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Zaccone la recluse

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400 pages
Publié par :
Ajouté le : 21 juillet 2011
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Pierre Zaccone LA RECLUSE (1882) Édition du groupe « Ebooks libres et gratuits » Table des matières PROLOGUE ..............................................................................4 PREMIÈRE PARTIE...............................................................64 I ...................................................................................................65 II..................................................................................................74 III ................................................................................................92 IV...............................................................................................103 V .................................................................................................119 VI129 VII ..............................................................................................141 VIII ............................................................................................150 IX 159 X ................................................................................................166 XI............................................................................................... 175 XII .............................................................................................182 XIII............................................................................................192 XIV ........................................................................................... 202 XV..............................................................................................210 XVI227 XVII237 XVIII .........................................................................................247 XIX ............................................................................................256 XX..............................................................................................265 DEUXIÈME PARTIE UN DRAME AU COUVENT .............273 I .................................................................................................274 II............................................................................................... 282 III ..............................................................................................297 IV 304 V ................................................................................................319 VI...............................................................................................327 VII .............................................................................................335 VIII ............................................................................................344 IX356 X ................................................................................................363 XI............................................................................................... 371 XIII378 XIV ........................................................................................... 386 XV..............................................................................................394 À propos de cette édition électronique................................ 400 – 3 – PROLOGUE Le 25 mars 1851, un charmant aviso gréé en goélette quittait New-York, vers cinq heures de l’après-midi, et, poussé par une brise favorable, prenait la mer, toutes voiles dehors. C’était l’Atalante, un des plus fins, voiliers de la marine. La petite goélette faisait partie d’une escadre d’exploration qui, évoluait sur les côtes d’Amérique ; elle avait reçu pour mission d’aller prendre à New-York les dépêches de France, et, après avoir mouillé quelques jours en vue du port, elle repartait, alerte et vive, pour rallier l’escadre et lui apporter les correspondances attendues. Le temps était superbe, l’horizon très pur, quoique la brise fût un peu forte, l’Atalante n’avait pas diminué de toile. Aussi filait-elle, coquettement inclinée sur tribord, et laissant derrière elle un long sillage d’écume auquel les rayons du soleil couchant imprimaient comme un reflet de pourpre. Presque tous les matelots étaient montés sur le pont et le commandant lui-même venait de s’accouder aux bastingages pour embrasser d’un dernier regard le vaste panorama de New- York, qui allait tout à l’heure sombrer et disparaître dans les flots d’or de l’horizon. Cela dura une heure à peu près, au bout de laquelle les premières brumes du soir commencèrent à flotter dans l’air, pendant que la brise se mettait à mollir. – 4 – L’Atalante se redressa aussitôt, et ne tarda pas à re- prendre une allure plus calme. Le jeune lieutenant de vaisseau qui la commandait était un des officiers les plus distingué des ports de Brest et de Toulon. En peu d’années, son intelligence, son courage, son sang-froid avaient appelé sur lui l’attention de ses chefs et les vives sympathies de ses camarades. Il avait vingt-huit ans à peine et s’appelait Gaston de Pradelle : ses traits gardaient la vigoureuse empreinte du hâle de la mer, mais l’expression un peu rude de sa physionomie était tempérée par l’extrême douceur de deux yeux mélancoliques et noirs. Pour ceux qui ne voyaient que la surface, Gaston de Pradelle était le favori de la fortune ! partant, le plus heureux des hommes. Mais pour les autres, il y avait comme un inconnu chez ce grand jeune homme, souvent taciturne, dont la lèvre s’égayait rarement d’un sourire et qui portait sur son front l’ombre de quelque amer souvenir. Cependant Gaston de Pradelle était descendu dans sa chambre, et après avoir donné ses dernières instructions à son second, il s’était jeté sur sa couchette et s’était livré au sommeil. Combien d’heures s’écoulèrent dès lors, jusqu’au moment où il se réveilla ? – Il ne chercha même pas à s’en rendre compte. Tout ce qu’il se rappela plus tard, c’est qu’il fut brusquement arraché au sommeil par un effroyable craquement qui sembla ouvrir la pauvre goélette jusque dans ses œuvres vives, et qu’une secousse suivit immédiatement, qui coucha l’Atalante sur le flanc, à la faire chavirer. – 5 – Que se passait-il ? Jusque-là, il n’avait rien entendu. Comment la tempête avait-elle pu se déchaîner avec tant de violence et en si peu de temps ? C’était à n’y rien comprendre. Il se précipita vers le pont, à tâtons, au risque de se briser le crâne. Le vent soufflait de l’arrière et la mer, venant de travers, occasionnait un roulis épouvantable ; de plus, les lames, embarquant à chaque instant par paquets, avaient fini par éteindre les fanaux. C’était la nuit sombre, impénétrable, sinistre. À grand’peine, Gaston de Pradelle atteignit le pont. – Est-ce vous, commandant ? demanda alors une voix qu’il distingua à travers les bruits de la tempête. C’était celle de son second, un jeune enseigne, Maxime de Palonier. – C’est moi, oui, répondit Gaston, qu’y a-t-il ? – Un cyclone – un typhon – quel nom donner à cet ouragan, répondit Maxime ; jamais encore je n’ai rien vu de pareil. – Où sommes-nous ? – Impossible de s’orienter par cette nuit noire, sans feux et sans étoiles. – 6 – – Et depuis combien de temps marchons-nous ainsi ? – Depuis une demi-heure au plus. – C’est vous qui étiez de quart, lorsque la tempête a commencé ? – Oui, commandant, et nous étions alors à trente milles environ sud-sud-ouest de Terre-Neuve. Ces quelques mots avaient été échangés à voix rapide, à travers le vacarme formidable de tous les éléments courroucés, et Gaston de Pradelle s’était aussitôt dirigé vers l’arrière, où il prit immédiatement possession de son poste. Mais que pouvait-il en pareille occurrence ?… Le mieux était encore de s’en remettre à l’Atalante, et c’est ce qu’il fit, attendant gravement une accalmie. Du reste, la jolie goélette ne paraissait guère se douter du danger qu’elle courait ; au milieu du désordre indescriptible des lames soulevées, fouettées, déchirées par les lanières sifflantes du vent, sans prendre souci de ces mille voix qui hurlaient autour d’elle, s’injuriant dans les ténèbres avec des intonations de catéchisme poissard, elle allait, inconsciente, tantôt s’abandonnant au roulis qui la berçait avec violence, tantôt trempant ses flancs, avides de caresses, dans les baignoires d’écume que le cyclone lui creusait entre deux vagues ! On eût dit qu’à chaque instant l’ouragan redoublait d’intensité et de furie, s’acharnant pour ainsi dire, contre le frêle et gracieux navire qui semblait narguer sa rage impuissante. Gaston de Pradelle demeurait impassible, mesurant d’un œil calme l’immensité du danger, donnant, de temps à autre, quelque ordre, en apparence insignifiant, mais qui avait pour – 7 – effet salutaire de maintenir la communication entre l’équipage et le chef. Les matelots savaient ainsi que le commandant était là, partageant le péril commun ; et ce dernier s’assurait en même temps que ses hommes restaient à ses côtés, intrépides, dévoués, fidèles à l’honneur et au devoir jusqu’à la mort ! Cinq heures se passèrent de la sorte. Cinq heures ! pendant lesquelles le terrible ouragan n’accorda pas une seconde de trêve. Le vent ne cessa pas de souffler avec la même violence, aucun rayon ne vint éclairer les sombres ténèbres qui enveloppaient l’Atalante comme d’un linceul, et les vagues irritées continuèrent de menacer de leurs étreintes mortelles la délicate ossature de la pauvre petite goélette. Si cette situation s’était prolongée davantage ; c’en était fait d’elle et de son vaillant équipage. Mais Dieu veillait, et il ne voulut pas que cela fût. Les marins croient encore à la Providence, et peut-être, en effet, fut-ce elle seule qui les arracha, sains et saufs, du plus épouvantable cyclone qui se soit déchaîné sur l’Océan. La tempête avait commencé à minuit. Vers cinq heures, Gaston de Pradelle était toujours debout, tenant lui-même la barre, aveuglé par la rafale, trempé par les paquets de mer, cherchant vainement à pénétrer ce mur de ténèbres qui s’interposait entre lui et l’infini. – 8 – Rien, jusque-là, n’avait entamé ni son énergie, ni son courage, son cœur ne battait pas plus vite ; aucune pâleur n’était montée à son front. Mais il est des limites à la force humaine ; depuis quelques minutes, il sentait la fatigue envahir ses membres, et redoutait vaguement quelque défaillance. Il se raidissait cependant, bien résolu à mourir entier à son poste ; mais déjà une sueur moite mouillait ses tempes ; un voile glissait sur ses yeux ; à deux ou trois reprises, ses doigts se crispèrent comme affolés sur le métal de la barre… Il était perdu ! Tout à coup, un cri s’échappa de ses lèvres, un immense soupir de soulagement souleva sa poitrine, et ses regards, subitement illuminés de deux lueurs fulgurantes, s’attachèrent avec une fixité farouche vers un coin du ciel. Le vacarme ne s’était point tu ; pourtant, chose étrange, sur le pont, tout le monde avait entendu ce cri bizarre, et, mû par un même sentiment, chacun s’était tourné vers le commandant. Sa silhouette vigoureuse se détachait de l’ombre, et on le vit diriger son bras vers l’horizon. Qu’y avait-il de ce côté ? Un rien… qui était le salut !… Une ligne, imperceptible encore, rayait le ciel, et mêlait aux dernières ombres de la nuit une teinte rose et claire qui était le signe certain de la fin de l’ouragan. Du reste, et comme par enchantement, le vent perdit presque aussitôt son âpre violence ; la houle sembla se calmer – 9 – presque instantanément, et, au bout d’une demi-heure, quand le jour vint, il ne restait plus autour de l’Atalante que ces brumes légères du matin, qu’un rayon de soleil suffît à dissiper. Gaston de Pradelle avait fait distribuer un quart de vin à ses matelots, pour les réconforter après le rude assaut qu’ils venaient d’essuyer, et au lieu de descendre pour se reposer lui- même dans sa chambre, il était demeuré sur le pont avec Maxime de Palonier. Une dernière inquiétude lui restait : après la nuit qu’il venait de passer, il se demandait avec appréhension dans quels parages le cyclone pouvait bien les avoir poussés… Et, armé de sa longue-vue, il interrogeait l’horizon, cherchant un point de repère qui pût le fixer. – Tu ne vois rien ? dit Maxime de Palonier, qui l’observait avec intérêt. – Non, rien encore, répondit Gaston. Il faisait maintenant grand jour… les nuages fuyaient au loin, chassés par les derniers efforts de la rafale ; le regard embrassait sans obstacle toute l’immensité. – Comment marchons-nous ? dit alors le commandant. – Nous filons six nœuds à l’heure, lui répondit Maxime. – Et nous étions, vers minuit, à trente milles sud-sud-ouest de Terre-Neuve ? – Précisément. – C’est bizarre. – 10 –
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