//img.uscri.be/pth/dbf4592f416353caeea6d8286f38dbc09c8d802d
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

À trompeur, trompeur et demi ou Le renard et la cicogne

32 pages
Barbou (Limoges). 1863. 34 p.-[1] f. de front. ; in-16.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

BIBLIOTHÈQUE
CHRÉTIENNE ET MORALE
UPBovvJÍ.
PAB MONSEIGNEUR L'ÉVÊQUE DE LIMOGRES.
D" série,
Tout exemplaire qui ne sera pas revêtu de
notre griffe sera réputé contrefait et pour-
suivi conformément aux lois.
@
A TROMPEUR TROMPEUR ET DEMI.
A TROMPEUR
TROMPEUR ET DEMI
OU LE
RENARD ET LA CIGOGNE.
LIMOGES.
BARBOU FRÈRES, IMPRIMEURS-LIBRAIRES.
A TROMPEUR TROMPEUR ET DEMI.
Un riche négociant chinois fut
obligé de venir en France pour di-
vers intérêts de commerce. Il avait
une lettre de recommandation pour
— 8 —
M. Belmart, commerçant de Mar-
seille, qui s'empressa de l'accueillir,
et lui offrit même l'hospitalité dans
sa maison, avec tous les égards dus
à sa qualité d'étranger , et surtout
par déférence pour les personnes
qui l'adressaient à lui.
Tchao-Chang (c'est le nom de cc
Chinois) venait à peine d'arriver,
quand M. Belmart se trouva obligé
de se rendre à Toulon pour une
affaire extrêmement pressée , et,
comme il montait en voiture, il eut
à peine le temps de rester quelques
minutes avec son hôte; il pria ce-
lui-ci de l'excuser, et d'agir chez
lui comme s'il était le maître, et le
recommanda aux soins et attentions
de ses deux fils, Gustave et Alphon-
se. Tehao-Chang remercia bcau-
— 9 —
1..
coup M. Belmart, et lui dit de ne
pas se gêner pour lui, et que, n'é-
tant pas au courant des usages du
pays, il acceptait volontiers l'asile
qu'il avait la bonté de lui offrir, at-
tendu qu'il y serait moins embar-
rassé que partout ailleurs à cause
de ses relations commerciales.
Gustave et Adolphe n'enten-
daient pas comme leur père le de-
voir sacré de l'hospitalité. Loin de
suivre les recommandations qu'il
leur avait faites à l'égard de Tchao-
Chang afin de rendre à cet étranger
le séjour de sa maison agréable, ils
se mirent à rire entre eux de son
costume et de ses manières et ré-
solurent de s'en amuser, en lui fai-
sant subir diverses mystifications.
C'était fort mal. L'hospitalité est
- 10 -
une vertu antique qu'on doit obser-
ver, et qu'on trouve en honneur
chez les peuples les moins civilisés,
c'est elle qui établit entre les hom-
mes les plus opposés par leur na-
ture , leurs mœurs ou leurs carac-
tères, des rapports d'union et de
fraternité ; c'est sur elle que s'ap-
puient les premiers droits et les
premiers devoirs de l'humanité;
c'est elle qui est un des principaux
liens de la société.
C'est une des œuvres de miséri-
corde que le Sauveur du monde
doit récompenser au jour du juge-
ment. C'est lui qui a dit : « J'étais
étranger, et vous m'avez logé chez
vous. »
- Cette vertu enfin était pratiquée
chez les anciens avec un respect si
- 14 -
rigoureux qu'on a vu des hommes
recevoir leur ennemi le plus achar-
né avec les soins et les égards qu'on
doit à un ami. Tant qu'il était assis
au foyer domestique, la haine ou
l'animosité disparaissaient, et l'hôte
était considéré comme membre de
la famille. Il est à regretter qu'on
fasse moins de cas de ce sentiment
sublime.
Mais si j'ai voulu établir, par cette
digression, le respect, les attentions
qu'on doit à l'étranger qui vient
manger à notre table et s'asseoir
sous notre toit, on comprendra
mieux combien on est capable de
chercher à mortifier son amour-
propre par de sottes plaisanteries.
C'est cette inconvenance qu'on
avait à reprocher aux deux fils de
- 12-
M. Belmart. A peine leur père les
eut-il laissés seuls avec l'étranger
que, loin de remplir à son égard les
ordres minutieux donnés , et de
respecter sa façon d'être et ses ha-
bitudes , ils en firent un sujet de
risée et de moquerie.
Se moquer du costume et des
manières d'un étranger, c'est en-
core faire preuve de sottise et de
grossièreté ; car il se conforme aux
habitudes de son pays, et il serait,
au contraire, bien ridicule s'il par-
lait à ses concitoyens un langage
étranger pour mépriser sa propre
langue, ou s'il se présentait à eux
avec le costume d'un autre peuple,
L'étranger, au surplus, aurait les
mêmes raisons de se moquer de
nous, et je vous demande un peu
— 13 —
où l'on en serait si toutes les nations
de la terre , qui toutes diffèrent
dans les mœurs et leur langage, en
étaient à rire les unes des autres ,
et à se montrer au doigt ; ce serait
un éternel sujet de guerre, et il ne
faudrait plus songer aux échanges
commerciaux, qui donnent aux peu-
ples la prospérité, et aux particuliers
la fortune.
Mais revenons à notre histoire V
Dès que Tchao-Chang fut retiré
dans la chambre qu'on lui avait pré-
parée pour mettre ses effets en or-
dre, Gustave et Adolphe se mirent
à-délibérer entre eux pour savoir
de quelle manière ils s'amuseraient
aux dépens du Chinois. Ils mirent
dans leur confidence une domesti-
que de la maison aussi sotte qu'eux,
- 14 -
et qui, loin de les détourner de leur
mauvais dessein , se fit un plaisir
de les seconder.
Lorsque l'heure du dîner fut arri-
vée, et que la table fut servie, Gus-
tave alla dans la chambre de Tchao-
Chang et le pria de descendre; pen-
dant ce temps-là , Adolphe retira
tous les siéges de l'appartement,
de manière à ce que les convives
fussent obligés de manger debout.
Le Chinois manifesta un peu son
étonnement, et demanda si on ne
serait pas plus à son aise de manger
assis: mais Adolphe lui répondit
très-sérieusement que ce n'était pas
l'habitude en France, et Tchao-
Chang répondit avec beaucoup de
bon sens qu'il savait se conformer
aux habitudes du pays où il se trou-