La lecture en ligne est gratuite
Le téléchargement nécessite un accès à la bibliothèque YouScribe
Tout savoir sur nos offres
Télécharger Lire

Dans le texte : Brésil et Etats-Unis, rôle mondial, dynamiques territoriales

De
1 page

Dans le texte : Brésil et Etats-Unis, rôle mondial, dynamiques territoriales Jorge Amado, Les chemins de la faim, 1945 Aride et inhospitalière, s'étend la caatinga. Dans ce sertao sec et sauvage comme un désert d'épines, sur des lieues et des lieues, ne s'élèvent que de rares arbustes.

Publié par :
Ajouté le : 24 janvier 2016
Lecture(s) : 13
Signaler un abus

Vous aimerez aussi

ESPACE TEMPS

de Lougris

Traversée masquée

de editions-du-pantheon

Dans le texte : Brésil et Etats-Unis, rôle mondial, dynamiques territoriales Jorge Amado, Les chemins de la faim, 1945
Aride et inhospitalière, s'étend la caatinga. Dans ce sertao sec et sauvage comme un désert d'épines, sur des lieues et des lieues, ne s'élèvent que de rares arbustes. Sous le soleil brûlant de midi, des serpents et des lézards se glissent entre les pierres. Ce sont des lézards énormes, immobiles, ils semblent dater du commencement du monde, avec leurs yeux fixes sans expression, comme des sculptures primitives. Ce sont les serpents les plus venimeux, le jararacuçu, la jararaca, le serpent à sonnette, le coral. Ils sifflent au moindre frémissement des branches, lorsque les lézards sautent, lorsque le soleil chauffe à l'excès. Les rideaux d'épines qui s'entrecroisent dans la caatinga forment un désert infranchissable, c'est le cœur inviolable du Nord-Est, la sécheresse, les piquants et le venin, le manque de tout ; on n'y trouve pas un seul chemin, même rudimentaire, pas un arbre à l'ombre reposante, pas le moindre fruit juteux. (…) Un enchevêtrement d'épines, inextricable. Sur des lieues et des lieues, à travers tout le Nord-Est, s'étend le désert de la caatinga. Sans routes, sans chemins, sans sentiers, sans nourriture et sans eau, sans ombre et sans ruisseaux, impossible à traverser. La caatinga du Nord-Est. Pourtant, sillonnant ce désert dans tous les sens, voyage une foule innombrable de paysans. Des hommes chassés de chez eux par les grands proprié taires et par la sécheresse, expulsés de leurs maisons, des hommes sans travail qui descendent vers Sao Paulo, eldorado de leur imagination. Ils viennent de toutes les régions du Nord-Est pour faire ce voyage aux sombres surprises, les pieds chaussés de sandales de cuir, ils coupent la caatinga, ils se frayent un chemin à travers les épines, ils triomphent des serpents perfides, ils surmontent la soif et la faim, les mains écorchées, les visages déchirés, les cœurs au désespoir. Ils sont des milliers et des milliers qui se succèdent sans trêve. C'est un voyage qui a commencé il y a très longtemps et personne ne sait quand il finira, car tous les ans, les colons qui ont perdu leurs champs, les travailleurs exploités, les victimes de la sécheresse et des « colonels », rassemblent leurs guenilles, leurs enfants et leurs dernières forces pour commencer le même exode. Et tandis qu'ils descendent vers Juazeiro ou Montes Claros, remontent ceux qui reviennent, déçus, de Sao Paulo. Et il est difficile, sinon impossible, de dire quelle est la plus grande misère, celle de ceux qui partent ou celle de ceux qui reviennent. C'est la faim et la maladie, les cadavres abandonnés en chemin, fumant le sol de la brousse, (…) pour que se dressent plus aiguës les épines qui déchireront la chair d'autres paysans fugitifs. Des familles entières entreprennent le -voyage et, lorsqu'elles atteignent Pirapora, la maladie et la faim les ont réduites de moitié. Dans les villes qui bordent la caatinga, on entend les histoires les plus incroyables, on apprend les malheurs les plus atroces, malheurs qu'aucun roman ne pourrait conter sans passer pour absurde. C'est un voyage qui ne finit jamais, toujours recommencé par des hommes qui ressemblent à ceux qui les ont précédés comme l'eau d'un verre ressemble à l'eau d'un autre verre. Ce sont les mêmes visages de couleur indéfinissable, les mêmes pieds gigantesques, aux orteils écartés, sortant des sandales trouées, les mêmes cheveux clairsemés, les mêmes corps décharnés et résistants, les mêmes femmes sur les visages fatigués desquelles toute beauté a disparu. Peuplant le désert de la caatinga de leurs vies désespérées, de leurs soupirs de souffrance, ouvrant de leurs pas des sentiers qui se referment aussitôt sur eux en une muraille d'épines.
Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin