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A l'Ombre des barreaux... Deuxième édition

De
280 pages
1845. In-8°.
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A L'OMBRE DES BARREAUX.
Sceaux.—Imprimerie de E. Dépée.
A L'OMBRE
DES FLEURS PARMI LIS RONCES,
EPISODK DE 1SS5 A 1844,
SUIVI DE
LA VOIX DE L'OPPRIMÉ,
WOâSUBSs,
PAR l.-E. fiOILLOM, DES TREMBIAYES,
J^édéJaikUres adressées à l'Auteur par MM. Victor Hugo et Déranger.
deuxième, ©'oitiott.
PARIS
L. DÉPÉE, ÉDITEUR,
43, RLE BOl'nBO!V-VII.LE9JEUVE.
•1855
HOMMAGE DO FAIBLE AU TORT.
A YIOTOB, HTTG-O.
AjVmbre des barreaux, moi, pauvre oiseau brisé,
Chanlre de sa douleur, là , je suis caressé
Par ces divins accents échappés de ta lyre ;
J'aime à m'ensevelir dans le triste délire,
A pleurer sur l'amour du tendre Olympio !
Grand poète, grand peintre! où tremper mon pinceau
Pour peindre ma douleur riche dans sa misère?
Prisonnier, n'ayant plus de trésors sur la terre
Et ne voyant qu'au loin planer la liberté!..
Toi, si bon, prête-moi tes ombres, ta clarté ;
Fais-moi passer mes jours dans une sainte vie;
Fais-moi vivre à la table où tu sers l'ambroisie;
2
Un seul de tes rayons enflammerait mon coeur
Engourdi sous la dent terrible du malheur!
Car le commun du monde est bien inexorable.
Mais, te lisant, j'ai vu Ion coeur si charitable,
Que je me suis bercé du plus flatteur espoir
Qu'en un jour fortuné, fier, je pourrais te voir
Déployant sur mon sort tes ailes et ton âme
Beaucoup plus douce encor que la plus douce femme!
Ne me crois pas, Hugo, fon mol adorateur :
Ta poésie, ami,-c'est le pain de mon coeur!..
Comme ta Marion qui vint se fondre une âme
Au foyer du Didier à la pudique flamme !
Si, par ta eharité, tu m'offrais de tes fleurs,
Je serais ennobli d'en essuyer mes pleurs!...
0 Hugo! laisse-moi moduler ton langage,
Et puis t'en dédier le virginal ouvrage.
Puissé-je à ton génie emprunter des éclairs,
Et sous les ailes d'or m'élever dans les airs !
AD MÊME,
Le coeur tout plein de fiel ! je voyais des éclairs
Et des rayons d'amour scintillant dans les airs
Quoi ! de ses chants si doux la séduisante ivresse
Ne viendrait pas vers moi ramener l'allégresse?
Hélas! il do:t me plaindre : il chanta la douleur.
Il doit m'être propice : il effeuilla son coeur.
Oh ! de son âme aimante il répand des pensées
Chez tant de malheureux, à tant d'âmes froissées,
Qu'il viendra m'apporter sa consolation...
Je l'entendrai, cet ange. — Ah ! dans l'affliction,
■4
Depuis bientôt huit jours, j'attends, pauvre poète,
En répandant des pleurs sur ma lyre muette,
A travers mes barreaux, en regardant au ciel,
Si l'ange en descendra pour éponger mon fiel.
A M. L.-EUGÈ! GUILLON, DES IREMBLAYES.
« Vos beaux vers, Monsieur, m'ont profondé-
« ment touché. Vous chantez sous les verroux
« comme l'oiseau, captif dans sa prison : on vous a
« ôlé la liberté ; mais vous avez la poésie. Or qu'est-
« ce que la poésie? Faîle de la pensée, de l'âme et
« du coeur. On vou& enchaîne, vous vous envolez,
« cela n'est-il pa& vrai, Monsieur; et ne savez-vous
« pas que la poésie est une liberté?
« Je vous félicite, dans quelque situationque le sort
« vous eût momentanément placé, de vivre ainsi par
« tout ce quiest noble et grand dans l'esprit. Je vous
« félicite et je vous remercie. Je suis peu de chose,
«t mais ma sympathie est à vous. S'il vous suffisait
6
« de mériter le succès pour l'obtenir, si le talent
« était toujours certain d'arriver à là prospérité
« littéraire, je vous dirais : Allez, ne craignez rien,
« l'avenir sera pour vous. Mais, par malheur, il
« n'en est pas toujours ainsi : n'a pas toujours le
-( succès qui mérite le succès ; la gloire, la renorp_
i mée, la popularité, sont femmes et par consé-
* quent capricieuses : on ne peut donc compter sur
«■ elles.
a Agréez, je vous prie, Monsieur, l'assurance de
« mes sentiments très distingués,
« VICTOR HUGO.
« 5 mai 184... »
A VICTOR HUGO,
Non, comme sur la terre au ciel règne un grand roi
Pardonnant à nos coeurs,
Je l'invoquai... Puis, lui te dépêchant vers moi,
Tu me jetas des fleurs !
Par son souffle divin dont s'anima ton âme,
Je me sens soulagé.
Blessé par sa colère, il t'a dit : De ta flamme
Donne à cet affligé.
Dieu t'envoya vers moi, connaissant bien ton zèle
A guérir les malheurs...
Mais, bon ange, as-tu donc, me louchant de ton aîle,
Effacé tous mes pleurs?
8
Bien froids sont mes verroux. Ah! sur ma tour obscure
Chante encore une fois !
Mieux qu'un soleil d'été tu charmes ma nature,
Beau chantre, par ta voix.
A travers mes barreaux le feu de ton haleine
M'a réchauffé le sein...
Hugo ! Dieu le saura si tu me veux en peine
Me fermant ton chemin.
11 fait nuit: mon soleil, je irattends à l'aurore,
Dans la dévotion.
J'ai prié le grand roi; viens, viens verser encore
Dans mon coeur un rayon !
Fais-moi vivre toujours de fleurs, de poésie !
Ce doux gâteau de miel,
Doux comme un sacrement, comme l'Eucharistie
Me fait rêver le ciel !..
A M. L.-EUGÈI GUILLON, DES IREMBLAYES*
« Je suis à la veille, Monsieur, de partir pour la
« campagne pour rétablir ma santé ; à mon retour
« je ferai mille efforts pour satisfaire au voeu que
« vous voulez bien m'exprimer.
« Croyez que je suis bien sensible à vos beaux vers
« et à vos bonnes paroles.
« Agréez, Monsieur, mes plus sincères compil-
er ments et la meilleure assurance de mon souvenir
« très distingué,
« VICTOR HUGO.
« 2 juillet 184 .. »
A VICTOR HUGO.
L'âme heureuse, aujourd'hui, j'embrassai mesenfans
Et leur mère... Ah ! Hugo, mes regards triomphans
Portés sur eux ont cru lire sur leurs visages
Un riant avenir. De nos jours pleins d'orages
Tu nous fais oublier les injustes malheurs...
Grand Poète ! ton nom est gravé dans nos coeurs;
Tu nous rends l'espérance.—Oh! sois béni d'un père
Pâli sous les verroux! —Sois béni d'une mère I —
Sois béni d'un troupeau de petits serviteurs!..
D'ici n'entends-lu pas les élans de leurs coeurs?
Celte pieuse joie au ciel est favorable ;
Qui la fait exhaler au ciel est agréable ;
Que le merci de Dieu te rende la santé,
Et te garde ta gloire en sa vive clarté !
42
Mes bons petits enfants joignent à leur prière
Ton nom, celui des tiens, de ton épouse chère...
Les voeux des innocents plaisent à l'Éternel !
Ah! vous serez toujours les préférés du ciel.
AU MÊMt
Pendant une douce harmonie,
Qu'une belle âme est recueillie !
Qu'une femme sent de bonheur
Dans l'épanchement de son coeur !
Qu'une vierge est heureuse et fi ère
Après sa fervente prière!..
Et que l'homme sage est joyeux
Abandonnant son âme aux dieux !
Ah ! tous ces bonheurs de la vie
Sont miens, depuis que ton génie
Vint luire dans mon noir cacliol,
Vers moi, si petit; loi, si beau ! !
A4
Brisant mes fers d'un saint délire :
Je m'élève aux sons de la lyre ,
De ses accents mélodieux ,
Sous Ion aile au séjour des dieux !
J'y vois ton âme aux doux mélanges
De toutes les vertus des anges,
Me posant ses yeux sur mes yeux,
Me montrant l'enfer et les cieux!
Ne crains pas : je suivrai la route ;
Mon âme sent ton âme et goûte
Aux fruits de tes sublimes voix...
Vivre libre! voilà mon choix. —
L or corrompt tout. La poésie
Est une fleur fraîche et jolie,
Que le regard du malheureux
îleneontre dans les chemins creux.
Dans les palais... las ! elle expire !
Tels seraient les sons de ma lyre. —
Libres, je puis les faire aimer ;
Vendus... ils ne sauraient diarmer.
HOMMAGE DU FAIBLE AU FORT.
Je vois des hirondelles
Effleurer mes barreaux ;
Mais ce ne sont pas celles
Qui calmeront mes maux.
Sous leurs brûlantes ailes,
Ah ! veux-lu, dans ma lour,
Dire à tes hirondelles
D'y porter ton amour?
Son âme est engourdie
Au pauvre prisonnier!
A rappeler sa vie
Serais-tu le dernier ?
46
Prête-moi ta magie, .
Mon divin Béranger!
En fraîche poésie
Mes pleurs vont se changer.
Car, je veux qu'on m'admire
A travers mes cloisons,
Me servant de ta lyre,
Si j'en tirais tes sons.
Comme toi, dans ma cage,
Libre par mes écrits,
Je défîrais l'orage
Et les lâches esprits*
D'un chemin qu'on redoute!.
De ce chemin peu sûr...
Oh! montre-moi la route
De ton beau ciel d'azur
Répands sur moi ton ombre,
Verse en moi ton penser,
Dans ma cellule sombre,
Viens, viens me caresser.
Un rayon de la flamme,
Sur mon triste horizon,
Embraserait mon âme
Dans ma froide prison.
Sous les gonds de la Dette
Je gémirais sans voix,
Si Ion coeur, bon poète,
Etait sourd celle fois.
Je vois des hirondelles
Effleurer mesbarreaux :
Mais ce ne sonl pas celles
Qui calmeraient mes maux.
Sous leurs brûlantes ailes,
Dis ? Veux-tu , dans ma tour,
Dire à tes hirondelles
D'y porter Ion amour?
A M, L.-EUGÈI GBILLON, M TRESBLAYIS.
« Recevez, Monsieur, mes remerciemens pour
« les très jolis vers que vous m'avez fait transmettre
« par madame votre soeur; je vous souhaite d'en
« faire beaucoup de semblables, mais loin des murs
« qui vous ont inspiré ceux-ci. La rime est une
a heureuse distraction sous les verroux ; je l'ai bien
« éprouvé; je comprends donc, Monsieur, que le
« goût vous en soit venu où vous êtes. Toutefois, je
« ne puis trop vous engager à vous défier de ses sé-
« ductions : ce serait une triste ressource pour res-
« saisir dans le monde la place qui semble vous y
« êlre due.
« Croyez-moi donc, Monsieur, après vous êlre
20
« fait des vers une consolation , n'allez point jus-
« qu'à pousser le goût pour cet art au point de vous
« en faire un chagrin et une fatigue au temps de
« votre délivrance. Ah! Monsieur, il y aura sans
« doute bien mieux à faire pour vous alors, et je me
« réjouirai d'apprendre que des travaux fructueux
« sont venus dédommager voire jeunesse des an-
« nées passées sous les verroux.
« Recevez, Monsieur, l'assurance de la sincérité
« des voeux que je fais pour votre bonheur.
« Votre dévoué serviteur,
« BÉKANGEU. »
« Passy, " juin -184 .. »
A BÉRANGEL
O Béranger ! je suis extrêmement sensible aux
voeux que vous faites pour mon bonheur; je vous
en remercie du fond de mon âme. Vous êtes aussi
vraiment trop bon d'avoir autant d'indulgence pour
mes pauvres vers et de les trouver jolis ; cela me
fait bien plaisir ; car j'accepte la vie littéraire avec
tous ses déboireë"; non, jamais je ne pourrai vivre
sans mes douces rêveries, sans ma poésie, cette sen -
sible maîtresse qui ne m'abandonna pas dans ma
sombre prison; qui me fit toujours trouver délec-
table mon eau presque claire et mon pain quelque-
fois un peu sec; ah ! je lui dois plus que la vie, de-
puis si longtemps captif : elle essuie mes pleurs r
22
elle relient mon âme à mon corps, elle me sourit
toujours, la sensible enfant... Ah ! je serais bien in-
grat en recouvrant ma liberté de renverser l'autel
que je lui élève ici chaque jour Reste, reste,
ma poésie, toujours dans mon coeur. Hélas! ce sera
peut-être elle qui voudra me quitter, s'envoler loin
de moi, quand un jour arrivé elle craindrait de me
voir ingrat, ayant la liberté.
Divin poète, recevez l'assurance de ma profonde
reconnaissance pour les touchantes paroles que vous
m'avez fait la grâce de m'adresser.
Votre servi leur très humble.
10 juin 184. .
A MES LECTEURS,
D'un pauvre captif je vais dire
Les mauvais jours, les jours heureux ;
Sans vergogne on peut les écrire :
Vous plaire est le pas dangereux. —
— 0 mes lecteurs! Dans nia retraite,
Effeuillant bien des souvenirs,
Ma muse, jusque-là muette ,
Chanta pour charmer mes loisirs.
Et sans art et sans assurance
Elle modula ces essais ;
Avant et pendant la souffrance,
Tour à tour inc prêtant des traits.
24
Je pris l'aspect de la nature !
Mon crayon l'a-t-il défloré?
Verroux, barreaux, cellule obscure,
Hélas ! longtemps l'ont inspiré.
J'ai chanté d'amour tes mensonges,
Ses vrais pleurs, ses rires moins beaux;
J'ai soupiré sur de vains songes ;
Et j'ai gémi sur (les tombeaux ! !...
Maintenant devant vous je tremble :
Vous n'aimez qu'un auteur charmant;
De mes vers je crains que l'ensemble
Soit à vos yeux sans agrément.
Usez pour moi de complaisance :
Je ne suis pas mélodieux ;
Mais libre!.., mes lecteurs, je pense
L'âme heureuse... vous plaire mieux.
Comme un champ vierge où croit la ronce,
Mais où peuvent luire des fleurs,
A votre indulgence j'annonce
Ce livre de joie et de pleurs!..
25
Puissiez vous y voir la nature:
De doux pensers, d'amers chagrins !
Les épines et la verdure,
Attraits des arides chemins.
En parcourant ces ronceraies,
Puissiez-vous trouver de ces fleurs
Comme aux beaux vallons des Tremblayes
J'en cueillais aux vives couleurs.
A L'OMBRE DES BARREAUX,
Bis Mems parmi les JiotufS.
ÉPISODE.
PUEM1ÈUE ÉPOQUE DE 1855 A 4840.
ci Pour juger un destin il en faudrait connaître
« Le fond mystérieux ;
« Ce qui gil dans la fange aura bientôt pout-etic
o Des ailes dans les cieux.
« VICTOR HCGO. »
SOUVENIRS DE CAMILLE,
i
A SA MERE.
Parle pour moi, ma bonne mère;
En toi seule mon coeur espère. —
Elle est belle!., si tu savais
Le bien que fait son doux langage!
Ma tendre mère, ah! je le gage,
Toul comme moi tu deviendrais
Amoureuse de tant d'attraits*..—
50
Mais ce qui consume mon âme ,
Ce qui me torlure le coeur,
C'est qu'en secret brûle ma flamme!
Ah! parle-lui de ma douleur...
En toi seule mon coeur espère :
Parle pour moi, ma bonne mère.
II
CE QU'IL A ÉCRIT SUR L'ALBUM DE CAMILLE,
Lyon , 2 septembre 183».
De mon amour laissez, sans me connaître,
Vous peindre le mal dévorant
Qui nuit et jour brûle mon être.
Hélas! prenez pitié, pour vous, d'un coeur souffrant!
Camille ! eh ! si plus lard des temps de fêtes
Me font connaître à vous un jour;
— Bonne comme belle, oh ! vous l'êtes?
Laissez-moi vous parler alors de mon amour!..
m
A CAMILLE,
Paiis, jeudi iS~.a.
Bon ange, dont la voix, les regards sont si doux;
Toi, dont le frôlement fait trembler mes genoux!
Oh ! promène sur moi tes beaux yeux pleins de flam me !
En les voyant, au ciel, je sens monter "mon âme !
Je crois, à les accens, à les sons gracieux,
Entendre des élus les chants mélodieux !
— Si tu m'aimes, oh ! dis, dis-le-moi, je t'en prie;
Ou laisse-le-moi lire en ton âme attendrie;
Bon ange; on peut mourir d'un amour méprisé?
Prends pitié de moi : si mon coeur s'est abusé ;
54
Sois bonne autant que belle; oh! calme ma souffrance!
Si tu ne m'aimes pas, laisse-moi l'espérance :
Depuis que je te vis, ô jour trop fortuné,
A toi mon pauvre coeur s'est tout abandonné!
Le malin ou le soir, dans ma raison perdue
Ton image en tous lieux, hélas! poursuit ma vue.
Bon ange, dont la voix, les regards sont si doux;
Toi, dont le frôlement fait trembler mes genoux !
Oh! promène sur moi tes beaux yeux pleins de flamme !
En les voyant, au ciel, je sens monter mon âme !
Je crois, à tes accents, à les sons gracieux,
Entendre des élus les chants mélodieux!
IV
A CAMILLE,
Parlez-moi d'une amie
Belle, et dont le bonheur
Est de passer sa vie
Loin d'un monde flatteur ;
Dans l'ombre solitaire
Pleine d'un sentiment,
Qui n'a qu'un dieu sur terre,
Qu'un culte, son amant.
L'AVEUGLE JALOUX.'
Pauvre aveugle, tout me délaisse; —
Mon coeur est brûlant de désirs.
Pour eux l'amour et la richesse,
Pour moi, des chagrins, des soupirs !!.
Pour eux le printemps qu'on adore,
De l'été les rayons de feu,
L'automne et sa tardive aurore,
Et l'hiver le sommeil de Dieu ;
Il fut aveugle pendant une année.
58
Le soleil d'or et la nuit claire,
L'étoile après le plus beau jour,
Tout ce qui vient à la lumière
Inspirer, célébrer l'amour !
La belle lune qui nous veille,
La croix où l'on implore Dieu !
De l'orage affreux de la veille
La toilette faite au ciel bleu ;
Des hauts monts la cime nacrée
Quand tout est riant un soir pur;
L'herbe par le daim déflorée,
Des forêts le long voile obscur.
Pour eux des bois l'abri sauvage
Où Camille aime à soupirer !
Et le clair miroir du rivage
Où le vieux saule aime à pleurer !
59
Les pâquerettes des prairies,
Les tapis brodés des guérets,
Les fleurs si vives, si jolies,
Éclipsant les fleurs des palais ;
Les papillons, les belles choses
Que le hasard pousse en mes mains,
Les fruits vermeils, les tendres roses,
Trésors des rustiques chemins.
Pour eux le regard de ma mère,
La parure d'Ida, ma soeur,
Le sourire de mon vieux père,
L'aigle qu'il montre avec honneur !
La fraîche beauté de Camille,
Ses yeux d'azur, ses blanches dents,
Sa douceur d'une jeune fille,
Sa grâce, car elle a vingt ans.
40
Pour moi, l'angoisse, la misère,
D'elle les aveux de son coeur;
Pour moi sa confiance amère !..
Car pour lui!., l'amour, le bonheur!
Pauvre aveugle, tout me délaisse,
Mon coeur est brûlant de désirs.
Pour eux l'amour et la richesse ;
Pour moi des chagrins, des soupirs.
VI
A CAMILLE.
UN AN PLCS TARD.
Tout m'est ravi ; plus d'espérance !
Le repos a fui loin de moi :
C'est Camille qui m'influence,
De l'amour je subis la loi !
— Prends pitié de mon sort funeste !
Ménage pour moi ta rigueur :
Tu triomphes : l'espoir me reste;
Puisse un jour me voir ton vainqueur !
42
0 toi, si belle ! ô toi, si fière
De nous enchaîner à la cour!
Hélas ! soulage ma misère :
Vives sont les douleurs d'amour!
Épargne les effets magiques
Que me produit ton oeil charmant:
Son regard, ses feux électriques
De mon coeur font l'accablement!
Je t'en prie, ah ! ta collerette
Me livre de cruels combats ;
Cacheta taille, sois discrète;
Dérobe à mes yeux tes appas.
Mais, qu'entends-je? ta voix si tendre
Glisse dans mon coeur un poison !
Hé quoi ! ne saurais-je l'entendre
Que pour voir s'enfuir ma raison?
45
Ah ! c'est vainement que j'espère
Un beau jour de te posséder,
Tu ris, hélas ! de ma misère ;
Tu n'aimes pas, je dois céder.
De grâce! en pitié prends ma vie!.
Puisque je ne puis t'enflammer,
Console-moi, sois mon amie :
Mon coeur a besoin de t'aimer!
Tout m'est ravi : plus d'espérance !
Le repos a fui loin de moi :
C'est Camille qui m'influence,
De l'amour je subis la loi !..
VII
A CAMILLE.
Je t'aime à la folie!..
Mais crois à mon amour...
Que je perde la vie
Si je changeais un jour.
Je t'aime! tant je t'aime,
Je n'en puis soupirer!..
Si tu m'aimais de même,
J'en devrais expirer!
Ah ! si lu savais lire
Dans mon coeur amoureux
L'excès de mon délire,
Que je serais heureux !..
4G
Je t'aime à la folie!..
Mais crois à mon amour.
Que je perde la vie
Si je changeais un jour,
VIII
A CAMILLE,
SOUS UN MARRONNIKR EH FLEURS.
Embaumer l'air, saluer la nature !
Viens, blanche fleur, fleur du beau marronnier,
Puis, t'effeuillant, beau bouquet printannier,
Viens diaprer la riante verdure.
Bel arbre, arbre branchu, que c'est beau ta forêt!
Mes yeux ne s'ouvrent plus loin de loi sans regret.
A tes pieds seulement, marronnier que j'admire!
J'aime à me reposer en accordant ma lyre,
Depuis l'instant de joie où mon coeur amoureux
Sentit ta blanche fleur neigeant sur mes cheveux !
48
Embaumer l'air, saluer la nalure!
Viens, blanche fleur, fleur du beau marronnier,
Puis, l'effeuillant, beau bouquet prinlannier,
Viens diaprer la riante verdure.
Ton front lance noueux ses longs rameaux clans l'air,
A feuille ciselée et peinte en si beau vert,
Tout parés de leurs fleurs, qui, jouant dans la nue,
Forment mille bouquets s'unissant à la vue...
— Moi, sous ton frais feuillage, à son ombrage assis
Je dors... et puis mon âme erre en ce paradis ! —
Embaumer l'air, saluer la nature!
Viens, blanche fleur, fleur du beau marronnier,
Puis, t'effeuillant, beau bouquet printannier,
Viens diaprer la riante verdure.
Des tendres tourtereaux, quand le couple amoureux
Roucoule ses ébats dans les rameaux heureux,
Au lever d'un jour pur, tendre amant de Camille,
Sous ton bois chevelu, dans la verte charmille,
Par un brûlant soleil, durant le jour entier,
Je l'attends, et bénis ton dôme hospitalier.
49
Embaumer l'air, saluer la nature!
Viens, blanche fleur, fleur du beau marronnier,
Puis, l'effeuillant, beau bouquet printannier,
Viens diaprer la riante verdure.
Couché sur ce tapis brodé par le printemps,
Là, je songe à l'amour, à ses fortunés ans...
Dans cette attente, hélas! sans toi, dans la souffrance,
De voir venir Camille il faut perdre espérance! —
Car, pour les essuyer si je versais des pleurs,
Sur moi lu répandrais des parfums et des fleurs?
Embaumer l'air, saluer la nalure!
Viens, blanche fleur, fleur du beau marronnier/
Puis, l'effeuillant, beau bouquet printannier,
Viens diaprer la riante verdure.
IX
A CAMILLE.
Lorsque, sur les bords de la rive
Ou dans le noir feuillu des bois,
Soudain tristement je m'esquive
Demander aux échos ta voix ;
Le soir, à travers cet ombrage,
Quand une douce clarté luit,
Il me semble voir ton image
Dans un bleu lointain qui me fuit.
52
D'un pas preste, heureux je m'élance
Vers cette magie, est-ce toi?
Non, cependant ma diligence
Semble, aussi, t'éloigner de moi...
N'es-tu que le soleil?... Encore
Faudra-t-il, pour me réjouir,
Ne recevoir avec l'aurore
Qu'un baiser qu'on ne peut saisir?
Je t'en prie, ah! sois moins cruelle;
Rends le bonheur à Ion amant;
Reviens auprès de moi, ma belle,
Reviens avec ton coeur aimant!
Sois comme la fleur qui se lève
Au pied de ce tendre arbrisseau : -
Laisse-moi croire à ce doux rêve...
Que je sois ton amour plus beau !
55
Comme est cette fleur pour éclore,
Attendant venir le matin,
Vers moi, Camille, ah ! viens encore
Mourir d'amour sous mon larcin!..
Triste la nuit, sous la feuillée,
Ainsi ma plainte s'exhalait;
Mais dans les bois, dans la vallée,
Ma voix en vain se lamentait!
Au point du jour, faible murmure,
Echo d'un pauvre coeur souffrant,
Me répondit : Bonheur qui dure
Ne fut jamais bonheur d'amant!
X
A CAMILLE.
SUR UN BRACELET DE SES CHEVEUX.
De ta foi, sur mon sein, je porte le doux gage.—■
Ainsi, bien loin de toi s'adoucit la douleur,
Se calme le martyre, un affreux esclavage,
Qu'abandonné, cher ange, endure un pauvre coeur!
Alors je crois presser ta taille si jolie,
Et je vois tout l'amour qui brille en tes beaux yeux,
Et je bois à la coupe où tu sers l'ambroisie,
Dans tes bras je savoure un bien délicieux!..
56
Amour, ardent amour, oui! tu trompes ma flamme!
Exquise illusion, tu me rends mon bonheur! —
Les baisers de Camille électrisaient mon âme...
Gage d'un tendre amour, tu consoles mon coeur...
Ma Camille, ma vie! Hélas ! par l'inconstance
Ne va pas dans mon coeur infiltrer un poison.
Toi, dont le pur amour est ma seule existence,
Par ta volupté seule égare ma raison.
Trop fortunés moments où se mêlaient nos âmes!
Où l'éloquent silence exprimait le bonheur : —
Doux gage, ah Ldu plaisir tu rallumes ces flammes,
Tu fais battre d'amour et mon pouls et mon coeur!..
—De ta foi, sur mon sein, je porte le doux gage.
Ainsi bien loin de toi s'adoucit la douleur,
Se calme le martyre, un affreux esclavage,
Qu'abandonné, cher ange, endure uri pauvre coeur.

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