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A la mémoire de Léon Franchetti / [discours prononcés à l'inauguration du monument élevé à sa mémoire, à Brie-sur-Marne, le 2 décembre 1871, par MM. le commandant Bon Faverot de Kerbrech et G. Benoît-Champy. Discours prononcés au service religieux célébré en mémoire du commandant Franchetti, au Temple israélite, le 6 décembre 1871, par MM. Zadoc Kahn et L. Isidor]

De
29 pages
impr. de J. Claye (Paris). 1872. Franchetti, Léon. 31 p. ; in-8°.
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A LA MÉMOIRE
DE
LÉON FRANCHETTI
A" LA MEMOIRE
/DE
LÉON FRANCHETTI
PARIS
DE L'IMPRIMERIE DE J. CLAYE
M DCCC LXXII
PAROLES
PRONONCÉES
A L'INAUGURATION DU MONUMENT
ÉLEVÉ A LA. MÉMOIRE
DU COMMANDANT FRÀNCHETTI
â BRIE-SUR-MARNE, LE 2 DÉCEMBRE 1871
ALLOCUTION
de II. le commandant
BARON FAVEROT DE KERRRECH
MESSIEURS,
En qualité d'ancien officier d'ordonnance du général
Ducrot, ayant eu pendant le siège de Paris l'honneur de
commander l'escadron Franchetti, je vous demande la
permission de rappeler ici en peu de mots la vie mili-
taire de celui à la mémoire duquel une pensée pieuse
consacre ce modeste monument.
Engagé volontaire en 1855 au 1er chasseurs d'Afrique,
Léon-Joseph Franchetti était sous-officier à ce régiment
au commencement de la guerre d'Italie.
Porte-fanion du maréchal Baraguey-d'Hilliers, il fut
blessé d'un coup de feu au bras gauche au combat de
Marignan, cité à l'ordre du jour pour sa belle conduite,
et nommé sous-lieutenant le 8 juillet 1859.
Plus tard, il prenait part à l'expédition de Syrie, et le
- 4 -
11 mars 1864, il donnait sa démission après être resté
constamment en campagne depuis son entrée au
service.
— Une vie nouvelle s'ouvre alors devant lui : il se
marie, il devient père, et goûte paisiblement, auprès
d'une femme adorée et d'une enfant charmante", toutes
les joies des heureux de ce monde.
Soudain éclate comme la foudre la plus effroyable
guerre des temps modernes. et en quelques semaines
toutes les espérances patriotiques s'évanouissent. 'Les dés-
astres se succèdent. Paris est menacé !
Franchetti sent bouillonner dans son âme virile toutes
les colères du désespoir.
Il pourrait légalement payer sa dette à son pays en
concourant modestement à la défense du corps de
place, et son devoir serait rempli.
Mais il est jeune ; il est intelligent et il est brave.
Il fera mieux ; il fera plus que son devoir !
Il organisera un escadron d'élite, et il courra, à la
tête de cette jeunesse, élégante comme lui, impatiente
comme lui, au-devant de l'ennemi qui s'approche.
Le premier, il combattra l'envahisseur au cœur de la
patrie, et il annoncera à Paris, à la reine du monde civi-
lisé, l'arrivée des nouveaux barbares !
Bientôt, il est attaché au 14e corps d'armée, et,
chargé dès lors d'aller chaque jour au delà des avant-
postes reconnaître les progrès ou les travaux des Prus-
siens, chaque jour il tiraille avec eux.
— 5 —
L'autorité militaire, justement frappée des services in-
cessants que rend le commandant Franchetti avec son
escadron, le récompense en faisant figurer son nom en
tête dès premières promotions dans la Légion d'hon-
neur.
Au 31 octobre il contribue par son dévouement à
sauver les membres du gouvernement.
A Villiers, à Champigny, il se joint volontairement à
l'état-major du général Ducrot.
Le 2 décembre, après les quelques défaillances du
matin, l'indomptable énergie du commandant en chef
ramène la fortune à nos armes ; nos jeunes troupes se
ravisent. la journée devient nôtre, lorsque, portant un
ordre et passant à cette même place, Franchetti est
mortellement atteint.
La terre n'était pas encore refermée sur lui qu'il
était à jamais illustré par une mise à l'ordre de l'armée
accompagnée des témoignages posthumes les plus flat-
teurs et les plus éclatants.
Si vous voulez savoir, messieurs, quelle était la vail-
lance de ce jeune et glorieux soldat, rappelez-vous que
deux fois, pendant les rudes campagnes qu'il a faites, il
a recherché et obtenu le périlleux honneur de combattre
aux côtés d'officiers généraux dont l'héroïque bravoure
est proverbiale dans l'armée, et demandez-leur ce qu'ils
pensent de Franchetti.
ALLOCUTION
DE M. G. BENOIT-CHAMPY
MESSIEURS ET CHERS CAMARADES,
Je n'ai que peu de mots à dire pour compléter l'éloge
que vous venez d'entendre.
Pour nous, Franchetti n'était pas seulement un soldat
d'élite, c'était avant tout un citoyen patriote dans la plus
haute expression de ces mots.
A cette première heure de surprise et de stupeur où
le découragement, l'abandon de soi-même paralysaient
tant de volontés, il a relevé la tête, superbe d'indignation,
appelant ses concitoyens aux armes.
Ancien officier, il pouvait rentrer dans l'armée; mais
il vit mieux à faire, il comprit que devant la patrie en
danger, comme devant la société en danger, les classes
aisées devaient donner l'exemple des sacrifices., et il con-
çut l'idée de notre escadron volontaire s'offrant comme
un don national à la France envahie !
— 8 —
Soyez fiers de ces souvenirs, vous qui les premiers
avez répondu à son appel.
C'est là votre honneur, à vous soldats improvisés qui
pour la plupart étiez exempts du service militaire par les
droits de la famille, de l'âge ou de l'extrême jeunesse, à
vous aussi nos derniers compagnons qui avez quitté les
rangs où l'inaction vous pesait, pour entrer dans nos
rangs et partager avec nous l'honneur de suivre partout
notre héroïque général Ducrot !
Hélas! que ces souvenirs ont d'amertume aujour-
d'hui ! C'était au temps où on espérait encore. Pauvre
Franchetti, qu'il était heureux de redevenir soldat !
Quelle confiance, quel entrain ! Douter pour lui était
un crime!
Que n'a-t-il pu faire partager sa foi patriotique à
d'autres ! Bien des dévouements auraient été mieux uti-
lisés, et nous ne serions point devenus ce que deviennent
ceux qui ne croient plus à rien !
Mais détournons nos yeux du passé ! Notre pays se
relèvera, nous en avons tous la foi !
Ce jÕur-là, nous n'aurons tous qu'une pensée.
Le souvenir de Franchetti nous inspirera et nous gui-
dera, comme sa voix nous commandait, alors, que, pleins
d'ardeur, pleins d'espoir, nous suivions sur ces coteaux
ensanglantés ce jeune homme si brave que nous pleu-
rons aujourd'hui!
DISCOURS
rR(IJI,=t AU SERVICE RELIGIEUX
DU COMMANDANT FRANCHETTI
AU TEBPLE ISIUÉlrE, LE 6 DÉCEMBRE 1871
DISCOURS
DE M. ZADOC KAHN
GRAND RABBIN DE PARIS
MES FRÈRES!
Un peuple s'honore lui-même quand il sait honorer
ses morts et rendre de dignes hommages à ceux qui ont
donné leur vie pour cette belle et ■ sainte cause : !a
défense de la patrie. Aussi est-ce avec une véritable
satisfaction patriotique que nous voyons, chaque fois
qu'un triste anniversaire ramène le souvenir d'une de
ces journées néfastes, douloureuses, inutilement san-
glantes , dont la dernière année a été si remplie, des
foules émues et recueillies se réunir dans les maisons de
prière ou même sur les champs de bataille,- pour payer
un juste tribut de regrets et d'admiration à tous ces sol-
dats illustres ou obscurs qui ont succombé dans la lutte,
l'amour de la patrie au fond de leur cœur, le mot de
patrie à la bouche. Ce spectacle, qui a quelque chose de
— 12 -
grand et d'édifiant, est tout à fait digne d'une nation
généreuse; il est fécond en saines et fortifiantes émotions,
en graves et utiles enseignements. Tant que notre pays
saura apprécier ainsi le vrai courage, le vrai patriotisme,
et décerner à l'abnégation, au dévouement de ses enfants
les honneurs qui leur sont dus, il n'aura pas démérité
complètement de son glorieux passé ; il sera capable
encore de mâles vertus, de virils efforts, d'élans géné-
reux, il parviendra à vaincre la fortune elle-même et à
déchirer ce voile de tristesse dont il semble comme enve-
loppé ; car ces actes de courage qu'il admire, ces traits
d'héroïsme qui lui sont rappelés avec tant de force, ne
seront point pour lui un exemple perdu.
Voilà, mes frères, la pensée qui nous a guidés en
décidant la célébration de cette cérémonie funèbre. Nous
étions convaincus que vous convier à venir dans cette
enceinte, à l'occasion d'un anniversaire qui rappelle à la
fois un beau dévouement et une mort héroïque, pour
accorder un pieux et sympathique souvenir à vos coreli-
gionnaires qui se sont immolés pour leur pays, pour
adresser à Dieu une fervente prière en leur faveur,
c'était répondre à un secret désir de vos âmes. Et nous
ne nous sommes pas trompés ! J'en prends à témoin cette
affluence extraordinaire, cette attitude-recueillie, ces
regards mouillés de larmes, cette émotion si visible et si
communicative. Vous avez saisi avec un empressement
dont je ne suis nullement étonné, mais dont je dois vous
remercier, l'occasion de donner une preuve de votre