La lecture en ligne est gratuite
Le téléchargement nécessite un accès à la bibliothèque YouScribe
Tout savoir sur nos offres
Télécharger Lire

Quel développement durable pour le petit espace insulaire ? Le cas de l'Ile de la Réunion

De
86 pages
À l'heure du réchauffement climatique et de la raréfaction des ressources, tous les territoires du monde sont confrontés au défi du développement durable. Le caractère fini des ressources planétaires fait écho à la situation insulaire : La Terre apparaît soudain comme une île dans l'univers dont nous devons absolument préserver les ressources. Les caractéristiques spécifiques des petites îles en font des territoires représentatifs de nombreux enjeux de développement durable que l'on rencontre à l'échelle mondiale. L'Ile de la Réunion, département d'Outre-mer situé dans l'Océan Indien connaît un développement économique et social important mais se pose aujourd'hui la question de la durabilité. Comment tirer parti de la situation spécifique du territoire pour concevoir un modèle de durabilité adapté à l'île et dont pourraient s'inspirer d'autres espaces similaires ? Quel développement durable mettre en place dans un petit espace insulaire ?
HEC, Programme Grande Ecole, Majeure Alternative Management. Pendant son année en majeure Alternative Management, Claire Nativel s'est particulièrement intéressée au sujet ayant trait à l'écologie et notamment à l'Empreinte écologique.
Voir plus Voir moins

Observatoire du Management Alternatif
Alternative Management Observatory
__
Cahier de recherche
Quel développement durable pour le petit
espace insulaire ?
Le cas de l’Ile de la Réunion
Claire Nativel
4 septembre 2009
Majeure Alternative Management – HEC Paris
2008-2009
1 Nativel C. – « Quel développement durable pour le petit espace insulaire ? Le cas de l’Ile de la Réunion » –
Septembre 2009Genèse du présent document
Ce cahier de recherche a été réalisé sous la forme initiale d’un mémoire de recherche dans le cadre
de la Majeure Alternative Management, spécialité de troisième année du programme Grande Ecole
d’HEC Paris.
Il a été dirigé par Hubert Bonal, chargé de mission Développement à HEC, membre du comité
pédagogique de la majeure Alternative Management, et soutenu le 9 septembre 2009.
Origins of this research
This research was originally presented as a research essay within the framework of the “Alternative
Management” specialization of the third-year HEC Paris business school program.
The essay has been supervised by Hubert Bonal, Development representative at HEC Paris and
thdelivered on September the 9 2009.
Charte Ethique de l'Observatoire du Management Alternatif
Les documents de l'Observatoire du Management Alternatif sont publiés sous licence Creative Commons
http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/fr/ pour promouvoir l'égalité de partage des ressources intellectuelles et le
libre accès aux connaissances.
L'exactitude, la fiabilité et la validité des renseignements ou opinions diffusés par l'Observatoire du Management
Alternatif relèvent de la responsabilité exclusive de leurs auteurs.
2 Nativel C. – « Quel développement durable pour le petit espace insulaire ? Le cas de l’Ile de la Réunion » –
Septembre 2009Quel développement durable pour le petit espace insulaire ?
Le cas de l’Ile de la Réunion
Résumé : À l’heure du réchauffement climatique et de la raréfaction des ressources, tous les
territoires du monde sont confrontés au défi du développement durable. Le caractère fini des
ressources planétaires fait écho à la situation insulaire : La Terre apparaît soudain comme une île
dans l’univers dont nous devons absolument préserver les ressources. Les caractéristiques
spécifiques des petites îles en font des territoires représentatifs de nombreux enjeux de
développement durable que l’on rencontre à l’échelle mondiale. L’Ile de la Réunion, département
d’Outre-mer situé dans l’Océan Indien connaît un développement économique et social important
mais se pose aujourd’hui la question de la durabilité. Comment tirer parti de la situation spécifique
du territoire pour concevoir un modèle de durabilité adapté à l’île et dont pourraient s’inspirer
d’autres espaces similaires ? Quel développement durable mettre en place dans un petit espace
insulaire ?
Mots-clés : Ile, Insulaire, Ile de la Réunion, Département d’Outre-mer, Développement durable,
Energie Renouvelable, Métabolisme territorial, Ecologie industrielle
What sustainable development for small islands?
The case of Reunion Island
Abstract: Confronted with global warming and the increasing rarity of natural resources, every
country in the world has to rise to the challenge of sustainable development. Our finite resources
make us think of the Earth as an Island in the universe: a fragile system we have to preserve to
ensure our survival. Islands are a good representation of the stakes involved in sustainable
development all over the world. Reunion Island, a French overseas department located in the Indian
Ocean, exhibits a rapid economic growth while wanting to pursue goals of sustainability. How can
we take advantage of this territorial particularity? Can this Island be an inspiration for similar
spaces? What sustainable development is adapted to small islands?
Key words: Island, Reunion Island, Sustainable Development, renewable energy, material flow
account, Industrial ecology.
3 Nativel C. – « Quel développement durable pour le petit espace insulaire ? Le cas de l’Ile de la Réunion » –
Septembre 2009Remerciements
Je remercie particulièrement Linda Tarby pour son aide précieuse dans l’obtention de mes
rendez-vous et dans la collecte des données. Merci à toutes les personnes m’ayant accordé de leur
temps pour les entretiens.
Merci à mon tuteur, Hubert Bonal pour m’avoir encadré lors de ce travail.
Merci à mes parents pour leur aide dans la détermination du sujet de ce mémoire de recherche et
leur soutien tout au long de sa réalisation.
4 Nativel C. – « Quel développement durable pour le petit espace insulaire ? Le cas de l’Ile de la Réunion » –
Septembre 2009Table des matières
Genèse du présent document................................................................................................................2
Remerciements .. . . . . .. . . .. . . . .. . .. . . . . . . . .. . .. . . . . . . .. .. . . . . . .. . . . . .. . .. . . .. . . . . . . . . . . . .. . . . . .. . . . . . . . . . . . . . .. . .. .. . . .. . . . .. .. . .. . . . .. .. . . .. . . .. .. . 4
Introduction .. . . . . . . . . . . . . . . . .. . .. .. .. . .. . .. . .. .. .. .. .. .. . . .. . .. . .. . . . . .. .. . . . . . .. . . . . . .. . .. . . . . .. .. . .. . . .. . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . .. . .. .. .. . . .. . .. . 6
PARTIE I : Insularité et développement durable . .. . .. . . . . . . .. .. .. . . . . . . .. . . . .. . . . . . . . . .. . . .. . . .. . .. . . . . .. . .. .. . . . .. . . . .. . .. .. .. . 7
1. Définir l’insularité .. .. . . . . .. . .. . .. .. . .. . . . . . .. . . . . . . . . . .. .. . . . . . . . . . . . . .. .. . . .. . . . .. .. . . . . . .. . . . .. . . . . . . . . .. . . . .. . . . . . .. . . .. . . . . .. . . . . . .. . 7
a. L’isolement .. . . . . . .. . . . . .. . . .. . . . . . . .. . . . . . .. .. .. .. .. .. .. .. . . . .. . . . . .. . .. . . . . .. . . .. . . . . . .. . . . . . . .. . . .. .. .. . . . . . . . . . . . . . .. . . .. . .. . . . .. . . . . 7
b. La petite taille . .. .. . . . . .. .. . . .. . . .. .. .. .. .. .. .. .. . . .. .. .. .. .. .. .. .. .. . . . .. . . . . . . . .. . . .. . . . . .. . .. . . .. . . .. . . . .. .. . .. . . . .. . . . . . . .. .. . .. . .. . 9
c. Société insulaire .. .. .. . .. . . . . . . . . .. . . . . . . . . . .. . .. . . . .. .. . .. . . .. . .. . .. . . .. . .. . . .. . .. . .. . . .. .. .. . .. . . .. . .. . .. . . .. .. . . .. .. .. . . .. .. . .. . . . 11
2. Iles et développement durable : quelles implications ? . . .. .. . . . . . .. . . . . . .. .. . . . . . .. . . .. . .. . .. .. . .. .. . . . . . . .. .. . .. .. 13
a. Le petit espace insulaire face au réchauffement climatique . . . .. . .. . . . . . . . . . . . . . . .. . . . .. . . .. . . . .. . . .. . . .. . . . . 14
b. Quel développement économique pour l’espace insulaire : la question de la dépendance . . . 20
c. Une occupation durable de l’espace . . .. . .. . . . .. . .. . . . . .. . . . . . . .. . .. .. .. .. . .. .. . . . . . . . . .. . .. . . . . .. . . . . . .. .. . .. . .. . .. . . .. . . 23
PARTIE II : GERRI . . . . .. . .. .. . . .. . . . . . . . . .. .. . . . . . .. . . . .. . .. . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . .. . . . . . .. . . . . . . .. . . .. . . .. . . . .. . .. .. . . . .. . .. . . . . . . .. . . . 29
1. La démarche GERRI . . . . .. .. .. . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . .. . . .. . .. . . .. . . . . . . . . . .. . . . . . . .. . . . .. . . . . . . . .. . . .. . . . .. . .. .. . . . . . . . . .. . . .. . 29
a. Présentation . .. . . .. . .. . . . . . . . . . . . .. . .. . . .. . . . . . . . .. . .. .. . . . . .. . . . . .. . . . . . . . .. .. . . . .. .. . . . . . .. .. .. . .. .. . . . . . . . . .. . . . . .. . . . . . . . .. . . .. . .. . 29
b. L’enjeu énergétique à la Réunion .. .. . . .. . . . . . .. . .. . . . .. . . .. . . . . . .. . .. .. . . .. . . .. .. . .. .. . . . .. . . .. . . . . .. .. . . . .. . . .. . .. . . .. . . 32
2. Originalité de l’approche GERRI et risques liés .. .. . . . . . .. .. .. . . . . . .. .. .. .. . . . . . . . .. . . . . . .. .. . . . . . .. . . . . .. .. . . . .. .. .. . 37
a. Objectifs, délimitation, priorités . . . . . .. . . . . .. . . . .. . . .. . .. . . . .. . .. . . . . .. .. . . . . .. . . . .. .. . . . .. . . . .. .. . . . .. . . . .. .. . . . .. . . . .. . .. . 38
b. Un projet partenarial . . . . . . . . . .. . . .. . . .. .. .. . . . .. . .. . . .. . . .. . . .. . . . .. . . . . . . . . .. .. . .. . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . .. . . .. . . .. . .. .. .. .. . 40
c. Territoire d’excellence et d’innovation : quelles externalités ? . . . .. .. .. .. .. . . .. .. . . . . . . .. .. .. .. . .. . . . . . . .. . 43
PARTIE III : L’écologie territoriale : un apport intéressant pour les territoires insulaires ? . . . .. . . .. . .. . . 45
1. L’écologie industrielle .. . . . .. .. . . . . .. . .. . . . .. . . . .. .. . .. . .. . . . .. . .. .. .. . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . .. .. . . .. . . . . .. . . .. . . .. . .. . . 45
a. Définition et principes .. .. .. . .. . .. .. . . . .. . . . .. . . . . . . . . . .. . . . . .. . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . .. . .. . . . . .. . .. . .. . .. .. . .. .. .. . .. .. .. . 45
b. Exemple d’application de l’écologie industrielle : la symbiose de Kalundborg .. . . .. . . .. . . .. . . .. . 46
c. Intérêt de l’écologie territoriale pour l’espace insulaire .. . . .. . . .. . .. .. .. . .. . . .. . . . .. . . . .. . .. . . . . . . . . . . . . .. .. . . . 49
2. Métabolisme territorial de l’île de la Réunion . . .. . .. .. . . .. . . .. .. . .. . . . . . . . .. . . . . .. . . . . . . .. .. . . . .. . . . .. . . .. . .. .. .. . . .. .. . 51
a. Les entrées . .. . . .. . . . . . . .. . .. . . . . . . . . . .. . . . .. .. . . .. . .. .. . .. . . .. . . . .. .. . . . .. . . . . .. .. . . .. . .. . . . . . . . .. . .. . .. . . . . . . . . .. .. . . . .. .. . . . . . .. . 54
b. Sorties vers la nature et recyclage .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . .. . . . .. . . . . .. .. . . . . . .. . . . .. .. . . . . .. .. . . . .. . . . . .. . . .. .. . . .. . 57
c. Résultats . .. . . .. .. . .. . . .. .. . . . .. . . . .. . .. . . .. . . .. .. .. . .. . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . .. . .. . . . .. .. . . . . . . . .. . . . .. .. .. . . .. . . . . .. . . . . . . .. . . . .. .. . .. . 73
3. Interprétation et Bilan . . . .. . . . . . .. . .. .. .. .. . . .. .. .. . . .. . . .. .. . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . .. .. . . . . .. . .. . . . . . . .. . .. . .. .. . . . . . . .. .. . . . . 75
a. Analyse des résultats . . .. . . . .. . .. . .. . . .. . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . .. . . . .. . .. .. .. . . .. .. .. . . . .. . . .. . . . . . . .. . . . . .. . .. . . . . . . 75
b. Pistes et recommandations . .. .. . . .. . . . . . .. .. . .. .. . .. . . .. . . . . . . . . . . . . . . . .. .. . . . . . . . . .. . .. . .. . . . . . . . .. . .. . .. .. .. . . . . .. . . . . .. .. . 77
Conclusion . . . .. . . . .. . .. . . . . .. . .. . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . .. . . .. . . . . . .. .. . .. .. . . . . . .. . . .. .. . .. . . . . .. . . .. . .. .. . . .. . .. . . . . . . . . .. . . .. . . .. .. .. . . .. .. . .. . .. . . 80
Bibliographie .. . . . .. . . .. . .. . . . . . . . . . . . .. .. .. . . . . . . .. .. .. . . . .. . .. . .. . .. .. . . . . . .. . .. . . . . . . .. . .. . . . . . . . . .. . . .. . .. . . . .. . .. . . . . . . . . . . .. . .. . . . . .. .. . . . .. . 81
Table des Sigles : .. . . . .. . .. . .. . . . . . . . . . . . . . .. . . . .. . . .. . . . . .. .. . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . .. .. . . . . .. . . . . .. .. . . . . . . .. . .. . . .. . . . . .. . . .. . .. . 84
Table des Figures .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. .. . . .. . . . . .. . . . . .. . . .. .. . . . . .. . .. . .. .. . .. .. . . . . . .. .. . .. . .. . . 85
5 Nativel C. – « Quel développement durable pour le petit espace insulaire ? Le cas de l’Ile de la Réunion » –
Septembre 2009Introduction
A l’heure du réchauffement climatique et de la raréfaction des ressources, tous les territoires du
monde sont confrontés au défi du développement durable : comment concilier développements
économique et social, tout en respectant l’environnement afin de ne pas compromettre les chances
des générations futures ? Le caractère fini des ressources planétaires dont on commence à peine à
prendre conscience fait écho à la situation insulaire. La Terre apparaît soudain comme une île dans
l’univers dont nous devons absolument préserver les ressources sous peine de subir le même sort
que les habitants de l’île de Pâques.
Les caractéristiques spécifiques des petites îles en font des territoires représentatifs de nombreux
enjeux de développement durable que l’on rencontre ou que l’on va rencontrer à l’échelle mondiale.
La concentration de contraintes mais aussi de ressources spécifiques sur un espace restreint en fait
cependant des territoires à part. L’Ile de la Réunion, département d’Outre-mer situé dans l’Océan
Indien connaît un développement économique et social important mais se pose aujourd’hui la
question de la durabilité. Comment tirer parti de la situation spécifique du territoire pour concevoir
un modèle de durabilité adapté à l’île et dont pourraient s’inspirer d’autres espaces similaires ? Quel
développement durable mettre en place dans un petit espace insulaire ?
Pour tenter de répondre à cette question, il est nécessaire de mieux connaître notre objet de
recherche : l’espace insulaire et en particulier l’Ile de la Réunion. Puis nous nous intéresserons à
une initiative originale qui a l’ambition de contribuer à construire un développement durable à la
Réunion : le projet GERRI. Dans une troisième partie nous tenterons de dépasser le cadre de ce
projet et nous verrons que l’écologie territoriale peut constituer une piste intéressante pour un
développement durable insulaire.
Dans ce mémoire, nous traiterons plus particulièrement de la dimension environnementale du
développement durable qui est le cœur de notre sujet, bien que nous soyons conscient que
l’expression développement durable ne se limite pas à cet aspect. Nous aborderons néanmoins les
dimensions sociale et économique, mais de façon beaucoup plus brève. Pour ce travail, nous avons
réalisé des entretiens d’experts. Les noms de ces personnes sont volontairement remplacés par des
pseudonymes dans un souci de confidentialité.
6 Nativel C. – « Quel développement durable pour le petit espace insulaire ? Le cas de l’Ile de la Réunion » –
Septembre 2009PARTIE I : Insularité et développement durable
1. Définir l’insularité
La définition d’une île ne semble pas prêter à discussion : il s’agit d’une étendue de terre
entourée d’eau. Cependant cette appellation regroupe des espaces très hétérogènes allant de l’îlot au
continent. Dans ce mémoire, nous nous intéressons à la Réunion, qui peut être qualifiée de petit
espace insulaire tropical. Nous étudierons donc l’objet « île » à travers trois caractéristiques.
L’isolement, la petite taille et la particularité sociale de l’espace insulaire.
a. L’isolement
L’isolement est une des caractéristiques premières de l’espace insulaire : cet espace entouré
d’eau est difficile d’accès. Mais l’isolement se caractérise également par une notion d’éloignement.
François Doumenge a mis au point différents indices pour définir le degré d’insularité, et
notamment l’indice d’isolement qui est le rapport entre la surface de la zone économique exclusive
(Z.E.E) des 200 miles marins et la surface de l’île. La Z.E.E de la Réunion est d’environ 318 300
2 2km pour une surface de 2512km . Son indice d’isolement est donc de 127. Plus l’indice est élevé,
plus l’île est isolée. François Doumenge définit ainsi quatre catégories en fonction de cet indice : les
grandes terres et les archipels structurés (les moins isolés), les îles et archipels à caractère océanique
les plus cohérents, les îles et archipels à caractère océanique les plus isolés, et dernière catégorie,
l’isolement extrême . On peut classer l’Ile de la Réunion dans la catégorie des îles et archipels les
plus cohérents. Selon la catégorisation de François Doumenge donc, la Réunion ne souffre pas d’un
grand isolement. Cela peut s’expliquer notamment par le fait que l’île se trouve au sein de l’archipel
des Mascareignes et donc à proximité d’autres îles. Le programme des Nations Unies pour
l’environnement a également développé un indice d’isolement depuis 1998. L’indice permet de
mesurer l’importance de l’endémisme végétal et animal sur une île. Il prend comme postulat
« qu’une appréciation de l’isolement est possible en mesurant les effets d’endémisme ressentis à la
fois par les espèces vivantes végétales et animales et par la stabilité ou la fragilité de leurs
1associations ». Pour une île donnée, il convient, pour établir cet indice, d'additionner la racine
1 Doumenge, F. (1984). Unité et diversité des caractères naturels des îles tropicales in : Nature et hommes dans les îles
tropicales. Bordeaux, CRET, coll. "îles et archipels", n°3, p. 9-24.
7 Nativel C. – « Quel développement durable pour le petit espace insulaire ? Le cas de l’Ile de la Réunion » –
Septembre 2009carrée de la distance de l'île la plus proche ayant une taille équivalente ou supérieure, la racine
carrée de la distance de l'archipel le plus proche et enfin la racine carrée de la distance du continent
ou pays continental le plus proche. Cet indice varie de 1 à 149. Ci-dessous quelques indices
d’isolement d’îles de l’Océan Indien.
Iles de l’Océan Indien Indices d’isolement
Mayotte 47
Grandes Comores 49
Malé (Maldives) 63
Mahé (Seychelles) 66
Réunion 73
Maurice 87
Figure 1 : Indices d’isolement pour quelques îles de l’Océan Indien
On peut compléter cet indice par l’indice d’endémisme de François Doumenge qui est le rapport
entre le nombre total de taxons (genres, espèces, sous-espèces) et le nombre de taxons endémiques.
Ces indices introduisent ainsi une notion d’isolement biologique : en écologie on utilise également
le concept d’île de façon métaphorique pour qualifier des isolats biogéographiques. Ces différents
indices d’isolement ne sont pas suffisants lorsqu’on les examine dans le détail. En effet, ils ne
tiennent pas compte de l’accessibilité des îles. Par exemple, selon l’indice d’isolement du PNUE,
Mayotte est moins isolée que la Réunion. Or la Réunion possède deux aéroports internationaux
alors que les passagers au départ de Mayotte doivent transiter par la Réunion pour se rendre en
France métropolitaine. Plus que d’un isolement géographique, il faut tenir compte de la distance-
temps pour les passagers et de la distance-coût pour les marchandises. Taglioni préfère considérer
l’enclavement des îles, lié à leur accessibilité. Il faut donc aller plus loin et tenter de définir des
concepts d’isolements plus complexes et peut-être moins objectifs. Taglioni introduit une
classification des îles en fonction de leur insularité. Il existe trois catégories : l’hypo-insularité,
l’insularité, la sur-insularité. Le classement des îles dans ces catégories est effectuée en tenant
compte de trois critères : les statuts institutionnels, l'architecture géographique des îles et le niveau
de développement en fonction de l'Indice de développement humain (IDH) défini par le Programme
des Nations Unies pour le développement (PNUD). Il ressort de ce classement que la Réunion (tout
comme la Martinique et la Guadeloupe) est dans la catégorie hypo-insularité. Selon l’auteur, les îles
qui sont dans cette catégorie sont plus intégrées à l’économie mondiale, grâce à leur intégration
politique et économique à une métropole. Le statut de Département d’Outre-mer permettrait ainsi de
8 Nativel C. – « Quel développement durable pour le petit espace insulaire ? Le cas de l’Ile de la Réunion » –
Septembre 2009réduire l’isolement de la Réunion. Le raisonnement d’isolement est relatif : si la Réunion peut être
qualifiée d’hypo-insulaire comparée à d’autres îles, elle n’en reste pas moins, de par son insularité
et son éloignement, très isolée par rapport aux autres départements français. C’est pour compenser
les inégalités qui peuvent découler de cet éloignement que le statut de Région Ultrapériphérique
(RUP) a été mis en place par l’Union Européenne.
b. La petite taille
La taille minimale et maximale d’une île est une question qui fait débat. L’Australie est-elle une
île ou un continent ? A partir de quelle taille et de quel critère peut-on considérer un rocher au
milieu de l’eau comme une île ? Quelle est la limite entre une île et un îlot ? Autant de questions qui
n’ont pas de réponses exactes. Après avoir analysé plusieurs définitions de l’île et notamment de la
petite île, Taglioni retient la définition suivante :
"Des terres entourées d'eau de tous côtés, d'un seul tenant, dont la superficie est inférieure à
211000 km et la population inférieure à 1,5 million d'habitants".
Dans cette définition, la petite île n’est donc pas caractérisée uniquement par sa taille, mais aussi
2par sa population. Avec une surface de 2512km et 800 000 habitants, la Réunion peut être qualifiée
de petite île. Bien qu’il existe des îles de toutes tailles, dans l’imaginaire commun la petite taille
semble être une caractéristique courante du territoire insulaire.
Dans le cas de l’île de la Réunion, la taille du territoire n’est pas la seule limitation à l’espace. Le
relief joue un rôle important dans le peuplement de l’île et dans l’occupation de l’espace. Ile
volcanique, la Réunion est une île au relief escarpé, avec un sommet culminant à 3071m, le piton
2des Neiges. Les terres aménageables sont estimées à 1000km . Ceci a pour conséquence de
2concentrer 90% de la population sur un territoire côtier large de quelques kilomètres. La question
de la taille de l’île pose donc directement la question de la densité : densité de population, densité
urbaine. Si on considère que l’espace urbanisé correspond à un tiers du territoire, la densité réelle y
2 3atteint 850hab/km . A la Réunion, DOM le plus peuplé, l’urbanisation est grandissante et les
arbitrages concernant l’occupation de l’espace sont particulièrement importants. L’espace est
partagé entre l’urbanisation, l’agriculture et la protection des espaces naturels. Contrairement à l’Ile
Maurice qui a perdu la majeure partie de ses espèces endémiques, la Réunion a su conserver son
patrimoine biologique. La différence entre les deux îles se situe en partie dans l’âge de celles-ci. Les
trois îles qui constituent l’archipel des Mascareignes, Maurice, Rodrigues et La Réunion ont une
2 http://www.reunion.iufm.fr/telechargement/CD-Lopez/ac1.htm, le 30 avril 2009
3 http://www.reunion.iufm.fr/telechargement/CD-Lopez/ac1.htm, le 30 avril 2009
http://www.reunion.iufm.fr/telechargement/CD-Lopez/ac1.htm
9 Nativel C. – « Quel développement durable pour le petit espace insulaire ? Le cas de l’Ile de la Réunion » –
Septembre 2009histoire géologique à peu près semblable. La formation de l’Ile Maurice a commencé il y a 8
millions d’années par l’émergence d’un volcan sous-marin. La Réunion n’a commencé à émerger
4que plus tard, il y a 3 millions d’années. Maurice possède ainsi un relief beaucoup moins accentué
que la Réunion. Sur cette dernière, le relief accidenté limitant l’accessibilité et la possibilité
d’urbanisation sur les hauteurs et dans le centre de l’Ile a sans doute contribué à ralentir l’avancée
5de l’homme et a ainsi constitué une protection naturelle pour les espèces endémiques. Aujourd’hui,
l’urbanisation doit tenir compte de ce paramètre, mais doit également se soucier de consacrer des
espaces au développement économique et au maintien des activités traditionnelles de l’Ile comme la
culture sucrière. Dans le cadre du développement de nouveaux secteurs économiques nécessitant de
l’espace, la question des conflits de territoire est particulièrement centrale, comme nous le verrons
dans la partie 2.
Le territoire insulaire peut se définir par l’originalité de ces ressources. D’après Olivier
Dehoorne, les ressources naturelles des îles tropicales : lagon, douceur thermique, exotisme des
paysages, tous les éléments qui contribuent à construire « l’ambiance tropicale », consacrent la
valeur touristique de l’île. Ainsi la nature est une des principales richesses exploitables sur les îles
tropicales. C’est le cas à la Réunion où le double positionnement tourisme balnéaire-tourisme vert
constitue un des points forts de l’île mis en avant par l’office du tourisme. Si ces richesses se
retrouvent souvent, bien que déclinées de façons diverses, sur la majeure partie des îles tropicales,
èmela situation des ressources énergétiques fossiles est plus inégale. Si l’Indonésie est le 13
producteur de pétrole au monde, dans les îles purement océaniques issues de points chauds comme
6Hawaï ou encore la Réunion, la probabilité de trouver des gisements d’hydrocarbures est réduite.
L’Ile de la Réunion ne possède aucune ressource minière ou en hydrocarbure. Mais ce qui
différencie une île d’un autre territoire sans ressources de ce type, c’est plutôt la question de l’accès
aux ressources. L’énergie est une question cruciale pour tout territoire et encore plus complexe pour
une île : l’insularité et l’isolement s’illustrent ici clairement. Contrairement à d’autres îles moins
isolées comme la Corse, la Réunion ne peut être raccordée aux grands réseaux de distribution
d’électricité. Elle doit donc produire sur place la totalité de son électricité. Les enjeux énergétiques
de l’île seront abordés plus en détails dans la partie II.
4 http://www.iledelareunion.net/histoire-geologique.htm, consulté le 3 juillet 2009
5 Entretien JCF
6 Dehoorne, O. et Saffache P. Eds (2008). Monde Insulaires tropicaux, géopolitique, économie et développement
durable. Ellipses. p. 63
10 Nativel C. – « Quel développement durable pour le petit espace insulaire ? Le cas de l’Ile de la Réunion » –
Septembre 2009