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i n t e r v i e w Roger Establet sociologue, professeur à l’université de Provence
M A R I ER AY N A LRoger Establet, vous êtes sociologue. Vous êtes connu pour avoir publié un grand nombre d’ouvrages traitant de questions de société autour de l’éducation…
R O G E RE S TA B L E T…avec Christian Baudelot. Notre premier livre,L’École capitaliste 1 en France, a été publié en 1971 . On a continué ensuite à publier ensemble tous les deux ou trois ans, sur des sujets voisins, comme le suicide, et beaucoup de choses sur les relations entre l’école et la société.
Roger ESTABLET
M R… notamment un ouvrage intitulé 2 L’école est-elle rentable? .
R EC’est ma thèse d’État.
M RCette question est très actuelle ; en effet, à quoi sert l’école ?
1 Paris, Maspéro. 2 PAris, Puf, 1997.
R EEn ce qui concerne la rentabilité du système scolaire, il existe d’abord un certain nombre de connais-sances, par exemple tout ce qu’ont développé les Américains de l’école de Gary S. Becker sur le capital humain – question que d’ailleurs Pierre Bourdieu a déve-loppée aussi, d’une autre façon, avec le concept de capital culturel. Ces travaux montrent que la formation a un effet direct sur la productivité et que l’école est rentable. Si l’on considère tous les pays du monde, que l’on prend le produit national brut de ces pays d’un côté et le nombre d’étudiants dans les facs de l’autre, on constate que, plus il y a d’étudiants, et surtout d’étudiantes, plus le produit national brut est élevé. Mais c’est à double sens bien entendu, puisque, plus un pays est riche plus il peut se payer de gens instruits, et plus il se paie de gens instruits – on le voit pour les États-Unis –, plus il est riche. L’école contribue à la formation des producteurs, et par consé-quent à cette production générale. Mais la rentabilité, c’est aussi un solde, c’est plus ou c’est moins. Je viens de vous donner le plus. Le moins tient au fait que l’école est de plus en plus coûteuse. Les gosses entrent tôt à l’école, la scolarisation s’étend de 3 à 18 ans, et cela pour cent pour cent des gosses en France; donc évidemment c’est cher. Mais ça peut rapporter gros ! Le solde est-il positif, ou négatif? L’école est-elle d’abord un coût, ou d’abord un gain ? Toute la question est là. Dans la période des Trente Glorieuses, période sur laquelle porte ma thèse, ce solde-là, ce bénéfice que l’on retire de la formation, est positif à condition que l’on emploietoutela jeunesse. À l’époque, il était presque posi-tif chaque année. Le surcroît de formation que rapportait une génération qui sortait des écoles couvrait les deux tiers de sa formation. Ça fonctionnait. Mais à l’époque, on pouvait déjà craindre que, si les jeunes n’étaient pas employés, ou s’ils l’étaient de façon subven-tionnée, c’est-à-dire de façon non rentable, sous forme de chômage déguisé qui finale-
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