Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Partagez cette publication

TRAGÉDIE
EN CINQ ACTES ET EN VE&$,
Par M. DB MURVILLE,
Représentée pour la première fois sur le
Théâtre Français de la rue de Richelieu^
le Lundi 3 Octobre
a ij
Iylonsieur,
IL y a près de quatre ans que dévoré
de chagrins de tous genres je f'us visité
et consolé par vous. Votre présence et le
plan de la Tragédie d'Abdélazis dont je
m'occupais alors donnèrent quelque relache
à mes douleurs. J'ai renfermé dans mon
ame la reconnaissance que je vous dois
jusqu'à ce que j'eusse le bonheur de
.composer un Ouvrage assez bien accueilli dit
publie pour qu'il méritât de paraître
sous vos auspices. Il se trouve que cette
geais la fable quand vous vîntes me voir,
est précisément celui de tous mes Ouvrages
que le Public a reçus avec le plus d'indul-
gence. Eleetrisè j>ar la présence de l'Auteur
d'OEdipe chez Admète et du Roi Léar
j'ai un moment fait mieux qu'à moi n'ap-
partenait je dois vous faire hommage de ce
moment. Je ne vous en demande pas mdmc la
permission que votre modestie me refuserait
sans doute, et je finis, en bannissant toute
cérémonie par me dire fraternellement et
ciçiquement,
M.ONSIEVK
Votre très-humble, et très-
obéissant serviteur,
Ani>kê De Mi'R'riLLji,
dont les accens qui ont' frappé
sont présens mon souvenir lorsque
Mademoiselle de Garcins a prononcé ces
Dans cf srin maternel il grava son imago
A lui seul j'appartiens toute entière aujourd'hui»
Au trône u l'ikliafaud ma place est près delui.
Je dois le même tribut d'éloges il Monsieur
Talma qui a mis tant d'éloquence et de
charme dans le rôle d'Abdélazis. Je ne
connais aucun acteur dont la physionomie
soit plus expressive. Sa voix naturellement
mélancolique, va remuer les* passions jusque»
dans les replis les plus profonds de l'aine. Je
le crois destiné à nous consoler de la mort de
Le Kain je me fais honneur d'être son ami
et je n'avais pas besoin de l'être pour
l'admirer. Je ne suis que l'écho du Public
en remerciant Monsieur Monvel du plaisir
qu'il m'a fait dans le rôle de Nasser. L'énergie
et la vérité sont les qualités distinctives de
son talent qui est universel il n'a' pas
mémo besoin de parler pour être éloquent
au théâtre. Son regard son geste son
attitude, ,tout exprime chez lui, et quelque
peu considérable que soit le rôle dont il veut
bien se charger ce rôle est toujours le
premier de la pièce lorsqu'il le remplit.
Tous les autres rôles qui ne sont qu'accès-
aoires, à l'exception de Celui
qui e$t plus important, ont été joués avec
autant de zèle que d'intelligence par Made-
moiselle Valerye, Messieurs Desrosières
Saint-Clair, Chevalier, Noel fils, et l'on
ne saurait trop louer les Directeurs de ce
spectacle qui n'épargnent ni recherches, ni
soins, ni dépenses, pour établir sur leur
théâtre cette pompe de décorations et cette
vérité de costume, sans lesquelles il: n'y a
point d'illusion, et par conséquent point
de tragédie.
PERSONNAGES.
AWANZOR Roi de Grenade.
ZÛLEIMA fille ,d'Almanzor.
LE PRINCE, époux de Zuleïma.
NASSER vieillard.
M'ie. DE Garcins.
M. TAiMA.
M. MûNVEL.
FATIBÏE, confidente de Zùléïina. MHé. Valehye..
CADOR, chef des Algériens, M.
SclJats Gardes et Peuples d'Almérie et de Grenade,'
La Scène se passe Grenade dans le Palais
des Rois autrement apptlé l'Alhamhra et au
quatrième acte seulement dans une prison.
A
ABBÉhAZIS,
̃•
T P. A G.' É D lE.'
"ACTE PREMIER.
Le théâtre représente une, galerie du palais. des
.Reis de Gnnade des
`oie voit dans le fond des des remparts
et des tours.
SCÈNE PREMIÈRE.
LE PRINCE, CADOR, Soldats qui entrent
sur la avec l'appareil 'd'une victoire.
LE P R i N Ç.E,'
.la ̃'lr0'r • ̃'
Vous aveiîdterf.chretîens cotifàiffâu !'esperah:ce;
Le peuple ne voie plus "'du ipoigs leurs tiendam,
Du sommet de ces tours insuiter nos remparts.
Maïs'Grenafe'-aujourd'huîjM'ftjs bras protégée,
Un assiégée.
Ferdinandjxjti'un revers rend fijujours dangereux
Autour dfi:jiotts encore étend M camp nombreux.
V.'ABDÈLÀZIS et ZULEIMA.
Ce Roi qui sur l'Espagne însolemment-domine
De Grenade et du Maure a juxé la ruine
Peut-être ses efforts seront-ils impuissans;
Mais pour vous les dangers sont toujouTs
renaissons.
Sans là prudence enfin la victoire imparfaite
Souvent trompera glcire, et se change en défaite.
Almanzor en ces lieux va paraître, et, ma voix
Saura l'entretenir de vus nombreux exploits.
( Avec modestie. )
Vous devez être aussi satisfaits d'Abdérame
Mais votre chef amis, qu'un zèle pur entame,
Ne prend point pour lui seul, dans cet heureux
La gloire d'un succès où vous avez tous part.
C A D O R.
Nous avons combattu sous un chef intrépide,
Et l'on est sûr de vaincre ensuivant un tel guide:
Mais nous sommes surpris qu'en ce jour glorieux,
Quelque chagrin secret obscurcisse \108 yeux;
Ils ne partagent. point la publique allégresse
De la victoire enfin l'on n'y voir point l'yvresae;
L Ë P R 1 N C E.
Non Cactar; vous voyez la victoire ea soldat,
Moi je la vois en chef qui veille sur l'Etat,
Qui par le sort jamais ne se laisse surprendre
Et sait ce qu'un vaincu peut encore entreptendr».
ACTE PREMIER.
A t
d'ailleurs quand mon bras répare vos
malheurs
Je puis être occupe de mes propres douleurs
.Les chagrins quelquefois s'attachent à la gloire
Et l'on n'est pas toujours, heureux par la victoire.
Quoi qu'il en soit allez, après tant de travaux,
Il est juste qu'enfin vous goûtiez le repos
Mais au premier signal soyez prêts à me suivrefc
( Cador et tes Soldats s'en vont. )
SCÈNE I I.
LE PRINCE seul.
a toi, sans qui déjà j'aurais cesse de vivre
Toi, qui depuis six ans me prou'vtfs chaque jour
Que l'hymen rend plus chers les liens'de l'amour,
Tendre Zuleïma jéle sens, ta présence
Peut seule de mes niaux calmer la violence.
Non qu'à tes yeux ce coeur de
Ne sache que l'amour lui coûte sa VèVtu
Quand je suis loin' de toi, ce souvenff m'accable;
Quand je vois ta beauté je me crois moins
coupable. r.. .̃ ,f' ,•
Je ne puis l'être^ non v j'aime, je, sîuis heureux;
Ton. époux règmeseal: sur ton cceùt généreux
Le-serment-de l'amour le plus :p'ur; k^mtenâre,
Cent fois le et le dire et l'entendre.
Cependant je- frémis Mais te Roi vienc.
4 ABDELAZIS et ZULEIMA.
S CÈNE III.
LE PRINCE, ALMANZOR, A L Y,
Gardes aufond du théàtrz.
A L M A N Z OU.
Seigneur,
Grenade voit en vous son plus fief défenseur.
Quelle gloire pour moi que l'époux de ma fille
Du joug de l'.Arragon des fers^de la Castille
Ait pour un tems du moins, affranchi cet Ftat
Mais Ferdinand vaincu. nom menace: un soldat
Qui las de son pouvoir, et de soncamp transfuge )
A choisi mon Empire er ces murs pour refuge y
M'annonce que ce Roi, plus vain dans see revers,
Et d'avance en spectacle osant montrer nos fers)
Pour embellir encor sa victoire nouvelle.
Fait venir dan.s son camp son épouse Isabçile.;
d'ordonné!
Est la fête e:n un mot qu'il pi étend lui donner.,
LE P R 1 N.CE.
Cette fête, Seigneur, peut être ensanglantée:
Le sort nbustavorise et mon ame irritée
Embrasse enifin l'espoir dé vengeiîït'ant d'affrorrtsi'
indignés de seiumeU*© nos feontâ
Au
Je sais qu'à ce torrent
ACTE PREMIER. 5
A
Mais Valence Murcie, et Tolède et Léon
Gémicsent dans l'opprobre et dans l'oppression;
Et de ses tours Cordoue humiliant le faîte,
Abjure pour la croix l'etendart du prophéte.
th bien, rétablissons les droits de l'Alcoran
Dom Sebastien vaincu dans les plaines d'Oran
Et par sa mort bientôt illustrant sa défaite
Prouve que des chrétiens la valeur indiscrète
A chez les Musulmans trouvé pius d'un écueil;
QlAe Grenade a son tour devienne leur cercueil;,
Et que ceRoi.-d-.urdW victoire prompte,
Ne trouve dans ces lieux que la mort et la honte.
Almanzor.
Que le même courage enflâme nos guerriers
tt je ne crains plus rien de ses projets altfers
Mais ce Dom Sébastien, qui d'un zèle héroïque
Alla chercher la mort aux rivag es d'Afrique
A-t-il de ses sujets voulu tenter la foi ?
( Ici le Prince marque le plus grand trouble.
On dit .qu'un imposteur qui ressemble à ce Roi
Aux Grands du Portugal, que son aspect étonne
Vient..armé de ses droits, redemander son trône-
Vous vous troublez.
L'E PRINCE.
Qui ? moi
A L M A N Z o R. v
Je lis dans vos regards.
6 ABDEL AZIS et ZTJLEIMA.
LE Prince embarrassé.
Que ces flots d'ennemis menaçant nos remparts
Me livrent, comme vous, a quelque inquiétude.
ALMANZOR,
Nous en triompherons., j'en ai la certitude
Puisque votre valeur secondera nos coups.
Lorsqu'à Zuleïma j'ai donné pour époux
Le fils déjà fameux du Sultan d'Almerie,.
J'ai cru servir mon trône ensemble et ma patrie
Vous remplissez mes voeux garant de vus
exploits
Le nom que vous portez justifiait mon choix.
(Ici le V rince montre encor du trouble.)
Ne descendez-vous point de ce grand Abdcrame
Qui lorsque les tyrans, er le fer, et la flâme
Du Prophète sacré déchiraient le berceau,
Vint fonder en Espagne .un Kalifat nouveau
Soumit l'Alcoran l'Europe presque entière
De l'Empire Français attaqua la frontière
Et qui, de son bonheur étonnant l'Univers.,
Eu[, sans Charles Martel, ignore Jes revers ï
LE.PRINCE.
I--Iéritier de- son nom, comme de sa vaillance,
J'espère de Grenâde assurer la défense
Je sais quels sont vos voeux. Ils seront tous
remplis.
Et j'étais digne enfin. de me voir votre fils.
ACTE
AlMANZOE,,
Écoute il est des tems où le sort de h guerre,
Les révolutions bouleversern la terre:
Où par de foibles mains, les Etats gouvernés
Tombent avecleurs Rois vers leur Chûte entraînés
Malheur au peuple alors qui n'a pour sa défense
Que d'«n Roi uns talens ila vieillesse ou J'en-
.fance.
De Grenade jadis fassuraMe bonheur
Sur le trône aujourd'hui^ languis sans honneur
Cet Etat, dont déjà les forces:s'affaiblissent 1
(Car ainsi que les Rois,les Empires vieillissent)
Peut dqns ces tristes jours avec rapide
Passer de la -vieillesse la caducité
Tout fier pour lui de voir'un nouveau monde
éclore,
Ferdinand brigue aussi la conquête du Maure
Il est tems de remette en de plus jeunes mains
Le soin d'anéantir de trop hardis desseins
Grenade veut un Roi que la Castille craigne •
Monte au trône Abderame.
.LE PRIN CE tout troublé.
Oh ciel moi que je règne!
Quand vous vivez encor, que j'ose s.uccéder
( Se remettant. )
C'est assez quand le sort à qui tout doit céder,
lî ABDÉLAZIS. :ET
D'un monarque chéri marque la dernière heure
De réclamet le.s droits d'un père que l'on pleure,
Sans lui ravir d'avance ûn si noble fardeau
Qu'il ne doit déposer qu'en entrant ati tombeau.
Eli qui suis-je, en effet, pour remplir votre place?
Quelque ha/ar'J heureux secondant mon audace,
Ce courage, ordinaire à qui porte un grandnom,
Peut-être d'un héros m'ont valu le renom.
Mais dans les campsce bras qui peut votisêtreutile,
A bien porter un sceptre est encore inhabilë
.Non que le trône soit une offre à dédaigner,
Mais je ne sais que vaincre, il faut savoir régner.
j'ai besoin que long-tems vous soyez mon modèle.
Votre fille- d'ailleurs à ses devoirs fidelle
Ne s au point séparer son amour de sa foi;
Dans l'auteur de ses jours elle aime à voirson Roi
S'il acceptait le trône, où votre ordrel'appelle;
Son époux se verrait désavoué par elle.
A L M A N Z O R.
Tu neveux point monter encore au rang des Rois:,
Avec moi du pouvoir partage au moins le poids
.• pré-i:lf au Divan, soit chef de mon armée.
Tu l'a; depuis à vaincre accoutumée
Va de ti noble audace er.fla.Tie nos guerriers;
Combats les Espagnols protège nos foyers,
S' is l'appui de l'Etat, et que dans la mosquée
De i'er.voyJde Dieu la faveur invoquée
Attire sur Grenade en ce jour solemhël ••
La force du Très-Haut et les regards du Ciel.
{La Prince sort avec une partie tlt\$ Ç-ar^t.'),
SCÈNE IV.
ALMANZOR/ALY, Gardes auforj
du théâtre>
A L m a n z o R. :̃.
TANDIS qu'il me parlait, d'où vient 4onc-
qu'Abdérame r
Annonçait dan-s ses yeux le trouble de son '9.1119,
On croirait de remords son grand coeur accablé.
Cependant par moi-même en ces lieux appelé,
Digne époux de ma fille, héritier de mon trône»
Sur mon front chancelantil soutient ma couronne
Il relève l'espoir de ce peuple abattu;
Pourquoi donc tant de trouble avec tant de vertu ?
S'il a quelque chagrin qu'il ait voulu me taire
Zuleïma sans doute en est dépositaire
Elle ne peut trahir les secrets d'un époux;'
Non mais qu'elle me dise au moins «je les sais
tous »
E" je suis rassuré. Je la vois qui s'avance.
io ABDJÊLÀZIS ET
SCÈNE V.
ALMANZOR ,ALY, ZULEIMA FATIME
Gardes au fond du théâttre.
A L M A N Z O R.
Ton père a de tous tems desiré ta présence,
Ma fille, mais mon cœur plus vivement du tisn
N'a peut-être jamais souhaité l'entretien.
Abde'rame me quitte et j'ai sur son visage
Lu d'un trouble secret le triste témoignage.
Il s'est en me parlant interrompu vingt fuis
La douleur altérait ses regards et sa voix:
De ce trouble si grand révèle moi la cause
C'est sans doute en ton coeur que son secret
repose.
Z U L E I M A.
Non Seigneur: des chagrins dont il est accablé
Le vrai motif encor ne m'est pas révélé,.
Ils ont de notre hymen obscurci la journée.
Jugez, Seigneur, combien je suis infortunée
De voir-que mon époux corrompt dans les douleurs
Des jours qu'embellissaient l'amour et les
grandeurs
De lire sur son front ses secrettes allarmes
De n'en pouvoir jamais rien savoir que ses larmes
Et de connaître enfin qu'Abdératne aujourd'hui
A des secrets pour moi. qui n'en ai point pour lui.
ACT E PRE MI EH.
A L M A N Z O. R.
Comment, Zuleïma, vous n'êtes pas instruite ?..
Quel étrange soupçon fait naître sa conduite
( Avec beaucoup de ménagement. )
Ciel 1 auriez vous perdu le cœur de votre époux
S'il profanait les nœuds qui l'attachent à vous,
(De nos moeurs de nos lois la fatale indulgence
N'accoutume que trop les cceurs à l'inconstance )
Si l'infidèle enfin faisait de vains .efforts
Pour cacher un forfait qu'accusent ses remords
Z U L E 1 M a.
Seigneur Zuleïma ne vous est pas connue:
Sûre de mon malheur mais sans être abbatue
Sans adresser aa Ciel mes sanglots et mes cris
Forte de mon amour, et sur-tout de mon fils
J'irais reconquérir l'époux qui m'abandonne;
Oui, mon Père, il n'est rien que je ne lui pardonne,
Mais quoique sa tristesse-ait droit de mitonner
Je n'ai, graces au Ciel, rien à lui pardonner.
Son épouse en secret partageant sa souffrance
Gémit de ses chagrins, non de son inconstance
Abdéra,me a pour moi les plus tendres égards
Tous mes désirs par lui sont lus dans mes regards-
Seigneur, je suis aimée: et si dans sa tendresse
Quelque chose en effet et m'afflige et me blesse,
C'est de voir dans ses yeux le trouble, la douleur
D'y lire tant d'amour et si peu de bonheur.
ta
A m a n z o k.
Je suis moins allarmé, puisque son cœur t'adore
Mais quels sont ces chagrins que son épouse
ignore ?
Ma fille à ton époux demande un entretien.
II est tems que son coeur s'épanche dans le tien
Peut-être mérité-je aussi sa confiance.
Et ce trouble muet cet éternel silence
Qui fait couler tes pleurs, et cause ton effroi
vuit affliger ton père et peut blesser un Roi.
'« (Le Roi tort avec A!y et lcs Gardes. )
SCÈNE V I.
ZULEIMA, FATIME.
Z U L E I M A.
Fatime, la terreur s'empare de mon atne.
Jusqu'à ce moment la douleur d'Abdérame,
Le trouble qui sans cesse agite ses esprits,
La langueur de ses yeux dans les larmes flétris
N'avaient que faiblement affligé ma tendresse,
Je me disais « l'amour le trône la jeunesse
Sans doute des humains ne comblent point
» les voeux
» On peut donc être ensemble et Prince, et
y malheureux! »
A C TE P E
Mais cette
Me cause je layoue, un
Quelques soupçons confus.
Affreux resjouvenir. jeu cruel du destin.
Fatime, tu n'as point banni de ta mémoire,
Ce Chevalier connu seulement par,sa,glpire,
Qui- mon époux encor; n'engageait .point
ma foi )
Se montra dans Grenade au milieu d'«n tournoi;
« Dans un de ces combats on la jeunesse alti'ètç(i)
» Donne même.à la paix l'image de la guerre
» Jeux sanglans. que ]'A.rabe en son oisiveté
Dans l'Espagne inventa pour plaire* l la 'beatite'/
F A T I-M E.
Non, sans douté mes yeux $:1;13 cesse retracé,
Je n'ai point oublié que malgré leur valeur :>'r
De tous nos chevaliers il demeura
Qu'il refusa long-;tems,
Le prix que votre.main offrait
Que des juges, dH,ça«jp son rr
Que porte jusq^ vous par Iq peupJlç; enivre,
il reçut, fans orgueil, la visière tymée,
L'Echarpe
i4 ABDEL AZIS et ZULEIMA.
Et qu'il vous dit «quiconque aspire à votre m»in
Ne l'obtiendra jamais s'il n'esr pas i-ouverain
» Je ne suis qu'un soldax, Madame, er vous adore;
Je serai malheureux, permettez qu'on in'igno.e.
Z. U L E r M A.
Eh bien, ce son de voix si dont, si séduisant
A mon oreiilfe. et môme à ijion cœur rrop
présent
Je crois l'en tendre eRcojUi quand j'entends
̃ Abderamé.
F. A: T I. !'il E.
Un tel rapport peut-il trdubler'ainsi-votre ame
Z LEIM A.
Fatime je ne p a i mais dans ce triste jour,
Tour de Z'uleïma semble allarmcr l'amour.
Quelque suit' le secret qu'Abdt'rame me cache,
Malgré lui-, de -son coeur il faut que je l'arrache.
Non que f ose former un soupçon trop cruel;
Mon époux m'aime tiop pour être criminel
Le remord h'fcnt're pomtd'éinsunccEuroù je règ-ne
De sa vertu- ,f ffflme il n'est rieri que je craigne
Il n'a que (îed'fchàgrins et je vëtrx les calmar.
Cher Abdérame, après le plai&'cTe t'aimer,
C'est celui dont sur-tout je dofs1 être jalouse.
Ç'e« pour te consoler que je suis ton epon.se.
A GTE II, '&
LE P R I N C É Z U L E I M
̃̃ Zut, El MA.'
VOUS me fuyez envain,je ne vous quitte pas.
LE PRINCE.
Non je ne prétends point m'arracher de vos l)rU
( A part. )
O Élèl, vous le savez si je chéris sa vu
( Haut. )
Mais près de vous, enfin, mon ame est trop^muet
Je crains que sur prompte i vow»
attendrir.
Je ne les connais pas, je ne puis les goenri,
Ah dans ces jours qu tout attriste la pensée
Du poids de ses chagrins quand mon ame
oppressée
,i6 AB.DÉLAZJ.S et
A besoin d'un ami qui, calme ses douleurs
Est-ce par des soupirs) du silence et des pleurs
Que mon aine à la tienne aime àse faire entendre?
Non, criul', non, nia voix par l'atcent le plus
Aux plus tendres discours encourage ta voix;
Et si NI boucha alors; me SQurfr
Ton c-pour-e oubliant sa douceur exhalée,
N'a, j»as même besoin
Hier un mot (le toi rendit mon front serein,
.Aujourd'hui c'est'à à moi ^'adoucir ton chagrin.
Il n'est point de douleur oji,e votre voix n'appaise,
Qu'elle ne chantiè niais du fardeau qui me pèse,
Fau^jl, que votre cœur jS^pporçe lârnouié,.?.
Qu'un indiscret aveu commande sa .pitié
Des chagrins! oui j'en Vous. en say.e^.lf
Voyez des nos Etats comme le sort dispose.
L'orgueil des Espagnols^ présageant, nos revers'
brèche ouverts,
Notre religion chez nn peuple si bràye
Autrefois
Vos dangers, tout enfin dans untrouble mortel
Ne ̃̃ <> vi J.
'"̃'
Vous me trompez:, <yuel!
ACTE SECOND, i7
B
Cenesontpoint les maux que la, guerre prolonge
Qui causent la tristesse où votre ame se plongea
On sait votre courage il peut tour reparer
Non, non ce cœur lui-même, oiijeveux pénétrex,
Est de ses noirs chagrins la cause et la victime
Dépose dans mon sein ce fardeau qui l'opprime,
Parle.
ie Prince.
Non je ne puis, non, malgré vos efforts,
Zu L E ma.
Vous frémissez! ô Ciel! vous avez des remords!
Vous Abdérame
le Prince.
Moi!
Z U L E 1 M A.
Votre vertu sévère.
Eh quel cœur n'eut jamais de reproche à se faire?
( Avec tendresse et ménagement. )
ÇJjer époux,(je suisloinde soupçonner ta fui,)
Mais d'un moment d'erreur, si coupable envers
moi. ̃̃̃
Tu le sais, il n'est rien qu'un repentir n'efface
Ai-je donc tant dç peine à prononcer ta grâce?
Ce ciel, qui si souvent désarme sa rigueur,
Sait moins peut-être encor pardonner que mon
i8
Votre Zuleïma doit vous être connue;
Expliquez-vous, enfin. ce silenceme tue.
Ah par les doux liens qui nous ont réunis
Par mon amour, par vous enfin par votre fils
( Si ce n'est pas assez des larmes de sa mère. )
LEP R 1 NeE.
Vous le voulez
Z.U L ETMA.
Il faut. Daignez m'éclaircir ce mystère.
L>E Pr ikce,
Eh bien! sachez.
SCÈNE IL
LE PRINCE, CADOR Soldats:
Cadoe au Prince.
irï.j\J haut de ces remparts,
Seigneur où des soldats les vigibns regards
Observent Ferdinand qui cherche à nous sur-
prendre,
On a vu dans les champs des escadrons s'étendre.
Peut-être qu'enhardi par des secours nouveaux
Il va contre nos murs redoubler les assauts.
J'ai cruque mon devoir, dans ce danger extrême.
ACTE
B a-,
x£ Prince 4 Cador.
Je vous suis, je prétends .examiner moi-même
Si par des ennemis que je crus terrassés,
Nos remparts en effet sont encor menaces.
Madame vous jugez que cette circonstance'
Malgré moi me contraint à garder le silence
(.1 part en s'en allant. )
Et mon secret, dussé-je un jour in'en repentir,
• ( Montrant son cœvr. )
Rentre ici tout entier, pour n'en jamais sortir.
11 -sort, d'un cdt<- du théâtre avec C.2dor et les Soldats
tandis qu'Almanzor entre avec les gardes de l'autre.)
ZULEIMA suivant le Prince des yeux.
Eh quoi? vous me laissez dans cette incertitude
SCÈNE III.
ZULEIMA, ALMANZOR, A L Y,
Gardes au fond du rhéâire.
A L M AN ZOR.
Ma fille tire moi de mon inquiétude.
Sans doute ton époux, pendant est entretien,
A versé dans ton coeur tous les secrets du sien
Dë ses chagrins p'rofonds la cause t'est connue.
ûo AEJDÉLAZIS p/r
Z U.L'È M A.
Non, Mon père il voulait se soustraire à ma vue
parlé, mais malgré mon amour et sa fui
Jamais.
ALMANZOR.
Ma fille aussi veut se cacher de moi!
Ma fille dissimule ainsi tous ceux que j'aime
Par un triste retour.
ZlLElMA.
Votre erreur est extr.ême
Seigneur, si mon époux je le dis à regret,
Epanchant dans mon sein ce funeste secret,
M'eût impo:é la loi de ne point vous l'apprendre,
Maigre tout mon arnour pour un père si rendre
Votre fille. une épouse. osanttoutvous cacher,
JN'aurait en te taisant rien a se reprocher
Mais,de ce longsilénce,aujourd'hui mon supplice,
Vous voyez la victime et non pas`la complice
Et mon cœur affranchi d'un trop cruel devoir
N'a rien à vous cacher, il n'a pu rien savoir.
Almanzor. n
Tant de réserve enfin me trouble, m'épouvante.
ACTE SECOND. m
S CÈ.IE IV.
ZULEIMA, ALMANZOR, ALY,FATIME,
GARDES.
Fatimi,
Madame, au moment même un vieillard se
présente,
11 demande à voas voir. Morne préoccupe y
Dans un sombre chagrin il semble enveloppe.
Ses traits sont inconnus et tout me persuade
Qu'il n'est que de ce jour arrivé dans Grenade.
A L M A N Z 0 R.
Commentpour s'introduire au sein de ces remparts
A-t-il des Espagnols pu tromper les regards?
F A T I M E.
.T'ai fait tous mes efforts pour percer ce mystère;
Mais quand on l'interroge, il s'obstine à se taire:
De ses discours confus ce qu'on peut démêler,
C'est que le noir chagrin qui paraît le troubler,
Intéresse le Prince, et sans doute vous touche,
Et le nom d'Abdérame est sorti de sa. bouche.
Z Ù'L E 1 M A.
fil nommait mon époux c'est quelque infortuné
Au déclin de ses ans à souffrir condamné
22 Et
Ce vieiMaid me connaît et sans doute il réclame
Ma pitié, le pouvoir que j'ai sur Abdérame >
Il est vrai que son ccxur ouvzrt'aux malheureux
Se plaît ;i m exaucer quand je parle pour eux.
( A Almanzor, )
ous permettez.
(Almanzorfait signe à F atimc d'introduire le 1,ieillard.)
SCÈNE V.
LES ACTEURS PRÉCÉDENS NASSER.
Nasser à Zuldma.
PRINCESSE à vos pieds que j'embraie.
Z U L E 1 M A.
Vieillard, relevez-vous faut-il pour une grâce?..
Nasser.
Une grâce Nasser ne paraît à vos yeux
Que pour vous apporter les éternels adieux
D'un he'ros,dunt mes soins ont guide' la jeunesse,
Et qui, si le trépas n'eut trompé sa tendresse,
Eût consacre sa vie au bonheur de vos jours.
C'est lui qui m'a charge'
Z U L E I M A à part.
Ciel! où tend ce discours ?
B 4
J'excuse votre erreur, vieillard mais sur la terre,
Nul homme ( j'en excepte Âbderameetmon père).
N'eut quand même la mort viendrxie fermér'ses-
yeux
Le droit de m'adresser ces indiscrets adieux:
( Montrant son père, ) );
Vous voyez Alnaanzor, la fortune ennemie
D'AbdéVame du moins a respecté la vie
Et.
N A S S E R avec douleur.
Lui depuis trois ans' je pleure son trépas.,
Z U L E 1 wr a. ̃"̃'̃-•
-Que dit-il, Abderame ?
Nasser.
Est mort entre mes brasi
Almanzor*
II vit!
Z U L E 1 M A.
Depuis six ans le plus saint hymenee
Au soit de ce héros unit ma destinée
Nasser avec indignation*.
Cet,époux,quelqu'il sojt,n'e3tqa'un vil imposteur.
Z U L E 1 M A à: Nasser.
0 du plus noir mensonge abominable auteur!
H ABDÉLAZI3 ET
( Appercevantle Prince qui entre avec des
Soldats ct Cador. )
Il vient regarde.
( Ici le Prince reste un moment av fond du théâtre
et parle bas à Cador qui sort ensuite seul. )
Nasser à part.
Ciel ma surprise est extrême
Je crois voir en effet AbdeVame lui-même.
sCÈNE VI.
ZULEIMA-, ALMANZOR, ALY, FATIMK,
NASSER.LE PRINCE,GARDES, SOLDATS.
LE PRINCE Almanicr, sans voir Nasser.
sur les remparts ou j'ai porte nies
pas.
part, appercerant Nasser.")
Ciel.. Nasser en ces lieux.. lui !.ne nous troublons
pas.
{Haut à Nasser.)
Pourquoi vous privez-vous Nasser, par votre
absence,
Des droits que vous avez sur ma reconnaissance?
Je n'ai point oublie que par vos soins prudens
Abdérame formé dès ses plusjeunes ans
ACTE SECOND. aS
Aux vertus des héros, honneur de sa fa mi-Ile.
Nasser Alman-or.
Non frémissez grand Roi pour vous pour
votre fille.
Il n'est point Abderame.
Zuleima.
0 Dieu qui l'entendez!
Dieu vengeur!
Almanzor.
Savez-vous cc que vous bazardez?
Nasser.
Oui, Seigneur je le sais je nazarde ma tête,
Mais je fais mon devoir, nul danger ne m'arrère.
2! U L E I M A- à part.
Non, je ne le crois point, et pourtant la terreur.
L E P II I n c E <? Aimanter.
Seigneur votre présence enchaîne ma fureur.
Si je n'eusse écouté larompt à punir l'injure,
Que le ressentiment de l'affront, qu? j'endure
Le courroux que m'inspire un mensonge odieux,
.Et la douleur de voir c,nie Nasser à vos yeux
Jette un doute crttel dans te ca-ur eu? j'aùorc.
ABDÉLAZIS ET ZULEIMA.
Z U L E I M A
(Va je ne l'ai pas cru puisque je vis encore.)
L E P R l n C E.
Ce n'en qu'avec ce fer que j'aurais répondu.
Le sang de ce vieillard à vos yeux répandu.
N A S S F. R.
Lh bien frappe imposteur frappe mais je
t'annonce
Que har-tout je te suis par-tout je te dénonce.
I. E P R 1 N CE.
Non je veux te confondre et j'en sais le moyen.
Lève 1er, yeux Nasser, et regarde moi. bien.
Tes yeux dont le rapport dément ici ton âme,
M'avouant,mal;ré toi me nomment Abdcramej
Ton esprit seul résiste et lui seul est trompé,
'laniùt à mon nspect tu m'as paru frappj
Ah! reconnair. celui qu'instruisit ta sagesse,
Qui doit à les leçons, clue retient sa jeunesse,
I.e plus doux des plaisirs qu'il ait goûtes jamais,
Ce-lai de pardonner l'affront que tu lui fais.
( Avec chaleur. )
Tu t'émeus ma voix même après six ans
d'absence
Signale encor sur toi «a première puissance.
Cui, je triompha enfin Nas.;cr m'a reconnu.

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin