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http://www.asmp.fr - Académie des Sciences morales et politiques.
1
COMMUNICATION
DE
M. ALAIN PLANTEY
faite à l’UNESCO
le 14 novembre 2005, lors d’une réunion de préparation du projet
« Les chemins de la dignité »
Je dois à l'amabilité de Madame Albernaz et de Monsieur Klein de pouvoir
m'exprimer ici. Ai-je quelque chose à ajouter à tout ce qui a déjà été dit. ? Le sujet a été déjà
très bien présenté par Monsieur De Paepe au point de vue de l'UAI, qui vous avait saisis de la
question présentée par l'Académie des sciences morales et politiques de l'Institut de France. Puis-
je ajouter quelques autres éléments propres à expliquer la façon d'aborder le sujet de la dignité
de l'homme ?
J'avais vingt ans à la fin de la guerre : j'en ai été rescapé. Je crois que le XX
e
siècle a
été l'un des siècle les plus horribles de l'histoire de l'humanité, ce siècle où l'on a méprisé
l'homme, où l'on a traité les êtres humains plus mal que des animaux ; on les a torturés,
meurtris, brûlés, laissés sans tombe. Cette honte, ces douleurs ont marqué ma jeunesse. En 1948,
j'ai l'honneur de pouvoir contribuer à la préparation de la Déclaration des droits de l'homme
élaborée par le Président Cassin. C'était l'année où l'Assemblée générale des Nations Unies se
tenait à Paris ; nous avons beaucoup travaillé. Lorsqu'en 1996, en qualité de Président de
l'Académie des sciences morales et politiques et de l'Institut de France, j'ai cherché un sujet
qui puisse intéresser l'Union Académique Internationale. Nous avons tous les uns et les autres
beaucoup voyagé et nous avons ainsi pu comprendre que le concept stricte et juridique des
droits de l'homme ne répond pas à la réalité sociale ; il est trop rationnel. Il n'aborde pas les
problèmes fondamentaux qui se posent pour tout être humain, qu'il s'agisse de son travail, de sa
santé, de son âge (très important, notamment en Afrique), ou des différences de culture, de
milieu, de mode de vie. Les qualités et la psychologie de l'individu dans une nation sédentaire
et commerçante ne sont pas les mêmes que celles d'un nomade qui vit dans un espace sans
limites face au ciel et à ses étoiles. Je pense que l'on ne peut pas aborder le problème des
droits de l'homme, ou celui de l'homme en général, de façon arbitraire. Au lieu de partir du
droit il faut partir de la réalité. Ce qui caractérise tout être humain par rapport à ce qui est
vivant dans le monde est qu'il est le seul à s'interroger sur ce qui arrivera après sa mort. La
religion, c'est l'espoir de ne pas disparaître purement et simplement. Lorsque, dans leurs
recherches, les paléontologues trouvent une tombe ils savent que ce sont les restes d'un être
humain, les animaux n'enterrent pas leurs morts. Même modestement, chacun d'entre nous
croit à son propre destin et peut être à son propre bonheur. Ce que vous représentez à vos
yeux, ce que vous croyez être, acceptez donc qu'un autre le fasse et le dise. Acceptez que
l'autre aussi se représente quelque chose de lui-même, de sa vie, de la vie en général, de la
société humaine. Autrement dit, le système juridique des droits de l'homme n'est pas suffisant.
La vérité c'est la vie, la dignité de la personne humaine.
Les membres de mon Académie m'ont suivi ainsi que l'Institut ; l'Union Académique a
accepté de présenter ce projet. J'ajoute que j'ai déposé un rapport sur la conception française