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Le capital-investissement : source de développement économique ou nouvelle forme de colonialisme? - L'exemple du Maghreb

De
117 pages
Qu'est-ce que le capital-investissement (CI)? Quels sont les ressorts de son expansion? Contribue-t-il au développement économique des pays émergents ou au contraire signe-t-il l'avènement d'une nouvelle forme de colonialisme? Le travail de recherche mené ici vise à étudier les dynamiques qui sous-tendent l'évolution du CI. Son expansion s'est accélérée dans les économies émergentes, sous l'impulsion des institutions financières de développement et des autorités locales, qui y voient un moyen de catalyser le secteur privé. Au Maghreb, la montée en puissance du CI semble confirmer l'existence de synergies entre le besoin des fonds d'investissement de trouver de nouvelles opportunités et les problèmes des économies émergentes. Pourtant, le CI, en accélérant la mutation des économies émergentes, renforce l'emprise de la mondialisation sur ces pays et s'apparente en cela à une nouvelle forme de colonialisme.
Diplômé d'HEC Paris en 2008, Programme Grande Ecole, Majeure Alternative Management.
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Observatoire du Management Alternatif
Alternative Management Observatory
__

Cahier de recherche



Le capital-investissement :
Source de développement économique ou
nouvelle forme de colonialisme?

L'exemple du Maghreb


Gaëtan Irrmann

Septembre 2008





Majeure Alternative Management – HEC Paris
2007-2008

Irrmann G. – « Le capital-investissement : développement économique ou colonialisme? Le cas du Maghreb » - Septembre 2008 1
Genèse du présent document
Ce cahier de recherche a été réalisé sous la forme initiale d’un mémoire de recherche dans le
cadre de la Majeure Alternative Management, spécialité de troisième année du programme
Grande École d’HEC Paris. Il a été dirigé par Karim Medjad, professeur à HEC-Paris, co-
responsable de la Majeure Alternative Management et soutenu le jeudi 9 octobre 2008 en sa
présence.


Origins of this research


This research was originally presented as a research essay within the framework of the
“Alternative Management” specialization of the third-year HEC Paris business school
program. The essay has been supervised by Karim Medjad, Professor in HEC Paris, co-
th
director of the “Alternative Management” specialisation and delivered on October, 9 2008 in
his presence.






















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Irrmann G. – « Le capital-investissement : développement économique ou colonialisme? Le cas du Maghreb » - Septembre 2008 2
Le capital-investissement :
source de développement économique ou nouvelle forme de colonialisme?
L'exemple du Maghreb

Résumé : Qu'est-ce que le capital-investissement (CI)? Quels sont les ressorts de son
expansion? Contribue-t-il au développement économique des pays émergents ou au contraire
signe-t-il l'avènement d'une nouvelle forme de colonialisme? Le travail de recherche mené ici
vise à étudier les dynamiques qui sous-tendent l'évolution du CI. Son expansion s'est
accélérée dans les économies émergentes, sous l'impulsion des institutions financières de
développement et des autorités locales, qui y voient un moyen de catalyser le secteur privé.
Au Maghreb, la montée en puissance du CI semble confirmer l'existence de synergies entre le
besoin des fonds d'investissement de trouver de nouvelles opportunités et les problèmes des
économies émergentes. Pourtant, le CI, en accélérant la mutation des économies émergentes,
renforce l'emprise de la mondialisation sur ces pays et s'apparente en cela à une nouvelle
forme de colonialisme.

Mots-clés : Capital-investissement, Colonialisme, Développement économique, Économies
émergentes, Impérialisme, Innovation, Maghreb, Mondialisation, Théorie d'agence

Private Equity:
Factor of economic growth or new form of colonialism?
The case of Maghreb

Abstract: What is Private Equity (PE)? What are the mechanisms of its expansion? Does it
contribute to the economic growth of emerging countries or is it rather a new form of
colonialism? The purpose of this paper is to analyse the underlying elements behind the
evolution of PE. PE being considered as a booster of the private sector, it has been advocating
by both development finance institutions and local authorities and has therefore expanded
rapidly in emerging economies. The growth of PE in Maghreb seems to confirm the existence
of synergies between PE firms’ need to find new opportunities and the problems faced by
emerging economies. However, by accelerating the mutation of these countries, PE increases
the grip of globalization on them and can thus be seen as a new form of colonialism.

Keywords: Private Equity, Colonialism, Economic development, Emerging economies,
Imperialism, Innovation, Maghreb, Globalization, Agency theory



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Remerciements
Je tiens à remercier M. Karim Medjad pour son soutien et sa patience et, plus
généralement, pour avoir contribué à la création d'un programme qui prend à contre-pied
l'enseignement traditionnel de la gestion.
Un petit mot également à l'intention de mes parents, pour lesquels le financement de
mes études s'apparente à une opération de LBO, à l'avenir incertain.











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«Toute économie-monde est un emboîtement, une
juxtaposition de zones liées ensemble, mais à des niveaux
différents. Sur le terrain, trois « aires », trois catégories
au moins se dessinent : un centre étroit, des régions
secondes assez développées, pour finir, d’énormes marges
extérieures. (…) Le « cœur » réunit tout ce qui existe de
plus avancé et de plus diversifié. L’anneau suivant n’a
qu’une partie de ces avantages, bien qu’il y participe (…)
L’immense périphérie, (…) c’est au contraire l’archaïsme,
le retard, l’exploitation facile par autrui.»

Fernand Braudel,
Civilisation matérielle, économie et capitalisme,
Armand Colin (1979)





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Table des matières

1. Introduction .......................................................................................................................... 8

2. Le capital-investissement : une boulimie sans frontières ............................................... 11

2.1. Définitions et fonctionnement........................................................................................ 11
2.1.1. Une classe d'actifs qui intervient à toutes les étapes de la vie d'une entreprise ..... 12
2.1.2. Généralisation de la « Limited Partnership »......................................................... 14
2.1.3. Acteurs et structure................................................................................................. 16
2.1.4. Un processus d'investissement centré sur le contrôle de l'information .................. 19

2.2 Évolution et tendances du capital-investissement : l'éternel retour de Schumpeter...... 21
2.2.1. Entre adaptation à l'environnement économique et capacité à façonner
l'environnement légal : Darwin ou Nietzsche?................................................................. 23
2.2.2. Évolution du capital-investissement et destruction créatrice schumpéterienne ..... 27
2.2.3. Crise du marché des LBO : éclipse et mutation du capital-investissement ........... 30
2.2.4. A la découverte de territoires vierges..................................................................... 36

3. Le capital-investissement : facteur de développement?.................................................. 40

3.1 Une pratique financière controversée............................................................................ 40
3.1.1. Prédateurs ou libérateurs? ...................................................................................... 40
3.1.2. Capital-investissement et théorie d'agence............................................................. 43

3.2 Dialectique du développement ....................................................................................... 48
3.2.1. Les bienfaits du capital-investissement : partenariat stratégique et financement de
l'innovation....................................................................................................................... 48
3.2.2. Les institutions financières de développement, nouvelles adeptes du capital-
investissement .................................................................................................................. 53

4. Capital-investissement et développement économique: le cas du Maghreb ................. 57

4.1. Panorama du capital-investissement au Maghreb........................................................ 57
4.1.1. Une industrie naissante........................................................................................... 58
4.1.2. De nombreuses opportunités d'investissements ..................................................... 64
4.1.3. Des obstacles récurrents ......................................................................................... 67

4.2. Complémentarités entre capital-investissement et problèmes économiques du Maghreb
71
4.2.1. Transition économique des pays du Maghreb........................................................ 71
4.2.2. L'impact potentiel du capital-investissement sur le développement du Maghreb.. 74
4.2.3. L'argument des complémentarités pour justifier la libéralisation de
l'environnement légal ....................................................................................................... 80

5. Le capital-investissement : une nouvelle forme de « colonialisme ».............................. 88

5.1. Une tentative de définition ontologique ........................................................................ 89
5.1.1. “Capital” et “investissement”, deux concepts chargés de sens .............................. 90
5.1.2. Christophe Colomb, ancêtre du capital-investissement ......................................... 92
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5.2. Fonds d'investissement et géopolitique ......................................................................... 94
5.2.1. Système-monde et zones d'influences : le Maghreb entre Moyen-Orient et Europe
95
5.2.2 Capital-investissement et néo-colonialisme .......................................................... 100

5.3 Capital-investissement et civilisation globale.............................................................. 103
5.3.1 L'argument du développement économique au service de l'expansion du
capitalisme...................................................................................................................... 104
5.3.2. Capital-investissement et colonialisme total........................................................ 107

6. Conclusion......................................................................................................................... 111

7. Bibliographie..................................................................................................................... 114

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1. Introduction
Malgré une croissance formidable et un impact considérable sur l'économie mondiale,
le fonctionnement du capital-investissement reste largement méconnu du grand public. Il
suffit de lire la presse généraliste pour constater que le capital-investissement, dans
l'imaginaire collectif, se limite à n'être qu'une nouvelle forme d'expression d'un capitalisme
débridé et inhumain. Ignacio Ramonet, journaliste du Monde Diplomatique, résume, sur le ton
caractéristique du journal, l'opinion que se fait une grande partie de l'opinion public sur cette
pratique financière : «un nouveau capitalisme s’installe, encore plus brutal et conquérant.
C’est celui d’une catégorie nouvelle de fonds vautours, les private equities, des fonds
1d’investissement à l’appétit d’ogre disposant de capitaux colossaux.»
C'est sans doute à dessein que Ramonet met dans le même panier fonds de Capital-
Investissement et «fonds vautour», - ces fonds d'investissement qui ont fait grand bruit en
rachetant les dettes de certains pays africains au tournant du 21éme siècle, pour réclamer,
quelques années plus tard, des remboursements et des arriérés exorbitants. L'amalgame de ces
deux formes de véhicules financiers met en exergue la perception négative qu'en ont la plupart
des gens. Le capital-investissement serait une fois de plus une tentative par le monde financier
de faire main basse sur le labeur des entreprises et de leurs salariés.

Certes, l’ampleur prise par le capital-investissement (CI) a de quoi troubler. Une étude
de Morgan Stanley en 2006 estimait que les 2700 fonds de CI recensés engendraient, à eux
seuls, 25% de l’activité globale en fusions acquisitions et 33% des introductions en bourse.
Au Royaume-Uni, le capital-investissement emploierait indirectement 25% de la population
active. Avec un encours total estimé à près de mille milliards de dollars, cette pratique
financière est devenue incontournable.
Cette classe d’actifs qui ne constituait qu’une sous-branche de la gestion d'actifs
«alternative» est sortie de ses gonds et s’impose désormais comme un nouveau modèle
managériale susceptible de détrôner un système financier traditionnellement basé sur une
dichotomie entre les propriétaires du capital de l’entreprise et ses managers.


1
Ignacio Ramonet, « Voracité », Le Monde Diplomatique, novembre 2007
Irrmann G. – « Le capital-investissement : développement économique ou colonialisme? Le cas du Maghreb » - Septembre 2008 8
Pourtant, si de nombreuses personnes voient dans le capital-investissement une
véritable révolution du capitalisme et l'avènement d'une économie mondiale entièrement aux
mains de la finance, le CI ne compte pas que des détracteurs.
Les économies développées, affaiblies par le vieillissement de leur population, sont de
plus en plus dépendantes, - pour pérenniser le paiement des retraites de leurs seniors-, des
rendements financiers que ces fonds d'investissement font miroiter. Par ailleurs, les partisans
du capital-investissement mettent en avant les atouts offerts par ce type de financement
«actif», notamment le financement de l'innovation technologique. En effet, pour les
entreprises, qu'elles soient en création, en difficulté ou en phase de croissance, le CI est
également une alternative aux banques, souvent frileuses lorsqu'il s'agit de prendre des
risques. A ces entreprises, les fonds apportent à la fois les capitaux nécessaires à la croissance
de leur activité et une expertise technique et stratégique. Loin de s'apparenter à un coup d'État
de la finance sur l'économie réelle, le capital-investissement symboliserait au contraire une
nouvelle forme de partenariat entre les mondes de l'entreprise et de la finance.

Bref, le Capital-investissement fait débat. Il fait d'autant plus débat que sa pénétration
dans les rouages de l'économie réelle ne se limite plus aux économies développées et se
propage, depuis quelques années, aux économies émergentes. Après des débuts poussifs, il
s'est, sous l'impulsion des principales institutions financières de développement, incrusté dans
la quasi-totalité des économies émergentes. Les organismes de développement ne jurent plus
que par lui, louant notamment sa capacité à dynamiser le secteur privé des pays pauvres. Ces
institutions s'efforcent de faciliter son expansion, en incitant les autorités de ces pays à
adapter leur système juridique aux exigences des fonds d'investissement et à mettre en place
un ensemble de mécanismes institutionnels pour les soutenir.
L'apparition et l'institutionnalisation du CI au Maghreb en quelques années seulement
est symptomatique de cette nouvelle tendance qui voit dans le CI un remède aux principaux
maux dont souffrent les économies du Maghreb.

Or, si indiscutablement le CI semble contribuer au développement économique des
pays émergents, force est de constater qu'il induit des changements qui dépassent la simple
problématique économique. En effet, le capital-investissement impose à l'environnement,
notamment légal, de s'adapter à ses conditions de possibilités.
En ce sens, si le CI révolutionne en profondeur le fonctionnement et les habitudes des
populations de ces pays, ne serait-il pas un moyen de «civiliser» les pays émergents?
Irrmann G. – « Le capital-investissement : développement économique ou colonialisme? Le cas du Maghreb » - Septembre 2008 9
En d'autres termes, le CI ne s'apparente-il pas à une nouvelle forme de colonialisme,
un colonialisme plus subtil qui cherche à mondialiser ce que Braudel considérait comme une
civilisation : le capitalisme?
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