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Jeunes en errance et hébergements festivaliers : compte rendu de recherche action : rapport au Ministère de la jeunesse et des sports et à la Délégation générale à la lutte contre la drogue et la toxicomanie

De
64 pages
Etude concernant les actions menées en faveur des jeunes en errance, par les travailleurs sociaux, les collectivités locales lors de l'organisation de festivals.& Présentation de la recherche action destinée à organiser des modes de gestion de ce public particulier.& Analyse des dynamiques individuelles et collectives de ces jeunes, et des démarches de prévention instaurées.
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La documentation Française : Jeunes en errance et h—bergements festivaliers
s, Vautour, soient plus
S—verine,... souffrances.
Avant-propos,
Introduction
Histoire de la
par David Le Breton
recherche-action
Dynamiques individuelles et collectives
Accueils festivaliers
D—marches de
Conclusion
pr—vention
Bibliographie indicative
Equipes
de recherche
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des
jeunes
en
errance
p. 4
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p. 64
AVANT
David
Universit—
4
PROPOS
Le Breton
Paris
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X-Nanterre
La zone est cet espace sans lieu où n©existent que des passages. Ni fugueurs, ni clochards, jeunes encore, ses protagonistes vivent dans les interstices du lien social, l où les mailles se relâchent et dessinent des terrains vagues, aux significations ind—cises, aux usages suspendus ou d—tourn—s, rendus disponibles  l©appropriation de ces nomades de la modernit— dont le nombre fait masse et induit une visibilit— qui trouble les sensibilit—s collectives. L©indiff—rence aux chemins, aux lieux, l©existence dans la seule transition, imposent  ces jeunes d©être toujours en instance. Ils n©ont pas trouv— leurs demeures d©homme et s©—tablissent au sein d©un monde où ils ne cessent de diff—rer leur naissance. Ils vivent dans l©entre-deux du temps et de l©espace, suspendu entre soi et l©autre. Tout est —gal, seules des intensit—s provisoires sortent de l©ordinaire, quelques heures, quelques jours, pour retomber vite dans la grisaille. Le monde ne leur est rien, leur identit— reste elle même inconsistante, toujours en voie de se cristalliser mais d—faite un moment plus tard. Leur existence manque du manque qui leur permettrait de s©affronter  une r—alit— plus investie et d©y prendre leur place. Le vide de la route n©exerce aucune passion. Pas de but  l©errance sinon l©errance elle même. Le jeune est dans le d—crochage social, en souffrance, comme on dit d©une lettre n©ayant pas atteint son destinataire. Il ne trouve sa place nulle part, contraint  partir ailleurs  peine arriv—, saisi dans une "d—ambulation addictive" ( B. Brusset). Mal dans sa peau elle même, son propre corps n©est pas un lieu d©investissement, mais plutôt un poids encombrant et souvent douloureux  cause de son mode de vie, de l©absence fr—quente de soins, et des cons—quences physiques de son goût pour l©alcool et autres toxiques dont il fait un usage immod—r—. Privil—gier l©espace au d—triment du temps, le d—placement  l©encontre du projet, la d—ambulation au lieu de la pens—e, amortir le d—sir en satisfaction malais—e des besoins physiologiques journaliers sans chercher au del. L©—crasement du temps sous la seule forme du pr—sent se substitue  une impossible temporisation,  une projection de soi dans la dur—e interdite par un sentiment d©identit— trop labile. L©errance est une pathologie du temps, n—e de l©impossibilit— de faire sa demeure de la dur—e. L©imm—diat emporte tout et explique les d—cisions inattendues
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malgr— les propos tenus quelques heures plus tôt : la saisie de l©occasion am–ne un nouveau d—part, l©installation dans un squat ou la rupture brutale avec les anciens compagnons apr–s la d—couverte d©un vol ou la naissance d©un conflit sur un sujet futile.
L©enquête sur le terrain avec les m—thodes de l©observation participante a permis le recueil d©un certain nombre de faits, et notamment la pr—sence sur les lieux festivaliers de nombreux jeunes en difficult— qui maintiennent encore tant bien que mal une inscription dans le tissu social, mais que fascinent les modes de vie des adultes rompus  la zone. Pour ces jeunes en quête de rep–res, il y a l mati–re  identification virtuelle (fantasmes d©—chapper aux contraintes, d©être libre, de consommer  sa guise des produits illicites...). Adoss—es  une relation difficile aux parents, une fr—quente d—scolarisation, une d—pression adolescente mal perçue par l©entourage, les conditions sont r—unies pour favoriser la rupture d—finitive et engager le jeune sur un chemin douloureux. "L©id—e de mettre en place un dispositif d©observation, d©—coute et de soutien articul— avec un dispositif de formation d©intervenants sociaux s©est alors d—velopp—e" rappelle François Chobeaux.
Pour nouer une relation —ducative (voire même th—rapeutique) avec ces jeunes souvent hostiles aux travailleurs sociaux et qui glissent en permanence entre les mailles de la vie sociale, il convient d©inventer des formes nouvelles de travail social, rusant avec les syst–mes de d—fense, pr—servant la dignit— des jeunes, mais r—pondant malgr— tout  la souffrance qui se laisse parfois entrevoir. dans cette recherche-action les CEMEA restent fid–les  leur histoire, se souvenant que Jean Vilar sollicitait leur aide  Avignon  la fin des ann—es cinquante pour l©accueil et l©h—bergement de la foule des jeunes attir—s par le festival. La philosophie sociale des CEMEA s©applique ici  un "humanitaire national", sans fracas m—diatique, ni fausse pudeur, avec humilit— et efficacit—. La tâche, difficile, d©accueillir et de veiller  l©h—bergement de centaines de jeunes "zonards" venus aux festivals ne se confond en rien  la seule prise en charge des probl–mes d©intendance. Ces jeunes dont la trajectoire de vie est au seuil de la rupture si la fascination envers le
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mode de vie de leurs aîn—s en errance se fait trop vive, ou qui sont d—j au del de la ligne d©ombre, mais hant—s par le d—sir "d©en sortir", la tâche est de les atteindre sans —veiller la m—fiance et la pr—vention dont les travailleurs sociaux sont l©objet. Une —quipe pluridisciplinaire investit les locaux, sachant non seulement balayer ou faire la vaisselle, mais aussi —couter, apaiser, instaurer des r–gles, introduire une ritualit— commune pour rendre propice le lien social, veiller  l©hospitalit— des lieux. L,  la faveur de ce cadre, outil entre les mains des acteurs du projet, se nouent des relations d©aide, d©apaisement, des conseils se prodiguent, notamment "lorsque les jeunes viennent exprimer  un membre de l©—quipe pr—sente leur souffrance de s©être fait voler de l©argent, des papiers d©identit—, des vêtements, ou un sac de couchage par des personnes appartenant  cette population qui les fascine et les attire". De même lorsque les effraient les d—bordements de ceux qui sont sous les effets des drogues ou de l©alcool. "Il s©agit dans les deux cas de les aider  faire le point entre ce qu©ils imaginent de cette vie et ses r—alit—s, sans pour autant insister sur l©effet repoussoir de cette r—alit— qui les attend, au risque de les renforcer dans leur opposition aux avis issus du monde des adultes". Cette belle exp—rience montre cependant la difficult— de nouer une relation —ducative en si peu de temps, ces quelques jours d©un festival, mais la lecture de ce rapport pointe finalement l©—mergence d©autres formes d©efficacit— qui ne peuvent s©—valuer  l©aune habituelle. Nous sommes ici dans l©invention, dans une —thique de la relation qui ne se mesure pas au temps qu©elle dure, mais  l©intensit— qui l©a travers—e. Quelques minutes pass—es  soulager un jeune  qui on a vol— son blouson, ou  le soigner apr–s une chute, prennent parfois un poids d©existence, rappelant au jeune, ou lui r—v—lant enfin, sa valeur pl—ni–re d©homme, sa dignit— incontestable. Loin des grandes orgues, mais  l©—coute de la souffrance du quotidien, un travail silencieux se m–ne autour de quelques mots, d©une poign—e de gestes, d©un regard, d©un temps partag—, mais la remise au monde tient parfois  un souffle.
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