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Albert FAUCHER (1915 - 1992)
Économiste, Université Laval

(1960)


“La dualité canadienne
et l’économique : tendances
divergentes et tendances
convergentes.”



Un document produit en version numérique par Jacques Courville, bénévole,
Médecin et chercheur en neurosciences à la retraite
Courriel: courvilj@videotron.ca
Page web dans Les Classiques des sciences sociales

Dans le cadre de: "Les classiques des sciences sociales"
Une bibliothèque numérique fondée et dirigée par Jean-Marie Tremblay,
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi
Site web: http://classiques.uqac.ca/

Une collection développée en collaboration avec la Bibliothèque
Paul-Émile-Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi
Site web: http://bibliotheque.uqac.ca/


Albert Faucher, “La dualité canadienne et l’économique...” (1960) 2


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Jean-Marie Tremblay, sociologue
Fondateur et Président-directeur général,
LES CLASSIQUES DES SCIENCES SOCIALES. Albert Faucher, “La dualité canadienne et l’économique...” (1960) 3

Cette édition électronique a été réalisée par Jacques Courville, bénévole, méde-
cin et chercheur en neurosciences à la retraite, Montréal, Québec,
Courriel : courvilj@videotron.ca

à partir de :

Albert Faucher,

“La dualité canadienne et l’économique: tendances divergentes et
tendances convergentes.”

Un article publié dans l’ouvrage réalisé par Mason WADE, en colla-
boration avec un Comité du Conseil de Recherche en Sciences sociales
du Canada sous la direction de Jean-Charles FALARDEAU, La dualité
canadienne. Essais sur les relations entre Canadiens français et
Canadiens anglais. / Canadian Dualism. Studies of French-English
Relations, pp. 222-238. Québec : Les Presses de l’Université Laval,
University of Toronto Press, 1960, 427 pp.

er[Autorisation formelle accordée le 1 août 2011, par le directeur général des
Presses de l’Université Laval, M. Denis DION, de diffuser ce livre dans Les Classi-
ques des sciences sociales.]

Courriel : denis.dion@pul.ulaval.ca
PUL : http://www.pulaval.com/

Police de caractères utilisée : Comic Sans, 10 points.
Édition électronique réalisée avec le traitement de textes Microsoft Word 2008
pour Macintosh.
Mise en page sur papier format : LETTRE (US letter), 8.5’’ x 11’’)

Édition numérique réalisée le 24 novembre 2011 à Chicoutimi, Ville de Sague-
nay, Québec.

Albert Faucher, “La dualité canadienne et l’économique...” (1960) 4



REMERCIEMENTS


Nous sommes infiniment reconnaissants à la direction des
Presses de l’Université Laval, notamment à M. Denis DION,
directeur général, pour la confiance qu’on nous accorde en
ernous ayant autorisé, le 1 août 2011, la diffusion de ce livre
dans Les Classiques des sciences sociales.

Courriel : denis.dion@pul.ulaval.ca
PUL : http://www.pulaval.com/

Jean-Marie Tremblay,
Sociologue,
Fondateur, Les Classiques des sciences sociales.
20 novembre 2011.
Albert Faucher, “La dualité canadienne et l’économique...” (1960) 5


Albert Faucher,

“La dualité canadienne et l’économique:
tendances divergentes et tendances convergentes.”



Un article publié dans l’ouvrage réalisé par Mason WADE, en colla-
boration avec un Comité du Conseil de Recherche en Sciences sociales
du Canada sous la direction de Jean-Charles FALARDEAU, La dualité
canadienne. Essais sur les relations entre Canadiens français et
Canadiens anglais. / Canadian Dualism. Studies of French-English
Relations, pp. 222-238. Québec : Les Presses de l’Université Laval,
University of Toronto Press, 1960, 427 pp. Albert Faucher, “La dualité canadienne et l’économique...” (1960) 6

[222]


Deuxième partie
Material factors / Population et économie

B. Economic considerations
Facteurs économiques

“La Dualité canadienne et l’économique :
tendances divergentes
et tenances convergentes.”

Albert FAUCHER

Professeur d’histoire économique, Université Laval
1955




Retour à la table des matières
L’ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE a-t-elle rapproché ou éloigné les deux
groupes ethniques ou culturels qui dominent le paysage démographique
du pays ? Telle est la question à discuter. Du point de vue économique,
on peut dire que les groupes culturels se caractérisent par l’intensité
de leurs besoins, de leurs propensions vers des objectifs de consom-
mation et de production, et par leur génie d'adaptation dynamique.
Pour mieux cerner ces spécificités, nous userons tout au long de ce
travail d’une typologie qu'on retrouve, sous des formulations diverses,
1chez Tawney, Delaisi et Handman . Selon ce dernier, deux types so-

1 R.H. Tawney, The Acquisitive Society (New York : Harcourt, 1946) ; F. Delaisi,
Les Deux Europes : Europe industrielle et Europe agricole (Paris : Payot, Albert Faucher, “La dualité canadienne et l’économique...” (1960) 7

ciaux ont caractérisé le monde occidental : le type bureaucratique et
le type pécuniaire.
L'organisation de type bureaucratique ou fonctionnelle caractérise
une société hiérarchique, primitivement établie sur la richesse fonciè-
re et dont le gouvernement peut être, tour à tour, ou simultanément,
aristocratique, théocratique, militaire. L'adhésion à ce type
d’organisation sociale entraîne donc l’exercice d'une « fonction » com-
munautaire. C'est l'instinct de conservation et l'idée de promotion
hiérarchique, et non l’instinct d'acquisition, qui dominent ce type de
société. La base est rurale, l'inspiration féodale. Le pouvoir d'acquisi-
tion que chacun y exerce n'est pas basé sur le procédé mercantile
d'achat et de vente, mais sur le statut social. L’organisation de type
pécuniaire implique l'esprit d'entreprise au [223] sens économique du
terme, c'est-à-dire un goût du risque doublé d'une aptitude aux inves-
tissements productifs. Dans cette société, le prestige social dépend
de l'aptitude à manipuler les biens et services en vue d'un gain, à in-
vestir pour acquérir la richesse. Le prestige attaché au pouvoir politi-
que n'est, dans la société de type pécuniaire, qu'accidentel ou dérivé.
Ces types représentent deux pôles d'intégration ; ils peuvent, à
certaines phases historiques, s'imposer tous les deux à l’intérieur d’un
même groupe ethnique et créer une situation de duopole social. Mais
on ne peut pas dire que cette dualité d'objectif détruit le caractère
du we-group, car les facteurs de cohésion culturelle sont plus nom-
breux que n’en peut révéler l'organisation sociale, surtout au niveau de
l'économique dont il est ici question. Par contre, l'intégration culturel-
le en fonction d'un type unique, soit bureaucratique soit pécuniaire,
intégration qui finit par s'imposer sur le plan architectonique de la
politique, peut marquer profondément l’économie d'un groupe ethnique.

1929) ; Max Handman, « The Bureaucratie Culture Pattern and Political Revolu-
tion », American Journal ot Sociology, XXXIX, 1933. L'élément fondamental
de cette typologie, l'accumulation du capital, se trouve dans John Stuart Mill,
Principles, Book 1, chap. xi. Albert Faucher, “La dualité canadienne et l’économique...” (1960) 8

Heckscher a démontré que la formation des états nationaux, fran-
çais et anglais entre autres, s'est opérée sous le signe du duopole so-
2cial . En d'autres termes, la politique de ces états apparut, disons au
XVIIe siècle, comme la résultante de deux forces sociales tendant
vers des objectifs différents. En France, les tendances bureaucrati-
ques l’auraient emporté, cependant que les tendances pécuniaires au-
raient dominé la politique anglaise.
On retrouve une semblable dichotomie dans les entreprises coloni-
satrices des états européens. Le mercantilisme continental (hispano-
français) s'appuie sur les terres ; le contrôle territorial est son ins-
trument. Et dans la mesure où il est tendu vers la conquête du terri-
toire ou l'occupation des terres, il emprunte à la féodalité certaines
normes d'organisation. Le mercantilisme anglo-hollandais, de type ma-
ritime, s'appuie sur la mer et le littoral ; son objectif est commercial
ou, s'il est aussi territorial, c'est qu'il considère les terres comme un
point d'appui. Mais le mercantilisme maritime respecte son élément
féodal représenté par la Couronne : il laisse à l'exécutif (la Couronne)
son contrôle des terres.
Dans les deux types mercantilistes, anglais et français, les élé-
ments bureaucratiques (de caractère féodal) et les éléments pécuniai-
res (de type commercial) coexistent. Ce qui donnera à l'un ou à l'autre
son caractère final, ce sera la prédominance des éléments de première
espèce sur les autres, ou vice versa.

*
* *
[224]
La première phase du développement économique de la colonie
française en Amérique du Nord se réduit presque uniquement à l'his-
toire du commerce des fourrures dont l’organisation avait été de

2 Eli F. Heckscher, Mercantilism (London : Allen & Unwin, 1935). Albert Faucher, “La dualité canadienne et l’économique...” (1960) 9

structure compétitive d'abord (annexe des pêcheries), de structure
monopolistique ensuite, avec les compagnies de Rouen et des Cent-
Associés, et enfin, de structure semi-monopolistique, marquant, avec
la Compagnie des Habitants, un mouvement en faveur d'une certaine
décentralisation. Ces compagnies de l'époque pré-Colbertienne inaugu-
rèrent une politique de gratification de pouvoirs à un groupe délégué
de la Couronne, sorte de féodalité marchande, instrument d'une socié-
3té bureaucratique .
Par suite de l'expansion territoriale de la traite et de la multiplica-
tion des coureurs de bois - rendue nécessaire d'ailleurs après la des-
truction de la Huronie - il devint très difficile de contenir l'activité
commerciale dans les limites du contrôle administratif. Le système de
licence établi par Lauzon en 1654, et maintenu par D’Argenson, pour
soumettre l'initiative privée a l'administration, ne réussit pas à en-
rayer l'individualisme de Chouart des Groseilliers et de Radisson. Des
recommandations faites par Colbert à Talon, en 1665, au moins les cinq
premières se rapportent au prestige de l'autorité royale ; les autres
révèlent des soucis d'ordre social ou économique, mais aucune d'elles
ne souligne l'importance d'une classe économique soustraite au pater-
4nalisme d'État .
La règle générale des relations entre métropole et colonie fut celle
du pacte colonial - monopole du commerce et de l’industrie réservé à la
métropole, prohibition d'entreprises susceptibles de heurter les inté-
rêts métropolitains imposée aux colonies. Mais il y eut des déroga-
tions ; et c'est précisément dans le mécanisme de celles-ci et dans
leur résultat final qu'on peut saisir la portée générale de la règle. Les
recommandations de Colbert à Talon semblent contenir quelques-unes
de ces dérogations : encouragement aux manufactures, aux chantiers
maritimes, aux mines... La chapellerie, petite industrie coloniale qui

3 La charte de la compagnie des Cents-Associés (27 avril 1627) re-
flète l’esprit de cette politique.
4 Pierre Clément, éd., Lettres, instructions et mémoires de Colbert,
vol. III (Paris, 1865) Albert Faucher, “La dualité canadienne et l’économique...” (1960) 10

5remontait à 1660, fut supprimée en 1736 par ordre du ministre . L'in-
dustrie des textiles lancée par Talon subsiste à force de gratifica-
6tions : ce fut le cas de l'industrie des frères Charron, par exemple .
La [225] malversation règne dans l'entreprise de la tannerie, avec l'in-
7tervention d'une intendance qui distribue des quotas de production .
La construction navale, industrie gratifiée de subsides aux construc-
teurs, et aux armateurs qui y feraient leurs premières commandes de
8navires, n'a pas réussi à produire une bonne qualité de vaisseaux .
Quant aux mines, les Forges de Saint-Maurice en illustrent assez bien
l'histoire : les forges ont subsisté grâce a l'intervention du roi. En
somme, les tentatives pour introduire l'industrialisme en Nouvelle-
France ont échoué. On a réussi à introduire un réseau de moulins assez
imposant dans l'économie du Canada du XVIIIe siècle ; mais ces en-
treprises ne justifient pas de parler d'industrialisme, dans le sens mé-
tropolitain du terme.
La réglementation (protection aux étrangers ou forains de France,
contrôle et surveillance des marchés) a favorisé le petit commerce des
autochtones, petit commerce inféodé à l'administration. Le grand com-
merce s'y opère par infiltration des étrangers, avec l'appui plus ou
moins avoué des administrateurs. Nous retrouvons les éléments d’une
société bureaucratique : une masse populaire à faible pouvoir d'achat,
des petits bourgeois en mal de s'ennoblir et de s'enrichir, des admi-
nistrateurs collaborant clandestinement avec les gros riches venant de
9l'extérieur .

5 H.A. Innis, ed., Select Documents in Canadian Economic History,
1497-1783 (Toronto : University of Toronto Press, 1929), p. 392.
6 P.E. Renaud, Les Origines économiques du Canada (Paris : Mamers,
G. Enault, 1928), p. 384.
7 Ibid., pp. 398-399.
8 Ibid., p. 438.
9 G. Frégault, François Bigot, administrateur français (2 vols., Mon-
tréal : Les Etudes de l’Institut d’Histoire de l'Amérique françai-
se, 1948). Voir en particulier, vol. I, troisième partie, et vol. II,
quatrième partie.

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