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L'oracle de Babylone

De
111 pages

À peine revenus dans le présent, Nicolas, Frédéric et Caroline doivent rejoindre le temps de la Bible pour poursuivre leur mission. Il y a urgence ! Jérusalem est menacé par les Chaldéens.

Après leur rencontre avec Daniel et le prophète Jérémie, ils suivent le peuple hébreu dans son exil à Babylone. Dans la mystérieuse ville du roi Nabuchodonosor, ils doivent faire preuve une fois de plus d’astuce et de ténacité ! Mais reverront-ils un jour Jérusalem ?
Collégiens ordinaires, juste un peu plus curieux que leurs copains, Nicolas et Frédéric se retrouvent mystérieusement mêlés à l’histoire du peuple hébreu au temps de la Bible ! Témoins de la fabuleuse Alliance entre Dieu et son peuple, ils en sont aussi les messagers...


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Tome 4
Jean-Michel Touche
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Aux éditions de Mailletard Une lettre de Thomas Contes… pour rêver et réfléchir (collection « L’Heure à lire ») : Bastien… de la Bastide La main d’un enfant Fatipour L’oasis miroir Aux éditions de Fontenelle Passage d’Éphrata, Le mystère de Noël Aux éditions EDIFA-MAME Les messagers de l’Alliance Tome 1 :Au pied du mont Horeb Tome 2 :La prophétie de Samuel Tome 3 :Menace sur le Temple
À Camille, Simon et Jade, et à tous ceux qui continuent de suivre Nacklas, Caroline et Frédéric dans leurs aventures au service de l’Alliance.
Un mystérieux cylindre en lapis-lazuli
t maintenant, questionna Claire, qu’allez-vous faire ? » « EMaintenant ? C’était difficile à dire. Nous revenions tout juste d’un lointain passé, Caroline et moi, laissant derrière nous la population de Jérusalem se remettre d’une grande frayeur, et ma mère voulait déjà savoir ce qui allait se produire après la stupéfiante débâcle des Assyriens. Il n’y avait qu’elle pour poser des questions de ce genre ! À peine avions-nous refait surface, que les parents avaient tout voulu connaître de nos aventures, depuis le songe de Gabaôn durant lequel Salomon avait demandé à Dieu la sagesse, jusqu’à la tentative d’enlèvement de Caroline par les abominables prêtres des baals. Marc nous avait écoutés avec une attention soutenue, comme s’il enregistrait nos propos pour mieux les graver dans sa mémoire, tandis que Claire semblait nous devancer à travers nos péripéties, à la manière d’une mère flairant le danger, qui protège ses enfants. La tête encore pleine de souvenirs, nous avions relaté avec force détails les différents événements que nous avions vécus, prenant la parole à tour de rôle, ma sœur et moi, insistant sur ce qui nous semblait important et passant brièvement, je dois l’avouer, sur les anecdotes qui n’étaient pas forcément à notre avantage. Vous auriez vu Claire, lorsqu’elle apprit comment l’odieux Diabolos, furtivement déguisé en fondeur, avait essayé de me noyer dans le bronze en fusion ! Elle l’aurait proprement écharpé si elle l’avait tenu entre ses mains. – Maman, c’est Diabolos ! avait cru devoir préciser Caroline. – Diabolos ou pas, il est fou à lier ! avait déclaré ma mère, furieuse, en se levant d’un bond et en me prenant dans ses bras. J’espère qu’il a été châtié comme il le mérite, cet odieux personnage. Les bras d’une mère, quand elle vous serre dans sa tendresse, c’est incomparable ! Marc, lui, n’avait pas bronché. Seul son regard s’était brusquement durci au récit de l’accident, tandis que ses lèvres avaient dessiné cet imperceptible sourire avec lequel il a toujours su m’exprimer son affection. – Et maintenant ? répéta Claire, qu’allez-vous faire ? – Je n’en sais rien, répondit Caroline. De toutes façons, le Temple ne disparaîtra jamais ! N’est-ce pas, Nacklas ? Je ne répondis rien, me souvenant du pressentiment qui s’était emparé de moi après le passage furtif de Diabolos et de la menace qu’il avait proférée. « Regarde-la danser, avait-il dit avec son ricanement diabolique en parlant de la foule en liesse qui riait de la débâcle des Assyriens. C’est la même qui reconstruira des autels pour les baals. Tu peux me croire. Je connais les gens, je sais ce qu’ils valent. » – Et toi, Nacklas, qu’en penses-tu ? demanda ma mère. Je n’en pensais rien de bon. Diabolos devait savoir, lui. C’est pour ça qu’il avait l’air si content quand il m’avait annoncé avant de disparaître : « Ne t’en fais pas, on ne tardera pas à se retrouver. » Devinant mon trouble, mon père déclara qu’il se faisait tard et qu’il était urgent d’aller se coucher. C’est un fait que nous tombions tous de sommeil, car le récit de nos aventures avait duré une bonne partie de la nuit. Une surprise, pourtant, m’attendait dans ma chambre, qui allait me garder éveillé jusqu’aux premières lueurs de l’aube. Posée sur mon bureau, bien en évidence dans le faisceau de la lampe, se trouvait ma boîte à trésors, celle qui me vient de ma grand-mère et dans laquelle j’avais découvert, au début de mes aventures, une pierre des remparts de Jéricho. Surpris de la trouver là, je voulus la remettre sur l’étagère où habituellement elle trône, lorsque, à la suite d’un geste maladroit, la boîte m’échappa des mains et tomba sur
le plancher où elle s’ouvrit, laissant échapper un curieux objet. Une sorte de cylindre en pierre de couleur bleue, long d’une douzaine de centimètres et large d’environ quatre. Des signes y étaient gravés tout autour, alignés en colonnes sur toute la longueur. Cela ressemblait à ces écritures cunéiformes qui, un temps, avaient intéressé mon père avant qu’il ne consacrât intégralement son temps à ses inventions. Que faisait donc cet objet dans ma boîte à trésors ? Caroline, que j’appelai aussitôt, protesta qu’elle mourait de sommeil et qu’il ferait jour demain. Mais quand je lui annonçai la teneur de ma trouvaille, elle jaillit hors de son lit, oubliant son sommeil, et se précipita dans ma chambre pour voir l’objet de mon étonnement. – C’est à papa ? demanda-t-elle. Non. Ça ne lui appartenait pas, j’étais catégorique. Mon père possédait trois ou quatre tablettes d’argile qu’il conservait précieusement dans un tiroir de son bureau, mais aucun cylindre comme celui-ci. Caro suggéra d’imprimer le rouleau sur de la pâte à modeler pour voir de quoi il s’agissait. Restait à s’en procurer, car cela faisait bien longtemps que nous avions abandonné le modelage. Par chance, Caro trouva au fond de son placard un paquet d’une dizaine de bâtonnets de couleurs différentes. Aussitôt, après avoir malaxé plusieurs bâtonnets afin d’obtenir une surface suffisamment grande et malléable, nous fîmes tourner le cylindre. Après une première tentative maladroite, nous eûmes le plaisir de voir s’étaler sous nos yeux un véritable texte cunéiforme, certainement passionnant… à condition que l’on parvienne à le déchiffrer ! – Eh bien, fit Caroline en éclatant de rire, si tu connais quelqu’un capable de le lire, fais-moi signe. C’est sûrement le représentant d’une espèce en voie de disparition. Il n’y avait plus qu’à mettre la main sur « l’espèce en voie de disparition ». Et ça, c’était une autre paire de manches ! Mais il ne fallait pas désespérer. La tête penchée sur le cylindre qu’il tenait entre les mains, le directeur du département des Antiquités orientales marmonnait des mots étranges que je ne comprenais pas. Étonné qu’il ait proposé de me recevoir chez lui plutôt qu’au musée, je n’osais bouger de crainte de casser quelque chose dans cette pièce remplie d’objets antiques et fragiles. En clair, je ne me sentais pas à l’aise dans mes baskets. Je mis cela sur le compte de la timidité. Cet homme, qui m’avait accueilli avec peut-être trop de gentillesse, m’impressionnait par sa maigreur et sa barbiche blanche, curieusement dessinée, qui soulignait le côté anguleux de son visage. Des verres teintés masquaient en partie ses yeux, usés, expliqua-t-il, par trop de recherches archéologiques sans précautions sous le soleil aveuglant de l’Orient. « Cette matière, tu vois, c’est du lapis-lazuli, précisa mon hôte. Une pierre très fine que l’on utilisait dans l’Antiquité, soit pour sculpter des bijoux, comme en Égypte, soit pour faire des sceaux, comme les Assyriens et les Babyloniens. Celui-ci, curieusement, comporte tout un texte. Sais-tu d’où il provient ? » Comment répondre à cette question à laquelle j’aurais pourtant dû me préparer ? Pris de court, j’hésitais entre lui dire la vérité et inventer de toutes pièces une histoire. Dans la première hypothèse, il poserait d’autres questions et, de fil en aiguille, je finirais fatalement par lui parler de notre plongée dans le passé. Comment réagirait-il ? Dans la seconde, que pourrais-je inventer qui tienne la route ? N’allais-je pas m’embrouiller dans un invraisemblable mensonge ? Je réfléchis à deux cents à l’heure et optai pour la première hypothèse. Après tout, puisque nous devions devenir des messagers de l’Alliance, il fallait bien commencer un jour. Prenant mon courage à deux mains, je lui racontai à peu près tout, en glissant cependant sur la faute de David, dont je ne voulais pas ternir l’image et qui demeurera à tout jamais mon ami. Le directeur des Antiquités orientales m’écouta sans rien dire, la tête toujours inclinée vers le cylindre qu’il faisait tourner entre ses doigts.
– Ce que tu racontes est impossible, jeune homme, commença-t-il à dire. Un frisson me parcourut. Ça commençait mal ! Il me sembla, à travers ses lunettes, que ses yeux brillaient étrangement. Sans doute était-ce le fruit de mon imagination ou de l’inexplicable malaise dans lequel me mettait cet homme. – C’est impossible, poursuivit-il, tout à fait impossible. Pourtant tu parles avec tellement de conviction et tant de détails précis, que j’aurais presque tendance à te croire. J’ai une idée. On va faire un test. Parle-moi du Temple de Jérusalem. On verra si tu y es vraiment allé. Ça, ce n’était pas bien difficile. Grâce à Houram-Abi et à Sadoq, je le connaissais presque sur le bout des doigts. Aussitôt je me lançai dans une description minutieuse de la maison de Yahvé telle que j’en conservais le souvenir. – C’est renversant, murmura le professeur. Littéralement renversant. Je ne connais pratiquement personne qui pourrait être aussi précis que toi. Ce que tu dis est exact ! C’est donc toi, Nacklas ! Là, je demeurai interloqué. Comment pouvait-il connaître ce nom ? – L’objet que tu as trouvé servait à imprimer un texte sur de l’argile que l’on faisait cuire ensuite pour la solidifier et la conserver. Par contre, je ne vois pas de quoi il est question. Il faudrait avoir de l’argile ou de la pâte à modeler pour l’imprimer. Je réprimai l’envie de lui dire que nous l’avions fait, Caroline et moi. – Écoute, voilà ce que je te propose. Si tu veux bien, confie-moi ton cylindre. Je vais l’imprimer et je te téléphone dès que je saurai ce que dit le texte. D’accord ? Faisant fi de l’appréhension qui me saisit, j’opinai de la tête. Et même, je le remerciai. – Maintenant, conclut le professeur, tu peux rentrer chez toi. Je te téléphone… disons… dans deux jours. Ça va ? Il me demanda ensuite si je retrouverais mon chemin pour sortir de chez lui, puis il s’assit à son bureau en regardant le cylindre avec une loupe, et me dit : « À bientôt, mon jeune ami ! » Toujours mal à l’aise, je sortis de la pièce et m’apprêtais à quitter l’appartement, quand mes yeux tombèrent sur un vêtement gris. Je poussai aussitôt un cri d’effroi ! Cet imperméable, posé sur une chaise près de la porte d’entrée, je ne connaissais que lui, bien sûr ! C’était… Rebroussant chemin, furieux, je retournai en trombe dans le bureau du soi-disant directeur des Antiquités orientales. J’aurais dû m’en douter : la pièce était vide. Seul un ricanement odieux y résonnait encore. Comment avais-je été assez fou pour confier mon trésor à l’homme à l’imperméable gris ! Comment n’avais-je pas flairé l’arnaque ? Le malaise que m’avait inspiré ce faux archéologue, l’éclat furtif dans ses yeux à travers les verres teintés, et surtout le fait qu’il m’ait appelé Nacklas auraient dû suffire à me mettre en garde. Fou de colère contre Diabolos et davantage encore contre ma naïveté, je retournai précipitamment à la maison et racontai à Caroline ce qui venait de se passer. « Heureusement, nous avons ça, déclara-t-elle en désignant l’empreinte du cylindre. Tu vois, il est futé, ton Diabolos, mais nous le sommes encore plus que lui. » Et ma sœur éclata de rire. Je partageai sa joie, mais nous n’étions guère plus avancés sur la signification de ce texte.
L’énigme de Diabolos enfin résolue
ppelé à la rescousse, Nataël se fit attendre. Quand il arriva enfin, après un petit « cli-Acli-cli » particulièrement discret, il affichait sa tête des mauvais jours. – Je me fais du mauvais sang, déclara-t-il sans préambule. Ce qui s’est passé depuis votre départ est tout à fait inquiétant. Manassé, le successeur d’Ézéquias sur le trône de Juda, s’est comporté comme nul avant lui ne l’avait fait. Il a élevé dans le Temple des autels et des statues pour les dieux païens et il a sacrifié lui-même son fils par le feu en l’honneur des baals. Caroline, horrifiée, poussa un cri. – Il a même installé des sorciers et des devins dans tout le royaume de Juda et jusque dans le Temple, ajouta l’ange gardien. C’est une abomination. – Que va-t-il se passer ? – Ah, ça, je l’ignore, mais je suis très inquiet. Une nouvelle puissance est en train de prendre l’ascendant sur toute la région, et la situation devient explosive. – Quelle puissance ? demandai-je à mon tour, très inquiet, en m’asseyant au pied du lit. – La Chaldée, sous la poigne énergique deNabuchodonosor. Ce jeune prince n’a peur de rien. Il a commencé par écraser les Assyriens, avant de mettre l’armée du pharaon en déroute. Au passage, il a déjà assiégé Jérusalem une fois et emmené dix mille hommes en déportation. Avec ses troupes qui reviennent maintenant dans les parages, je crains le pire. Comment le petit royaume de Juda pourra-t-il s’en sortir, si les Chaldéens l’attaquent à nouveau ? – Mais ce petit royaume de Juda, intervint Caroline, il est soutenu par Dieu. C’est ce qui fait la différence, non ? Nataël poussa un profond soupir, montrant par là que ma sœur n’avait rien compris. – Ma pauvre Caroline, tu as raison. Mais les choses ne se passent pas exactement comme elles devraient. C’est à croire que les hommes cherchent en permanence à tout compliquer. Je vais t’expliquer. Dieu n’attend qu’une chose pour intervenir : que son peuple se tourne vers lui et lui demande son aide. Mais tu sais ce qu’il fait, son peuple ? Il se prosterne devant des statues en pierre et des arbres morts badigeonnés de cendres. Tu as déjà vu une statue en pierre se lever et prendre la défense de quelqu’un, toi ? Non ? Moi non plus. La patience de l’Éternel est infinie, naturellement, mais son peuple commence à le fatiguer. Alors tu sais ce qu’il s’est dit, le Seigneur ? Il s’est dit : « Après tout, puisque ce peuple infidèle dédaigne la main que je lui tends, laissons faire les choses. On verra bien si les statues des baals le tireront d’affaire. » – Dans ces conditions, je comprends, soupira Caroline. Je me mets à sa place… Avant de terminer sa phrase, Caro réalisa l’incongruité de ses paroles. Se mettre à la place de Dieu ! Elle n’y était pas allée de main morte, ma sœur ! – Bon ! s’exclama Nataël qui n’aurait jamais osé dire une chose pareille. S’il t’a entendue, je pense qu’il mettra ça sur le compte de la jeunesse. Et puis, tu l’as dit sans malice. – Il faut peut-être que l’on retourne là-bas ? suggéra Caroline, un peu gênée, pour changer de sujet. – Je pense que oui, confirma l’ange gardien. Je vous préviendrai dès que le moment sera venu. Je me fais cependant du mauvais sang pour vous. Je sais que Diabolos rôde dans les parages. Pour le cylindre, Nataël était déjà au courant. Il confirma mes craintes et nous apprit que Diabolos l’avait purement et simplement jeté dans une benne à ordures. « J’en suis navré. On ne saura jamais la nature du message qu’il contenait. » Ce qu’il ignorait, c’était l’empreinte du texte que Caroline avait eu la bonne idée de réaliser. Il sauta de joie en l’apprenant. « Ah ! Vous êtes forts, tous les deux. L’Éternel a
eu raison de vous choisir ! » Comme on lui faisait part de notre crainte d’effacer involontairement une partie des signes sur la pâte à modeler, il suggéra de mettre la plaquette un petit moment dans un four, afin de la sécher. – Par contre, admit-il, elle pourra se casser. Il faudra tout de même faire attention. Puis il ajouta en riant comme je ne l’avais jamais vu faire : « J’aimerais bien voir la tête que fera Diabolos quand il apprendra que vous n’avez plus le cylindre mais que vous possédez le message ! » Des pas dans le couloir interrompirent l’hilarité de Nataël. – On vient, il faut que je me cache. Il disparut sans me laisser le temps de réagir, manifestant seulement sa présence invisible par une suite de « cli-cli-cli » minuscules. Ma mère entra juste après, l’air affolée. – Nacklas, cet affreux individu en imperméable gris, tu sais… – Oui, eh bien ? – Eh bien, il est revenu se planter sur le trottoir, en face de chez nous. Il me fait peur, cet homme. Nataël m’envoya cinq cents messages à la fois dans les oreilles, si bien que je n’en compris aucun. – Tu es sûre, Maman ? – Viens voir, si tu ne me crois pas. Claire me saisit par la main et me conduisit au salon où elle se faufila vers la fenêtre en évitant de se montrer. – Tiens, il est là. Avançant prudemment la tête, je le vis, sanglé dans son ignoble imperméable. Il avait retiré son déguisement de professeur, fausse barbiche et lunettes noires, et apparaissait tel que je l’avais vu la première fois. Je reculai prestement et courus rejoindre Caroline et Nataël. Diabolos venait certainement chercher la réponse à l’énigme du carnet secret. Il devenait urgent de trouver la solution. Pour cela, la présence de Frédéric s’avérait indispensable. Encore fallait-il, pour le rejoindre, sortir de chez nous sans nous faire remarquer. Une seule solution : passer par la cour intérieure, escalader la grille qui nous séparait de l’immeuble voisin et filer par derrière en déjouant la surveillance de l’ange du Mal. Puisqu’il voulait jouer au plus fin, nous devions faire preuve de ruse. Traverser la cour n’offrait aucune difficulté. Quant à la grille, à l’aide d’une poubelle retournée, nous n’eûmes même pas besoin de l’escalader. Dix minutes plus tard nous tenions un conseil de guerre chez Frédéric, assis tous les trois sur sa moquette, munis du carnet secret que j’avais pris soin d’emporter. Ma mère, par téléphone, me confirma que l’homme à l’imperméable gris se tenait toujours en face de l’immeuble. Il m’avait eu avec le cylindre, je l’avais eu en échappant à sa surveillance. – Relis un peu la phrase, demanda Frédéric. – Voilà exactement ce qui est écrit : « JE SUIS réside dans sa maison, le lion est sorti de sa tanière et les eaux d’un fleuve puissant et profond viendront un jour pour tout détruire. » Et Diabolos m’a dit : « Si tu découvres le sens de cette énigme, je te laisserai achever ta mission. » Frédéric rappela que nous avions déjà parlé de cette phrase énigmatique avec Élisée d’abord, puis avec Isaïe. D’après ce dernier, cela signifiait que Yahvé se trouvait dans le Temple, et que les ennemis de Juda finiraient par tout détruire un jour. – Tu as raison, je m’en souviens, confirma Caroline. – Alors j’en déduis que les ruines sur lesquelles j’ai rencontré Diabolos sont celles du Temple. Je ne vois pas d’autre hypothèse.
– Non ! protesta Frédéric. Personne ne détruira le Temple ! – Je le croyais aussi, soupira Caro. Pourtant, rappelle-toi, Isaïe a bien insisté : cette phrase concerne le Temple sur lequel pèsent de graves menaces. Tu as une autre idée ? Frédéric demeura silencieux, cherchant une réponse sans rien trouver de satisfaisant. Après un temps de réflexion, il se rangea à notre avis. La phrase concernait bien le Temple, et c’est certainement sur ses ruines que j’avais rencontré Diabolos. Tout se tenait. L’énigme était résolue. Ainsi, le Temple que David avait rêvé de bâtir et que Salomon avait construit avec l’aide d’Houram-Abi allait être bientôt saccagé. Mais par qui ? – Par les Babyloniens, sûrement, dit Caroline. Après ce que nous a appris Nataël, c’est une évidence. Comme Frédéric n’était pas encore au courant, nous lui racontâmes l’entretien que nous venions d’avoir avec mon ange gardien. Il devenait clair à présent pour nous trois que l’avenir du royaume de Juda paraissait des plus précaires, ce qui nous mettait le moral à zéro. Je déclarai d’un ton lugubre : – Demain, je vais trouver Diabolos et je lui donne la solution de l’énigme. Personne ne fit de commentaire. Lorsque nous regagnâmes l’appartement, empruntant la même voie détournée, l’homme à l’imperméable gris n’avait pas changé de place. Il continuait de faire les cent pas sur le trottoir, tout en regardant par moments les fenêtres de notre appartement. Restait le moins drôle : aller au-devant de Diabolos et lui donner la réponse qu’il attendait. Ensuite, s’il tenait sa parole, nous ne le croiserions plus sur notre route. Caroline tremblait. Quant aux parents, pour leur éviter d’inutiles émotions, je ne leur dis rien. Ils apprendraient bien assez tôt ma rencontre avec mon pire ennemi. Le lendemain, aux aurores, après m’être assuré que l’ange du Mal se trouvait toujours là, je descendis l’escalier en catimini, franchis la porte de l’immeuble et me dirigeai résolument vers lui, priant tout bas Nataël de me soutenir durant ce face-à-face. Je dus marquer un point, car l’homme à l’imperméable gris ne m’attendait pas si tôt. Adossé à l’arrêt d’autobus, il regardait apparemment la fenêtre de ma chambre sans me voir venir, et il sursauta lorsque je l’appelai. – Ah, te voilà ! s’exclama-t-il. Et d’où viens-tu ? – Je ne viens pas de chez vous, monsieur le Directeur des Antiquités orientales, répondis-je en appuyant volontairement sur le titre qu’avait usurpé mon interlocuteur. L’ange du Mal éclata de rire. – Je t’ai bien eu, n’est-ce pas ? Bien que le malaise ressenti chez le faux professeur m’ait repris, je répondis vivement que, pour ça, on verrait plus tard. – Toujours frondeur, mon jeune ami ! Avoue pourtant que c’était bien joué, le coup de la barbiche blanche et des lunettes noires. Tu ne m’avais pas reconnu, n’est-ce pas ? Fallait-il qu’il soit « petit » pour rire de si peu ! « Garde ton calme », susurra Nataël à mon oreille. « Ne t’énerve surtout pas, autrement tu vas dire des bêtises. » Le cœur battant deux fois plus vite qu’en temps normal, je respirai un bon coup, me raclai la gorge et déclarai aussi fort que possible : – J’ai la réponse à votre énigme. Je connais le sens de la phrase du carnet secret et je sais quelles sont les ruines sur lesquelles nous nous sommes rencontrés. – Voyez-vous ça ! fit l’homme à l’imperméable gris dont le visage se durcit. Eh bien, vas-y, dis-moi ce que tu sais. De nouveau, je respirai profondément et pris mon courage à deux mains avant de me lancer. – « JE SUIS réside dans sa maison » signifie que Dieu habite dans le Temple. Le lion et le fleuve puissant sont les ennemis de Juda. Ces ennemis vont venir détruire Jérusalem.
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