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Abrégé de la vie de Vincent Messaie, un des administrateurs du diocèse de Poitiers, dans la vacance du siége

49 pages
F. Laîné (St-Maixent). 1801. Messaie. In-12.
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DE L A VIE
D E
VINCENT MESSAIE,
UN des Administrateurs du
Diocèse de Poitiers ? dans la
vacance du Siège.
A ST--M A IX EN T, .
Chez F. LAINE, imprimeur-libraire.
An IX, (1801).
A B R É G E
DE L A V I E
DE VINCENT MESSAIE,
Un des Administrateurs du Diocèse
de Poitiers, dans la vacance du
Siège,
IN TR OD UCTION.
L'ÉCLAT de la naissance, les places,
les grands talens, le bruit qu'on a fait
dans le monde, l'influence sur les évé»
nemens de la vie civile ou religieuse,
sont ordinairement le sujet des éloges
ou du blâme , & la matière de l'his-
toire des hommes qui ont eu quelque
célébrité, & qu'on veut proposer pour
exemple à imiter, ou à éviter, à ceux
(6)
qui leur survivent ; car elle ne doit avoir
qu'un but moral', pour ou contre, &
la vérité pure & simple doit en formel-
le caractère. Il n'est donc que trop
ordinaire de ne choisir pour sujets de
l'histoire, que de ces faits éclatans
capables de frapper les lecteurs, aux-
quels on les propose pour leur instruc-
tion même; tant on est persuadé que
les choses lès plus simples ne font aucune
impression sur le coeur & l'esprit hu-
main , ambitieux & orgueilleux , si
j'ose ainsi m'exprimer, jusques sur la
manière de pratiquer la vertu & d'éviter
le vice : dé-là vient que la vertu toute
nue nous fait peu d'impression, & qu'on
ne se tient en garde que contre le vice
le plus grossier; il faut encore dorer les
bords de la coupe où on veut faire boire
les gens, pour leur donner le goût de
la vertu ; ou que les bords de celle où
on pent prendre le goût de l'erreur &
des passions, soient garnis d'un poison
révoltant & qui repousse les lèvres de
ceux qui en approchent. La simplicité
de nos premiers catéchismes, celle de
l'écriture sainte , quelque sublimé
qu'elle soit ; celle de l'imitation, qu'on
peut bien dire inimitable, ne suffisent
pas à la plupart des lecteurs, même
religieux; la simple exposition de l a foi
& des règles de conduite, dans les ex-
hortations qu'on nous fait, ne nous
(7)
sont pas assez sensibles ; il nous faut
des lectures pieuses d'un goût recher-
ché, des prédications à phrases étudiées,
& même, peut-être des directeurs de
notre goût , tandis qu'ils ne doivent
être que d'un bon choix; enfin des
hommes & des livres pieux à la mode,
comme les habits & les parures.
Cette façon de penser n'a certaine-
ment d'autre origine que notre amour*
propre, qu'il fautflatter pour le détruire;
que l'orgueil naturel à l'homme, auquel
oh sacrifie en le combattant ; enfin que
le péché originel même, qui, ne pouvant
se détruire entièrement, demande des
ménagemens , jusqu'en retranchant ses
rejetons qui germent continuellement.
Le sujet de cet abrégé est loin de
satisfaire l'ambition même religieuse
des lecteurs : rien de plus simple que
les détails dans lesquels on se propose
d'entrer; c'est la vérité toute nue qu'on
propose à l'imitation de tout chrétien,
dans la vie la plus ordinaire, & qui,
malgré cela, doit convenir à qui que
ce soit dans les places les plus éminentes,
auxquelles un vrai chrétien puisse être
destiné par la Providence.
Vincent Messaie naquit à Vivône en
Poitou , le du mois d'octobre 1727, de
parens honnêtes, vivant de leur travail
A 3
(8)
& de leur commerce, estimés de leurs voi-
sins & concitoyens, avec une fortune plus
que médiocre. Fils d'une troisième fem-
me de son père, & qui étoit de Poitiers,
sa mère ayant perdu son mari & n'ayant
que ce fils, âgé seulement de cinq ans,
se retira dans cette ville, au milieu de
sa propre famille. Cette femme , qui
avoit du nerf & de l'esprit, bien plus
.que d'aisance, trouva le moyen d'élever
ce cher fils dont la douceur & la carac-
tère simple ne lui offrirent aucun des
obstacles que l'éducation donne ordi-
nairement aux parens. D'un, naturel
ferme & un peu impérieux, elle n'eut
T>a§ besoin d'en user auprès de lui.
Quoique très - vertueuse, le contraste
du tempérament dp fils & de la mère,
étoit remarquable ; aussi , fut - elle
toujours maîtresse absolue & sans con-
tradiction , de la part de ce cher enfant,
dans son enfance, dans sa-jeunesse,
dans le ménage qu'elle tint chez son
fils, dans les deux vicariats qu'il occupa
& dans sa première cure, où il la perdit,
avec les regrets du meilleur fils , & qui
lui avoit toujours l'obligation d'une
éducation véritablement chrétienne ;
mais ce qui les rapprochoit le plus,
c'étoit le coeur généreux, dans la plus
grande médiocrité , car elle étoit aussi
désintéressée que lui.
Naturellement religieux , comme
(9)
Tertulien dit qu'il y a des âmes natu-
rellement chrétiennes, les prières qu'on
apprend aux enfans & qui leur coûtent
tant, ne lui coûtoient rien. Leur pre-
mière demeure à Poitiers n'étoit pas
éloignée de l'eau , sa mère s'étant un
jour écartée de lui, il tomba dans un
endroit oui 'eau étoitassez profonde pour
le noyer ; il n'avoit que sept ans ; heu-
reusement , une femme arriva à propos t
pour l'en retirer ; elle a rapporté que
cet enfant, surnageant entre deux eaux
où. ses vêtemens le soutenoient encore,
on voyoit s'élancer ses petites mains au
dessus de l'eau , qui tâchoient de se
réunir pour prier ; il a avoué lui-même
se rappeler qu'il disoit de bon coeur
ses p a ter & ses ave. Il demeuroit dans
le voisinage d'un parent, & qui étoit
aussi son parrain. Cet homme, nommé
Pérault, avoit très-bien fait ses études,
& dans l'idée de prendre le parti de
l'église ; mais ne s'y sentant pas, quand
il fut très-avancé, une vocation décidée,
il tint une école de grammaire. Ce fut
le premier maître du jeune Messaie,
& sous lequel il fit beaucoup de progrès,
jusqu'au temps où il fut en état d'aller
au collège, où il'se distingua toujours
par sa sagesse & son application. Un
homme de considération, son camarade
de classe, & qui vit encore, dit que
son régent ne lui ayoit désigné pour
A a
(10)
ami à fréquenter , que le jeune Messaie.'
D'une conception rapide , juste &
précise, d'une grande mémoire, il
n'avoit pas encore quinze ans, qu'il
prit un goût particulier pour les mathé-
matiques, dont les maîtres étoient aussi
rares à Poitiers , qu'ils sont communs
aujourd'hui; il n'y en avoit même pas
de professeurs suivis , au collège des
Jésuites ; il en paroissoit de temps à
autre, mais peu y faisoient des élèves
distingués : les sciences exactes & de
mesure n'étoient pas ce qui occupoit le
plus ces pères , qui ont fourni tant de
grands hommes dans toutes les autres
parties ; ils avoient quelques grands
mathématiciens, mais ils ne les répan-
doient guères dans les provinces; les
professeurs de physique en donnoient
quelques extraits & ne sortoient guères
des premiers principes ; mais comme
le goût du jeune Messaie étoit porté de,
ce côté-là, il s'y distingua par son applir
cation, & dans toutes les autres parties
de la physiquej & comme il avoit pris
un goût général pour la théorie & la
pratique des arts& de leur mécanisme,
il fie des sphères sur tous les systèmes
du monde; des globes terrestres, des
globes célestes ; & devint en peu de
temps très-bon mathématicien , astro-
nome, géomètre, & bon géographe;
il avoit dans cette dernière partie une
(11 )
mémoire locale admirable : on l'a vu
dans un âge très - avancé , comme on
cherchoit devant lui une ville en Asie,
dans une carte qu'on avoit déployée,
& où celui qui la tenoit, &dont la vue
étoit meilleure que la sienne, la cher-
chant à la chute du jour, pouvoit à.
peine discerner l'écriture, tendre la
main à une certaine distance où il ne
voyoit sûrement rien & mettre le doigt
dessus la ville, en disant, elle doit être
là ; & c'étoit une carte qui n'étoit point
à lui, qu'il n'avoit jamais vue, & peut-
être d'un autre géographe , que celle
qu'il avoit pu voir chez lui ou ailleurs,
il y avoit sûrement alors un temps con-
sidérable. Ce qu'il y avoit de plus loua-
ble , c'est que son goût pour la cosmo-
graphie , & sur-tout l'histoire naturelle
concernant les trois règnes, qu'il con-
noissoit bien, ne le portoit qu'à admirer
les grandeurs de Dieu & la puissance
du Créateur, la première fin qu'on doit
se proposer & qui n'est pas celle de la
philosophie du jour. Cette philosophie-
là lui déplaisoit beaucoup. Un jour,
un de ses amis lui ayant fait le reproche
qu'il trouvoit de la philosophie partout,
il lui répondit que malheureusement
elle s'introduisoit presque partout. Il
rendoit justice au géniede M. de Buffon,
mais il ne lui pardonnoit pas aussi aisé-
ment que M. Bergier, qui, en le criti-
( 12 )
quant honnêtement, dans son grand
ouvrage historique & dogmatique de la
vraie religion, l'excuse de matérialisme
sur les animalcules : M. Bergier, disoit-
il , l'a trop épargné ; j'aime mieux
Walmont-de-Bamare , très instructif ; &
quoiqu'écrivant d'après lui, il est reli-
gieux. Il n'étoit pourtant ni scrupuleux,
ni minutieux, ni rigoureux dans l'exer-
cice de son ministère, il n'étoit qu'exact.
Ce n'est pas précisément un dévot, disoit
un. homme de beaucoup d'esprit, ce
n'est pas le mot; il n'est que pieux ; &
certainement il ne vouloit pas donner
au terme de dévoila mauvaise acception
qu'on lui donne dans un monde qui
n'est ni dévot ni pieux. Un jour qu'on
badinoit avec lui sur cette manière de
le définir, il dit tout simplement que
c'étoit métaphysiquer sur les termes ;
mais lui dit-on, il y a pourtant une dif-
férence entre les deux & qu'on remarque
tous les jours , sans y mettre de mauvaise
intention; hé bien! répondit-il , cela
ne vaut pas la peine d'être remarqué.;
c'est une chose qui ne dépend que du
tempérament, qui est plus ou moins
affecté.
La jeunesse de M. Messaie n'a jamais
eu de jeunesse; il se portoit à l'étude &
à la vertu par un attrait qui lui paroissoit
naturel; il n'étoit jamais sans rien faire;
il ne se récréoit que dans l'occupation
(13 )
& dans l'envie naturelle chez lui de
savoir & de s'instruire de tout. Sociable
pourtant autant qu'on peut l'être , &
d'une gaîté modeste & soutenue, s'il
cherchoit quelque fois la solitude, c'étoit
pour lire ou pour prier ; mais il recher-
choit avec empressement la compagnie
des hommes instruits & religieux, qui
pouvoient l'instruire ou l'édifier. Rien
ne le dissipoit, tout l'instruisoit ; rien
ne lui échappoit parmi les choses utiles
ou qui respiroient le goût du génie &
de ce qui concernoit les connoissances
humaines; il n'aimoit pas les conver-
sations vagues & inutiles, quoiqu'il ne'
parût difficile à converser vis à vis
de personne ; il supportoit avec égalité
& sansrépugnance, du moins apparente,
la compagniedumoindresujet, comme
celle du plus beau génie. L'envie de
savoir paroissoit , pour ainsi dire, hors
de lui, ne s'applaudissant jamais sur ce
qu'il savoit, & acquérant des eonnoiS'-
sances, sans trop s'en apercevoir &sans
retour sur lui-même. Il s'est toujours
compté pour rien : cela est surprenant,
mais cela "n'en est pas moins vrai; lui
donner des éloges étoit le plus grand
tourment pour lui ; aussi étoit-il facile
à en donner aux autres, ce qui n'arrive
qu'aux personnes qui n'en retiennent
pas pour elles-, à l'exception pourtant
de celles qui n'en donnent que pour en.
( 14 )
recevoir ; contrat tacite & bien odieux
à la société & à la religion : il étoit bien
éloigné de cette usure anti- sociale &
anti-religieuse .
Etant entré en théologie , on ne le vit
point chercher à se distinguer par. cet
esprit de dispute & d'argumentation
qui paroît nécessaire pour entretenir
l'émulation, mais où l'amour propre
trouve si bien son compte & où la cha-
rité se blesse si aisément. Avec le peu
d'empressement qu'il avoit de se faire
remarquer, il s'instruisoit dans cette
classe, sdans le silence & sans aucun
éclat; non pas qu'il blâmâb la scholas- .
tique , devenue nécessaire contre les
hérétiques, par les sophismes & les
faux-fuyans qui les caractérisent ; mais
c'étaient les armes de son arsenal qu'il
se soucioit le moins démettre en usage*.
monter sur les bancs , faire parler de
lui, l'eût trop contrarié. Dans tous les
temps , il a été nécessaire de le bien
connoître pour le juger ; s'il n'eût pas
autant aimé la société, ori l'eût toujours
ignoré; il échappait toujours à la pre-
mière vue; son physique mêmen'avoit
rien d'attrayant, qu'un air de franchise
& de douceur, & des yeux fort spirituels;
on peut dire qu'il se faisoit valoir sans
le savoir lui - même ; on l'eût toujours
pensé le dernier, comme il se croyoit
être, s'il ne se fût pas trahi par sa con
(15)
versation ou par ses lettres. Il n'étoit
attaché à son avis , qu'autant que la foi
pu les moeurs étoient compromises; il
cédoit sur tout le reste , & tous ceux.
qui l'ont connu savent que c'étoit-là
son seuldéfaut ; on lui a reproché cette
trop grande facilité à céder au sentiment
des autres , & ,que ceja lui faisoit man-
quer de caractère; mais on peut bien
dire qu'il étoit là- dessus incorrigible.
Dans le cours de sa théologie, on lui
confia les petites écoles de Saint- Ger-
main , la ressource des jeunes ecclésias-
tiques qui n'avoient pas de moyens,
& où on a vu passer d'excellens sujets.
Cet emploi peu distingué aux yeux des
hommes, si agréable à Dieu, si utile à
la religion, plaisoit à son humilité & à
sa douceur ; il connoissoit le prix qu'on
doit attacher à l'éducation chrétienne
de ces jeunes plantes de la vigne du
Seigneur,,l'espérance delà religion &
de l'État, & mille fois plus précieux
que les emplois les plus éclatans ; ce qui
a fait dire au célèbre d'Alembert, en
pleine académie, dans l'éloge du grand
Bossuet , en le représentant dans sa
retraite à Mçaux, sur la fin de ses jours,
où il se plaisoit à faire le catéchisme
aux-enfans, qu'il étoit plus grand dans
cette humble fonction , qu'au milieu de
la cour, & qu'il y trouvoit mieux la
simple vérité que parmi les grands 6»
les courtisans.
( 16)
Après le temps suffisant de cet exer-
cice & de sa théologie, où il falloit se
présenter au supérieur du séminaire,
pour l'examen préliminaire des premiers
ordres, M. Messaie, qui avoit déjà là
tonsure & qui avoit assisté Je temps
nécessaire à la paroisse de St.-Germain,
se présenta comme les autres, sur les
traités assignés & sur lesquels devoit
porter l'examen définitif de l'évêque.
M. Duchesne étoit alors supérieur du
grand séminaire qu'il a dirigé jusqu'à
sa mort, avec une douceur, un liant
dans le caractère, des lumières rares,
une simplicité évangélique dans son
extérieur & dans ses manières , & un
amour pour les ecclésiastiques confiés
à ses soins, qui ne lui laissoit que la
fermeté nécessaire ; qualités qui en fai-
soient un des supérieurs de France le
plus propre à son état ; il chérissoit &
a toujours chéri , toute sa vie, M.
Messaie, l'image la plus ressemblante
de cet excellent homme. Les directeurs
du séminaire qui avoient pour lui les
mêmes sentimens , connoissoient son
goût décidé pour les mathématiques,
& craignoient qu'il ne s'y appliquât trop-
& qu'elles ne prissent sur la science
nécessaire à l'état qu'il embrassoit ; ils -
se firent un devoir de l'embarrasser , &
le renvoyèrent pour une autre ordina-
tion des quatre moindres, en lui disant
( 17)
qu'ils savoient bien qu'il étoit un très-
bon mathématicien , mais qu'il étoit
plus nécessaire d'être un bon théologien^
& il ne fut point présenté à l'examen
de l'évêque.
Cette petite humiliation ajoûta point
à son humilité ; il aimoit mieux rece-
voir une leçon que d'en donner; ces
Messieurs savoient bien que cela-ne le
rebuteroit pas , comme le célèbre
Nicole, qui resta mordicus, simple ton-
suré , malgré l'invitation que lui firent
ses examinateurs de se mettre au dessus
du refus qu'il avoit essuyé. Nous ne
déciderons pas si un des plus grands
héros du jansénisme , & qui nous a
donné , ni plus ni moins , d'excellens
ouvrages, eut autant d'humilité dans
cette circonstance que M.Messaie ; ce
qu'il y a de bien sûr, c'est que ce der-
nier, n'y vit que l'avis de ses supérieurs,
toujours respectable pour lui, de s'ap-
pliquer davantage à la science de son
état, ce qu'il fit & ce qu'il a toujours
fait depuis ; aussi la théqlogie morale,
l'écriture sainte, l'histoire ecclésias-
tique, la tradition, les meilleurs & les
plus solides pères de l'église ont - ils
toujours fait sa principale lecture , sa
principale étude ; mais comme il avoit
un goût universel, il n'étoit pas étranger
à tout ce que l'histoire profane a de
meilleur; l'eloquence & la poésie étoient
( 18 )
fort de son goût; il étoit fin connoissenr
des. bons ouvrages ; son goût pour tous
les arts ne l'a jamais abandonné ; un
appartement que sa mère avoit pris chez
un sculpteur de réputation & amateur
des arts analogues , lui avoit donne
beaucoup d'attraits pour la sculpture,
le dessin, la peinture, la dorure même;
il savoit assez de tous ces arts pour en
connoître la touche, & pour mettre à
exécution des morceaux vraiment inté-
ressans, Que de tableaux d'église n'a-
t-il pas retouchés & renouvelles chez
ses confrères ? que de dessins & de
dorures pour embellir le lieu saint, car
tout "ce qui regardoit le culte du Sei-
gneur lui plaisoit plus que tout le reste.
On peut bien dire que , par sa facilité
& son application, il fut presque son
seul maître à lui-même ; copiant sur ses
lectures & sur ce qu'il voyoit, il n'eut
jamais le moyen d'en payer aucun; il
ne pouvoit vivre & sa mère, que de
quelques petites rentes, qu'elle a même
été forcée d'aliéner , & de quelques
écoliers à qui il donnoit des leçons; il
avoit le génie imitatif, quoiqu'original
dans l'invention. On est capable de bien
des choses , quand on ne perd point de
temps; & on les fait toujours bien,
quand on n'a pas cet esprit volage, qui
passe d'une chose à l'autre , sans se
fixer & en ne faisant qu'effleurer ce
(19)
qu'on apprend ; il voûloit toujours bien
faire tout ce qu'il faisoit.
Il est certain qu'on doit toujours
s'appliquer principaiemeut à ce qui
concerne l'état particulier qu'on a em-
brassé , mais cela n'empêche pas que
ce goût universel ne soit la vraie marque
du génie, &'on ne sent peut-être pas
assez combien une science quelconque
sert à en cultiver une autre : les con-
noissances humaines se prêtent la main
mutuellement. La théologie est peut-
être la seule qui cherche à s'isoler, soit
parce qu'elle est plus divine qu'hu-
maine, soit parce qu'elle demande plus
d'application que de génie, quoique la
scholastique suppose bien un certain
ressort, mais qu'y: s'y borne : l'homme
dégoût, en la cher chant & en. la mettant
en tout, a toujours besoin dans cette
analogie entre toutes les sciences ,
d'une grande sobriété, pour en diriger
la correspondance.
On entreroit dans trop de petits
détails dans une vie qu'on n'entreprend
que pour l'édification chrétienne, si on
faisoit mention d'une foule de petits
chef-d'oeuvres qu'il faisoit de lui-même
dans sa jeunesse; mais on peut bien
s'en permettre quelques traits dans la
vie de cet homme respectable, qui , à
l'amour des arts, joignoit à un si haut
degré toute la simplicité de la belle
( 20 )
riature, sanscraindre d'être trop minu-
tieux. Voulant présenter un bouquet à
sa mère, pour le jour de sa fête , car la
tendresse mutuelle des deux étoit au
dessus de l'expression , il lui demanda
tin morceau de toile ; je n'en ai pas,
mon fils , lui répondit-elle; elle essuyoit
alors la petite vaisselle qui avoit servi
à leur dîner , car ses moyens ne lui per-
mettaient pas d'avoir de servante; mais,
ma chère mère, reprit-il, donnez-moi
un morceau du mauvais linge dont vous
vous servez pour essuyer ces assiettes ;
cette tendre mère , qui ne savoit rien
refuser de ce qu'elle avoit à ce cher fils,
lui coupa à sa discrétion un morceau
de ce torchon , sans s'informer de ce
qu'il vouloit en faire ; le fils fort content
se retira dans sa chambre , le lava,
l'arrangea, le prépara, & peignit dessus,
un tableau de Ste.-Madeleine, patronne
de sa mère, bien fait, qu'il encadra lui-
même & qu'il lui présenta la veille de
sa fête. On tient cette anecdote d'un
témoin oculaire. Il est certain que si
M. Me,ssaie n'eût pas été appelé au saint
état qu'il a si bien rempli, & qu'il fût
entré dans le monde dans la carrière
des arts, il fût devenu un des plus grands
artistes de son temps. On a rapporté à
l'auteur de cette histoire, qu'une mau-
vaise horloge de bois qu'un de ses con-
frères avoit apportée dans la maison où ils
( 21 )
ont été renfermés & dont il entreprit
la direction , tantôt en ôtant une dent
d'une roue, tantôt en en mettant , ou
en en limant une.autre, leur a servi
dans les différentes,maisons où ils ont
été transférés, pour les régler dans leurs,
exercices , & pour y régler les montres.
de ceux qui en avoient, quand ils ne
pouvoient pas, par le temps couvert,
ou mauvais , les régler au méridien «Se-
aux cadrans de toutes formes & de
toutes positions en plateau on en globe,
qu'il leur avoit fait à leur demande, &
que chacun a emporté à.sa sortie; car
sur toutes chopes., il n'a jamais mis au-
cune propriété , & a toujours mieux
aimé travailler pour les antres que pour,
lui-même : on sait bien qu'on n'a rien
trouvé à sa mort, qu'il se fût réservé
pour lui.
Mais à propos de cette fameuse hor-
loge si bien réglée, de cet oracle des
heures sacerdotales , on assure qu'il se
tût & qu'on n'a jamais pu le faire parler
depuis qu'unepersonne de considération
obtint la sortie de M. Messaie , pour
aller demeurer chez elle. Cela prouve
au moins qu'il avoit plus d'un talent où
personne ne, pouvoit le remplacer.
Mais reprenons le cours de sa vie &,
le temps ou il avoit été remis pour,
prendre;les ordres sacrés, auxquels il,
s'étoit disposé, plus solidement ; il fut
( 22 )
bien admis alors, non seulement aux
quatre moindres , mais encore au sous-
diaconat, ce qui le dédommagea de la
petite remise des premiers, faite uni-
quement pour l'éprouver, & par consé-
quent il n'éprouva aucun retard pour
la suite des ordres ; car il devoit recevoir
seul les quatre moindres la première fois
qu'il se présenta ; autrefois on les rece-
voit bien séparément tous les quatre ;
ceux même qui tenoient les petites écoles
n'étoient pas dispensés de quelque temps
de séminaire pour les ordres majeurs. Il
se lia davantage, dans cette demeure,
avec le supérieur & les directeurs
de cette maison., de/façon qu'après
là prêtrise , M. Duchesne , qui a toujours
eu la Confiance des évêques , voulut
l'envoyer vicarier à Cheneché, situation
d'un prieuré réuni au grand séminaire,,
& dont la desserte «Se le petit casuel ordi-
naire formoient le revenu du vicaire. M.
Duchesne avoit ses vues en l'y envoyant ;
il le plaçoit auprès d'un curé d'un vrai
mérite & dans une paroisse dont Mad. la
Marquise de Châteigner de St.- Georges
étoit Dame ; le curé & elle étoient tous
lès deux d'un caractère assez roide &
ne se convenoient pas trop l'un à l'autre,.
lé curé n'étoit pas un homme;disposé à
céder ce qu'il avoit ou croyoit, avoit
raison de soutenir ; la dame étoit encore
moins disposée à mollir : tous -deuss