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1871 ! Les premières phases d'une décadence (Troisième édition) / par Auguste Dalichoux...

De
88 pages
35 et 37, rue de Seine (Paris). 1871. In-18, 96 p..
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DEDIE A LA VILLE DE METZ
1871 !
LES
PREMIÈRES PHASES
D'UNE
DECADENCE
PAR AUGUSTE DALICHOUX
(DE METZ)
Ce qu'Isaïe reproche de son temps :
l'idolâtrie, l'orgie , la guerre, la prosti-
tution , l'ignorance, dure encore.
Isaïe est l'éternel contemporain des
vices qui se font valets, et des crimes qui
se font rois. ( VICTOR HUGO.)
TROISIÈME ÉDITION
PRIX : 1 FRANC
PARIS
35 ET 37, RUE DE SEINE
1871 !
LES
PREMIERES PHASES
D' UNE
DÉCADENCE
PAR
AUGUSTE DALICHOUX
(DE METZ)
TROISIEME EDITION.
PARIS
35 ET 37, RUE DE SEINE
1871
CHAPITRE Ier
LA FRANCE !
La situation de la France est si
grave qu'il n'y a pas moyen d'hé-
siter. Je ne m'exagère pas ce que
peut un livre; mais il s'agit du
devoir et nullement du pouvoir.
Eh bien ! je vois la France baisser
d'heure en heure, s'abîmer comme
une Atlantique. — Pendant que
nous sommes là à nous quereller,
ce pays enfonce.
MICHELET.
Combien la France est descendue !
Et qu'a-t-elle fait du grand élan qui la sauva en
1793 ?
Que son sol est aride !
Qu'est donc devenue cette semence mystérieuse,
— 4 —
qui, en 1789, put rendre fécond le sol volcanique
de la révolution , pour faire surgir de son sein, toute
une pléiade de grands hommes, d'héroïques citoyens,
et d'illustres guerriers ?
Mais aujourd'hui, quelle stérilité....
Et pourtant, les événements qui s'accomplissent
au XIXe siècle sont assez remarquables par leurs
faits brutaux et leurs conséquences, pour qu'il soit
permis d'espérer que d'un tel remuement de l'huma-
nité, il en sortira autre chose qu'un conquérant
vulgaire et des tribuns de carrefour.
Dans quel moment naîtra-t-il donc des génies,
si ce n'est au milieu de ces crises gigantesques, de
ces abîmements du droit, et des mugissements du
souffle social menaçant le vieux monde ?
Puisque c'est au sein des grands événements que
les hommes, semblables à l'airain qui sort bouil-
lonnant de la fournaise ardente, se transforment et
se purifient aux flammes du patriotisme ; puisque
c'est au milieu d'une telle tempête que les coeurs
battent le plus fort, que l'intelligence devient plus
vaste sous l'étreinte de l'enthousiasme et du désespoir ;
puisqu'enfin c'est dans de tels moments où la surexci-
tation est à son comble, que les hommes, poussés
par la force d'un mystérieux courant qui vient agiter
l'humanité, se sentent devenir géants sur la terre
brûlante qui les porte !
Pourquoi donc, en 1870, alors que la France —
trahie et livrée par l'infâme qui régna sur elle pendant
vingt ans, vit les lourds escadrons de l'invasion
germanique se répandre sur son sol sacré ? Pourquoi
ne donna-t-elle pas naissance à des génies, à des
héros, qui, dominant, électrisant le peuple français,
l'aurait entraîné au-devant de l'invasion, non-seu-
lement pour l'arrêter dans sa marche triomphale,
mais mieux encore, pour écraser sans pitié cette
éternelle négation de la civilisation, et faire rentrer
définitivement dans la nuit, les champions de la
féodalité?
Pourquoi la France républicaine ne rendit-elle pas
ce grand service au monde? Pourquoi les fils de
89, poussés par le grand souffle de la liberté, tom-
bèrent-ils devant les soldats du despotisme, qu'ani-
maient seul, le souffle poitrinaire du droit divin ?
C'est que, dans des jours d'égoïsme et de puéril
effroi, alors que ses croyances, ses traditions , ses
intérêts n'étaient qu'apparemment menacés par le
spectre rouge du socialisme, et les discours de
quelques énergumènes vendus à la coalition des
rois..., la France commit la faute immense, irrépa-
rable peut-être, — de se jeter deux fois dans les
bras du césarisme pour échapper à quelques rema-
niements sociaux, et surtout aux graves problèmes
que le paupérisme voudra toujours remettre impla-
cablement en question tant qu'il ne lui sera point
prouvé qu'ils sont insolubles et par conséquent in-
sensés.
C'est en ce moment que la France, instruite super-
ficiellement des principes de 89, ne possédant en
politique comme en libre-pensée qu'une philosophie
chétive et sans profondeur, manqua de ce courage
civique , de cette prescience de sa véritable mission
parmi l'humanité, qui pouvaient lui donner la force
et la hardiesse de regarder en face dix-huit siècles
d'ignorance, de fanatisme et d'injustice.
Répudiant la révolution dans son grand avertis-
sement aux peuples, la France crut néanmoins en
conserver l'esprit en acclamant 1802... et 1852...
lorsqu'elle ne faisait que l'atrophier, le ridiculiser
même, en le plaçant sous la protection des Césars et
de leurs traditions guerrières.
Avide de repos après avoir été avide de gloire,
généreuse avec excès, chevaleresque par tempé-
rament, confiante jusqu'à la folie , se flattant trop
haut d'être sympathique à tous les peuples, odieuse
à tous les rois ; ignorant toutes les constitutions
— 7 —
d'Europe et soupçonnant à peine la sienne ; dédai-
gneuse des enseignements de l'histoire et des déduc-
tions philosophiques ; croyante par poésie ; athée par
ennui; manquant de la foi robuste que donne le
fanatisme des convictions longuement réfléchies ;
ignorant Montaigne, Rabelais et Montesquieu ;
effleurant Voltaire et Rousseau ; s'honorant de ces
génies, et reniant Robespierre, pratiquant leurs
principes ; fondant l'Internationale , prêchant l'union
des peuples et chantant Béranger qui célèbre Napo-
léon Ier; inconséquente avec affectation, théâtrale sans
être comédienne, ennemie de l'axiome : la fin justifie
les moyens ; coeur ardent. coeur immense, s'offrant,
hélas ! sans contrat à toutes les nations opprimées ;
champion de la liberté des peuples, et cherchant
encore à conquérir la sienne ; complice et victime
tout à la fois des faux Wasinghton et véritables Ma-
chiavel de l'univers, en quête de son épée et de son
trône ;
.... La France, depuis 1789 jusqu'à nos jours,
s'est payée de mots sonores, de définitions vagues,
de promesses solennelles prononcées, faites, par des
hommes qui rarement ont eu en partage une convic-
tion doublée du génie !
C'est sous la direction de ces histrions, de ces
esprits étroits, et bien peu sous celle d'un génie,
ô noble France, il faut te le dire !.... que tu
8 -
perdis insensiblement de vue la voie sublime où tu
devais marcher à la tête de la civilisation !
Quoi ! tu ignorais que la plupart de ces hommes
n'avaient toujours eu qu'un but— arriver au pouvoir,
et que pour s'y maintenir, hélas ! ils n'avaient jamais
hésité de donner quand même satisfaction au besoin
du présent en sacrifiant sans scrupule les intérêts
et la grandeur de ton avenir.
Plus soumise qu'indépendante au lendemain de
1830, 1848 et 1870 ! plus démoralisée que retrempée
par la longue étreinte des plus épouvantables mal-
heurs , tu retardas toujours ta résurrection révolu-
tionnaire et nationale en livrant tes belles destinées
aux fourbes, aux audacieux, qui n'avaient d'autres
mérites à tes yeux que le despotisme que tu pressentais
en eux !
Et toi, la France superbe et frémissante d'un
noble orgueil, la France de 89, celle qui proclama
les droits de l'homme, tu voulus attacher ton peuple
à la remorque de ces deux puissants moteurs — qui
s'appelent la bourgeoisie et la noblesse, et lui faire
baiser la main de fer des sauveurs de nations !...
Tu croyais, ô faiblesse — qu'elle seule était assez
forte pour maintenir la digue mal construite, que
venaient battre avec des grondements terribles la
misère et l'ignorance humaine !
Ah ! pourquoi faut-il que dans un moment d'indigne
crainte, de prostration suivie de folles terreurs,
alors que déjà énervée et tiraillée en tous sens par
l'idée chauvine, faussant avec tant de perfidie ton
antique patriotisme et tes jeunes aspirations démo-
cratiques !
Pourquoi faut-il que tu te sois livrée à un aventurier
affublé d'un nom retentissant de gloire, qui, après
avoir surpris, égorgé, parjuré à la république,
s'entoura de mercenaires pour le défendre, de vils et
sinistres faquins pour composer sa Cour; répandit
l'or à pleines mains pour rattacher à son trône toutes
les ignominies de la cupidité ; couvrit ta terre hospi-
talière des noirs essaims du fanatisme ; et parvint
enfin à corrompre ton sang pur et généreux, t'étiola,
et te laissa presque annéantie, alors que l'invasion
traînant à sa suite un million de Germains, s'avançant
sur ta terre riante aux lueurs des villes et des villages
en flammes, aux cris de douleur et de rage des popu-
lations massacrées.... Tu n'eus plus, ô France, la
puissance de saisir d'une main forte et de faire
reluire au soleil de la liberté, cette épée redoutable
qui te sauva en 1793?
Cette page de l'histoire d'une grande nation restera
une leçon terrible, pour les peuples qui laisseraient
étouffer en eux l'amour des grandes choses, de là
1*
10 -
Patrie, de la justice et de la vertu ! dégradés qu'ils
seraient par le joug d'une longue tyrannie.
Chute immense ! et qui paraît implacable ; épou-
vantable cataclysme dans l'ordre moral !
Elle en est donc arrivée là, la nation qui donna à
l'humanité des génies comme Rabelais, Montaigne ,
Descartes, Pascal, Montesquieu, Voltaire, Rousseau,
Diderot, d'Alembert, Condorcet, Mirabeau, Chateau-
briand et Victor Hugo ! !
La nation qui la première proclama aux gron-
dements terribles d'un orage sans égal, les droits de
l'homme, est obligée, en 1871, de signer la paix,
avec la Prusse ; de reconnaître le principe de cession
territoriale et de s'incliner frémissante d'indignation
devant cette maxime : la force prime le droit !
Peuple, réfléchis, pense et travaille, il en est
temps encore...
Mais n'oublie pas que tes frontières ne t'appar-
tiennent plus;
Que deux de tes provinces les plus patriotiques
comme les plus éprouvées, sont devenues la proie
de l'ennemi ;
Que la citadelle vierge et redoutable, qui, hier
encore se dressait menaçante , gardienne de ton sol
en face de l'Allemagne;
Que Metz, enfin ! ta fière forteresse, a disparu
— 11 —
dans la sombre tourmente, que la haine de l'Alle-
magne, d'accord avec la trahison, avait déchaînée
contre elle....
Peuple, courage, espérance, ton but est grand ;
que la ville violée, que l'antique pucelle, le rappelle
aux sentiments vigoureux du devoir, qu'elle devienne
avec Strasbourg, son héroïque soeur, le drapeau de
ton patriotisme ! le signal et le but de ta régé-
SINON TU PÉRIRAS.
CHAPITRE II
LE XIXe SIECLE DEVANT LA
POSTÉRITÉ
Déjà la colère des Dieux s'est
manifestée : la nature a donné le
signal de la discorde ; elle a inter-
rompu son cours , et, par un pres-
sentiment de l'avenir, elle s est
plongée elle-même dans ce tumulte
qui engendre des monstres.
(LUCAIN, Pharsale.)
Qui pourrait dire où le XIXe siècle conduira l'hu-
manité ?
L'aura-t-il perfectionnée, avancée dans la voie du
progrès ?
Ou bien plutôt lui aura-t-il nuit, lui aura-t-il posé
14
des entraves à travers de la route qu'elle allait par-
courant?
Grandes et graves questions, et dont les solutions
m'apparaissent pour l'avenir du monde , sombres et
terribles de conséquences.
Nous qui faisons partie de ce XIXe siècle, regar-
dons-le attentivement, rentrons en nous-mêmes,
réfléchissons, et tâchons de nous figurer le monument
qu'il laissera à l'admiration ou à la reconnaissance
des siècles futurs.
Il leur aura, d'abord, donné cet exemple funeste :
le despotisme rendu triomphant clans un siècle plein
de lumières : le despotisme sanglant et glorieux des
premiers Césars , et le despotisme crapuleux des
Néron et des Caligula.
Il les étonnera, les siècles futurs, par notre
élévation après la proclamation des droits de l'homme,
et notre chute immense après les Napoléons.
Ils ne pourront allier tant de grandeurs avec tant
de bassesses.
Nous arriverons aux yeux de l'histoire, comme
un peuple qui a accompli de grandes choses plutôt
par enthousiasme que par un amour ardent de la
justice ; puisqu'à peine cet enthousiasme éteint, nous
perdons subitement l'idée de tout ce que nous venons
de construire et d'élever si majestueusement; et
— 15 —
alors , nous nous livrons sans respect même pour les
grands exemples que nous avons donnés au monde,
et que nous devrions soutenir éternellement en vue
du triomphe de la cause pour laquelle nous avons
combattu ; nous nous livrons à la gloire vaine, san-
glante et despotique, qui, d'un seul coup, vient faire
crouler le gigantesque monument que nous avions
dressé avec tant de peine et de gloire : la Révolution.
Oui ! que penseront les peuples dans l'avenir, d'une
telle différence de pensées et d'actes?
Et surtout, lorsqu'ils nous verront sous le second
César, devenir avec tant de facilité, vil, railleur,
avide d'or, de plaisirs, tout plein de jactance, n'ayant
plus du courage que le dehors que nous faisons
ressortir bruyamment, parlant avec frénésie de
liberté, dE droits du peuple, et ne pratiquant rien
de ce que ces grands mots renferment de devoirs
sacrés : tournant agréablement en ridicule l'antiquité,
que nous ne comprenons plus clans notre bassesse,
et dont nous ne pouvons plus suivre le majestueux
exemple ; nous attacher avec persistance aux choses
les plus frivoles, les plus corrompues, les plus
indignes de l'homme ; enfin, donner à nos descen-
dants le spectacle de la dégradation la plus misérable,
de la décadence la plus profonde et la plus fangeuse ;
qu'en pensera l'humanité ?
— 16 —
Au philosophe, nous ferons porter sur l'humanité
les jugements les plus injustes et les plus dangereux ;
au penseur, nous ferons dire que notre nature encline
aux vices nous a bientôt corrompus au physique
comme au moral ; que notre corruption a rendu
notre entendement étroit ; que nos pensées sont
devenues mesquines et viles comme nos actes ; à
l'historien, que l'amour du changement, un caractère
mobile et un tempérament enthousiaste, ont seuls été
la cause de nos révolutions politiques.
Enfin, les peuples, ceux pour le bonheur et
l'agrandissement moral et social desquels nous
devions travailler, liront avec tristesse notre his-
toire.
Nous ne leur aurons pas fourni de grands exemples
pour les enthousiasmer et créer des génies, car nous
aurons tout renversé, tout ce que nous avions cons-
truit de beau dans notre abîme profond.
Nous n'aurions dû jamais oublier que les Romains
n'ont atteint leur grande élévation que sous la répu-
blique, qui seule peut ennoblir l'âme et donner des
moeurs austères ; mais que du jour où ils acclamèrent
leur premier empereur, ce jour-là, les fiers Romains
commencèrent à abandonner ce qui les avait, autant
et plus que leurs armes, rendus redoutables, dans le
monde : l'amour de la Liberté, de la Patrie, leurs
vertus antiques et sévères.
— 17 —
Ils s'étaient élevés si haut pourtant, que jusque
dans leur décadence, ils conservèrent encore un reste
de grandeur.
Les Spartiates , grands dans leur vie, grands
dans leur décadence, sont tombés en laissant au
monde l'exemple sublime, immortel, d'un peuple
héroïque, vertueux, aux moeurs pures.
Quant à nous, notre chute est tellement profonde,
qu'il semble qu'elle ne nous ait rien laissé ; rien, de
la grandeur de nos pères, puisque l'événement qui
l'aura précipitée, nous aura, d'un seul coup, horri-
blement transformés au physique comme au moral.
CHAPITRE III
DÉCADENCE DU PEUPLE & DE LA
NOBLESSE
Décadence de la Grèce ?
Elle est tombée parceque ce peuple
resta toujours divisé, et que ses villes ne
voulurent jamais s'unir de manière à for-
mer un tout puissant état, qui eut tout
bravé, et que les Grecs , devenus riches
et puissants, oublièrent les vertus qui
leur avaient donné cette grandeur : l'amour
de la patrie, le respect de soi-même.
L'amour de l'or déprava tout. Dans la
Grèce des derniers temps, il n'y avait plus
de citoyens, à peine des hommes. On
n'estimait plus qu'un mérite, celui de
s'enrichir par n'importe quel moyen ; on
n'adorait plus qu'un Dieu : le plaisir.
« La patrie ! dit un poète de cette triste
époque , elle est où on est bien. »
Voilà pourquoi la Macédoine , puis les
Romains , eurent si bon marché de ces
Grecs dégénérés. (V. DURUY.)
Pour s'apercevoir de ce profond abaissement de
l'esprit humain en France au XIXe siècle, il ne faut
pas s'enfermer dans le cercle étroit et dangereux
des partis ; il faut les briser tous, il faut les dominer ;
— 20 —
et c'est en planant haut, c'est en les réunissant tous
sous le même coup-d'oeil, que l'on a le désolant
spectacle d'un peuple qui se décompose, attaqué,
rongé dans son intelligence et dans son coeur.
En vain, désespéré, effrayé par cet affreux
tableau, vous invoquez à vous le grand passé, les
grands hommes, les grandes actions de la France ;
le fait est là, dans toute sa monstruosité et son
horreur ; et toutes ces sublimes images que vous
appelez à vous, ne servent, hélas! qu'à mieux vous
faire entrevoir la profondeur de l'abîme dans lequel
nous sommes tombés.
Descendez au milieu de ce foyer de décomposition
morale ; quelles horribles clameurs vous déchirent et
vous étouffent !
Partout vous n'entendez que reproches amères.
Ici, c'est le républicain qui, avec véhémence accuse
les royalistes, les paysans, la religion, d'être la cause
des maux que nous souffrons aujourd'hui ; là,
c'est le royaliste, le croyant, qui impute au rictus
de Voltaire l'effondrement des principes, le mépris
des traditions et qui s'en va prêcher partout, avec
les tonnerres du droit divin, les éclairs du mysti-
cisme, que les malheurs qui frappent aujourd'hui la
Patrie, sont les commencements de la punition qu'un
Dieu courroucé inflige à un peuple impie !
— 21 —
On ne se ménage rien, on ne se voile rien ; tout
est révélé, démasqué impitoyablement ; les fautes ,
les trahisons, les crimes sont misérablement, mala-
droitement , mis à nu au grand soleil : on est sans
pitié ; on est cruel, mais sans énergie et sans gran-
deur : hier incriminé aujourd'hui, exhume son passé
et parle avec une voix de fausset d'en continuer toutes
les gloires, oubliant que la foi qui les créa était une
foi robuste, qui vivait là où elle doit vivre , — dans
l'âme et non sur les lèvres !
Sans programme défini, sans expérience, sans mo-
nument, sans légende historique: aujourd'hui,
montant sur le sommet de là science et de la philo-
sophie modernes, repousse brutalement hier en lui
montrant l'avenir.
Mais plus imbu qu'il ne le croit des attaches d'un
passé qui le touche encore de si près, aujourd'hui,
ce malingre est sombre enfant d'une révolution san-
glante; les membres déjà brisés, meurtris, des coups
qu'il a reçus en combattant pour faire respecter et
revivre la mémoire de sa mère; aujourd'hui!
tâtonne en cherchant sa voie à travers le monde que
sa naissance a ébranlée ; et lorsqu'il croit l'avoir
trouvée, il tremble, il a le vertige : inquiet de son
audace, il cherche à se la faire pardonner , et au lieu
d'innover, il s'empresse de pasticher ce qu'il craint,
ce qu'il hait !
22 -
L'air qui lui donne la vie est lourd, malsain, aussi
sa face est-elle livide à peine si son oeil brille, car
les courants mystérieux qui lui permettent de respirer
encore, sont des courants ennemis déchaînés par la
foi et la libre pensée : pour lutter contre ces deux
violences, ces deux forces, le tempérament lui
manque pour en terrasser une et s'affranchir défini-
tivement soit de l'étreinte du vieux monde, soit des
séductions du nouveau !
Il a si peur de tirer la flamme et le souffle de son
propre foyer, qu'à peine né il se réclame déjà d'une
tradition, qu'il parodie mieux qu'il ne la continue.
1789 l'accable de son exemple , et l'enchaîne plus
qu'il ne le délivre ; aussi semble-t-il rester en place,
lui, dont la devise est d'aller en avant.
Le monde anxieux le regarde... et attend. Son atti-
tude l'épouvante et le bouleverse, car il se penche
Sur des abîmes que personne encore n'a osé ou pu
franchir.
L'on sait bien qu'au-delà se trouve dressée, redou-
table ou sublime, une mort terrible ou une nouvelle
vie.
Mais en attendant que la vérité sorte de ces grands
inconnus, comme tout se trouve perdu dans le tour-
billon fangeux qui s'amasse en ce moment sous nos-
pieds , c'en est fait, on ne possède plus le langage
— 23 —
imposant de nos pères, leurs paroles superbes,
enflammées, enthousiastes, frémissantes de sainte
colère !
Non ! à cela a succédé un langage mesquin , exigé
par la politique la plus étroite, la fourberie la plus
large; aujourd'hui l'on remplace les paroles de feu,
les éclairs de pensées , par l'arme favorite du siècle,
la seule maintenant que nous sachions bien manier :
la raillerie sans pitié, le ridicule sans respect même
pour le génie !
Oui ! signe repoussant de ce siècle, et qui soulève
le coeur d'un insurmontable dégoût, la raillerie, voilà
notre tonnerre, la foudre que l'on se lance pour
s'écraser.
Jadis, sous la Révolution, lorsque Robespierre
parlait à l'assemblée nationale, lorsque Mirabeau et
Danton y tonnaient, pour vaincre leurs adversaires
ils n'employaient pas le langage spirituel et habile-
ment captieux de nos orateurs d'aujourd'hui; ils ne
se tournaient point agréablement en ridicule ; non !
car ils avaient d'eux-mêmes une trop grande idée,
ils se voyaient trop imposants pour employer des
armes si misérables ; c'est par des traits de flammes
grandioses, sublimes, qu'ils voulaient persuader,
entraîner ; ils aimaient à se foudroyer.
Dans cette grande époque de 1789 partout régnait
— 24 —
le même esprit sublime : foudre à la tribune, foudre
dans la presse, foudre dans l'armée, chez le peuple,
foudre dans les actions !
Aujourd'hui, ô! ombres de Vergniaux, de Danton,
de Carnot et de Hoche, quelle platitude ! Et ce sont
vos fils !...
Jetez les yeux sur cette assemblée nationale, et
écoutez, illustres revendicateurs des droits de la
Patrie et de la liberté ! quelle discussion s'y agite ?
La plus terrible, la plus douloureuse qui puisse
assombrir et soulever une grande nation : discuter
une paix qui humilie la France , la ruine, la dé-
membre, la désarme, et cherche à lui ôter les
moyens de s'en relever jamais !
Ah ! si cette paix vous avait été soumise, à vous
vainqueurs de l'Europe coalisée contre la République,
comme vous auriez tonné et fait bondir la France de
rage et de vengeance ! quel grand souffle patriotique
vous auriez déchaîné sur la France menacée !
Quelle tempête vous auriez suscitée contre l'ennemi !
Mais vous n'en étiez -pas réduits à cette extrémité ! .
La victoire invoquée par vous , écrasa les ennemis
de la France et de la liberté ; et ce jour-là vous sau-
vâtes en même temps votre pays et la civilisation du
monde.
Voyez-vous cet orateur monté à la tribune ?
— 25 —
Ah! ce ne sont pas des éclairs qui en jailliront!
Dans un langage inspiré par la nation qui agonise,
on vient d'un ton suppliant implorer la paix !
Que sera-ce donc, si vous jetez les yeux sur les
feuilles que la presse, dont le devoir est d'éclairer
le peuple, répand avec profusion?
Quelle ignominie, quelle bave injurieuse, quelle
ironie cruelle y éclatent à chaque ligne; voilà com-
ment elle combat pour et contre la liberté, c'est
ainsi qu'elle réfute les génies !
Ne se sentant plus la force d'ébranler des chênes,
elle rira de ses branches tordues !
Partout enfin le même esprit, à la tribune, chez
le peuple, dans l'armée, partout le dépérissement de
la pensée, le manque de grandeur dans les actes !
L'idée et l'énergie chancellent au lieu de se redres-
ser superbes sous le coup d'événements terribles et
grandioses.
Plus de géants, mais partout des nains qui veulent
les contrefaire.
Aujourd'hui, regardez ces hommes, débris de votre
grandeur.
Entendez-vous les furieuses clameurs de ces légis-
lateurs passionnés étouffant la voix de l'illustre poète;
voyez-vous ce vieux guerrier rougissant sous leurs
insultes ?
2
— 26 —
Et ces bourdonnements rieurs, ces cris, ces injures?
Hélas, les quelques voix qui pouvaient encore tonner
n'ayant pu se faire entendre, s'exilent volontairement.
La désillusion est partout, l'éloquence retentit sur
les plages désertes ou dans les feuilles étrangères ;
les convictions, redoutant le soleil qui les fait briller,
s'étiolent et désespèrent ; la virilité elle aussi s'use
dans l'ombre, et menace de périr, si l'on tarde plus
longtemps de placer sous ses yeux la sanglante
image de la Patrie mutilée, avec l'exemple des grandes
vertus civiques qui doivent préparer la vengeance et
le triomphe de la liberté.
Et que croyez-vous qu'un pareil peuple laissera
au monde?
Quelle sera donc la flamme créatrice qui, sortant de
son sein, jettera sur la postérité toute la magnifi-
cence de ses sublimes reflets?...
Peut-on espérer qu'il laissera et créera quelque
chose, lorsqu'il paraît vouloir tout détruire, et courir
à l'immortalité en commettant le crime d'Eros-
trate?
Peut-on croire que s'il est destiné à périr, il
saura tomber comme les Romains, lorsqu'on le voit
en plein XIXe siècle se livrer aux saturnales baby-
lonniennes sur les ruines de la cité superbe, capi-
tale du monde par les arts et la pensée !
— 27 —
Ah ! si l'on entendait une voix puissante sortir un
jour de cette malheureuse foule, une de ces voix ma-
jestueuses qui commandent le respect et imposent le
silence, et qui s'écrirait :
Cesse, peuple vil, tes bourdonnements railleurs,
fais trêve un instant à tes plaisanteries et à tes
chants moqueurs ; écoute un peu le langage d'autre-
fois , et rappelle-toi le tonnerre de tes pères !
Tu pâlis, tu t'effrayes, et tu t'apprêtes aussi à
siffler celui qui ose te parler un langage si méprisant ;
va tu n'as plus rien de viril, et tu es profondément
corrompu !
Tu as vicié le sang des vieux Gaulois qui bouillon-
nait dans tes veines ; et maintenant le moindre
souffle qui passe te fait perdre l'équilibre.
Tes pères restaient de marbre, eux, sous les plus
formidables rafales !
Mais toi, quel peuple malingre tu fais !
Républicains, royalistes, catholiques et philo-
sophes , cessez pour un instant de vous déchirer, de
vous mordre hargneusement ; regardez, regardez la
mère Patrie, et tendez-vous la main ; ah! puissiez-
vous bientôt comprendre que tout ce que vous faites
n'est pas plus digne des fils des colosses de 1793,
que des descendants des preux héroïques de la
croisade.
— 28 —
Écoutez : républicains, vous sur lesquels la France
fondait ses plus grandes espérances, vous n'avez
donné aucun vigoureux champion à la liberté, aucun
tribun au peuple, aucun homme à la Patrie ! vous
n'avez rien renversé, rien fondé !
Avez-vous pu, conséquents avec le radicalisme de
vos principes, vous souvenant des Danton, des
Saint-Just, avez-vous pu soutenir le regard perçant
du corse, meurtrier de la république ? Quel Brutus,
quel Caïus est sorti de votre sein, armé d'un fer ven-
geur, pour délivrer le monde de ce César naissant ?
Aucun !
Vous avez craint, avouez-le ; vous avez eu peur ;
vous l'avez laissé réussir dans ses projets inouïs
d'ambition, qu'il ne pouvait satisfaire qu'en répan-
dant le sang pur des républicains, des volontaires de
1789; sang, qui n'aurait dû couler que pour le
triomphe des grandes idées de liberté.
Enfin, quand le despote est tombé sous les coups
de l'Europe coalisée, êtes-vous intervenus, avez vous
su rappeler au peuple ces merveilles de 1792?
Non! toujours vous vous êtes tù, fils des éloquents
et braves Girondins ! vous les fils des austères et
farouches Jacobins !
Pourtant, trois jours durant, vous avez donné
quelques traces de votre ancienne force ; puis.. vous
vous êtes rendormis !
— 29 —
Et quand a paru le Néron moderne, qu'avez-vous
fait ? quel Harmondius s'est proposé pour en purger
le monde? vous vous taisiez encore.
Et alors, vingt ans durant vous avez été lâches,
vingt ans durant il a pesé sur vous ; vingt ans durant
vous vous êtes laissé avilir, battre comme des esclaves
grecs, vous, les fils de ces hommes gigantesques qui
proclamèrent le droit de l'homme.
Et, maintenant, vos os se rongent.
Enfin ! honte éternelle, l'invasion ! l'invasion de
1870 ! l'avez-vous combattue ? Ah ! si vous l'aviez
combattue comme vos pères en 1792... vous l'auriez
terrassée, repoussée, mais vous pensiez aux choses
vaines lorsque vos pieds étaient dans la boue des
champs de bataille et qu'il vous fallait apprendre à
vaincre ou à mourir.
Quel Danton prêchant l'audace, quel Carnot orga-
nisant la victoire, quel Saint-Just enthousiasmant
les armées, quel Hoche gagnant des batailles, quelles
armées invincibles avez-vous donc opposées à l'in-
vasion prussienne?
Rien, si ce n'est un génie à la parole de feu, dont
la conviction sublime fut noyée dans la désespérance
générale ; rien n'est sorti de vous que des tribuns
hurlant mais ne tonnant pas ; et malgré vos bruyantes
clameurs et les plus grands souvenirs évoqués, la
France fut vaincue, écrasée par l'invasion.
2*
— 30 —
Vous voyez bien, que vous n'êtes que des nains, et
n'étiez pas de taille à sauver la Patrie !
Et vous, royalistes, descendants des preux de la
croisade qui arrosèrent de leur sang la terre de la
Palestine, descendants de cette héroïque noblesse du
moyen-âge qui, tant de fois, vainquit les Anglais qui
foulaient notre sol ; petits-fils des vainqueurs de
Fontenoy, avez-vous continué les brillantes traditions
de vos pères ?
Avez-vous su conserver intact cet honneur hautain,
ce courage superbe qui caractérisait votre vieille
chevalerie ?
Vous, les premiers, vous vous êtes corrompus;
vous, les premiers, vous avez corrompu la France.
Vous n'avez plus conservé des grandes vertus de
vos pères qu'un pâle reflet d'orgueil prêt à disparaître
sous le faux éclat d'une vanité misérable ; vous avez
remplacé leur foi naïve et poétique, par le culte
du jésuitisme et tout l'esprit politique qui en est la
conséquence ; leur grand courage par d'exquises fan-
faronades ; et lorsque la révolution est venue secouer
la vieille France, vous avez disparu dans la tempête,
laissant seulement pour la braver une poignée de
héros ; assez peut-être pour sauver votre honneur,
trop peu pour sauver le trône de votre roi ! et tandis
— 31 —
qu'ils mouraient, eux ! les murs de Coblentz vous
prêtaient leurs ombres.... C'est là, qu'aiguisant vos
haines vous lanciez contre la France envahie par
l'Europe coalisée, non la flamme de votre patrio-
tisme , mais tout le fiel de vos rancunes et de vos
déceptions?
C'est là que, méprisant le grand avertissement que
vous donnait la révolution, vous dédaigniez de faire
alliance avec elle, moins parce qu'elle remettait en
question votre foi, votre conviction, que parce qu'elle
atteignait, sur un sommet que jusqu'alors vous aviez
cru inaccessible, votre immense orgueil, et tous les
nombreux privilèges qu'il avait enfantés?
A ce moment il vous a plu, dissimulant votre colère
mesquine sous le voile de la religion, de ne point
vouloir compter avec la marche de l'humanité, de
nier ses progrès, et de déclarer à la face du monde
féodal—qui ne pouvait qu'applaudir, — qu'en dehors
de vos principes et de l'essence divine qui les cou-
ronnait, rien n'était possible, rien n'était à faire.
Forts de vos dix-huit siècles de ténèbres et d'igno-
rance profonde, vous osiez impudemment jeter un
tel défi.... à une révolution toute étincelante des
lumières de l'Encyclopédie !
Vous osiez, vous, que ces pures lumières péné-
traient , vous osiez en nier la chaleur bienfaisante —
32 -
pensant que la multitude se décomposerait sous l'ac-
tion de ses rayons !
Comme vous étiez vains et petits de penser que
votre être était fait d'une essence particulière à celle
du peuple?
Aussi, comme vous étiez coupables.
Comme vous étiez coupables lorsque les secrets
élans de votre coeur vous poussaient à suivre la
révolution, à sauver sa grande idée, sa justice, de
l'étreinte sanglante, que seule lui faisait votre triste
hostilité ; comme vous étiez coupables de ne point lui
tendre résolument la main, et de n'écouter que les
conseils de votre orgueil blessé et de votre égoïsme
alarmé !
Pourtant, plus tard, comme cette révolution tant
dédaignée revenait implacablement sur votre chemin,
vous prîtes le parti de bien l'embrasser chaque
fois qu'elle se présenterait devant vous, afin de pou-
voir mieux l'étouffer au moment opportun.
Depuis longtemps, toute la force de votre poli-
tique repose sur de tels moyens; Machiavel vous ins-
pire plus que votre patriotisme le triomphe de votre
parti, tout est là... la France vient après.
Il vous a plu de croire que la société ne pouvait
marcher, construire, que sur le terrain préparé par
votre philosophie ; d'imaginer qu'une misère incons-
33 -
ciente est moins un danger pour votre existence,
qu'une misère instruite pouvant mesurer l'étendue de
ses souffrances.
Il vous a paru nécessaire d'enseigner l'ignorance,
de bâillonner l'intelligence dans une certaine limite,
tout cela, dites-vous, dans votre doctrine!
pour contenir les passions humaines et sauver la
société, en mettant hors de son jugement, de son
contrôle, les misères qui l'accablent et qu'elle ne
saurait éviter.
Il vous a plu de croire pour votre tranquillité en
ce monde, que vous aviez raison, toujours raison ,
et jamais votre esprit aiguillonné par votre coeur n'a
voulu une bonne fois se pencher sur les épouvantables
souffrances qui torturent l'humanité; tout d'une pièce
vous avez jugé plus simple de les trouver incurables,
et qu'il était bien inutile d'y porter une main cha-
ritable qui, loin de les soulager, ne pouvait que les
exciter.
Aussi, réfugiés sur ces hauteurs de sombre philo-
sophie — il vous a été permis de vous donner le mé-
rite et l'honneur d'une conscience, — et de rester
impassibles en voyant le peuple à vos pieds, pleurer
des malheurs qui l'accablent.
Enfin, il vous a plu, vous, pauvres mortels, de
vouloir empêcher que l'océan des foules ne montât
34 -
jamais jusqu'à vous, il vous a plu de lui assigner des
limites lorsque le plus simple des devoirs vous ordon-
nait de lui élargir son lit ; aussi pour vouloir tout
contenir, violenter la nature même , peut-être heurté
les desseins de Dieu, vous avez eu à subir dans des
journées néfastes les tempêtes les plus épouvantables
que la colère populaire puisse déchaîner!
Au lendemain de ces terribles orages qui avaient
ébranlé votre demeure, meurtri votre personne,
vous avez, ne pouvant d'un seul coup repousser cette
mer encore toute mugissante, jeté dans ce sombre
océan — un poison qui doit l'altérer — sinon le
dissoudre.... Ce poison— s'appelle l'idée sociale;
poison trouvé par vous pour tuer 1789.
Ne pouvant vaincre votre ennemi, vous voulez
qu'il se détruise lui-même, et cet ennemi c'est un
monde ; direz-vous encore que c'est par amour de
l'humanité que vous agissez ainsi.
Vous, les premiers, vous dis-je, avez corrompu la
France !
Comment, vous la noblesse de Clovis, de Char-
lemagne, de saint Louis, de Louis XI, d'Henri IV,
de François Ier et de Louis XIV! Comment vous
êtes-vous inspirés de vos dix-huit siècles d'imposantes
traditions et de toutes ces figures éblouissantes de
foi et de patriotisme ?
— 35 —
Qu'avez-vous su faire, qu'avez-vous su dire, lorsque
l'invasion prussienne de 1870.... est venue ravager
votre beau pays de France ?
Quel Bayard, quel Duguesclin, quel Catinat avez-
vous donc donné à la Patrie ?
Avez-vous dans ces journées à jamais funestes pour
la gloire de notre pays , avez-vous retrouvé cette
ardeur chevaleresque qui sauva la France monar-
chique sur tant de champs de bataille?
Non, non ! c'est qu'en sauvant la France vous sau-
viez la république — noblesse héroïque — votre pa-
triotisme n'allait pas jusque-là.... Vous voyez donc
bien que, vous aussi, vous étiez devenus malingres,
petits et vulgaires, et n'étiez plus de taille à sauver
la Patrie.
CHAPITRE IV
DÉCADENCE DE LA BOURGEOISIE
La glorieuse bourgeoisie qui brisa le
moyen-âge et fit notre première révolu-
tion au XIVe siècle , eût ce caractère par-
ticulier d'être une initiation rapide du
peuple à la noblesse.
Elle fut moins encore une classe qu'un
passage, un degré. Puis ayant fait son
oeuvre, une noblesse nouvelle et une
royauté nouvelle, elle perdit sa mobilité,
se stéréotypa, et resta une classe trop
souvent ridicule. (MICHELET.)
Si depuis longtemps la bourgeoisie ne répétait pas
sur tous les tons que la république est bien, à son avis,
une forme excellente de gouvernement.... Mais....
que pour la fonder une chose manquera probablement
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