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David-Frantz MĂ©moire court Juin 2009 LES GALLICANS.  Non ! Depuis que le rayon cĂ©leste a gravĂ© la croix sur le labarum, plus de guerres si ce n'est la guerre juste ! » Hyacinthe Loyson, juin 1869, gallican.  Quimportent des milliers de vies humaines si les Ăąmes ne meurent pas ! » Louis Veuillot, juin 1969, ultramontain.
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 GALLICAN, E : Relatif Ă  lEglise de France, partisan du gallicanisme. »  GALLICANISME : Doctrine ayant pour objet la dĂ©fense des franchises de lEglise de France (gallicane) Ă  légard du saint-siĂšge. » Le Larousse, 2007. Pour rĂ©aliser cette petite Ă©tude, je me suis replongĂ© dans lhistoire de France, tant il apparaĂźt que le gallicanisme est au dĂ©part une thĂ©orie presque exclusivement politique. Il existe Ă©galement un gallicanisme ecclĂ©siologique, qui ne saurait ĂȘtre confondu avec la branche politique, sur lequel nous reviendrons en seconde partie de mĂ©moire. Je me suis Ă©galement appuyĂ© sur ledictionnaire critique de thĂ©ologie, puf, 2007, le site internetgallican.org,le livre de V. Martin,les origines du gallicanisme,Paris, 1939 ; louvrage de G. Digard,Philippe le bel et le saint-siĂšge de 1285 Ă  1304,Paris, 1936 ainsi quelhistoire des religions, tome II**, folio essai, 2001, sous la direction dHenri-Charles Puech. Enfin, je me suis rendu aux offices gallicans de Bordeaux et me suis entretenu avec le PĂšre Thierry Teyssot, Primat de lEglise Gallicane depuis 1987. I. Histoire. A. Origine politique du gallicanisme. LEglise Gallicane est le nom officiel de lEglise Catholique de France (de Gaule) depuis le dĂ©but de lévangĂ©lisation jusquen 1870. On retrouve cette racine, de nos jours, dans le titre donnĂ© Ă  larchevĂȘque de Lyon, le Primat des Gaules» (Lyon Ă©tant lancienne capitale du pays). Ladjectif gallican dĂ©signait Ă©galement la liturgie en vigueur jusquà la dĂ©cision de Charlemagne (couronnĂ© en 800) dintroduire le chant romain dans ses Ă©tats. Les Catholiques gaulois »ne se distinguaient en rien de leurs homologues europĂ©ens jusquà ce que survienne une crise grave entre la papautĂ©, sous le rĂšgne de Boniface VIII et le Royaume de France, gouvernĂ© par Philippe IV dit le bel», en 1303. La France, en pleine rĂ©organisation du royaume, avec en perspective la centralisation du pays, se heurtait aux difficultĂ©s financiĂšres rencontrĂ©es par le saint-siĂšge. Le droit de rĂ©gale, cest-Ă -dire le droit que le roi de France avait sur les diocĂšses catholiques qui temporairement n'avaient pas d'Ă©vĂȘques titulaires, fut Ă  lorigine de la discorde, ainsi quun nouvel impĂŽt levĂ© sur le clergĂ©,la dĂ©cime. En 1296, le pape interdit par la bulleClericis Laicosle versement par le clergĂ© des subsides au souverain, lequel dĂ©plaçait sans autorisation les ecclĂ©siastiques qui lui dĂ©plaisaient et nommait les Ă©vĂȘques sans lassentiment de Rome. Le pape se rĂ©tracta un an plus tard, Philippe IV ayant interdit la sortie dor des frontiĂšres, privant ainsi Rome de revenus substantiels ; mais la discorde demeurait. Au cƓur du dĂ©bat, lindĂ©pendance du royaume et des princes laĂŻques sans limmixtion de la papautĂ© dans leurs affaires. En 1301, suite Ă  une autre affaire (larrestation de Bernard Saisset, Ă©vĂȘque de Pamiers), une autre bulle,Ausculta fili, fut fulminĂ©e par le Pape. Cette bulle affirmait la supĂ©rioritĂ© du pape sur le roi. 
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La riposte fut immĂ©diate : le document fut brĂ»lĂ© en place publique, une rĂ©ponse peu amĂšne fut envoyĂ©e Ă  Rome( Philippe, par la grĂące de Dieu, roi de France, Ă  Boniface, soi-disant pape, peu ou point de salut») et,surtout, Philippe le bel convoqua les assemblĂ©es des trois Ă©tats (noblesse, clergĂ©, tiers-Ă©tat) pour faire approuver sa dĂ©cision, en 1302 et 1303. Le succĂšs fut au rendez-vous, jusquau clergĂ© français qui approuva Ă  une large majoritĂ© la dĂ©cision de Philippe. Lopinion publique suivait alors le roi (il est Ă  noter que les conflits ouverts avec le pape nétaient pas, au moyen Ăąge, synonymes dimpiĂ©tĂ©). Boniface VIII aggrava la tension en fulminant une nouvelle bulle,Unam sanctam,en novembre 1302. Cette bulle professait la suprĂ©matie de lEglise sur les Ă©tats, et donc lobligation faite Ă  toute crĂ©ature humaine de se soumettre au Pape, fut-elle roi de France.Unam sanctamcomme la premiĂšre reste tentative papale dinstituer une thĂ©ocratie occidentale. La suite est connue: Philippe le Bel envoya des hommes, dont Guillaume de Nogaret, afin de sassurer de la personne du Pape en son palais dAnagni, le 07 septembre 1303. La lĂ©gende veut que Boniface VIII fut Ă  cette occasion giflĂ© par Guillaume de Nogaret (ou par Sciarra Colonna, son ennemi personnel). Dans le mĂȘme temps, le roi lançait un appel Ă  un concile gĂ©nĂ©ral qui devait juger le pape pour hĂ©rĂ©sie, simonie et divers crimes. La mort de Boniface VIII, le 11 octobre de la mĂȘme annĂ©e, mit un terme Ă  laffaire. Par la suite, des arrangements entre léphĂ©mĂšre Pape BenoĂźt XI et le Pape français ClĂ©ment V (Bertrand de Got) furent conclus. Mais le geste de Philippe IV, cest-Ă -dire la convocation des Ă©tats gĂ©nĂ©raux pour entĂ©riner sa dĂ©cision de sopposer frontalement Ă  la papautĂ©, institua une tradition bien française qui devait perdurer longtemps, et qui accompagnera lidĂ©e moderne détat nation tout au long de son Ă©laboration. B. DĂ©veloppement et apogĂ©e. Le concile de Vienne (1311-1312), outre quil dissolvait lordre des templiers non par une procĂ©dure judiciaire mais en vertu de lautoritĂ© apostolique du Pape, mit en place un dĂ©but de rĂ©organisation de lEglise, ce qui appuya la thĂ©orie (naissante) de sĂ©paration du spirituel et du temporel. Il est vrai que Philippe le bel assista au concile accompagnĂ© de sa cour, et, incidemment, dune armĂ©e. La papautĂ© sinstalla par la suite en Avignon, par crainte de linstabilitĂ© politique en Italie (le conflit entre guelfes et gibelins rendait léquilibre du pays prĂ©caire). Le roi de France, avec la papautĂ© aux portes de son royaume, trouva loccasion dinfluer sur la politique de léglise pendant longtemps. La situation, renversĂ©e par rapport aux prĂ©tentions de la bulle Unam sanctam(80% des lĂ©gats de léglise Ă©taient alors français) dura jusquau retour de la papautĂ© Ă  Rome en 1378, ce qui entraĂźna (entre autres facteurs) le Grand Schisme dOccident (1378-1418); lequel vit deux papautĂ©s saffronter, lune Ă  Avignon, lautre Ă  Rome. Le Schisme prit fin dans une Europe affaiblie, en proie aux compagnies de routiers qui ravageaient les Ă©tats. Le Pape fut reconnu comme tel lors du concile de Constance (1414-1417), concile qui proclama sa supĂ©rioritĂ© sur le pape (dĂ©cretHaec sancta). Le principe de conciles Ă  dates rĂ©guliĂšres, instituĂ© par le dĂ©cretFrequens, assuralindĂ©pendance des synodes face au Pape.
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Le conciliarisme, doctrine servant de base Ă  la rĂ©flexion gallicane, se trouvait adoptĂ© de facto. Le Pape Ă©tait considĂ©rĂ© comme leprimus inter paressur laquelle (conception les conciles Vatican I, 1869-1870 ; et Vatican II, 1962-1965, reviendront). Remarquons que cest Ă  loccasion du concile de Constance que Jean Hus, venu prĂ©senter ses thĂšses et muni dun sauf-conduit (qui sera vite reniĂ©), fut condamnĂ© comme hĂ©rĂ©tique et brĂ»lĂ© vif. Mais le dĂ©sordre du Grand Schisme dOccident avait dĂ©jĂ  ouvert la porte Ă  la RĂ©forme. Le concile suivant, fixĂ© par dĂ©cret Ă  BĂąle pour lannĂ©e 1431, sétendit sur plusieurs annĂ©es et eut lieu dans plusieurs citĂ©s (1431-1441 Ă  BĂąle, Ferrare, Florence et Rome). Il rĂ©affirmait le principe de supĂ©rioritĂ© du concile sur le pape, entraĂźnant querelles interminables et menaçant lOccident dun nouveau Schisme. Le roi de France Charles VII proposa alors une mĂ©diation, promulguĂ©e le 7 juillet 1438 sous le nom cĂ©lĂšbre de  Pragmatique Sanction de Bourges ». La Pragmatique Sanction reprit la plupart des articles rĂ©digĂ©s Ă  BĂąle, en les modulant. Elle entĂ©rina le principe de supĂ©rioritĂ© des conciles sur le pape, en particulier appliquĂ© au clergĂ© français. Elle rĂ©tablit lélection des Ă©vĂȘques et des abbĂ©s, abrogea les nominations papales, fixa un Ăąge minimum pour devenir cardinal et supprima les annates, un impĂŽt jusque-lĂ  perçu (et levĂ©) par le pape en personne. De surcroĂźt, elle rĂ©servait aux universitaires un certain nombres de prĂ©bendes et renforçait, au dĂ©triment de la curie romaine, les pouvoirs juridictionnels des archevĂȘques. La Pragmatique Sanction a, par la suite, Ă©tĂ© qualifiĂ©e de  constitution gallicane ».Pour asseoir sa politique de reconstruction nationale, Charles VII sappuyait alors sur cette idĂ©e, acceptĂ©e par une large partie du clergĂ© français Ă  lexception de la Bretagne.Cause de nombreux dĂ©bats, la Pragmatique Sanction resta en vigueur (avec des modulations plus ou moins grandes dues Ă  Louis XI) jusquà ce quintervienne un nouvel accord entre le Roide France François Ier et le Pape LĂ©on X, lors du concordat de Bologne en 1516. La nomination des Ă©vĂȘques ne procĂ©dait plus dun vote, mais devenait le fait du roi tout en Ă©tant soumise Ă  la ratification du pape. Le concordat de Bologne adoucit le gallicanisme sans labolir. Le roi Ă©tait de fait reconnu comme le vĂ©ritable maĂźtre de lEglise de France. Le surgissement et le dĂ©veloppement de la RĂ©forme allaient changer les lignes de force en Europe, affermissant les bases de ce qui serait nommĂ© au XIXe siĂšcle lultramontanisme, et divisant les catholiques gallicans sur la conduite Ă  tenir. C. Le surgissement de la RĂ©forme : la radicalisation et lancien rĂ©gime. Linfluence de John Wyclif (1320-1384) et celle de Jean Hus (environ 1370-1415) furent dĂ©terminantes dans ce quil est convenu de nommer la RĂ©forme Protestante. Sous linfluence de Martin Luther (1483-1546) puis de Jean Calvin (1509-1564), un renouveau spirituel souffla sur lEurope. Nous ne traiterons pas de la RĂ©forme ici mais dun de ses effets. La rupture de Luther avec le pape Ă©tant consommĂ©e, nombre de princes dEurope virent Ă  travers ladoption de la rĂ©forme le moyen de se dĂ©gager de la tutelle politico-religieuse de Rome, ce qui explique en partie le succĂšs des nouveaux Ă©crits, parmi de multiples facteurs (langue vernaculaire pour les offices, lecture pour tous, affermissement de la morale face aux relĂąchements des mƓurs des membres de lEglise, etc.) 
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Les dĂ©buts de la rĂ©forme, concomitants Ă  la signature de concordat de Bologne, nous incitent Ă  penser que les princes dEurope avaient tout intĂ©rĂȘt Ă  imiter la France afin daffermir leur pouvoir, et adopter la RĂ©forme pouvait faire partie de cet Ă©tat desprit. Mais en France, leffet fut diffĂ©rent. MĂȘme si le conciliarisme doctrinaire Ă©tait en perte dinfluence, il se vit rapidement remplacĂ© par un antiromanisme dĂ» Ă  la lourdeur fiscale et Ă  la complexitĂ© du systĂšme curial. Les gallicans, dĂ©tachĂ©s de la tutelle politique papale, ne le reconnaissaient pas moins comme le chef de lEglise. La rupture protestante avec Rome, suivie du concile de Trente (1545-1563), qui rĂ©affirma et prĂ©cisa les dogmes gĂ©nĂ©raux catholiques et assura la transition entre le conciliarisme finissant du moyen Ăąge et la monarchie pontificale, divisa les Catholiques français en deux camps. Dune part, les ultramontains - dits  romains » Ă  lépoque - soucieux dobĂ©ir sans sourciller aux injonctions de la contre-rĂ©forme et de lautre, les gallicans, aussi bien thĂ©ologiens (qui en appelaient aux principes de léglise ancienne) que parlementaires (refusant la monarchie papale). Les dĂ©chirements furent nombreux, les gallicans ayant aussi leurs extrĂ©mistes, comme Edmond Richer (1559-1631) qui se dĂ©marquait de la conception dĂ©mocratique » gallicane et en appelait au rĂ©galisme des Ă©vĂȘques. Ses thĂšses furent refusĂ©es en 1612 au synode de Sens, ou il fut condamnĂ©. Les diffĂ©rents rois de France qui succĂ©dĂšrent Ă  François Ier (dHenri II Ă  Henri IV) composĂšrent entre les deux tendances, les manipulant parfois; sans perdre de vue la politique gĂ©nĂ©rale face aux protestants (persĂ©cutions dHenri II, libĂ©ralitĂ©s dHenri IV). Sous Louis XIII, le gallicanisme servit dargument Ă  Richelieu pour contrer la papautĂ©, sous influence espagnole ; ce qui ne lempĂȘcha pas de combattre fĂ©rocement les protestants de France (siĂšge de la Rochelle, 1628, rĂ©vocation des clauses militaires de lédit de Nantes, 1629). Lélaboration, par le ministre cardinal, dune thĂ©orie de la monarchie absolue conforme aux intĂ©rĂȘts de la France centralisĂ©e ( Qui a la force a souvent la raison, en matiĂšre dEtat»,MĂ©moires) ainsi que sa lutte acharnĂ©e contre les ultramontains dobĂ©dience espagnole renforcera,in fine, le gallicanisme français. Le rĂšgne de Louis XIV allait en donner la pleine mesure. Le rĂšgne du roi soleil vit se concrĂ©tiser lidĂ©e de monarchie absolue. Le gallicanisme politique eut donc toute sa faveur. Suite Ă  un incident diplomatique en 1662, (lambassadeur du roi avait Ă©tĂ© insultĂ© par la garde corse pontificale, et lun de ses serviteurs tuĂ©), la facultĂ© de Paris rĂ©digea six articles destinĂ©s Ă  prĂ©ciser »sa doctrine sur les points de controverse avec le Pape Alexandre VII. La sĂ©paration des puissances, lindĂ©pendance de la puissance royale, le devoir dobĂ©issance, la reconnaissance des libertĂ©s gallicanes, la nĂ©gation de la suprĂ©matie pontificale sur le concile et enfin la nĂ©gation de linfaillibilitĂ© furent Ă©voquĂ©es et discutĂ©es. La question de linfaillibilitĂ© papale, bien quà lépoque non Ă©rigĂ©e en dogme (il faudra attendre 1870), Ă©tait lobjet de moult interrogations suite Ă  lintervention du pape, Ă  la demande du roi, pour traiter de la question jansĂ©niste. Vingt ans plus tard, une nouvelle crise entre Louis XIV et le pape Innocent XI, sur la question des droits de rĂ©gale queLouis XIV avait Ă©tendus, malgrĂ© les dĂ©cisions du concile de Lyon en 1274 qui prohibait toute extension territoriale de cette pratique, fut le point de dĂ©part du gallicanisme codifiĂ©, connu sous le nom des  quatre articles ». 
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On le voit, le mĂȘme problĂšme opposait, Ă  plusieurs siĂšcles de distance, deux rois de France Ă  la papautĂ©. Remarquons que dans les deux cas, la France est au moment de la controverse la nation la plus puissante dEurope, et poursuit un vaste plan de centralisation du territoire. Louis XIV saisit cette occasion pour convoquer lassemblĂ©e du clergĂ© en 1682 et, celui-ci, reprenant les six propositions de 1663, les condensa en quatre articles organiques dont la rĂ©daction fut assurĂ©e par Bossuet. Cette fois, une codification existait, le gallicanisme nétait plus un faisceau de propositions factuelles et –ou-thĂ©oriques ;il existait un texte constituant auquel on pouvait se rĂ©fĂ©rer. Les quatre articles se dĂ©clinaient ainsi : 1. La puissance des autoritĂ©s ecclĂ©siastiques ne concerne que le spirituel. Dans les choses temporelles, rois et princes ne sont pas soumis Ă  lautoritĂ© des princes de lEglise. LautoritĂ© ecclĂ©siastique ne peut dispenser les sujets du roi de lobĂ©issance quils lui doivent. 2. Les dĂ©crets du concile de Constance conservent toute leur force. 3. La puissance apostolique se rĂšgle par les canons, mais les mƓurs et coutumes de léglise gallicane doivent conserver toute leur force. 4. Le pape Ă  lautoritĂ© en matiĂšre de foi, ses dĂ©crets sont valables dans toutes les Ă©glises ; mais ils peuvent ĂȘtre corrigĂ©s par lassemblĂ©e des Ă©glises (conciles, synodes). De plus, le Roi dĂ©cida que les quatre articles avaient vocation Ă  ĂȘtre enseignĂ©s dans tout le royaume. Un arrangement avec Innocent XII prĂ©voyait que cela ne serait pas le cas, mais Louis XIV (Ă©duquĂ© par Mazarin
) ne tint pas parole et lenseignement des quatre articles resta obligatoire durant tout lancien rĂ©gime. La controverse jansĂ©niste, et lintervention du pape Ă  travers la bulleUnigenitum (1713), cristallisĂšrent lopposition entre deux gallicanismes, lun inspirĂ© des thĂšses conciliaristes rĂ©galiennes de Richer et lautre, le gallicanisme classique »,cest-Ă -dire dans les faits soumis au Roi. Cette opposition perdurera durant tout lancien rĂ©gime, jusquà trouver son apogĂ©e en 1790 lors de la constitution civile du clergĂ©. Les richĂ©ristes se rangĂšrent du cĂŽtĂ© de la constitution civile, tandis que dautres gallicans, rĂ©fractaires, rejoignirent les rangs de la contestation. D. La fin du gallicanisme ? La restauration du catholicisme sous NapolĂ©on (concordat de 1801, reconnaissant le catholicisme comme  religion de la majoritĂ© des français ») semble marquer le recul du gallicanisme, en particulier celui du conciliarisme richĂ©rien, qui sest aliĂ©nĂ© depuis la rĂ©volution de 1789 une large majoritĂ© de catholiques. Pour le dictionnaire critique de thĂ©ologie auquel je me suis rĂ©fĂ©rĂ©,  La restauration du catholicisme sous napolĂ©on (
) marqua la fin du gallicanisme.» (page 593, colonne de gauche). La tradition semble pourtant vivace, car, si NapolĂ©on, pour son sacre de 1804, a besoin du pape pour asseoir sa lĂ©gitimitĂ©, il le fait venir Ă  Paris et ne se dĂ©place pas Ă  Rome. Il ne communie pas durant le sacre, nétant pas pratiquant, puis se saisit lui-mĂȘme de la couronne impĂ©riale. Il caressa mĂȘme le projet de dĂ©placer la PapautĂ© Ă  Paris, ce que le plus extrĂ©miste des gallicans naurait jamais osĂ© penser.
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Quant au concordat de 1801, des articles organiques (supplĂ©mentaires, ajoutĂ©s autoritairement par NapolĂ©on) du 8 avril 1802 (18 germinal an X) rĂ©glĂšrent lexercice du culte non seulement catholique, mais Ă©galement protestant et ce malgrĂ© lopposition de la papautĂ©. En matiĂšre de gallicanisme, NapolĂ©on se fit plus royaliste que le roi et sapprocha (de trĂšs prĂšs) du CĂ©saropapisme. La rĂ©daction de ces articles suscita le rĂ©veil et la colĂšre de ceux que lon nommerait bientĂŽt les ultramontains, partisans delobĂ©issance Ă  Rome en matiĂšre spirituelle et politique (pour ce qui concernait léglise). Lultramontanisme -ou parti romain-, on la vu, puisait ses racines dans lopposition Ă  la rĂ©forme protestante (ligue catholique), qui dĂ©plaça les lignes de forces en Europe. Il se dĂ©veloppa dans la lutte contre le jansĂ©nisme (et ses accointances gallicanes parlementaires), puis trouva un large Ă©cho suite Ă  la RĂ©volution française. Le rĂ©tablissement des relations avec Rome par le concordat de 1801 satisfaisait ses partisans mais ce fut sous le rĂšgne de Charles X (1824-1830) que lultramontanisme atteignit son apogĂ©e. Solidement appuyĂ© sur les pensĂ©es contre-rĂ©volutionnaires, royalistes et catholiques de Joseph de Maistre (1753-1821) et de Louis de Bonald (1754-1840), les ultramontains touchĂšrent un public plus large. La nĂ©cessitĂ© dune autoritĂ© religieuse indiscutable fut avancĂ©e, relançant le vieux dĂ©bat sur la puissance papale et prĂ©parant le terrain au concile Vatican I. Charles X commit toutefois des erreurs politiques flagrantes (la loi du milliard des Ă©migrĂ©s», visant Ă  dĂ©dommager les nobles français, abolition de la libertĂ© de la presse, etc) qui dĂ©bouchĂšrent sur la rĂ©volution de 1830 et la monarchie de Juillet (1830-1848). La religion catholique nétant plus reconnue comme une religion détat, alors que la France Ă©tait gouvernĂ©e er par un roi (Louis-Philippe 1, 1830-1848), les ultramontains virent leur ressentiment grandir et leur influence sétendre. Des religieux comme Dom GuĂ©ranger (1805-1875), restaurateur de lordre bĂ©nĂ©dictin et partisan dun retour Ă  la liturgie romaine, connurent une renommĂ©e et une influence importantes. Nombre de gallicans, notamment ceux de la branche politique autoritaire qui avait pour habitude de sappuyer sur le Roi, rejoignent la pensĂ©e ultramontaine ; déçus par un roi obligĂ© de composer avec les rĂ©volutionnaires. Le point culminant de linfluence romaine fut atteint lors du concile Vatican I (1869-1870), convoquĂ© par Pie IX. Vatican I en termina avec le dĂ©bat sur la primautĂ© (ou non) du pape et adopta la constitution Pastor aeternus, donnant linfaillibilitĂ© au pape en matiĂšre de foi et de mƓurs lorsquil sexprime dans lexercice de sa charge (cest-Ă -direex-cathedra) et renforçant la centralisation de lEglise. Reconnu comme le vicaire de JĂ©sus-christ et le chef spirituel de lEglise, il nétait plus leprimus inter pares maisbien le monarque des chrĂ©tiens. Pastor aeternusveilla Ă  expurger toute formule dinspiration gallicane sur la demande expresse de Pie IX. Laccord de lépiscopat, subordonnant toute infaillibilitĂ©, nétait plus nĂ©cessaire. Cet Ă©pisode marqua la fin du gallicanisme, en mĂȘme temps que la papautĂ© perdait tout pouvoir temporel sur les Ă©tats pontificaux (la question, en suspens, sera dĂ©finitivement tranchĂ©e lors des accords de Latran en 1929, les Ă©tats pontificaux dissous Ă  lexception du Vatican, crĂ©Ă© et donnĂ© au saint-siĂšge par Mussolini). 
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II. ActualitĂ© du gallicanisme.A. Histoire rĂ©cente : lƓuvre du pĂšre Hyacinthe Loyson. Ladoption de linfaillibilitĂ© pontificale lors de Vatican I provoqua des rĂ©actions au sein du clergĂ© catholique, et, plus gĂ©nĂ©ralement, chrĂ©tien. En France, Mgr Dupanloup dĂ©clara que cette prĂ©tention Ă©tait la plus grande insolence qui se soit jusqu'ici perpĂ©trĂ©e au nom de JĂ©sus-Christ».Beaucoup contestĂšrent le dĂ©roulement des sessions (les italiens, reprĂ©sentĂ©s Ă  35% lors du concile, subirent des pressions pour voter dans le  bon sens », les reprĂ©sentants du clergĂ© français et allemand, rappelĂ©s par la crise entre la France et la Prusse, firent perdre un certain nombre dopposants aux contestataires). Tandis quen Allemagne et en Suisse le schisme de lEglise vieille-catholique se produisait, cest en France que la voix la plus aigue se fit entendre pour dĂ©noncer cette dĂ©cision. Le pape Pie IX, en 1864, avait prĂ©parĂ© le terrain Ă  une telle contestation avec la publication duSyllabus, recueil qui recensait les  80 erreurs » du monde moderne, dont la libertĂ© de conscience ; et qui affirmait la supĂ©rioritĂ© de lEglise sur lEtat; vieille antienne qui, on le voit, prĂ©occupait la chrĂ©tientĂ© depuis la bulleUnam sanctamde 1302 ! Le pĂšre Hyacinthe Loyson (1827-1912), prĂ©dicateur connu aux tendances libĂ©rales, dĂ©nonça le dogme qui se prĂ©parait dĂšs 1869. Son talent lavait auparavant fait remarquer des plus hautes autoritĂ©s ecclĂ©siastiques Ă  tel point que Pie IX disait de lui :» C'est ma pierre prĂ©cieuse, c'est le meilleur de mes fils, ce sera la fleur de l'Eglise.Mais il refusa les conclusions du Syllabus et parla contre lobjet de Vatican I. MalgrĂ© plusieurs avertissements, y compris de la part dautres gallicans comme Mgr Dupanloup, il refusa de se taire. Il prit dautres positions, notamment en faveur de la paix et dĂ©nonça certaines hypocrisies :  Tu ne tueras point, dit le commandement Ă©ternel ! Mais condamne-til seulement l'homme lĂąche et cruel qui suit sa victime dans l'ombre et lui enfonce un couteau dans le coeur ou lui brĂ»le la cervelle avec un pistolet ? Le meurtre n'est-il plus un crime quand il se commet en grand et qu'il est le fait d'un prince ou d'une assemblĂ©e dĂ©libĂ©rante ? » Dans le contexte doublement houleux (crise franco-prussienne, concile Vatican I) de lépoque, un tel discours passa difficilement. Il enfonça le clou en dĂ©clarant :  Vous n'avez qu'Ă  appliquer aux peuples la morale des individus et Ă  renverser cette barriĂšre du mensonge : une morale pour la vie privĂ©e et une morale pour la vie publique.» (24 juin 1869). La polĂ©mique enfla avec les ultramontains, comme Louis Veuillot, qui lui rĂ©pliqua, dans lUnivers (journal catholique ultramontain) :  Quimportent des milliers de vies humaines si les Ăąmes ne meurent pas ! » 
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Rome somma Loyson de se soumettre et dadopter un discours diffĂ©rent, ce quil refusa. Rompant toute attache avec les autoritĂ©s ecclĂ©siastiques en 1869, il renonça Ă  une brillante carriĂšre (beaucoup le nommaient le Bossuet du XIXe siĂšcle») et il milita pour la paix, en caressant le projet de structurer les diffĂ©rents courants religieux opposĂ©s Ă  Rome. Il prĂȘcha, sexila en suisse (le concordat de 1801, toujours en vigueur, lui interdisait dexercer librement son culte), se maria en 1872 (prenant en exemple lEglise primitive) et fondit lEglise Gallicane en 1878; dont lexistence Ă©tait illĂ©gale en France. Il fut soutenu en cela par lEglise Anglicane et larchevĂȘque de Canterburry. Le pĂšre Hyacinthe finit par obtenir, en 1883, un dĂ©cret du prĂ©sident de la RĂ©publique Jules GrĂ©vy lui donnant la possibilitĂ© dexercer son magistĂšre. Toutefois, si lƓuvre spirituelle du pĂšre Hyacinthe est consĂ©quente, et amorça un renouveau gallican ecclĂ©siologique plus que politique; il Ă©choua en revanche Ă  fĂ©dĂ©rer les courants multiples qui contestaient la mainmise de Rome sur la catholicitĂ©. Il refusa la consĂ©cration Ă©piscopale proposĂ©e par lEglise anglicane et, sil continua sa tĂąche spirituelle, ne soccupa jamais de politique ecclĂ©siastique. Le renouveau gallican, Ă  dater de cette dĂ©cision, eut les ailes coupĂ©es et ne sorganisa pas en un courant structurĂ©. Le gallicanisme moderne, hĂ©ritier pour une large part de son Ɠuvre, se centrera par la suite sur la doctrine et lecclĂ©siologie et abandonnera les thĂ©ories parlementaires et politiques. B. Histoire de lEglise Gallicane au XXe SiĂšcle. La loi du 9 dĂ©cembre 1905 entĂ©rina le principe de sĂ©paration des Eglises et de lEtat. Abrogeant les dispositions du concordat de 1801, la RĂ©publique assure la libertĂ© de conscience »(article I). Ceci pouvait signifier, au niveau gallican, une assurance de voir le culte se dĂ©velopper (rappelons que le dĂ©cret de 1883 nétait quune tolĂ©rance accordĂ©e au pĂšre Hyacinthe et ne garantissait en aucun cas la pĂ©rennitĂ© de lEglise Gallicane). Le principe dassociation cultuelle Ă©tait gravĂ© dans le marbre de la loi, et les gallicans, sous le nom de Ligue des catholiques de France», cest-Ă -dire les catholiques non romains (prĂšs de deux cents associations!), se dĂ©clarĂšrent en 1907. La rĂ©plique de Rome ne se fit pas attendre : lencycliqueGravissimode Pie X sopposa Ă  toute association cultuelle, ce qui entraĂźna des oppositions de la part des  romains ». On le voit, lopposition entre les deux partis reprenait de plus belle. Les gallicans firent appel Ă  Monseigneur Vilatte, archevĂȘque non romain ordonnĂ© par le Patriarche dAntioche et exerçant son magistĂšre en AmĂ©rique, pour fĂ©dĂ©rer le mouvement. MalgrĂ© ses efforts, les rĂ©actions proromaines, vives et parfois brutales (attaque des fidĂšles Ă  coup de cannes plombĂ©es, injures, etc.) ainsi que la difficultĂ© Ă  trouver des lieux de cultes (le gouvernement français cherchait Ă  Ă©tablir des relations apaisĂ©es avec Rome) firent renoncer Mgr Vilatte, lequel avait Ă©tĂ© excommuniĂ© le 13 juin 1900; excommunication renouvelĂ©e par la CongrĂ©gation de lInquisition le 05 mars 1907. Il retourna en AmĂ©rique en 1908. Par la suite, les gallicans capables de financer leurs lieux de cultes continueront Ă  exercer leur droit cultuel, mais le mouvement amorcĂ© sétiolera de nouveau. 
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En 1916, Monseigneur Giraud, ordonnĂ© prĂȘtre par Mgr Vilatte, amorça un renouveau gallican en ordonnant plusieurs dizaines de prĂȘtres. Il fondit plusieurs lieux de culte : Ă  Tours (1922), RestignĂ© (1923), Digne (1927), Cannes (1935), Bordeaux (1936), Mios (1938), Aix-en-Provence (1939), Pessac (1941), Paris et Toulouse (1943); ainsi que le journal  Le gallican » en 1921. Il fut Ă©lu Patriarche de lEglise Gallicane en 1928 et le Saint-SiĂšge sétablira Ă  cette date dans la commune de Gazinet, prĂšs de Bordeaux. Il rĂ©digea une profession de foi en 1930, contenant entre autres choses les quatre articles de Bossuet de 1682 et qui sera largement diffusĂ©e en 1945. Cette profession de foi, rĂ©digĂ©e avec une Ă©quipe de thĂ©ologiens, cherchera Ă©galement Ă  rĂ©nover lancien rite des gaules, et sera connue comme  le rite gallican de Gazinet ». La mission que le Saint-SiĂšge de Gazinet se donnait Ă©tait notamment de fĂ©dĂ©rer d'autres Eglises occidentales dansl'Union des Eglises Catholiques et Orthodoxes d'Occident, de coordonner les efforts des catholiques français les aidant Ă  Ă©chapper Ă  la politisation abusive ; et de reprĂ©senter l'Eglise Gallicane Ă  l'intĂ©rieur et Ă  l'extĂ©rieur du territoire. Le gallicanisme se mĂ©fiait particuliĂšrement du renouveau du romantisme chrĂ©tien, dont il sentait la politisation lors de lentre-deux-guerres se cristalliser vers une certaine tendance. Arriva la guerre de 1939, suivie de loccupation. LEglise Gallicane refusa toute collaboration ou entente avec le nazisme, et ses prĂȘtres furent souvent arrĂȘtĂ©s, dĂ©portĂ©s ou tuĂ©s. Le 18 juillet 1944 un dĂ©cret au journal officiel interdit lexistence de cette Eglise, ses biens et archives furent confisquĂ©s et dĂ©truits. En 1945, lEglise se releva, toujours sous la conduite de Mgr Giraud, et reprit ses activitĂ©s pastorales. Monseigneur Jalbertville succĂ©da Ă  Mgr Giraud en 1950. Il séteignit en 1957 et il fallut attendre 1966 pour quun nouveau patriarche soit Ă©lu, Mgr IrĂ©nĂ©e Poncelain d'Eschevannes, jusquen 1970. Mgr Truchemotte le remplaça Ă  cette charge jusquen 1986. Depuis 1987, cest Mgr Thierry Teyssot qui assume cette charge. LaprĂšs-guerre fut loccasion pour lEglise Gallicane daffirmer lhumanisme qui la fonde depuis la vie et lƓuvre dHyacinthe Loyson et de quelques-uns de ses cĂ©lĂšbres compagnons, dont le PĂšre Michaud (inventeur de la graphologie), ou labbĂ© Junqua qui fonda lEglise DĂ©mocratique de la LibertĂ© (et qui fit deux annĂ©es de prison pour cela). De nos jours, en 2009, le siĂšge Ă©piscopal de lEglise Gallicane se trouve Ă  Bordeaux. Les offices religieux ont lieu au numĂ©ro 4, rue de La RĂ©ole, les mardis, mercredis, vendredis et samedis en la Chapelle Primatiale St Jean-Baptiste fondĂ©e en 1872 par labbĂ© Junqua. Mgr Teyssot officie Ă©galement en Charente-Maritime le dimanche. Le rayonnement de léglise est relativement faible, avec 27 000 pratiquants en France, et, pour la cultuelle Ă  Bordeaux, environ 120 familles, mais lénergie de Mgr Teyssot, qui a repris lédition et la publication du journal  le Gallican » en le faisant passer Ă  lùre du numĂ©rique, est tout Ă  fait remarquable. Lors de lentretien quil ma accordĂ©, Ă  la Chapelle Primatie St Jean-Baptiste, il a Ă©tĂ© disponible et chaleureux, mindiquant des pistes de recherche fructueuses. Jai appris que la position actuelle du Vatican par rapport Ă  lEglise Gallicane est de lignorer discrĂštement (le feu couvant toujours sous la cendre?). Toutefois, un texte du cardinal Ratzinger (Pape sous le nom de BenoĂźt XVI), Dominus Jesus», datant dil y a quelques annĂ©es; reconnaĂźt explicitement que lEglise catholique peut exister en dehors du siĂšge romain. Les querelles du passĂ© semblent apaisĂ©es, du moins tant que les choses restent en létat. 
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C. Le gallicanisme thĂ©ologique. Les gallicans sont des catholiques. Léglise se proclame apostolique, cest-Ă -dire suivant lexemple et prĂȘchant lenseignement des apĂŽtres. Pour y adhĂ©rer, il faut remplir les conditions suivantes : 1. En tant qu'Eglise chrĂ©tienne, il faut avoir reçu le baptĂȘme ou dĂ©sirer le recevoir. 2. En tant qu'Eglise de tradition catholique, il faut connaĂźtre et admettre l'un des credos suivants, qui contiennent les articles fondamentaux de la foi catholique : des ApĂŽtres, de NicĂ©e-Constantinople, de saint Athanase. 3. En tant qu'Eglise apostolique, pour y adhĂ©rer, il faut connaĂźtre et admettre dans leur contenu traditionnel les sept sacrements : baptĂȘme, confirmation, rĂ©conciliation, eucharistie, onction des malades, ordre et mariage ; tous les commandements divins, lesquels sont synthĂ©tisĂ©s dans ce passage de l'Evangile : tu aimeras ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton Ăąme et de tout ton esprit, et tu aimeras ton prochain comme toi-mĂȘme ». Les diffĂ©rences par rapport au culte et Ă  la politique Ă©piscopale Ă©manant de Rome sont de plusieurs ordres. 1. Le refus absolu de linfaillibilitĂ© pontificale. Comme on la vu, ce point est traditionnellement la pomme de discorde, si jose dire, entre la papautĂ© et les gallicans depuis la bulleUnam sanctamde 1302. Les gallicans reconnaissent la supĂ©rioritĂ© des synodes sur un seul homme, fut-il pape, et se rĂ©fĂšrent toujours Ă  la vision dĂ©gagĂ©e lors du concile de Constance en 1417. Le gallicanisme se rĂ©fĂšre Ă©galement Ă  St JĂ©rĂŽme : A quelque Eglise que les Ă©vĂȘques soient attachĂ©s, Ă  celle de Rome ou Ă  celle de Constantinople, ou encore Ă  celle d'Alexandrie, ils mĂ©ritent le mĂȘme respect et possĂšdent le mĂȘme sacerdoce. »Comme le note Mgr Teyssot: Aujourd'huipas plus qu'hier, aucun Ă©vĂȘque particulier n'a le droit de prĂ©tendre reprĂ©senter seul l'Eglise Universelle. Chaque Ă©vĂȘque reprĂ©sente son Eglise et ce sont ces Ă©vĂȘques assemblĂ©s qui reprĂ©sentent toute l'Eglise. Ainsi, tous les Ă©vĂȘques Ă©tant premiers pasteurs, peuvent validement dans leur Eglise, ce que le pape Ă©vĂȘque de Rome, peut dans la sienne. »2. En vertu de ce principe, de la supĂ©rioritĂ© dune assemblĂ©e sur un seul, les Ă©vĂȘques gallicans sont Ă©lus par le clergĂ©etles fidĂšles, lesquels participent pleinement Ă  la vie de leur Ă©glise. Cet idĂ©al, dĂ©veloppĂ© trĂšs tĂŽt par les pĂšres du gallicanisme moderne, rapproche léglise gallicane de certaines valeurs humanistes et dĂ©mocratiques. Le mode Ă©lectif du clergĂ© Ă©tait une pratique de léglise des premiers temps. 3. Acceptation du mariage des prĂȘtres et des Ă©vĂȘques. Se rĂ©fĂ©rant toujours aux apĂŽtres, les gallicans remarquent que lesdits apĂŽtres Ă©taient mariĂ©s. Mgr Teyssot est Ă©galement un Ă©poux. 
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