Cette publication est accessible gratuitement
Lire

Définition de : Travail

De
5 pages
Principalement agricole il y a deux siècles, puis industriel, le travail est désormais de plus en plus tertiaire, grâce aux gains de productivité qui libèrent du temps pour d'autres activités : conseil, publicité, vente, soins, formation, transport, loisirs, etc. Le travail n'est plus majoritairement destiné à transformer la matière, mais à répondre aux attentes de clients ou d'usagers : la relation aux choses devient secondaire, celle aux gens prend davantage d'importance.
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

Définition et synonyme de : TRAVAIL

de Encyclopaedia-Universalis

La place du travail

de rapports-enseignement-travail-formation

Article publié par Encyclopaedia Universalis
TRAVAIL
Jusqu'au XVIIe siècle, le travail était perçu comme une besogne servile, qu'il fallait bien effectuer pour produire, mais que son caractère pénible et dégradant réservait aux pauvres et aux esclaves qui n'avaient pas le choix. L'homme important, noble ou prêtre, se faisait honneur de ne pas travailler. Mais, avec l'essor des relations marchandes, la révolution industrielle et les bouleversements économiques et sociaux qui s'ensuivent, la place – et le revenu – de chacun devient moins fixée par la règle sociale et la tradition, et davantage par les efforts fournis et les initiatives prises par l'individu. Du coup, le travail est devenu un acte de création productive, engendrant revenus et richesse. Karl Marx (1818-1883) y a même vu, à la suite de David Ricardo (1772-1823), la source de toute valeur, et s'il critique le capitalisme, c'est parce que le travailleur est dépossédé d'une part de la richesse qu'il produit, au profit de la bourgeoisie qui détient les moyens de production. Même si cette analyse (dite de la valeur-travail) est aujourd'hui à peu près abandonnée par les économistes, il en reste l'idée que le travail est un acte créatif et non une occupation servile.
Aujourd'hui, travailler, au sens économique du terme, c'est utiliser ses capacités intellectuelles ou physiques contre un revenu : salaire, mais aussi honoraires ou revenu d'entreprise, puisque tous les travailleurs ne sont pas forcément des salariés. Dans la comptabilité nationale, une activité ne devient travail que si elle est
rémunérée, car elle contribue alors à la production. À défaut, il s'agit d'une occupation ou d'un passe-temps, activités qualifiées d'improductives, même si elles sont socialement très utiles (élever des enfants, par exemple, ou préparer un examen).
Dans notre société, le travail est devenu le mode normal de socialisation, non seulement par les revenus qu'il procure, mais aussi parce qu'il est générateur d'estime de soi, de reconnaissance sociale... Être privé de travail – comme le sont les chômeurs – apparaît comme une mise à l'écart et une forme de marginalisation qui attentent à la dignité humaine.
1. Travail et emploi
Ceux qui travaillent ou qui cherchent un emploi constituent la population active. L'activité, au sens économique du terme, désigne le fait d'être présent sur le marché du travail, que l'on ait un emploi ou que l'on en recherche un, car, dans les deux cas, on offre du travail (ou demande un emploi), même si c'est sans succès. La demande de travail (ou offre d'emploi) émane des entreprises, qui embauchent ou non.
L'emploi désigne le contenu du travail, les règles dont il s'accompagne, ainsi que les droits qui lui sont attachés : tâches à effectuer (ou poste de travail), responsabilités exercées, montant de la rémunération, droits sociaux auxquels l'exercice de ce travail donne accès (assurance-vieillesse, droit à formation, etc.), durée et horaires de travail... Dans l'emploi indépendant, les règles de travail sont définies par le travailleur lui-même, et doivent être acceptées par son employeur ou son client. Dans l'emploi salarié, elles sont fixées par la loi, la convention collective, le contrat de travail ou, à défaut, l'employeur lui-même : l'emploi salarié est donc caractérisé par un rapport de subordination du salarié à l'employeur, lequel est tenu de respecter
un ensemble d'obligations légales ou conventionnelles destinées à protéger le faible contre le fort, et à favoriser une certaine équité dans les relations sociales.
2. Gains de productivité et chômage
Bien que la crainte que la machine « mange l'emploi » soit présente depuis la révolte des tisserands que le métier Jacquard mettait au chômage, et qu'elle resurgisse chaque fois que le chômage augmente, les données statistiques ne vont pas dans ce sens : ainsi, en France, le nombre d'emplois a été presque multiplié par deux au cours du XXe siècle. Réduction du temps de travail et croissance économique ont plus fait en faveur de l'emploi que les gains de productivité en sa défaveur. Produire autant en moins de temps – définition des gains de productivitéLa musique pour un meilleur rendement ! – réduit l'emploi, mais augmente aussi le revenu, donc la demande, des bénéficiaires des gains de productivité (acheteurs, employeurs ou salariés restés en place). Et ce qui fait disparaître l'emploi est aussi ce qui le fait renaître ailleurs, dans d'autres secteurs et sous d'autres formes.
La musique pour un meilleur rendement !
Alfred Sauvy utilisait le terme de « déversement » pour désigner ce phénomène de transfert des emplois et, avant lui, Joseph Schumpeter parlait de « destruction créatrice » : des innovations déclassent certaines activités, mais en suscitent d'autres. Pour que le neuf puisse apparaître, il faut que le vieux disparaisse, ce qui ne va pas sans conséquences, parfois dramatiques socialement, mais économiquement bénéfiques. Dans tous les cas, les gains de productivité sont le moteur de ces transformations.
Comment expliquer alors le chômage de masse qui s'est développé dans certains pays, si les gains de productivité n'en sont pas à l'origine ? Le courant libéral, à la suite de Milton Friedman, met en cause des règles d'emploi trop rigides, qui empêchent offre et demande de travail de s'ajuster, et un salaire minimum trop élevé, qui exclut de l'emploi salarié les personnes dont le niveau de productivité ne permet pas de couvrir le coût de leur embauche. Le courant néo-keynésien, dans la foulée
de Joseph Stiglitz et de Richard Layard, met plutôt l'accent sur les défauts d'information et d'ajustement du système économique lui-même ; ce n'est donc pas le marché du travail qui pose problème, mais les entreprises qui ne sont pas incitées à produire davantage, ce qui suppose des politiques publiques adaptées. Enfin, la majorité des économistes soulignent que le déterminant essentiel de l'emploi est la progression d'activité (croissance économique) : lorsqu'elle est insuffisante – en période de crise ou de récession par exemple –, le chômage progresse.
3. Le travail de plus en plus immatériel et flexible
Principalement agricole il y a deux siècles, puis industriel, le travail est désormais de plus en plus tertiaire, grâce aux gains de productivité qui libèrent du temps pour d'autres activités : conseil, publicité, vente, soins, formation, transport, loisirs, etc. Le travail n'est plus majoritairement destiné à transformer la matière, mais à répondre aux attentes de clients ou d'usagers : la relation aux choses devient secondaire, celle aux gens prend davantage d'importance.
Évolution lourde de conséquences. D'abord, les femmes sont désormais presque aussi présentes sur le marché du travail que les hommes, même si leurs rémunérations sont moindres et si l'accès aux fonctions de responsabilité continue de leur être contesté. Ensuite, la production requiert des organisations pas forcément grandes mais souvent complexes, capables de produire au moindre coût des services diversifiés et de qualité, comme la vente en libre-service, le conseil informatique ou l'analyse comptable : très longtemps, jusqu'à la fin des années 2000, le salariat a progressé au détriment du travail indépendant. Enfin, pour accéder aux emplois qui se créent, il ne s'agit plus d'être endurant ou d'avoir un coup de main acquis à force d'expérience, mais de savoir communiquer, expliquer, proposer, diagnostiquer les dysfonctionnements, respecter les procédures garantissant une qualité constante, etc. Tout cela implique une formation de bon niveau, sésame indispensable pour entrer sur le marché du travail.
L'emploi aussi se transforme. Face à une demande qui évolue vite, à cause des modes, des innovations et de la concurrence, les entreprises tentent de « flexibiliser » les emplois, c'est-à-dire de les adapter quasi instantanément aux fluctuations d'activité et de demande : horaires variables, heures supplémentaires, emplois temporaires comme l'intérim et les contrats à durée déterminée. L'entreprise cherche à la fois à s'attacher durablement les travailleurs dont les compétences lui sont indispensables pour affronter la concurrence, et à disposer aussi d'un volant de main-d'œuvre plus « banale » qu'elle peut aisément remercier ou embaucher en cas de besoin. Le marché du travail devient donc plus dualiste, avec des emplois précaires et peu payés d'un côté, des emplois de qualité avec des garanties professionnelles de l'autre. Le salariat perd de son homogénéité : la classe ouvrière, qui a longtemps structuré l'emploi industriel et dont les luttes sociales ont favorisé l'amélioration des conditions de travail et de rémunération, est en déclin quantitatif avec la réduction du nombre d'emplois de fabrication, mais aussi en déclin qualitatif, avec la segmentation des groupes sociaux : l'avenir professionnel de chacun dépend désormais moins de son intégration à un groupe social qu'à sa formation et ses qualités personnelles. Dans le travail aussi, la massification est en voie de disparition, au profit de l'individualisation.
Denis CLERC
Abonnez-vous à Encyclopaedia Universalis
Copyright Encyclopaedia Universalis
http://www.universalis.fr/encyclopedie/travail/