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Le roi Lear

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The Project Gutenberg EBook of Le roi Lear, by William ShakespeareThis eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and withalmost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away orre-use it under the terms of the Project Gutenberg License includedwith this eBook or online at www.gutenberg.orgTitle: Le roi LearAuthor: William ShakespeareTranslator: Fran ois Pierre Guillaume Guizot �Release Date: May 4, 2006 [EBook #18312]Language: FrenchCharacter set encoding: ISO-8859-1*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE ROI LEAR ***Produced by Paul Murray, R nald L vesque and the Online� �Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (Thisfile was produced from images generously made availableby the Biblioth que nationale de France (BnF/Gallica)) �Note du transcripteur. =========================================================== Ce document est tir de: � OEUVRES COMPL T�ES DE SHAKSPEARE TRADUCTION DE M. GUIZOT NOUVELLE D�ITION ENTI R�EMENT REVUE AVEC UNE T�UDE SUR SHAKSPEARE DES NOTICES SUR CHAQUE PI C�E ET DES NOTES Volume 5 Le roi Lear. Cymbeline.--La m chante femme mise la raison. � � Peines d'amour perdues.--P ricl s. � � PARIS A LA LIBRAIRIE ACAD�MIQUE DIDIER ET Cie, LIBRAIRES- D�ITEURS 35, QUAI DES AUGUSTINS 1862 ========================================================== LE ROI LEAR TRAG�DIE ...
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The Project Gutenberg EBook of Le roi Lear, by William Shakespeare
This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at www.gutenberg.org
Title: Le roi Lear
Author: William Shakespeare
Translator: Franois Pierre Guillaume Guizot
Release Date: May 4, 2006 [EBook #18312]
Language: French
Character set encoding: ISO-8859-1
*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE ROI LEAR ***   
Produced by Paul Murray, Rnald Lvesque and the Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was produced from images generously made available by the Bibliothque nationale de France (BnF/Gallica))
Note du transcripteur.
===========================================================      Ce document est tirde:
 OEUVRES COMPLTES DE  SHAKSPEARE
 TRADUCTION DE  M. GUIZOT
 NOUVELLEDITION ENTIREMENT REVUE  AVEC UNETUDE SUR SHAKSPEARE  DES NOTICES SUR CHAQUE PICE ET DES NOTES
 Volume 5
 Le roi Lear. Cymbeline.--La mchante femme misela raison.  Peines d'amour perdues.--Pricls.
 PARIS  A LA LIBRAIRIE ACADMIQUE  DIDIER ET Cie, LIBRAIRES-DITEURS  35, QUAI DES AUGUSTINS  1862
==========================================================     
 LE ROI LEAR
 TRAGDIE
 NOTICE SUR LE ROI LEAR
En l'an du monde 3105, disent les chroniques, pendant que Joas rgnait Jrusalem, monta sur le trne de la Bretagne Leir, fils de Baldud, prince sage et puissant, qui maintint son pays et ses sujets dans une grande prosprit, et fonda la ville de Caeirler, maintenant Leicester. Il eut trois filles, Gonerille, Rgane et Cordlia, de beaucoup la plus jeune des trois et la plus aime de son pre. Parvenuune grande vieillesse, et l'ge ayant affaibli sa raison, Leir voulut s'enqurir de l'affection de ses filles, dans l'intention de laisser son royaumecelle qui mriterait le mieux la sienne.Sur quoi il demanda d'abord Gonerille, l'ane, comment bien elle l'aimait; laquelle appelant ses dieux en tmoignage, protesta qu'elle l'aimait plus que sa propre vie, qui, par droit et raison, lui devaittre trs-chre; de laquelle rponse le pre,tant bien satisfait, se tournala seconde, et s'informa d'elle combien elle l'aimait; laquelle rpondit (confirmant ses dires avec de grands serments) qu'elle l'aimait plus que la langue ne pouvait l'exprimer, et bien loin au-dessus de toutes les autres cratures du monde.Lorsqu'il fit la mme questionCordlia, celle-ci rpondit:Connaissant le grand amour et les soins paternels que vous avez toujours ports en mon endroit (pour laquelle raison je ne puis vous rpondre autrement que je ne pense et que ma conscience me conduit), je proteste par-devant vous que je vous ai toujours aimet continuerai, tant que je vivrai,vous aimer comme mon pre par nature; et si vous voulez mieux connatre l'amour que je vous porte, assurez-vous qu'autant vous avez en vous, autant vous mritez, autant je vous aime, et pas davantage.Le pre, mcontent de cette rponse, maria ses deux filles anes, l'uneHenninus, duc de Cornouailles, et l'autreMagtanus, duc d'Albanie, les faisant hritires de sestats, aprs sa mort, et leur en remettant ds lors la moitientre les mains. Il ne rserva rien pour Cordlia. Mais il arriva qu'Aganippus, un des douze rois qui gouvernaient alors la Gaule, ayant entendu parler de la beautet du mrite de cette princesse, la demanda en mariage;quoi l'on rpondit qu'elletait sans dot, tout ayanttassur ses deux soeurs; Aganippus insista, obtint Cordlia et l'emmena dans sestats.
Cependant les deux gendres de Leir, commenanttrouver qu'il rgnait trop longtemps, s'emparrentmain arme de ce qu'il s'tait rserv, lui assignant seulement un revenu pour vivre et soutenir son rang; ce revenu fut encore graduellement diminu, et ce qui causaLeir le plus de douleur, cela se fit avec une extrme duretde la part de ses filles, qui semblaient penser que toutce qu'avait leur pretait de trop, si petit que cela ft jamais; si bien qu'allant de l'unel'autre, Leir arrivacette misre qu'elles lui accordaientpeine un serviteur pourtreses ordres.Le vieux roi, dsespr, s'enfuit du pays et se rfugia dans la Gaule, oCordlia et son mari le reurent avec de grands honneurs; ils levrent une arme etquiprent une flotte pour le reconduire dans sestats, dont il promit la succession Cordlia, qui accompagnait son pre et son mari dans cette expdition. Les deux ducs ayantttus et leurs armes dfaites dans une bataille que leur livra Aganippus, Leir remonta sur le trne et mourut au bout de deux ans, quarante ans aprs son premier avnement. Cordlia lui succda et rgna cinq ans; mais dans l'intervalle, son maritant mort, les
fils de ses soeurs, Margan et Cunedag, se soulevrent contre elle, la vainquirent et l'enfermrent dans une prison, o,comme c'tait une femme d'un courage mle,dsesprant de recouvrer sa libert, elle prit le parti de se tuer[1].
_ _ [Note 1: Chroniques de Hollinshed, Hist. of England , liv. II, ch. V, t. I, p. 12.]
Ce rcit de Hollinshed est emprunt Geoffroi de Monmouth, qui a probablement bti l'histoire de Leir sur une anecdote d'Ina, roi des Saxons, et sur la rponse de la plusjeune et de la plus sage des fillesde ce roi, qui, dans une situation pareillecelle de Cordlia, rpond de mmeson pre que, bien qu'elle l'aime, l'honore et rvre autant que le demandent au plus haut degrla nature et le devoir filial, cependant elle pense qu'il pourra lui arriver un jour d'aimer encore plus ardemment son mari, avec qui, par les commandements de Dieu, elle ne doit faire qu'une mme chair, et pour qui elle doit quitter pre, mre, etc. Il ne parat pas qu'Ina ait dsapprouvlesage direde sa fille; et la suite de l'histoire de Cordlia est probablement un dveloppement que l'imagination des chroniqueurs aura fondsur cette premire donne. Quoi qu'il en soit, la colre et les malheurs du roi Lear avaient, avant Shakspeare, trouvplace dans plusieurs pomes, et fait le sujet d'une pice de th��tre et de plusieurs ballades. Dans une _ de ces ballades, rapporte par Johnson sous le titre de: A lamentable _ song of the death of king Leir and his three daughters , Lear, comme dans la tragdie, devient fou, et Cordlia ayantttue dans la bataille, que gagnent cependant les troupes du roi de France, son pre meurt de douleur sur son corps, et ses soeurs sont condamnesmort par le jugementdes lords et nobles du royaume.Soit que la ballade ait prcdou non la tragdie de Shakspeare, il est trs-probable que l'auteur de la ballade et le pote dramatique ont puisdans une source commune, et que ce n'est pas sans quelque autoritque Shakspeare, dans son dnoment, s'estcartdes chroniques qui donnent la victoireCordlia. Ce dnoment atchangpar Tatel, et Cordlia rtablie dans ses droits. La pice est demeure au th��tre sous cette seconde forme, la grande satisfaction de Johnson, et, dit M. Steevens,des dernires galeries (upper gallery) . Addison s'est prononccontre ce _ _ changement.
Quantl'pisode du comte de Glocester, Shakspeare l'a imitde _ _ l'aventure d'un roi de Paphlagonie, racont dee dans l' Arcadia Sidney; seulement, dans le rcit original, c'est le btard lui-mme qui fait arracher les yeuxson pre, et le rduitune condition semblablecelle de Lear. Lonatus, le fils lgitime, qui, condamn mort, avait tforcde chercher du service dans une armetrangre, apprenant les malheurs de son pre, abandonne tout au moment oses services allaient lui procurer un gradelev, pour venir, au risque de sa vie, partager et secourir la misre du vieux roi. Celui-ci, remis sur son trne par le secours de ses amis, meurt de joie en couronnant son fils Lonatus; et Plexirtus, le btard, par un hypocrite repentir, parvientdsarmer la colre de son frre.
Il estvident que la situation du roi Lear et celle du roi de Paphlagonie, tous deux perscuts par les enfants qu'ils ont prfrs, et secourus par celui qu'ils ont rejet, ont frappShakspeare comme devant entrer dans un mme sujet, parce qu'elles appartenaientune mme ide. Ceux qui lui ont reprochd'avoir ainsi altrla simplicitde son action ont prononcd'aprs leur systme, sans prendre la peine d'examiner celui de l'auteur qu'ils critiquaient. On pourrait leur rpondre, mme en parlant des rgles qu'ils veulent imposer, que l'amour des deux femmes pour Edmond qui sertamener leur punition, et l'intervention d'Edgar dans cette portion du dnoment, suffisent pour absoudre la pice du reproche de duplicitd'action; car, pourvu que tout vienne se runir dans un mme noeud facilesaisir, la simplicit
de la marche d'une action dpend beaucoup moins du nombre des intrts et des personnages qui y concourent que du jeu naturel et clair des ressorts qui la font mouvoir. Mais, de plus, il ne faut jamais oublier que l'unit, pour Shakspeare, consiste dans une ide dominante qui, se reproduisant sous diverses formes, ramne, continue, redouble sans cesse _ _ la mme impression. Ainsi comme, dans , le po Macbethte montre l'homme _ _ aux prises avec les passions du crime, de m le Roi Lear , il leme dans fait voir aux prises avec le malheur, dont l'action se modifie selon les divers caractres des individus qui le subissent. Le premier spectacle qu'il nous offre, c'est dans Cordlia, Kent, Edgar, le malheur de la vertu ou de l'innocence perscute. Vient ensuite le malheur de ceux qui, par leur passion ou leur aveuglement, se sont rendus les instruments de l'injustice, Lear et Glocester; et c'est sur eux que porte l'effort de la piti. Quant aux sclrats, on ne doit point les voir souffrir; le spectacle de leur malheur serait troublpar le souvenir de leur crime: ils ne peuvent avoir de punition que par la mort.
De ces cinq personnages soumisl'action du malheur, Cordlia, figure cleste, plane presque invisible etdemi voile sur la composition qu'elle remplit de sa prsence, bien qu'elle en soit presque toujours absente. Elle souffre, et ne se plaint ni ne se dfend jamais; elle agit, mais son action ne se montre que par les rsultats; tranquille sur son propre sort, rserve et contenue dans ses sentiments les plus lgitimes, elle passe et disparat comme l'habitant d'un monde meilleur, qui a traversnotre monde sans subir le mouvement terrestre.
Kent et Edgar ont chacun une physionomie trs-prononce: le premier est, ainsi que Cordlia, victime de son devoir: le second n'intresse d'abord que par son innocence; entrdans le malheur en mme temps, pour ainsi dire, que dans la vie,galement neufl'un etl'autre, Edgar s'y dploie graduellement, les apprendla fois, et dcouvre en lui-mme, selon le besoin, les qualits dont il est dou;mesure qu'il avance, s'augmentent et ses devoirs, et ses difficults, et son importance: il grandit et devient un homme; mais en mme temps, il apprend combien il en cote; et il reconnatla fin, en le soutenant avec noblesse et courage, tout le poids du fardeau qu'il avait portd'abord presque avec gaiet. Kent, au contraire, vieillard sage et ferme, a, ds le premier moment, tout su, tout prvu; ds qu'il entre en action, sa marche est arrte, son but fix. Ce n'est point, comme Edgar, la ncessitqui le pousse, le hasard qui vientsa rencontre; c'est sa volontqui le dtermine; rien ne la change ni ne la trouble; et le spectacle du malheur auquel il se dvoue lui arrachepeine une exclamation de douleur.
Lear et Glocester, dans une situation analogue, en reoivent une impression qui correspondleurs divers caractres. Lear, imptueux, irritable, gtpar le pouvoir, par l'habitude et le besoin de l'admiration, se rvolte et contre sa situation et contre sa propre conviction; il ne peut croirece qu'il sait; sa raison n'y rsiste pas: il devient fou. Glocester, naturellement faible, succombela misre, et ne rsiste pas davantagela joie: il meurt en reconnaissant Edgar. Si Cordlia vivait, Lear retrouverait encore la force de vivre; il se brise par l'effort de sa douleur.
A travers la confusion des incidents et la brutalitdes moeurs, l'intrt et le pathtique n'ont peut-tre jamaistports plus loin que dans cette tragdie. Le temps oShakspeare a pris son action semble l'avoir affranchi de toute forme convenue; et de mme qu'il ne s'est point inquitde placer, huit cents ans avant Jsus-Christ, un roi de France, un duc d'Albanie, un duc de Cornouailles, etc., il ne s'est pas proccupde la ncessitde rapporter le langage et les personnages unepoque dtermine; la seule trace d'une intention qu'on puisse remarquer dans la couleur gnrale du style de la pice, c'est le
vague et l'incertitude des constructions grammaticales, qui semblent appartenirune langue encore toutfait dans l'enfance; en mme temps un assez grand nombre d'expressions rapproches du franais indiquent unepoque, sinon correspondantecelle oest supposexister le roi Lear, du moins fort antrieurecelle o crivait Shakspeare.
Le roi Lear de Shakspeare fut joupour la premire fois en 1606, au moment de Nol. La premiredition est de 1608, et porte ce titre: Vritable Chronique et Histoire de la Vie et de la Mort du Roi Lear et de ses Trois Filles, par M. William Shakspeare. Avec la Vie infortune d'Edgar, Fils et Hritier du Comte de Glocester, et son Dguisement sous le nom de Tom de Bedlam:--Comme elle atjoue devant la Majestdu Roi,White Hall, le soir de Saint-tienne, pendant les Ftes de Nol, par les Acteurs de Sa Majest, jouant ordinairement au Globe, prs de la Banque.
PERSONNAGES
 LEAR, roi de la Grande-Bretagne.  LE ROI DE FRANCE.  LE DUC DE BOURGOGNE.  LE DUC DE CORNOUAILLES.  LE DUC D'ALBANIE.  LE COMTE DE GLOCESTER.  LE COMTE DE KENT.  EDGAR, fils de Glocester.  EDMOND, fils btard de Glocester.  CURAN, courtisan.  UN VIEILLARD, vassal de Glocester.  UN MDECIN.  LE FOU du roi Lear.  OSWALD, intendant de Gonerille.  UN OFFICIER employpar Edmond.  UN GENTILHOMME attach Cordlia.  UN HRAUT.  SERVITEURS du duc de Cornouailles.  GONRILLE,  RGANE,  CORDLIA, filles du roi Lear.  CHEVALIERS DE LA SUITE DU ROI LEAR, OFFICIERS, MESSAGERS, SOLDATS ET  SERVITEURS.
La scne est dans la Grande-Bretagne.
 ACTE PREMIER
SCNE I
Salle d'apparat dans le palais du roi Lear.
Entrent KENT, GLOCESTER, EDMOND. _ _
KENT.--J'avais toujours cru au roi plus d'affection pour le duc d'Albanie que pour le duc de Cornouailles.
GLOCESTER.--C'est ce qui nous avait toujours paru; mais aujourd'hui,
dans le partage de son royaume, rien n'indique quel est celui des deux ducs qu'il prfre: l'gality est si exactement observe, qu'avec toute l'attention possible on ne pourrait faire un choix entre les deux parts.
KENT.--N'est-ce pas lvotre fils, milord?
GLOCESTER.--Sonducation, seigneur, at ma charge; et j'ai tant de fois rougi de le reconnatre, qu'la fin je m'y suis endurci.
KENT.--Je ne saurais concevoir...
GLOCESTER.--C'est ce qu'a trs-bien su faire, seigneur, la mre de ce jeune homme: aussi son ventre en a-t-il grossi, et elle s'est trouve avoir un fils dans son berceau avant d'avoir un mari dans son lit. Maintenant entrevoyez-vous la faute?
KENT --Je ne voudrais pas que cette faute n'et pastcommise, puisque . l'issue en a si bien tourn.
GLOCESTER.--Mais c'est que j'ai aussi, seigneur, un fils lgitime qui est l'ande celui-ci de quelques annes, et qui cependant ne m'est pas plus cher. Le petit drle est arriv,la vrit, un peu insolemment dans ce monde avant qu'on l'y appelt; mais sa mretait belle; j'ai eu ma foi du plaisirle faire, et il faut bien le reconnatre, le coquin[2]!--Edmond, connaissez-vous ce noble gentilhomme?
_ _ [Note 2: The whoreson .]
EDMOND.--Non, milord.
GLOCESTER.--C'est le lord de Kent.--Souvenez-vous-en comme d'un de mes plus honorables amis.
EDMOND.--Je prie Votre Seigneurie de me croireson service.
KENT.--Je vous aimerai certainement et chercheraifaire avec vous plus ample connaissance.
EDMOND.--Seigneur, je mettrai mes soinsmriter votre estime.
GLOCESTER.--Il atneuf ans hors du pays, et il faudra qu'il s'absente encore. (Trompettes au dehors.) --Voici le roi qui arrive. _ _
(Entrent Lear, le duc de Cornouailles, le duc d'Albanie, Gonerille, Rgane, Cordlia; suite.)
LEAR.--Glocester, vous accompagnerez le roi de France et le duc de Bourgogne.
GLOCESTER.--Je vais m'y rendre, mon souverain.
(Il sort.)
LEAR.--Nous cependant, nous allons manifester ici nos plus secrtes rsolutions. Qu'on place la carte sous mes yeux. Sachez que nous avons divisnotre royaume en trois parts,tant fermement rsolu de soulager notre vieillesse de tout souci et affaire pour en charger de plus jeunes forces, et nous traner vers la mort dlivrde tout fardeau.--Notre fils de Cornouailles, et vous qui ne noustes pas moins attach, notre fils d'Albanie, nous sommes dterminsrgler publiquement, ds cet instant, la dot de chacune de nos filles, afin de prvenir par ltous dbats dans l'avenir. L'amour retient depuis longtemps dans notre cour le roi de France et le duc de Bourgogne, rivaux illustres pour
l'amour de notre plus jeune fille: je vais ici rpondreleur demande.--Dites-moi, mes filles (puisque nous voulons maintenant nous dpouiller toutla fois de l'autorit, des soins de l'tat et de tout intrt de proprit), quelle est celle de vous dont nous pourrons nous dire le plus aim, afin que notre libralits'exerce avec plus d'tendue loelle sera sollicite par des mrites plus grands?--Vous, Gonerille, notre ane, parlez la premire.
GONRILLE.--Je vous aime, seigneur, de plus d'amour que n'en peuvent exprimer les paroles; plus chrement que la vue, l'espace et la libert; au delde tout ce qui existe de prcieux, de riche ou de rare. Je vous aimel'gal de la vie accompagne de bonheur, de sant, de beaut, de grandeur. Je vous aime autant qu'un enfant ait jamais aim, qu'un pre l'ait jamaist. Trouvez un amour que l'haleine ne puisse suffire, et les paroles parvenirexprimer; eh bien! je vous aime encore davantage.
CORDLIA, part .--Que pourra faire Cordlia? Aimer et se taire. _ _
LEAR.--Depuis cette ligneloigne jusqu'celle-ci, toute cette enceinte riche d'ombrageuses forts, de campagnes et de rivires abondantes, de champs aux vastes limites, nous t'en faisons matresse, qu'elle soitjamais assurevotre prosprit,toi et au duc d'Albanie.--Que rpond notre seconde fille, notre bien-aime Rgane, l'pouse de Cornouailles? Parle.
RGANE.--Je suis faite du mme mtal que ma soeur, et je m'estimesa valeur. Dans la sincritde mon coeur, je trouve qu'elle a dfini prcisment l'amour que je ressens: seulement elle n'a pastassez loin; car moi, je me dclare ennemie de toutes les autres joies contenues dans le domaine des sentiments les plus prcieux, et ne puis trouver de flicitque dans l'affection de Votre chre Majest.
CORDLIA,part .--Ah! pauvre Cordlia! Mais non, cependant, puisque _ _ je suis sre que mon amour est plus riche que ma langue.
LEAR,Rgane .--Toi et les tiens vous possderez hrditairement ce _ _ grand tiers de notre beau royaume, portiongale entendue, en valeur, en agrment,celle que j'ai assureGonerille.--Et vous maintenant, qui pour avoirtma dernire joie n'en ftes pas la moins chre, vous dont les vignobles de la France et le lait de la Bourgogne sollicitentl'envi les jeunes amours, qu'avez-vousdire qui puisse vous attirer un troisime lot, plus riche encore que celui de vos soeurs? Parlez.
CORDLIA.--Rien, seigneur.
LEAR.--Rien?
CORDLIA.--Rien.
LEAR.--Rien ne peut venir de rien, parlez donc.
CORDLIA.--Malheureuse que je suis, je ne puislever mon coeur jusque sur mes lvres. J'aime Votre Majestcomme je le dois, ni plus ni moins.
LEAR.--Comment, comment, Cordlia? Corrigez un peu votre rponse, de peur qu'elle ne ruine votre fortune.
CORDLIA.--Mon bon seigneur, vous m'avez donnle jour, vous m'avez leve, vous m'avez aime: je vous rends en retour tous les devoirs qui me sont justement imposs; je vous obis, je vous aime et vous rvre autant qu'il est possible. Mais pourquoi mes soeurs ont-elles des maris, si elles disent n'aimer au monde que vous? Il peut arriver, quand je me marierai, que l'poux dont la main recevra ma foi emporte la moitide ma tendresse, la moitide mes soins et de mes devoirs. Srement je ne
me marierai jamais comme mes soeurs, pour n'aimer au monde que mon pre.
LEAR.--Mais dis-tu ceci du fond du coeur?
CORDLIA.--Oui, mon bon seigneur.
LEAR.--Si jeune et si peu tendre!
CORDLIA.--Si jeune et si vraie, mon seigneur.
LEAR. A la bonne heure. Que ta vracitsoit donc ta dot; car, par les --rayons sacrs du soleil, par les mystres d'Hcate et de la Nuit, par les influences de ces globes clestes par lesquels nous existons et nous mourons, j'abjure ici tous mes sentiments paternels, tous les liens, tous les droits du sang, et je te tiens de ce moment etjamais pour trangremon coeur etmoi. Le Scythe barbare, et celui qui fait de ses enfants l'aliment dont il assouvit sa faim, seront aussi proches de mon coeur, de ma pitiet de mes secours, que toi qui astma fille.
KENT.--Mon bon matre...
LEAR.--Taisez-vous, Kent; ne vous mettez point entre le dragon et sa colre. Je l'ai aime plus que personne, et je voulais confier mon repos aux soins de sa tendresse.--Sors d'ici, et ne te prsente pasma vue.--Puiss-je trouver la paix dans le tombeau, comme je lui retire ici le coeur de son pre!--Qu'on fasse venir le roi de France.--M'obit-on?--Appelez le duc de Bourgogne.--Cornouailles, Albanie, avec la dot de mes filles acceptez encore ce tiers. Que cet orgueil qu'elle appelle franchise servela marier. Je vous investis en commun de ma puissance, de mon rang, et de ces vastes prrogatives qui accompagnent la majestroyale. Nous et cent chevaliers que nous nous rservons, entretenusvos frais, nous vivrons alternativement durant un mois chez chacun de vous, retenant seulement le nom de roi et les titres qui s'y rattachent. Nous vous abandonnons, fils chris, _ _ l'autorit, les revenus et le soin de r reste, et, pourgler tout le le prouver, partagez entre vous cette couronne. (Il leur donne sa _ couronne .) _
KENT.--Royal Lear, vous que j'ai toujours honorcomme mon roi, aimcomme mon pre, suivi comme mon matre, et rappeldans mes prires comme mon puissant patron...
LEAR.--L'arc est bandet tir;vite le trait.
KENT.--Qu'il tombe sur moi, dt le fer pntrer dans la rgion de mon coeur! Kent peut manquer au respect quand Lear devient insens.--Que me feras-tu, vieillard?--Penses-tu que le devoir puisse craindre de parler quand le devoir flchit devant la flatterie? L'honneur est tenula franchise, quand la majestsouveraine s'abaissela dmence. Rtracte ton arrt; rpare, par une plus mre dlibration, ta monstrueuse prcipitation. Que ma vie rponde ici de mon jugement: ta plus jeune fille n'est pas celle qui t'aime le moins; ce ne sont pas des coeurs vides, ceux dont le son peulevne retentit point d'un bruit creux.
LEAR.--Kent, sur ta vie, pas un mot de plus.
KENT.--Je n'ai jamais regardma vie que comme un pion[3]hasarder contre tes ennemis; je ne crains pas de la perdre, si c'est pour te sauver.
_ _ LEAR, en colre .--Ote-toi de ma vue.
KENT.--Regardes-y mieux, Lear, et laisse-moi demeurer devant tes yeux comme leur fidle point de vue[4].
_ _ [Note 3: Pawn , pion, allusion aux pices de l'chiquier.]
_ [Note 4: See better, Lear, and let me here remain the true blank _ of thine eye . Il y a lieu de souponner ici un jeu de mots sur le mot _ _ _ _ blank , blanc des yeux, ou blank , but. Il ne pouvaittre rendu dans une traduction littrale.]
LEAR.--Cette fois, par Apollon!...
KENT.--Cette fois, par Apollon,roi, tu prends le nom de tes dieux en vain.
_ _ LEAR, mettant la main sur sonp me --Vassal!crant!  .
ALBANIE ET CORNOUAILLES.--Cher seigneur, arrtez.
KENT.--Continue, tue ton mdecin, et donne le salaireta funeste maladie. Rvoque tes dons, ou, tant que mes cris pourront s'chapper de ma poitrine, je te dirai que tu fais mal.
LEAR.--coute-moi, faux tratre, sur ton allgeance,coute-moi: comme tu as tentde nous faire violer notre serment, ce que nous n'avons encore jamais os, et que les efforts de ton orgueil ont voulu se placer entre notre arrt et notre pouvoir, ce que notre caractre ni notre rang ne nous permettent pas d'endurer, notre pouvoir ayant son plein effet, tu vas recevoir la rcompense qui t'est due. Nous t'accordons cinq jours pour arranger tes affaires de manirete mettrecouvert des dtresses de ce monde; le sixime, tournenotre royaume ton dos dtest; si, le dixime de ceux qui suivront, ton corps proscrit est trouvdans l'tendue de notre domination, ce moment sera celui de ta mort. Va-t'en; par Jupiter! cet arrt ne sera pas rvoqu.
KENT.--Adieu, roi. Puisque c'est ainsi que tu te montres, la libert_ _ vit loin d'ici, et l'exil est ici. (A Cordlia .)--Jeune fille, que les dieux te prennent sous leur puissante protection, toi qui penses juste et qui as parlavec tant de sagesse!-- (A Rgane et Gonerille .) Vous, _ _ puissent vos actions justifier vos magnifiques discours, afin que de ces paroles d'affection puissent natre des effets salutaires!--C'est ainsi, princes, que Kent vous faittous ses adieux. Il va continuer son ancienne conduite dans un pays nouveau.
(Il sort.)
(Rentre Glocester, avec le roi de France, le duc de Bourgogne, et leur suite.)
GLOCESTER.--Voici, mon noble matre, le roi de France et le duc de Bourgogne.
LEAR.--Mon seigneur de Bourgogne, c'estvous que nous adresserons le premier la parole, vous qui voustes dclarle rival du roi dans la recherche de notre fille: quel est le moins que vous me demandiez actuellement pour sa dot, si je ne veux voir cesser vos poursuites amoureuses?
LE DUC DE BOURGOGNE.--Royale Majest, je ne demande rien de plus que ce que m'a offert Votre Grandeur, et vous ne voudrez pas m'offrir moins.
LEAR.--Trs-noble duc de Bourgogne, tant qu'elle nous fut chre, nous l'avions estimecette valeur; mais aujourd'hui elle est dchue de son prix.--Seigneur, la voildevant vous: si quelque chose dans cette petite personne trompeuse, ou sa personne entire avec notre dplaisir par-dessus le march, et rien de plus, parat suffisamment agrable
Votre Seigneurie, la voil, elle estvous.
LE DUC DE BOURGOGNE.--Je ne sais que rpondre.
LEAR.--Telle qu'elle est avec ses dfauts, sans amis, tout rcemment adopte par ma haine, dote de ma maldiction, et tenue pourtrangre par mon serment, voulez-vous, seigneur, la prendre ou la laisser?
LE DUC DE BOURGOGNE.--Pardonnez, seigneur roi; mais un choix ne se dtermine pas sur de pareilles conditions.
LEAR.--Laissez-la donc, seigneur; car, par le matre qui m'a fait, je _ _ vous ai dit toute sa fortune.-- (Au roi de France.) Pour vous, grand roi, je ne voudrais pas abuser de votre amour au point de vous unirce que je hais: ainsi, je vous en conjure, tournez votre inclination vers quelque autre objet qui en soit plus digne qu'une malheureuse que la nature a presque honte d'avouer pour sienne.
LE ROI DE FRANCE.--C'est quelque chose de bientrange, que celle quitait, il n'y a qu'un moment encore, le premier objet de votre affection, le sujet de vos louanges, le baume de votre vieillesse, ce que vous aviez de meilleur et de plus cher, ait pu, dans l'espace d'un clin d'oeil, commettre une action assez monstrueuse pourtre dpouille de tous les replis de votre faveur! Sans doute il faut que son offense blesse la naturetel point qu'elle en devienne un monstre; ou bien l'affection que vous lui aviez tmoigne devient une tache pour Votre Majest, ce que ma raison ne saurait m'obliger de croire sans le secours d'un miracle.
CORDLIA,son p Votre Majestre.--Je supplie, bien que je manque _ _ de cet art onctueux et poli de parler sans avoir dessein d'accomplir, puisque je veux excuter mes bonnes intentions avant d'en parler, de vouloir bien dclarer que ce n'est point une tache de vice, un meurtre ou une souillure, ni une action contre la chastet, ni une dmarche dshonorante, qui m'a prive de votre faveur et de vos bonnes grces, mais que c'est pour n'avoir pas possd, et c'est lma richesse, cet oeil qui sollicite toujours, et cette langue que je me flicite de ne pas avoir, quoique pour ne l'avoir pas j'aie perdu votre tendresse.
LEAR.--Il vaudrait mieux pour toi n'tre jamais ne que de n'avoir pas su me plaire davantage.
LE ROI DE FRANCE.--N'est-ce que cela? une lenteur naturelle qui souvent nglige de raconter l'histoire de ce qu'elle va faire?--Monseigneur de Bourgogne, que dites-vouscette dame? L'amour n'est point l'amour ds qu'il s'y mle des considrationstrangresson vritable objet. La voulez-vous? elle est une dot en elle-mme.
LE DUC DE BOURGOGNE, Lear .--Royal Lear, donnez-moi seulement la part _ _ que vous aviez d'abord offerte de vous-mme; et ici,l'instant mme, je prends la main de Cordlia comme duchesse de Bourgogne.
LEAR.--Rien; je l'ai jur: je suis inbranlable.
LE DUC DE BOURGOGNE, Cordlia .--Je suis vraiment fchque vous ayez _ _ perdu votre pretel point qu'il vous faille aussi perdre unpoux.
CORDLIA.--La paix soit avec le duc de Bourgogne. Puisque ces considrations de fortune faisaient tout son amour, je ne serai point sa femme.
LE ROI DE FRANCE.--Belle Cordlia, toi qui n'en es que plus riche parce que tu es pauvre, plus prcieuse parce que tu es dlaisse, plus aime parce qu'on te mprise, je m'empare de toi et de tes vertus: que le
droit ne m'en soit pas refus; je prends ce qu'on rejette.--Dieux, dieux! n'est-il pastrange que leur froid ddain ait donn mon amour l'ardeur d'une brlante adoration?--Roi, ta fille sans dot, et jete au hasard de mon choix, sera reine de nous, des ntres, et de notre belle France. Tous les ducs de l'humide Bourgogne ne rachteraient pas de moi cette fille si prcieuse et si peu apprcie.--Cordlia, fais-leur tes adieux malgrleur duret. Tu perds ce que tu possdais ici pour retrouver mieux ailleurs.
LEAR.--Elle esttoi, roi de France; qu'elle t'appartienne; cette fille n'est pasmoi, je ne reverrai jamais son visage: ainsi, va-t'en sans notre faveur, sans notre affection, sans notre bndiction. -Venez, -noble duc de Bourgogne.
(Fanfares.--Sortent Lear, les ducs de Bourgogne, de Cornouailles, d'Albanie, Glocester et suite.)
LE ROI DE FRANCE.--Faites vos adieuxvos soeurs.
CORDLIA.--Vous, les joyaux de notre pre, Cordlia vous quitte les yeux baigns de larmes. Je vous connais pour ce que voustes, et, comme votre soeur, je n'en ai que plus de rpugnanceappeler vos dfauts par leurs noms. Soignez bien notre pre; je le confievos coeurs qui ont professtant d'amour. Mais, hlas! si j'tais encore dans ses bonnes grces, je voudrais lui donner un meilleur asile. Adieutoutes les deux.
RGANE.--Ne nous prescrivez pas notre devoir.
GONERILLE.--tudiez-vouscontenter votrepoux, qui vous a prise quand voustiezla charitde la fortune. Vous aveztavare de votre obissance, et ce qui en a manqumritait bien ce qui vous a manqu.
CORDLIA.--Le temps dveloppera les replis ose cache l'artifice: la honte vient enfin insulterceux qui ont des fautescacher. Puissiez-vous prosprer!
LE ROI DE FRANCE.--Venez, ma belle Cordlia.
(Le roi de France et Cordlia sortent.)
GONERILLE.--Ma soeur, je n'ai pas peu de chosevous dire sur ce qui nous touche de si prs toutes les deux. Je crois que mon pre doit partir d'ici ce soir.
RGANE.--Rien n'est plus certain; il va chez vous: le mois prochain ce sera notre tour.
GONERILLE.--Vous voyez combien sa vieillesse est pleine d'inconstance, et nous venons d'en avoir sous les yeux une assez belle preuve. Il avait toujours aimsurtout notre soeur: la pauvretde sa tte se montre trop visiblement dans la manire dont il vient de la chasser.
RGANE.--C'est la faiblesse de l'ge. Cependant il n'a jamais su que trs-mdiocrement ce qu'il faisait.
GONERILLE.--Dans son meilleur temps, et dans la plus grande force de son jugement, il a toujoursttrs-inconsidr. Il faut donc nous attendre qu'aux dfauts invtrs de son caractre naturel l'ge va joindre encore les humeurs capricieuses qu'amne avec elle l'infirme et colre vieillesse.
RGANE.--Il y a toute apparence que nous auronsessuyer de lui, par moments, des boutades pareillescelle qui lui a fait bannir Kent.
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