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A M. le maire et à MM. les membres du Conseil municipal de Grenoble / [Signé : C. Leroy]

De
11 pages
impr. de Baratier (Grenoble). 1864. 11 p. ; 23 cm.
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A M. le Maire
El à H. les Membres du Conseil municipal de Grenoble.
MÈS^EURS ET CHERS COLLÈGUES ,
Je lie puis résister à la force de mes convictions , au cri de
ma conscience; tout me dit que nous sommes sur la voie
d'une grande faute, presque d'une folie , et comme le mal,
déjà commencé, n'est pas irréparable, je m'enhardis à vous
le signaler. Daignez m'écouter et veuillez réfléchir aux observa-
tions que j'aurai l'honneur de vous présenter.
Certainement, vous m'avez déjà compris et vous avez deviné
que je veux parler de la construction du Musée et de la
Bibliothèque. L'opinion publique est émue à ce sujet et
semble réprouver le projet dont on poursuitj'exéculion. Ce
n'est pas sans effroi que*-l'on considère l'étendue du terrain
exigé par ce projet et la masse des bâtiments qu'une si grande
place fait prévoir. On se demande avec inquiétude à quelle
soiTiïBes'élèvera le total des dépenses quand on aura joint aux
frais prévus par les devis, les frais imprévus et les frais acces-
soires : agencements, mobilier, installation, boiseries, re-
2
Hures, chauffage, gages des gens do service, voilà bien des
sources de dépenses, qui se trouveront multipliées en raison
de la grandeur du bâtiment. J'ai été opposé dès l'origine au
projet agrandi, mais j'avoue que j'étais encore loin de
prévoir l'énormité des engagements de tous genres que son
exécution fera peser sur les finances de la ville.
Remarquez que ces dépenses excessives se rapportent
à un objet unique. Il s'agit de mettre en place un bijou,
riche bijou sans doute, que nous sommes fiers de posséder :
car nos livres et nos tableaux, même en faisant la part des
appréciations exagérées, constituent une propriété respec-
table. Pour faire honneur à cette propriété et lui trouver une
place convenable, est-il nécessaire de prodiguer le luxe et la
dépense? voilà la question. On ne voit pas, en général, que
les villes construisent des hôtels spéciaux pour y loger leurs
tableaux et leur bibliothèque, et je pourrais citer à cet égard
les villes les plus grandes et les plus riches ; partout on utilise
pour cela de vieux monuments, on ne crée pas à grands frais
de somptueux palais. Nous n'avons pas de ces vieux bâtiments,
il faut donc en faire un neuf, soit; mais pourquoi le faire
plus que suffisant ? Dépasser l'exigé, surtout dans notre si-
tuation financière et lorsque nous avons tant d'autres besoins
à satisfaire, n'est-ce pas agir comme un homme qui, pressé
de toutes parts, préférerait appliquer son argent à un objet
de luxe au lieu de réparer sa maison .améliorer son sol ou
féconder son champ? L'architecte",'par son premier plan,
avait établi rigoureusement dans quel espace nous pouvions
nous restreindre sans faillir ni aux besoins actuels, ni aux
besoins futurs. Si nous nous sommes écartés de ce plan primi-
tif, est-ce par raison d'utilité? Non, mais nous avons cédé à
l'envie d'avoir un monument de plus et nous avons dépassé le
but en allant au delà de ce que prescrit la réalité des besoins.
3
Revenons, je vous en prie, à des proportions plus mo'lesles ;
abjurons ce fatal mouvement d'orgueil qui nous pousse à
vouloir ressembler à une grande ville sans en avoir les res*
sources, et, comme je le disais nu sein do la commission do
la Bibliothèque et du Musée, n'imitons pas la grenouille qui
veut se faire aussi grosse que lo boeuf.
Sans doute, je no blâmerais pas le goût du superflu si nous
étions sûrs d'avoir lo nécessaire ; mais nul n'ignore à la fois
et la situation de nos finances, et les besoins divers qui nous
pressent. Nous avons des dettes, nous ne marchons qu'à l'aide
d'emprunts qui nous conduisent à des aggravations d'impôts ;
toutes nos ressources sont fortement engagées et, en outre,
ne sommes-nous pas en présence d'une foule d'exigences avec
lesquelles il nous faudra bientôt compter. Permettez-moi de
citer ici quelques-unes de celles qui se présentent déjà avec
un certain caractère d'urgence :
1° Il nous faut un théâtre: soit qu'on en construise un
nouveau, soit qu'on agrandisse le local actuel au moyen d'une
partie de la prison abandonnée, nous n'échapperons pas à la
nécessité de satisfaire, à cet égard, le voeu d'une grande partie
de la population ;
2° L'élargissement de plusieurs rues et l'amélioration de
nos voies de communication sont de première nécessité. Faut-
il citer la percée et l'élargissement de la rue Lafayette, du
côté de la place aux Herbes ; les ouvertures à créer entre la
rue et le quai Saint-Laurent ; les aboutissants du nouveau
pont de pierre? Chacun sait de quelles gommes ces objets
principaux menacent de grever nos futurs budgets , sans
compter les objets nouveaux dont la nécessite se fait sentir
chaque jour, comme cela est arrivé pour la rue neuve de
l'Arsenal, ainsi que pour le canal d'écoulement prolongé jus-
qu'au delà de la gare du chemin de fer.
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3* Je ne parle qu'en passant du Jardin de Ville à restaurer
un jour, do nos promenades à améliorer, do quelques squares
à établir, do marchés couverts à construire, toutes choses
Indiquées déjà comme désirables par les usages des autres
cités, et qui, pour la plupart, concourant au plus haut degré
à la salubrité d'une ville, au blen-étrc et à l'agrément de ses
habitants, sont infiniment plus utiles que de fastueux hôtels
ou de gigantesques monuments.
4° L'agrandissement et la restauration du Lycée seront
encore des dépenses obligées, assez considérables, vu la dif-
ficulté des raccordements, dès que la Bibliothèque elle Musée
auront été transférés ailleurs.
5° Enfin, parlerai-je d'un bâtiment pour les Facultés? Ici
j'hésilo , parce que je prévois l'objection tirée de ma position
spéciale ; mais, que m'importe, si je dis la vérité. Or, il est
incontestable que le logement actuel des Facultés ne répond
pas à l'importance de l'institution, ni mêmes aux exigence^
d'un service qui prend do plus en plus d'extension. Chaque
année, les inspecteurs généraux de l'Université se plaignent
de la situation présente et, dans ce moment mémo, M. le
ministre de l'instruction publique s'en préoccupe. L'instal-
lation des Facultés devant pourvoir aux cours ordinaires du
droit, des sciences et des lettres, aux sessions d'examens,
aux conférences du soir, aux collections, aux laboratoires , il
est visible qu'elle est aujourd'hui insuffisante et défectueuse,
ce qui implique la nécessité prochaine ou d'agrandir et d'a-
méliorer le local qui contient ces divers services, ou de cons-
truire un bâtiment spécial.
Je m'arrête à ce court exposé de nos besoins principaux. Il
suffit pour justifier cette proposition, qu'il ne faut pas gas-
piller no3 ressources; qu'il faut, au contraire , les ménager
en accordant à chaque chose le nécessaire et non le superflu.