit une augmentation de la demande
néfastes)10 capital humain et de qualifications pour utiliser ces. de
ordinateurs, entraînant une pression à la hausse du

INEGALITES, SOUTENABILITE ET VERDISSEMENT DELAsalaire des travailleurs qualifiés, alors même que
CROISSANCE l’offre de travail qualifié s’accroît elle aussi.


On considère à présent la réciproque du lien entre Mais les inégalités sont aussi le produit du second
ustice sociale et enjeux environnementaux : moteur de la croissance, le capitalisme fondé sur la
comment l'évolution des inégalités peut-elle renforcer création de valeur actionnariale dans une économie
certains déséquilibres environnementaux, et en quoi mondialisée. L’accroissement des hautes
constitue-t-elle un véritable défi pour le verdissement rémunérations est ainsi au centre de controverses
de la croissance ? récurrentesnotamment en raison de la déconnexion
fréquente de ces rémunérations avec les
Crise(s) etinégalités performances économiques des entreprises et de
l’écart que ces rémunérations creusent vis-à-vis du
La double crise, écologique d’une part et salaire moyen ou médian. Martin et Moldoveanu
économique et financière d’autre part, qui caractérise (2003) montrent par exemple que la rémunération
le début du XXIe siècle montre que le modèle de des dirigeants américains par dollar de profit net a été
croissance que nous avons hérité du vingtième siècle multipliée par près de 8 entre 1980 et 200011. En
s’est révélé doublement insoutenable. Sur le plan outre, la finance internationale faiblement régulée a
environnemental, ce modèle est responsable des permis une accumulation excessive de la dette
excès d’émission de gaz à effet de serre qui dérègle focalisée sur les rendements à court terme avec des
le climat. Au plan économique et social, ce modèle a rémunérations biaisées vers le court terme dans le
été marqué par une augmentation spectaculaire des secteur de la finance.
inégalités, une forte instabilité économique et de
multiples crises. Or, l’impact de ces inégalités sur nos économies est
considérable. Leur augmentation a ainsi alimenté aux

Tout au long du vingtième siècle le développement Etats-Unis une très forte hausse de la demande de
économique et la croissance ont permis une crédit pour soutenir la consommation et le logement.
augmentation considérable des niveaux de vie. Aux Plus généralement, dans tous les pays où les
États-Unis le niveau de vie moyen a par exemple été inégalités ont augmenté au cours des années 1990, le
multiplié par 8 entre 1870 et 1990. Mais depuis les surendettement des ménages a également augmenté
années 1970, on assiste dans la plupart des pays de comme le suggère le graphique ci-après.
l’OCDE à une forte augmentation des inégalités, et ce,
malgré la poursuite de la croissance économique, si Le modèle de croissance fondé sur les NTIC et le
bien que dans les économies avancées, le revenu capitalisme actionnarial globalisé et peu régulé avec
moyen du décile le plus riche de la population comme objectif dominant la création de valeur
représente environ neuf fois celui du décile le plus actionnariale à court terme a ainsi largement fragilisé
pauvre aujourd’hui. l’économie réelle et accéléré la survenue de la crise,
notamment par les inégalités qu’il a contribué à
Le modèle actuel de développement économique, exacerber12.
fondé sur deux piliers principaux - l’essor des


Nouvelles Technologies de l’Information et la L’exemple des Etats-Unis est à cet égard le plus
Communication et le capitalisme actionnarial globalisé parlant et fait figure de contre-modèle : la quasi-
- a joué un rôle important dans l’accroissement de ces stagnation des salaires et des revenus pour la très
inégalités, notamment dans les pays de l’OCDE, et grande majorité de la population américaine depuis
particulièrement aux Etats-Unis, où l’on assiste depuis vingt ans (alors même que la productivité du travail a
trois décennies à une augmentation spectaculaire des cru à un rythme important) a entraîné un

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Références économiques|n°23|2013

Inégalités et dette des ménages dans lespays de l’OCDE en 2005

Source :ILO et IntceDeA : isisCr laicnaniF dna cnomi Eco The009..S2 Lpsnoes W ro keR
rnationaInteO aL lruobfruS aLobse.utidstitl Infor ute atrnnaiod anteIn eci

endettement croissant des ménages désireux de mais relativement peu dans les énergies
maintenir leur niveau de vie, endettement dont la renouvelables, dans l’efficacité énergétique, dans les
charge est devenue insupportable et qui explique en transports publics, l’agriculture durable, la protection
partie la débâcle financière. A l’autre bout de la des écosystèmes et de la biodiversité, la préservation
distribution des revenus, le gonflement de la part du des sols et de l’eau. Or, ce schéma d’investissement
revenu national détenu par les plus hauts revenus hérité du XXe siècle épuise le stock des richesses
s’est avéré non seulement économiquement naturelles mondiales, souvent de manière
improductif mais pervers, en ce qu’il a engendré une irréversible, nuit au bien-être des générations
course folle à la rentabilité du capital aboutissant à actuelles et placera les générations futures devant des
une dépréciation pathologique de l’avenir qui a risques et des défis multiples et considérables ».
détourné de leur fonction de financement à long
terme de l’économie les marchés financiers. Comment comprendre de manière plus précise le
lien entre montée des inégalités et insoutenabilité
La crise financière américaine, puis mondiale, s’est environnementale ?14
donc nourri de deux p énomènes tous deux en
h
rapport avec le développement des inégalités de(In)équité et (in)soutenabilité
revenu : un endettement insoutenable des ménages
lié à la stagnation des salaires moyens ; une prise de Dans une perspective économique, les dégradations
risque inconsidéré des entreprises financières liée à environnementales se produisent parce que certains
une fuite en avant dans la rentabilité du capital. membres de la société en retirent des bénéfices (les
gagnants) et parce que les victimes (les perdants) ne
Il y a donc un lien, établi empiriquement et peuvent se faire entendre. Jim Boyce (2002)15écrit de
théoriquement par un certain nombre d’études13 les gagnants, les éclairante : « sans, manière
entre montée des inégalités et insoutenabilité globale dégradations environnementales ne se produiraient
– financière, économique et sociale. Peut-on pas, sans les perdants, il n’y aurait pas de raison de
également établir un lien entre montée des inégalités s’en inquiéter ». Comment « les gagnants » peuvent-
et crises écologiques ? Certes, les causes immédiates ils imposer le coût des dégradations
de la crise financière et de la crise écologique varient, environnementales aux « perdants » ? Pourquoi les
mais elles partagent bien des racines communes, qu’il perdants ne parviennent-ils pas à se faire entendre ?
s’agisse de l’ignorance totale du long terme dans les La réponse de Boyce est triple : parce que les
décisions économiques ou de la mauvaise allocation perdants ne sont pas encore nés, parce qu’ils ignorent
des ressources qui les sous-tendent. Comme le les conséquences de ces inégalités, parce qu’ils n’ont
souligne le PNUE (2011), « ces crises partagent toutes pas assez de pouvoir pour les corriger.
à la base un point commun : une mauvaise allocation
flagrante des capitaux : depuis plusieurs décennies Pourtant, le rôle des inégalités de revenu dans la
des volumes importants de capitaux ont été investis soutenabilité environnementale n’est pas dénué
dans l’immobilier, les combustibles fossiles et les d’ambiguïté. Ainsi, selon MancurOlson16, les inégalités
actifs financiers, incorporant des produits dérivés, contribuent favorablement à la soutenabilité comme à

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certains autres biens collectifs (comme la sécurité). Contrairement à ce que semble croire Olson,
Olson avance deux arguments d’économie politique. l’accroissement des inégalités de revenu entrave
Le premier argument tient à la conviction des riches plutôt qu’elle ne favorise la capacité d’action
qu’ils tireront les plus grands bénéfices d’un collective, ce qui peut contrevenir à la mise en œuvre
environnement préservé. Plus le niveau de revenu de politiques environnementales ambitieuses.Ainsi,
augmenterait, plus on serait disposé à payer pour la plus les inégalités de revenu seront importantes et
protection de l’environnement. Le second argument moins il sera aisé à la fois de sensibiliser les individus
repose sur la capacité effective des riches à aux questions écologiques (qui supposent de se
s’organiser efficacement pour faire prévaloir leur projeter dans le long terme) mais aussi, sur un plan
conviction. Dans l’optique de l’action collective (le opérationnel, de mettre en œuvre des mécanismes de
cadre théorique d’Olson), un petit groupe d’individus compensation efficaces pour contrer les effets
riches, convaincus qu’ils seront ceux qui en tireront le régressifs de certaines politiques environnementales
plus grand profit, serait prêt à assumer le coût élevé (la taxation du carbone par exemple) et ainsi en
de politiques environnementales ambitieuses. Les favoriser l’acceptabilité politique. Ces deux enjeux
riches ont en effet pour eux, sur le plan logistique, sont bien entendu liés.
l’avantage du petit nombre. Un groupe plus large,
dont les revenus seraient plus hétérogènes, ne Enfin et surtout, on peut penser que l augmentation

saurait, dans la perspective d’Olson, trouver les des inégalités de revenu et de pouvoir a pour effet
moyens de s’organiser efficacement pour protéger d’accroître la capacité des riches à transférer le coût
l’environnement. des dommages environnementaux aux pauvres ce qui
les incite moins à protéger l’environnement. C’est le
En somme, si on accepte l’hypothèse que les riches cas à l’intérieur des pays mais aussi entre les pays :
accordent une valeur plus grande à l’environnement, les inégalités internationales expliquent largement les
alors une distribution inégalitaire du revenu doit faire phénomènes de transfert de pollutions. On peut
augmenter la demande en faveur de l’environnement raisonnablement penser que si les individus et les
et finalement avoir un effet positif sur la protection de pays riches devaient assumer toutes les conséquences
celui-ci. La société deviendrait alors collectivement environnementales néfastes de leurs actions, les
moins myope à l’égard de l’exploitation des dégradations environnementales dont ils sont
ressources naturelles grâce à l’action résolue d’un responsables reculeraient rapidement (si tous les
petit nombre de gens très bien organisés pour déchets toxiques devaient par exemple être
influencer les politiques publiques. C’est en quelque conservés et traités dans leur pays ou leur quartier
sorte une vision endogène de la « courbe d’origine, la pression politique pour en diminuer le
environnementale de Kuznets » qui émerge : le niveau serait beaucoup plus forte).
niveau de revenu augmente, les inégalités également
et la concentration des revenus au sommet accroît la Par delà ces arguments théoriques, les études
demande pour l’environnement d’un petit groupe empiriques peuvent nous aider à trancher le fait de
d’individus devenus très riches et politiquement savoir si les inégalités de revenu contribuent à
puissants qui jouent de leur pouvoir pour que soient accroître ou non les dégradations environnementales.
mises en œuvre des politiques environnementales
ambitieuses, qui aboutiront à réduire les dégradations La première question concerne le rapport entre
environnementales. demande pour l’environnement et niveau de revenu.
Il est empiriquement établi que la demande en faveur
Cette approche, défendue depuis Olson par de de l’environnement s’accroît avec le niveau de revenu
nombreux auteurs, a été contestée sur le plan des individus et des pays en moyenne (on dira que le
théorique. Jean-Marie Baland et Jean-Philippe bien environnement est un « bien normal »)18. Ronald
Platteau17 Inglehartmontrent à la fois qu’il n’est pas acquis que19 suggère à ce sujet que l’adhésion à des
des individus plus riches consacrent davantage de valeurs environnementales « post-matérialistes »
ressources au financement du bien public « dépend du niveau de revenu et d’éducation. De
environnement » et que, même dans la situation où même, les études conduites dans le champ des
les riches y contribueraient plus que les pauvres, un sciences politiques montrent que les mouvements
plus fort degré d’inégalités ne conduit pas écologistes sont plutôt soutenus par les classes
nécessairement à un financement plus élevé de la moyennes et aisées.
protection de l’environnement. En effet, plus le
revenu augmente, plus la demande pour Un paradoxe se fait donc jour. Certaines
l’environnement peut être satisfaite par des moyens dégradations environnementales s’accroissent avec le
privés et moins le recours à la puissance publique niveau de revenu20. Il semble donc que plus les
devient nécessaire. A cet argument s’ajoute le fait individus ou les pays sont riches, plus ils dégradent un
empirique que les ménages les plus modestes environnement qu’ils disent par ailleurs vouloir
souffrent de mauvaises conditions environnementales protéger davantage. Il y à simultanéité entre
en raison de l’inégale distribution de la qualité accroissement de la demande pour un meilleur
environnementale et de leur plus grande vulnérabilité environnement et possibilité de se procurer ce bien
socio-économique (cf. supra). Aussi ces ménages en transférant le coût des dégradations occasionnées
modestes tireraient-ils plus bénéfice de politiques aux plus pauvres, au sein des pays ou au plan
environnementales ambitieuses que les groupes les international. Dans le cas du changement climatique,
plus favorisés. c’est d’abord la plus grande capacité d’adaptation des

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pays développés à un climat plus hostile qui explique
qu’ils ne réduisent pas plus vite leurs émissions de
gaz à effet de serre.

Deuxième question : qu’en est-il de l’effet des
inégalités de revenu, non pas sur les comportements
individuels mais sur les institutions collectives ? On
peut d’abord empiriquement montrer que la hausse
des inégalités de revenu entrave, au plan local,
l’action collective nécessaire à la conservation des
ressources environnementales21. Plusieurs études ont
en outre réussi à établir un lien entre déforestation et
niveau d’inégalité22, qui renvoie à l’importance des
défaillances institutionnelles dans les dégradations
environnementales.Il faut ensuite explorer le rapport
entre, respectivement, inégalités de revenu et qualité
des politiques environnementales et inégalités de
revenu et qualité environnementale.

S’agissant du premier lien, Magnani23 établit
l’existence d’une relation négative entre niveau des
inégalités de revenu et dépenses publiques en faveur
de l’environnement. A l’aide des données de l’OCDE
sur les dépenses de recherche et développement
consacrées à l’environnement, l’auteur soutient que
les inégalités de revenu créent un écart entre la
capacité des pays à développer des politiques
environnementales fortes et leur volonté de le faire.
L’arbitrage s’opère entre une plus grande
consommation de biens privés et une plus grande
dépense en faveur des biens publics
environnementaux. Plus les inégalités augmentent,
plus l’électeur médian sera tenté d’arbitrer en faveur
de la consommation de bien privé. Plus les inégalités
se réduisent, plus l’arbitrage se fera en faveur de la
dépense environnementale. Dans ce modèle, le
segment descendant de la « courbe
environnementale de Kuznets » (où la hausse du
niveau de développement est censée s’accompagner
d’une réduction des dégradations
environnementales), s’expliquerait par une réduction
des inégalités de revenu qui favoriserait la mise en
place de politiques de protection de l’environnement.
Hubert Kempf et Stéphane Rossignol24 défendent un
point de vue voisin et montrent que le niveau
d'inégalités détermine l'arbitrage entre protection de
l'environnement et poursuite de la croissance (en
supposant que les deux objectifs sont substituables).
Dans leur analyse, plus le niveau d'inégalités est
élevé, plus les ressources utilisées pour soutenir la
croissance seront élevées, en dépit de leur effet
potentiellement négatif sur l'environnement. En
d'autres termes, en appliquant le théorème de
l'électeur médian, les inégalités affectent le niveau
des politiques environnementales via la disponibilité à
payer pour la protection de l'environnement, elle-
même influencée par le niveau des inégalités dans
l’économie: moins les sociétés sont égalitaires, pour
un niveau donné de richesse, plus les ressources de la
puissance publique seront utilisées pour favoriser la
croissance au détriment de la protection de
l’environnement.

S’agissant du lien entre inégalités de revenu et
qualité environnementale, on montre que l’inégalité

de revenu se traduit notamment par un accès inégal à
un environnement de bonne qualité : plus l’inégalité
de revenu sera forte, moins l’accès à l’eau potable et
aux sanitaires sera répandu, comme le montrent les
travaux de Boyce et Torras25 Heerink et al et26. Ces
même études établissent que l’inégalité de revenu
aggrave également la pollution par le dioxyde de
souffre et la suie27.

On peut enfin explorer le lien entre inégalités de
revenu et destruction de la biodiversité. Les pertes de
biodiversité animale et végétale résultent de facteurs
humains désormais bien identifiés. Il est donc de
première importance de repérer les facteurs socio-
économiques qui peuvent expliquer ces activités
destructrices. Précisément, Mikkelsonet al.28 et
Holland et al.29 qu’il existe un lien entre montrent
inégalités de revenu et perte de biodiversité, et a
contrario entre homogénéité sociale et diversité
naturelle, entre nations du monde mais aussi entre
états des Etats-Unis. Ces études sont particulièrement
intéressantes car elles prennent en compte les
variables de l’écologie humaine, croissance
économique et taille de la population, mais concluent
néanmoins à l’influence prépondérante du degré
d’inégalité sociale. Ainsi, la hausse de 1 % des
inégalités conduit à une augmentation de 2 % des
espèces menacées, avec un temps de retard. La
montée des inégalités observée aux Etats-Unis
(l’indice de Gini s’est accru de 5 % entre 1989 et
1997) aurait permis d’anticiper la hausse de 9 % du
nombre de plantes et de vertébrés menacés en
201030.

Si, à la lumière des arguments théoriques et des
études empiriques, on admet l’existence d’un lien
robuste entre inégalités de revenu, qualité des
politiques environnementales et qualité
environnementale, la forte augmentation des
inégalités de revenu constatée depuis deux à trois
décennies dans l’essentiel du monde développé et en
développement a nécessairement eu un effet néfaste
sur les équilibres écologiques de la planète.

Les inégalités produites par notre modèle de
croissance ne semblent donc pas neutres d’un point
de vue environnemental. Or, la montée en puissance
du développement durable dans les politiques des
gouvernements et les stratégies des entreprises
semble suggérer qu’un nouveau modèle de croissance
plus durable est en train de voir le jour. D’une part,
qu’en est-il réellement : les défis environnementaux
majeurs imposés par le changement climatique
pourront-ils générer les opportunités d’innovation et
de croissance dans les décennies à venir ? D’autre
part, comment encourager la croissance verte sans
augmenter les inégalités ?

Innovations vertes et inégalités

La notion de croissance verte ou durable suggère
que la contrainte environnementale devient une
opportunité économique, à travers notamment le
développement de nouvelles filières d’activités. Mais,
pour que la protection de l’environnement, elle-

Conseil économique pour le développement durable | 7























































même, soit susceptible de générer la croissance des
décennies à venir, encore faut-il qu’elle s’appuie sur
une nouvelle vague d’innovations technologiques à
déployer à grande échelle, créant emplois et
richesses. Or, à l’heure actuelle il ne s’agit que de
perspectives hypothétiques, la plupart de ces marchés
potentiels n’existent pas encore, ils sont dans le
meilleur des cas au stade de l’expérimentation31 .Les
pouvoirs publics ont un rôle crucial à jouer dans ce
domaine à travers la politique industrielle. Toute
course à l’innovation est en effet généralement
caractérisée par deux forces incitatives : la menace
concurrentielle et l’incitation au profit. La menace
concurrentielle exerce une pression en faveur de
l’innovation afin de ne pas perdre de parts de marché
au cas où un concurrent innoverait en premier.
L’incitation au profit est un déterminant important des
dépenses de recherche lorsque les firmes présentes
sur un marché ne prennent en compte que les
bénéfices futurs qu’elles retireraient de l’innovation,
indépendamment du comportement des autres. Or,
dans le domaine environnemental, les technologies
vertes sont en concurrence avec des technologies
classiques (non vertes) qui disposent d’un avantage
compétitif sur les marchés. Celles-ci sont donc plus
incitées à innover qu’un concurrent potentiel avec une
technologie verte. Ce manque d’incitations est
renforcé par la nature de la concurrence dans les
filières vertes, faible au niveau national et
fragmentée au plan international, et la forte
incertitude sur les rendements espérés des
innovations vertes.

La littérature récente sur les innovations vertes
examine la capacité des politiques environnementales
à promouvoir des solutions technologiques capables
de concilier, au moins en partie, développement
économique et croissance et préservation de
l’environnement32. L’un des débats porte notamment
sur la nature des instruments de politique nécessaire
pour rendre ces deux objectifs (croissance et
environnement) compatibles. Pour Acemoglu, Aghion,
Bursztyn et Hemous (2012), les décisions d’innovation
étant sensibles aux prix, il est possible d’attirer
l’innovation dans les secteurs verts via une
combinaison de taxe et subvention à la recherche
pour ces technologies. Deux instruments (taxe et
subvention) sont en effet nécessaires car il y a deux
types d’externalités à corriger (environnementales et
technologique).Nordhaus (2011) considère au
contraire qu'un seul instrument de prix est nécessaire:
« internalizing the pollution externalitysuffices …
therewouldbe no grounds for furtherspecialtreatment
for the green R&D activitity »33
.

Pour stimuler l’innovation verte, les gouvernements
ont ainsi mis en place depuis la crise de 2007-2008
différents instruments (plans de relance verts,
investissements verts, etc.). Mais si la majorité des
États a lancé le pari de la croissance verte pour sortir
de la crise en investissant massivement dans les
secteurs de l’économie verte, le succès de ces
politiques dépend de manière cruciale des nouveaux
besoins en capital humain et de l’ampleur des
inégalités. En effet, au-delà des arguments

8 | Conseil économique pour le développement durable

Références économiques|n°23|2013

d’économie politique développés plus haut, les
inégalités de revenu peuvent être préjudiciables à la
préservation de l’environnement et ce, à travers deux
types de mécanismes.

Le premier mécanisme, identifié notamment par
Vona et Patriarca (2011)34implique que les inégalités
font peser un risque sur le développement de
technologies vertes, notamment dans les pays riches,
via un effet de demande de la part de
consommateurs pionniers pour les produits verts. Ces
auteurs se concentrent sur les biens et services verts
qui sont produits et consommés localement
(recyclage, produits bio, bâtiments verts, énergie
renouvelable etc.) et qui s’appuient essentiellement
sur les marchés internes domestiques pour
développer le savoir-faire technologique nécessaire à
la diffusion à grande échelle de ces produits. Dans ce
contexte, le moteur de l’innovation verte (pour ces
biens locaux) repose sur la demande émanant de
consommateurs pionniers, qui disposent d’une
capacité à payer plus forte pour acheter des produits
verts initialement plus onéreux. Ce sont ces
consommateurs pionniers qui vont déclencher
l’innovation verte qui, via des réductions ultérieures
de prix, pourra permettre aux consommateurs
disposant d’un budget plus faible d’adopter ces
produits verts.

Or, une « distance de revenu » (en pratique la
formation d’inégalités) trop forte entre ces deux types
de consommateurs va limiter la possibilité pour la
société toute entière de profiter des externalités
générées par les consommateurs riches, qu’il s’agisse
d’externalités de consommation (effet d’imitation, de
démonstration, externalités de réseaux etc.) ou
d’externalités technologiques pures. Les auteurs
montrent ainsi que lorsque le niveau des inégalités
est trop élevé dans la société, l’externalité positive
des consommateurs riches, pionniers pour les produits
verts, ne se diffuse pas assez pour permettre aux
consommateurs pauvres d’acheter des produits verts.
Dès lors, plus les inégalités augmentent, plus les
externalités technologiques vertes seront réduites et
plus le rythme des innovations vertes sera faible. Non
seulement, comme on l’a vu précédemment, les
inégalités empêchent l’émergence de
réglementations environnementales ambitieuses mais
de surcroît ces inégalités empêchent le
développement de savoirs et technologies
complémentaires aux comportements de
consommation verte. Le lien entre inégalités de
revenu et innovation verte est donc négatif.

Ces résultats théoriques sont confirmés par une
analyse empirique sur données de l’OCDE entre 1985
et 2005 montrant que dans les pays riches les
inégalités ont un effet négatif sur le rythme des
innovations vertes et la taille des éco-industries alors
que dans les pays pauvres c'est le revenu par tête qui
est capital pour l’innovation verte.

Le second argument considère que les inégalités
peuvent être négatives pour le développement des
innovations vertes à travers le rôle de l’offre de























































Références économiques|n°23|2013

« travail qualifié vert »35. Schématiquement, la1- Le au alit é Rapport note en
structure des salaires est en effet déterminée paral à evisspan ioitosxp'etion au bruit, lnoecnr e'lxeopisesién e qce cui étetnosedi fitneau nivauvrde perev tuaune ginesié lésuq ertuo sel « e

l'opposition entre deux forces contraires. D'un côté lelo ement et sur le lieu de travail,
progrès technique, en augmentant la demande deagilét ssrd i’énndicateuur des iuq iop esniag le dansbac e tad eémufse eld ileé sual gomenet, où elles sontsel ulp en ssettPa. i rmenl’mbse
travail qualifié, exerce une pression à la hausse sur les ceudéterminants étudiés é
salaires qualifiés. D'un autre côté, l'éducation, eniona-régsouseau uan ineva u lteis des Ll.naioat ed sétiraps en éviont mi snigélaedcn eellu pims ésites lua svin tropetna,a séil xunever ulaà t eetvrau plégenemast cisoap uap rs sy tno décès causés paeé suar siuq eed
augmentant l'offre de travail qualifié, a tendance àreven a
réduire les salaires qualifiés. L’interaction entre cesr des accidents, les pays à revenu
deux effets et le décalage d’ajustement de l’offrelu evés. »
(son caractère inélastique à court terme) peut même157
conduire à une relation négative entre la demande etf9ha6tit 9bpl/:ee///w9m61ow9yw4e..nep udprfroé.swehntoa.inntt /d_e_sdtaatuax/ adses emtso/rptadlfit_éfi lpe/0s0é1l0/
l’offre de travail qualifié. C’est ce que l’on peut) MD(Is leipltmu snoitavirp ed encdni cyuAn eigpepmét nvreilnoo 'aEéndv2u-q eLnainrbtilirnvneonilaue ét sruq edindicateférents erdnd fiuq iocpm earabcompd’unles
observer, par exemple, aux États-Unis entre 1981 etmenta e
1990 et entre 1995 et 2005, deux périodes au coursrégion à l’autre. L’EnvironmentQuality Index quant à lui
desquelles la forte augmentation de la demandemesure la privation environnementale en examinant plus en
relative (c’est-à-dire du salaire relatif) s’esttnc enemrinoe'vn l'Idansnus onte sel liatéd ldes urtecadiinénses rurtsed noité la qualoja natue DMne ti -caud'à t uxcel etlocaiona nat.l onirnv'e rntmene seévele nalp ua
accompagnée d’une baisse de l’offre relative dede l
travail qualifié.
3- Julien Caudlesv i»ll ei,n Eloi« LCaaurraectnét ri(sdeirr. ), Vleerss l’éignaéligéta lidtées
environnementa e
Le verdissement de l’économie affecte la demandeetruestiqip loer,semusqumi, es– s naDytierio, Rapport pour
de travail qualifié de trois manières : certainess deé italégl’e d erètsiniM el uolegemtn ,0231territoires et derp reimér stlusVo. airsiuses lehcrr ceeh du pats t deroje
qualifications deviendront obsolètes ; la demandeu
pour de nouvelles qualifications va augmenter aveca,re'Aqt iEatiuqe.w/gro.aerhww//p:tt
l’apparition d’emplois de type « cols verts »3agel ett-4laH (nt1320 Letreaullsep lo,)« Q eusocial-éitiques ruop seuqigolocnçra fesllvis leE ol »ni s ?iaesir.)t (dureni La,
notamment dans les éco-industries ; et lesVe lrs
qualifications requises sur les emplois existants vonttpeorlriittioqiur’eeéssg,aelti tRdéa ppl oudgoerst tpeuotr,irt2oil0re1e3s. M–in istDèyrnea mdieq uel’sé,galmiteés rudeess,
se verdir en partie à mesure que les profils de postesemen
évolueront. En augmentant les besoins en « travail notion de résilience désigne, dans notre contexte, la5- La
qualifié vert », les politiques industrielles vertes vontho cetc ev riren emèot àerélnu rpacité d’un systacilisér aL .erutnae derngha cns iasiuc-c lerpsère ailib’équ à l
donc créer un effet de demande à la hausse typiquedd le, nicu dontcé cohc euqigolo ear p –, lempxeac ned saicoe elenli scea lsiré eodcnà eocbmniogique snce école
de l’effet de progrès technique biaisé. Si l’offre de e eun épiso ca
travail n’augmente pas, elle aussi, cet effet sel’impact est déterminé par une combinaison de facteurs
traduira par une pression mécanique augmentant lesenvironnementaux et sociaux.
différentiels de salaires. Par conséquent, pour évite par exempleDryzek, J, Norgaard, R & Schlosberg, D,6- Voir
que ti ues i faveur deeds, 2011,ook of Crd Handba hgn enailametC ehTofxO
l’innovlaetsi on povleirtqe ne snodieunstt ri«e llaebss orebné es » par une Scoeiyt, Oxford University Press, Oxford UK.

augmentation des salaires, et se traduisent7- Voir notamment leévelle dmentoppeaRppus rro t iamuh
issement des inéesni Uns. 1120, doitaN se nemiiuét– U té et éqDurabilileu
sniémcpelsesamireen td pe alre us na cacccormopagner par des pgoalliittiéqsu, eils edset suou ptor aviren.

formation et d’éducation dans les secteurs verts. Ian. 2011.8- Gough,uolb,ed ahgnetC lima“C ane icstjuine
social policy: a case study of the UK.” UNRISD inoccsaoian
s dna ymbaniatsuelev dlentmeopppares on green econo.
En France par exemple, dans le seul secteur duGeneva: United Nations Research Institute for Social
bâtiment, 20 000 personnes devront être forméesaussi Laurent, Éloi. 2011. "Issues inDevelopment. Voir
environmental justice within the European Union."
fcihxaésq udea nasn nleé e caednr e plduus Gproeunre lrlée pdoen dlr’eE nvaiurxo nonbejmecetinfts. minocolEcagiloco .3581-6481:07scE

Concrètement, cela signifie la création d’une classe deartentthi eLua uEClroifio,9 - MG ,Slaocichaa-lnét,c oSltoégpieioar 2n, F,mmlairta aic 110P teahllaH enE ,ettagurLai lo ett en
20 étudiants dans chacun des 1 000 lycéese
professionnels offrant ces formations. En moyenne, ilGpirlobpeorts itiRoanpshpaoelu,r u enF arcnoen opmluLs’éceie v noc ertsorutteeenabl,lPaUFc,r i2s0e12–.3
faut un an et demi pour créer une nouvelle
qualification et les diplômes sont en général),r.di ( iolE ni tneruaL , «uQle t2(10)3Laurenaicoé-lquti sess lelipo sed eacrul -0S 1ov ,seniarb uesqutilipos VriceorlsoHlga’lleuqitr u sopegatte e
actualisés tous les cinq ans37. Il existe donc un risqueles villes françaises ? »gélati éed
fort de désajustement entre l’offre et la demande de
travail. Sur le marché du travail, cela se traduit soitltee rMiitnoiirsteèsr e–dDeyln’aégmailqituée sd,esmteesrurirteosi,r epsoelitt idquuleosgmene,t Rpao,t3. o0r1p urp2
par des inégalités de salaires, soit par du chômage.ital Cap03), (20tn .atelus sv rertMa- 11 unaevodloM te ni ehT
Dans un environnement marqué par un importantbattle that’s reshaping business.Harvard Business Review.
chômage structurel et la montée en puissance des i
inégalités, une forte polarisation est donc à craindre siénd seét sagil la danse. 2cris rioV -2ofirC .P).1120 (lerôe L1 ..5 p671-/111),-2-672( 02moci.s2 lic Econ012. Pub
une politique cohérente sur le marché du travail
n’accompagne pas ces investissements verts.














Conseil économique pour le développement durable | 9


Références économiques|n°23|2013

13- Voir pa r exempsleu staBinable Grow011,
«S aInmeeq uCaoliinty? »,a nIdM F USntaff Disecrug ssiAo.nG . Noettet ,h :OSTsDwtrNoy/ 1S1Ji./dD0e. 8s eo2tf ptohure dd2ia7f-nf ésU renlnee étmruéêdemi er écseenntes esd qedu éetB eorlyemc ien neei tvl eeuVaour nod’viyntésgkaylyi técso ncdleuts
uStnieg listyz,n tLheè speri xt uplels.nncoriialipo presréféecneus sel r2 10.2 birène,tikke 28t-e lM l iuq snet, sujph Joseet ls d fi ees rctpenir auvel z,AG ,MG noson ,7020, GDn soeret Pg urssno s
de l’inégalité, Les Lie
za e
1p4a-u vOrne tné e ect odnséigdrèarde pas ici le lien, epmouernttaanlte se sdsaennst ilele,s epnatryes 2“(E5c)o:n eo4m4i4c. Inequality Predicts Biodiversity Loss.” LPSoO N
ations environn
en développement. Pour une analyse complète, voir Eloi

aurent, Social-écolo e, Flammarion, 2011. 29- Holland, Tim G., Garry D. Peterson and Andrew Gonzalez,
L gi 2010, ‘A Cross-National Analysis of How Economic Inequality
15- Boyce K., 2002, The Political Economy of the Predicts Biodiversity Loss,’logynoitoiB snoCavre.
EnvironmenJt., Aldershot:Edward Elga. 30- Selon les auteurs, la hausse de 3% dealités de
r.
16- Olson, Mancur, 1965,The Logic of Coletcvi ecAitnoe-Uni entre 1989erevuna uoRaym u.vo a ir te 6991ved tiargéni s
Harvard University Press. pour résultat une augmentation de 5% des espèces
menacées en 2011.
u -P, 1997, “Wealth Inequality and

1E1O7f9x-fi9fcoBi7r,ea)d nl pcaEpync . do4i n5-nJ oM1tm.-4hieec t8 C 2PoP. alapmtemtres-31.P ,lFmaC irof , exempleVoir par)11i'L .tna02( GM.chlaM., t ecéno à'lca eesf nçai fratriendusf tpes ed elpmeexl': teer vieomrèil ,seppaR trourpoe lrcCe dle e. 4 (Oct., loV ,seioN ,94 .,er Sew N latereguse”,d CaTh: Une Pa. IrtsnoJa
.
i
r l’El'industrie. Juin 2011. 154 pages.
(18- Luesse hétudesivoeumrpairniqdutehse Ernavsisreonmmbleénets: RepvaieOCD
Hoold Behawing th 32- Voir Crifo P. (2010).Les politiques environnementales et
rEevviedneun ecinuefle ncisopevittnem el volume de déchet s m8)00 2s,riPa, iuqiasnne tnortde eau nive leogolueiqthnececiv ed ua sres tion de l’innovaascn ealc orsifie Lin, esrtrc al ed tnemecnte, veranceoiss opruro tarpp
ve na
recylcl écs, la dmemmaatniodne pdoeu r prdoeds uiitnsf raésctorluocgtiuqruese s dec ormecmyecl algees le Conseil Economique pour le Développement Durable. Oct.
ou a onso 2010.
produits alimentaires bio.
lart, Ronald, 1995, Publi33- Acemo gluE,n viDr.,o nAmgehniot n,a nPd., BDiurrescztteydn , TLe. chetn icDa.l Hehmous.
e r2012. Theview. Vol. 102, p. 131-6Cdahnge.
American Economic Re 6. Nor aus,
Vve1oan9il-vru iIarenuosgs nsieimnI hne4gnl3te ahlS aoprcrti,o etteiRcetsoi. noanP:d loolitbiajcnesc dtaivnCdhprSiootscbiilaeetncym lS2wot o:a)b5 l G8 1o(ling,Warmrgy Ene ecapS yhceT rofc ag1i.l o7n7o-geanChl sa dns nocEcimooV s3 .l4j)e3u(b.i6v.cpt–6e5 , e rrolfz Wterop,p 0us520irF ldneingia gn1120es.D. W
Modernization, Cultural Change and Democracy.The Huma 673.
Sequence. Cambrid
34- Voir F. Vonaet F. Patriarca Income i
2dUvDoe0ne l-ivSuverem’elarvoegisepnsyis tmd usPedearnn e’ttsdu exi, ilpaysdes létaocrrnu ets e. s feef td eag znie auven iotrenen ge: Cambridge t ofpmenveloe delat edmotrntruian’ole evdnt)s 1p1é2c0h e(rhet erdendas ytilaeu q etns.ie hnecogolcnreen lElac
Eco ogi conomics70 , 2201–2213
part, émissions à
uits re. En ce qui co 35- Voir Crifo, 2010, Op.cit.
s de mén es existe encore
rlqeeulsea tiilnvade imcvioednnusts o pmoeuum adlt’eiéost nu tdydepese etrmapnisripqourte s,pa rgimvaé,i, s idle’lléens ecroginef ir(mdoenntc 36- On retiendra ici une définition large des « cols verts »
i
d’empreintle. caamrnbot ontnree )fn atei tb lpde’a eri amupe axaceut gmsmpulreen teqnute avleecs le mréenvaegneus. rqeunevloqyuaens t étauudxe s elmmplitoeisn t vleerst s coelsn vgeértnsé raaul,x seacmhpalonits qpueeu
Peyure opeéte nsa ayun l’envir sont qualifiés (cols bleus).
onnement
plus souvent des foyers avec un niveau de revenu faible et 37- OCDE, « Le rôle des systèmes nationaux de certification
,
dsoointt la per(sdoen nme odine sr édfeé rtreennctee easnt sé) csoonito mâgiqéue e(mdee nptl iuns adctei v6e0, pour promouvoir l’apprentissage tout au long de la vie»
jeune Paris, septembre 2003.
. l’inverse, les impact
naénsge)ant iuAf s seutr lu’ne nrveirvoennmnuée nmtaoegtnaetls sséuloesncvte p dtiedbslo ensft o dyl’aea rvspo ierar svuoencn ned eudxe
rev é,
référence est employée et dont l’âge moyen est compris
Odahlnes nldao rtfr, aNn.c, hLee i3p0p-r6a0n da, nAs.. , VLouicraPsy,e ,K . S.e,t SSkailnmnoern,s ,I .,R .,M 2e0y0er8-, Créé en 2008 auprès du ministre du
s“Au Assdttdauirdneysa sbioinlnitg ytt hihene lEisnuorkcioaapgl eed”si mbEeeutrnwosipeoeenansn eoCfn oveimrnovmnirismonenmtealn taaln dp oslioccyi al chargé du développement durable, le
, sion Directorate-Conseil économique pour le
General “Employment, Social Affairs and Equaldéveloppement durable a pour mission
Opportunities”. de mobiliser des références économiques

21- Baland JM, Platteau JM, 1999, “The ambiguous impact ofpour éclairer les politiques de
inequality on local resource management”.oW lrdéveloppement durable.
Development27: 773–788.Outre le délégué interministériel au

c2mo2a-m nVamoguiren imtpyae,rn te axed mpslteruKolg”ogolesW:e torra,l dD .Dcaes2ve0e0lo0.sp“Iutmndestynitt , ecocito hc- lanoitu1o:r2e–so.f0 f28développement durable et le président
inn Mexic. délégué du Conseil d’analyse
économique, membres de droit, ce

P2o3l-l Mtiaognn anAi,b aEt.,e m2e0n0t0 , P“oTlhicey Enavnirdo nImnecnotmale KuDzinstertisb uCtiuornv”e,, Conseil est composé de vingt cinq
Ecolugolacicsco Emino, vol. 32, pp. 431-443.membres reflétant la diversité de la
recherche académique et de l’expertise
24- Kempf, H. et Rossignol, S., 2007, “Is Inequality Harmfuldes parties prenantes sur les thématiques
Faonrd TPhoeli itEcnsB al,llP kcewinshliub. ol vg,p ,)1(91 segavrinontmen IGrA inowcE gmono,? y ”E5c3o-n7o1ic méconomiques liées au développement
.
durable.
I2n5e-q Tuoarlriatys,, Maanrida no Poalnludt ioJan:m esA K. RBeoayscsee.s s1m9e9n8t. “Ionfc omthee, Les services du ministère de l’Écologie,
Environmental Kuznets Curve”.scimonocE laciglocoE 25du Développement durable et de
(2):147-160.l’Énergie, notamment le Commissariat
général au développement durable, sont
26- Heerink, N., Mulatu, A., Bulte, E., 2001, “Income
étroitement associés aux travaux du
IEnneviqruoanlimtye ntaanl d Kutzhnee ts EnCvuirrvoensm”.e ntE:c olAogggciraelg aEtcioonn omBiicass 8, in 3
Conseil.
359-367.Ces « références » établies dans le cadre

de ses travaux, et diffusées pour stimuler
le débat, n'engagent que leurs auteurs.

Conseil économique
pour le
développement durable
3, place Fontenoy
75007 Paris
Tel. : 01.40.81.21.22
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publication
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