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A propos du voyage de Son Excellence Nubar-Pacha à Constantinople / [par Barkouff-Effendi]

De
16 pages
impr. de E. Brière (Paris). 1872. 16 p. ; in-8.
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A PROPOS DU VOYAGE
D*
SON EXCELLENCE NUBAR-PÀOHÀ
A CONSTAHTIHOPIE.
JUILLET t872
I.
Dans les dernière jours du mois de juin, les journaux de Cons-
tantinople annoncèrent l'arrivée du Khédive d'Egypte ; le public
fut fort étonné de voir figurer parmi les noms des personnages
qui l'accompagnaient celui de Nuhar-Pacha, qualifié de «ii-
nislre des affaires tirangères ; désignation ridicule, le Khédive
ne pouvant avoir de relations diplomatiques.
Uu gouvernement peut seul avoir des relations diplomatiques;
l'organisation égyptienne ne constitue pas un gouvernement, le
Khédive n'est que le gouverneur ottoman chargé de l'adminis-
tration de la province d'Egypte. On a voulu donner du relief a
la qualification de Khédive ; elle n'a aucune portée et est unique*
ment honorifique ; elle signifie très-grand, très-magnifique.
Ce fait de la rentrée en faveur de Nubar-Pacha est des plus
graves : lo souvenir des excentricités, prétendues diplomatiques,
qui ont illustré cetto Excellence, est encore trop récent pour que
l'on ne se soit pas immédiatement demandé s'il no fallait pas y '
voirunsyratôme du réveil de l'ambition khédivicnno.
1**011 a été édifié lorsque l'on a connu lo but du voyage do Son
Altesse, lorsque l'on a su qu'elle vouait solliciter do tels chan-
gements aux actes do 1840 et 1841, qu'ils équivaudraient a la
séparation définitive de l'Egypte £t a la destruction do l'Empire.
Les aspirations du Khédive, pour être imprudentes, sont ex-
pliquées par son ambition ; mais ce qui demeure incompréhen-
sible, c'est qu'il compte sur la doxtérité do Nubar-Pacha. Serait-
il dono seul à ignorer les échecs successifs qui ont couronné les
missions de son voyageur-diplomate, et le ridicule hilarant dont
l'a couvert ce ministre étranger aux affaires?
Nubar-Pacha est poursuivi par une idéo fixe, celle de la dis-
solution do l'Empire ottoman, et il invite son maître a prendre
de telles précautions qu'il ne puisso être entraîné dans la chute,
qu'il voit prochaine.
Les précautions do Nubar-Pacha amèneraient un résultat tout
opposé à celui qu'il suppose. L'Empire démembrera famille de
Méhémet-Ali ne pourrait conserver l'Egypte qu'en eu appelant
aux puissances intervenantes daas les conventions de 1840 et
1841 ; toute modification apportée a ces conventions en dehors
des puissances est donc une faute, puisqu'elle tend a les désin-
téresser et a no donner aux actes do 1840 et 1841 qu'uno portée
intérieure. Si jamais, malgré leur valeur, les armées ottomanes,
trahies par la fortune, venaient à succomber, les contingents
égyptiens subiraient le sort commun, et l'Egypto deviendrait
ce qu'il plairait aux vainqueurs, qui maintiendraient ou non
la famille do Méhémet-Ali.
On objecte que l'administration égyptienne, tout en affectant
un grand zèle, no manquerait pas de prétextes pour garder une
attitude indécise, jusqu'à ce que le résultat définitif de la lutte
fût prévu, et qu'en cas d'échecs subis par les armées ottomanes,
non-seulement lo Khédive n'interviendrait pas, mais qu'il cons-
tituerait un Etat indépendant et emploierait les contingents égyp-
tiens a conquérir l'Arabie, Il n'y a rien de surprenant à ce que
Nubar-Pacha ait conçu un tel plan, mais la réussito ne pourrait
en être que momontanée.
Toutes les combinaisons do Nubar non-seulement sont vaines,
mais encoro elles préparent un résultat opposé à ce a quoi ollcs
semblent tendre. Les prétendues faveurs sollicitées jusqu'ici
en dehors des puissances, et sans leur consécration, sont op-
posées aux conventions do 1840-1841 ; lo Khédive actuel s'il-
lusionne s'il se croit assez redoutablo pour appuyer par4la force
ses prétentions au maintien des faits accomplis.
Les intrigues de Nubar-Pacha ne peuvent être que funestes,
aussi bien a Ismatl-Pacha qu'à la famille de Méhémet-Ali.
Quelque illusoires quo soient les prétendues faveurs accordées
au Khédivo actuel, quelques facilités quo pourront avoir Sa Jlau-
ttsse- te Sultan et ses successeurs a rétablir l'ancien ordre des
choses, c'est cependant une grande erreur pour la Sublime-Porto
do favoriser, même par des actes sans valeur réelle, les projets
d'uuo administration telle que l'administration égyptienne
11 serait plus sage d'agir tout à l'opposé et no perdre aucune oc-
casion d'exercer ses droits.
Accéder aux demandes do Nubar-Pacha ce serait, do galté
de coeur, précipiter lc3 événements et risquer la ruine do
l'Empire. Il est contre touto prudence do fournir à un vassal,
déjà trop indépendant, les moyens de se révolter et la tentation
de lo faire, alors même que tel n'aurait pas été son plan dons
l'origine.
-4-
IL
Voici rémunération des principales demandes que Nubar fait
au nom de son maître :
l9 L'autorisation de créer une décoration ;
2* Le droit de frapper les monnaies a son nom en même temps
qu'a celui du Sultan ;
3° La faculté de reprendre en dehors de la Sublime-Porte des
négociations au sujet de la prétendue réforme judiciaire;
4° L'attribution de la soluti >u de toutes les questions relative
à l'isthme de Suez ;
5° L'administration de l'Vemen dans les mêmes conditions
que l'Egypte ;
6* La faculté de posséder une flotte cuirassée;
7° Un firman d'investiture définitive à son profit et à celui
de ses sucesseurs; ledit firman les dispensant de toute nouvello
investiture ;
8° La main d'une des filles d'AbdulMedjid pour son fils atnô.
Nous allons étudier successivement ces diverses questions;
mais rien qu'a leur lecture, on a dû apprécier jusqu'à quel degré
peut s'élever l'hallucination d'un diplomate égyptien.
III.
Nubar-Pacha demande pour son maître l'autorisation de créer
une décoration.
En apparence, rien de plus innocent qu'une telle demande : il
semble qu'il ne s'agisse que de donner satisfaction à une puéri-
lité d'amour-propre. Alors même que cette demande constitue-
rait un fait isolé, y obtempérer serait cependant encore une
faute. La Sublime-Porte ne doit en rien prêter la main à ce que
~5 —
le Khédive cesse d'être aux yeux des puissances autre chose que
ce qu'il est réellemeut, c'est-à-dire un simple administrateur,
Dans l'état actuel, le Khédive peut accorder la décoration du
Medjidiè de 3* classe. Il est en mesure de donner une récom-
pense, d'autant plus flatteuse pour celui qui en est l'objet, que
ce n'est pas en son nom qu'il l'octroie, et qu'il agit comme man-
dataire du Sultan lui-même, Le désir d'accorder des faveurs
honorifiques n'est donc qu'un prétexte; ce que l'on recherche,
c'est de faire acte d'indépendance, c'est de tendre à se placer
au niveau des gouvernements, à se donner des airs de monar-
que,
Lorsqu'aujourd'hui les divers souverains ou gouvernements
envoient au Khédive les insignes de leurs ordres, son amour-
propre en est naturellement flatté; mais ces honneurs, n'importe
d'où ils proviennent, sont mêlés de fiel; l'impossibilité où il se
trouve d'y répondre, par l'échange d'une autre décoration, con-
sacre en fait sa position secondaire de simple gouverneur de la
Sublime-Porte. Le Khédive, autorisé à créer une décoration,
suppose qu'il sortirait de cette humiliation relative, supprimerait
la distance qui le sépare des têtes couronnées, et ferait acte de
confraternité avec elles.
Si la demande de Nubar-Pacha était accordée, les consé-
quences en pourraient être cependant différentes de ce qu'il
imagine; Je Khédive trouverait sans doute quelques cours tarées
qui accepteraient ses décorations; mais avant de faire de tels
envois aux gouvernements sérieux, il agirait prudemment en
les sondant d'abord. Sans cela il lui arriverait d'éprouver des
refus bien autrement mortifiants quo l'abstention à laquelle il
est forcé aujourd'hui. Il est probable aussi que les gouverne-
ments sérieux s'abstiendraient, à l'avenir, de tous envois d'in-
signes honorifiques à son adresse, pour ne pas se mettre daus
une situation délicate. Le Khédive s'illusionne sur la nature de
ses relations avec les souverains ; ses rapports avec eux ne pro-
cèdent pas do son titre ni do son rang, mais uniquement de sa
fortune.
Nubar fait là une campagne dont il n'a pas sans doute calculé
d'avance les conséquences ; c'est un pas de clerc à ajouter h tous
ceux qui l'ont déjà signalé à l'admiration ironique de la diplo-
matie européenne, Nubar n'est pas un homme poUtique, son
esprit est tout à la fois trop ardent et trop terre à terre, il n'a ni
assez d'étendue ni assez de profondeur.
IV.
Nubar-Pacho demande pour son maître le droit de frapper
les monnaies en son nom, en même temps qu'à celui du Sultan.
Les prétentions à l'indépendance s'affirment encore dans la
question do l'effigie des monnaies. L'effigie est universellement
reconnue comme un des attributs essentiels de la souveraineté,
— c'en est une manifestation permanente, c'est la constatation
incessante de son droit. L'on ne voit ce qu'il faut le plus admi-
rer ou de l'audace de la demande, ou de la tolérance qui fait
l'écouter.
Il est vrai que Nubar-Pacha eu demandant que les monnaies
portent, tout à la fois, l'empreinte du Sultan et celle do sou
maître, semble par là reconnaître les droits de Sa Hautesse. —
Cependent, que l'on y réfléchisse, et on appréciera que cette pré-
tention de se poser comme égal du Sultan est en quelque sorte
plus excessive que ne serait celle de l'exclure entièrement. En
fait, Nubar demande quo son maître soit indirectement associé à
la toute puissance; que, conséquemment, lo Sultan cesse d'être le
Sultan, en perdant son prestige, et qu'il dovienuo l'égal du
gouverneur de sa province d'Egypte.
Pourquoi, en si beau chemin, ne pas demander au Sultan