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Asiatiques" aux États-Unis: l - Le statut des "Asiatiques" aux ...

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Asiatiques' aux États-Unis: l - Le statut des 'Asiatiques' aux ...

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Ajouté le : 21 juillet 2011
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D’ailleurs
Le statut des « Asiatiques » aux États-Unis L’identité américaine dans un miroir
par Daniel Sabbagh
l orsque les représentants et sénateurs américains adoptèr ent la Loi sur l’immigration de 1965, ils ne se doutaient pas que la suppr ession des quotas inscrits dans la Loi sur les origines nationales de 1924 aurait une influence par ticu-lière sur l’immigration en provenance d’Asie. Ils y voyaient plutôt un moyen de favoriser l’arrivée d’Européens de l’Est et du Sud 1 , les deux groupes les plus durement touchés par la législation nativiste 2 des années vingt. Or la nouvelle loi apporta des changements tout différents de ce que visaient ses initiateurs. En posant comme principaux critères d’admission dans le pays, d’une part, la possession de qualifications rares et recherchées, d’autre part, des relations de parenté avec des personnes rési-dant aux États-Unis ou en ayant la nationalité, elle allait avoir pour effet l’entrée de
1. Schuck 2003 : 87. 2. Ce terme fait référence à un courant caractérisé par son hostilité à toute immigration autre qu’anglo-saxonne et protes-tante : voir Higham 1988.
70 — Critique internationale n°20 - juillet 2003
nombreux cadres et techniciens asiatiques 3 en particulier dans les domaines de la médecine et des sciences –, qui profitèrent ensuite des clauses de regroupement familial pour faire venir leurs « parents immédiats », souvent moins diplômés qu’eux 4 . Par ailleurs, la chute de Saigon en 1975 allait entraîner une vague importante de réfugiés admis à résidence pour des raisons humanitaires : entre 1975 et 1980, le ministère de la Justice autorisa plus de 400 000 Vietnamiens, Cambodgiens, Laotiens et autres réfugiés d’Asie du Sud-Est à s’installer aux États-Unis 5 . Et c’est ainsi que les résidents d’origine asiatique, qui étaient au nombre de 1,4 million en 1965, soit moins de 1 % de la population des États-Unis, sont passés à près de 3,5 millions en 1980, environ 7,3 millions en 1990 et 11,9 millions en 2000, c’est-à-dire 4,2 % de la popu-lation 6 . Les États qui comptent le plus d’Asiatiques sont la Californie (4,2 millions), New York (1,2 million) et Hawaï (0,7 million) 7 . Les Chinois (2,7 millions), les Philippins (2,4 millions) et les Indiens (1,9 million) sont les groupes les plus repré-sentés 8 . Plus important, la population asiatique, qui était il y a un quart de siècle majoritairement née aux États-Unis, est aujour d’hui composée aux deux tiers d’im-migrés 9 . Parallèlement, le statut symbolique de ce gr oupe dans la culture publique des États-Unis et dans les représentations nationales des Américains a connu un changement des plus spectaculaires. Cet article s’attachera à décrire et à analyser cette évolution.
Le syndrome du « perpétuel étranger » L’histoire des Asiatiques aux États-Unis r emonte au début du XVIII e siècle, lorsque des marins philippins, ar rivés sur des navires marchands, s’installèrent dans les bayous de Louisiane. Mais la pr emière véritable vague d’immigration n’inter vint que dans les années 1840, lorsque des immigrants chinois commencèr ent à débar-quer à Hawaï pour travailler dans les plantations, et sur la Côte Ouest pour les mines d’or et la construction de la partie occidentale du chemin de fer transcontinental. Il s’agissait là surtout d’une migration à vocation temporair e de travailleurs qui comp-taient a priori rentrer dans leur pays après quelques années passées en Amérique, à l’instar de ces nombreux Européens qui espéraient ainsi « gagner assez vite suffi-samment d’argent pour racheter la ferme familiale, financer la dot des filles et des sœurs, ou s’établir solidement dans le pays natal. Pour ces gens-là, le voyage vers les États-Unis n’était qu’une extension de la pratique de la migration saisonnière internationale, qui se banalisait alors en Europe » 10 . Pourtant, la présence de Chinois sur le sol américain souleva bientôt une vague de protestations nativistes : l’on brandissait le « péril jaune », l’on dénonçait l’invasion par les hordes asiatiques, dotées au surplus d’un taux de natalité suffisamment élevé pour menacer de sub-merger à terme la population blanche, et l’on affirmait que le niveau de vie très bas de ces nouveaux venus « mettait en danger la santé économique et sociale de la collectivité » 11 . À la suite d’une mobilisation ouvrière contre la concurrence éco-
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