Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Abrégé de la vie et des miracles du serviteur de Dieu J.-F. Régis,... Extrait de l'histoire composée en latin par le P. Bonnet,...

De
106 pages
Lambert-Genlot (Lyon). 1811. In-18.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

Extrait de la Lettre des tats-Généraux
de la province du Langùëdoc.
TRES-SAIN T. PERE,
Les Etats-Généraux de la province du
Languedoc , en France , assemblés à Nar-
bonne , viennent d'apprendre que votre
Béatitude est dans la disposition de mettre
solennéllement au nombre des Saints
bienheureux, JÉAN-FRANÇOIS REGIS, de
la Compagnie de Jésus, autrefois un de
ses citoyens , et en toutes manières un
de ses plus illustrés sujets, Ils n'ont pu
recevoir une si heureuse nouvelle , sans
se féliciter eux-mêmes , et sans rendre de
très-humbles actions de grâces , premièreri
nient à Dieu , ensuite à. votre Sainteté , du
dessein qu'elle a.,formé de faire à nôtre
Province le plus grand honneur qu'elle
puisse recevoir , et celui qui est en effet
l'objet de ses voeux les plus afdens;
Voici donc prosternés aux pieds de, vôtra
Sainteté , les Archevêques, les Evêques, les
Barons, les Députés des cantons et des villes
de la province du Languedoc , qui, tous en-
semble, vous conjurent de déférer, dans
toute l'Eglise , lés honneurs des Saints au
Bienheureux JEAN - FRANÇOIS , ci-devant
notre citoyen sur la terre , aujourd'hui notre
très-honoré Protecteur dans le Ciel.
Ecrit et signé au nom des Etats-Génér&u&
du Languedoc, Le 20 Février .1736.
ENÉ FRANÇOIS , Àrcheveque de Narbonne.
A B R È G E
DE LA VIE
ET DES MIRACLES
DU SERVITEUR DE DIEU,
JEAN- FRANÇOIS RÉGIS,
Béatifié par le Pape Clément XI, en 1736 ,
et canonisé par Clément VII, en 1757;
EXTRAIT de l'Histoire composée en latin par Je
P. BONNE T;
AUGMENTÉ DE SA TRANSLATION,
De la Neuvaine , des Prières durant la-
Saint g Messe, et des Vêpres.
A LYON,
Chez LAMBERT-GENTOT , Imprimeur-
Libraire , grande rue Mercière, N.0 14.
Et à ANNONAY,
Chez L. RIBOULONT, Négociant.
CANONISATION
D E
S. JEAN-FRANÇOIS REGIS.
E fut le 5 Avril de l'an 1737, que N.
S. P. le Pape ClémentXII, après avoir
entendu le rapport du Cardinal ricco,
aussi illustre par sa piété que par son sa-
voir, fit publier le Décret de la Canoni-
sation du bienheureux Jean - François
Piégis. La solennité fut célébrée dans l'E-
glise de St. Jean de Latran , le 16 Juin de
la même année 1737, Fête de St.Vincent
Ferrier , auquel le Pape avait une sin-
gulière dévotion, étant né ce jour-là. La
Fête du nouveau Saint est fixée, d'après
le temps de sa béatification, au 24 Mai.
PERMISSION.
Nous soussigné. Vicaire-Général de Monseigneur
l'Evêque de Aiende, Baron de l'Empire, après
avoir tu avec attention l'Abrégé de In Vie-de Saint
Français Régis, et les Prirres qui y ont. été jointes ,
n'y avons rien trouvé que d'édiiiant : en consé-
quence, nous permettons à M. LAMBERT-GEN TÔT
d'imprimer ledit Livre , sans augmentation ,
diminution.
Annoiaay, Ia 27 Décembre 1810.
L. PICANCEL, Vie-Gen
Exercice' durant la Ste. Messe.
5
EXERCICE
SPIRITUEL
Durant La Sainte Messe.
TRès-doux Jésus, je me prosterne en
toute humilité à vos pieds, désirant
les arroser et les laver de mes larmes,-en
reconnaissance et déplaisir des péchés
que j'ai commis contre votre divine Ma-
jesté, vous suppliant d'avoir pitié de cette
pauvre créature , rachetée par votre pré-
cieux sang, et ne la punissez pas selon
ses démérites.
Seigneur, j e connais mes fautes et m'en,
repens de bon coeur: je vous en demande
très-humblement pardon , proposant ,
avec votre sainte grâce, de me garder
mieux à l'avenir de tomber en tel les offen-
ses, et de tâcher avec toute diligence,
d'être mieux sur mes gardes, et de vous
aimer de tout mon coeur.
Puis vous direz : Misereatur et Confî-
teor, etc.
A 3
6
Exercice
Al Introït.
O Dieu Eternel ! je me réjouis que vous
soyez seul celui qui est, et que pas un
n'ait l'être que par vous. O grandeur infi
nie! vous savez bien ce que vous êtes, et
ce que je suis: vous êtes tout et je ne suis
rien , cependant vous me cherchez.
Kyrie, eleison.
O très - miséricordieux Seigneur ! je
vous demande très-humblement pardon
pour tous ceux qui sont en péché mortel,
et vous supplie par votre précieux sang,
mort et passion , de leur inspirer une
parfaite douleur et repentir de leurs pé-
chés , afin que votre S. Nom soit loué en
eux et par eux.
Au Gloria in excelsis.
Je me réjouis, ô mon Dieu ! vous
voyant adoré des Anges, et il me déplaît
grandement que vous soyez si méconnu
et oublié des hommes.
Seigneur, je vous adore avec ces Es-
prits bienheureux, et souhaite extrême-
ment que tout le monde vous connaisse
et adoré.
O Roi de gloire ! élevez mon coeur en
haut, afin qu'il glorifie votre Nom en,
terre, comme les Anges le glorifient au
Ciel.
durant la Messe.
7
Tout ce que je dirai et ferai sera pour
otre gloire , sans chercher la mienne :
aurai toujours dans la bouche, Gloire
oit à Dieu.
Quand le Prêtre dit : Dominus vobiscum.
Seigneur mon Dieu, soyez toujours
àvec moi, et jamais ne vous en séparez.
Aux Oraisons.
ODieu Eternel! jetez les yeux de votre
iséricorde sur votre Eglise, et recevez
j es Prières et Oraisons qu'elle vous pré-
sente par le ministère du Prêtre, et les.
exaucez par les mérites de N. S. J. C.
jyotre Fils bien-aimé. Ainsi soit-il.
A l'Epltre.
O doux Sauveur! donnez-moi la lu-
mière pour connaître et accomplir tou-
ours votre sainte volonté, et me faites
a grâce de porter patiemment pour votre
amour les adversités qui m'arriveront.
Ainsi soit-il.
A lEvangile.
: O Dieu de mon coeur ! éclairez les
yeux de mon entendement, et enflam-
mez mon coeur et mes affections, afin
que je puisse exécuter et garder voscomt-
andemens, vos conseils et vos saintes
inspirations. Ainsi soit-il.
A4
8 Exercice
Quand on dit le Credo, vous direz de
coeur ou de bouche .
O Souveraine Majesté ! je crois fer-
■memenj: que vous êtes un Dieu en trois
Personnes, Père, Fils et St. Esprit, qui
de rien avez créé toutes choses.
Je crois que votre seconde personne,
qui est votre Fils, s'est fait Homme et
çst né de la bienheureuse Vierge Marie,
par l'opération du Saint-Esprit j qu'il es
mort pour moi, qu'il est ressuscité, qu'il*'
est monté auif Cieux, et qu'il doit juger
le monde.
Je crois sept Sacremens de la Saint
Eglise Catholique , Apostolique et Ro-
maine. Finalement je crois tout ce qu
|a même Eglise enseigne, et' veux vivre
pt mourir eh cette Foi, quoiqu'il fût be
soin d'endurer plusieurs tourmens , à
l'imitation des SS. Martyrs. -f
Seigneur, augmentez ma foi et coin,
yertissez les Infidèles, les Lié ré tiques e'
les Schismatiques. Ainsi soit-il.
Offrande et Oblation de l'Hostie.
Père éternel, en l'union de votre sain
pmour, en mémoire de ce divin Sacrifie
qui vous fut offert sur l'arbre de la croix
par mon Sauveur Jésus-Christ, repré
çenté en celui-ci, je vous offre aussi tou
durant la esse. 5
moi-même avec lui, toutes mes pensées
paroles et oeuvres, suppliant votre bonté
f de les dresser toutes à v.otre honneur et
S gloire, à mon salut et à celui de mon
prochain pour la rémission de mes péchés
et négligences , et de tous les fidèles
|< Tivans et trépassés. Ainsi soit-il.
Au Lavabo.
. Priez Dieu qu'il nettoie votre ame ;
dites : Miserere met, etc.
' Au Sursiim corda.
Seigneur, ô que vos tabernacles sont
| désirables ! Mon ame souhaite , en sou-
fjl pirant, de s'unir à vous plus ardemment
I que le cerf lassé ne cherche Jes eaux de
I rafraîchissement.
Tirez-moi après vous ,b mon Tout î
e eourrai après les odeurs de vos par-,
, fums; car sans vous je ne prétends plus
», rien au ciel, ni sur la terre.
Oh !. si la mémoire de vos biens éter-
| nels demeurait toujours imprimée dans
f mon ame , je ne tiendrais plus cfîmpte
|:. des biens périssables de ce monde.
| O mon Dieu , et toutes choses ! quand
| vous irai-je voir clairement en votre
l gloire ? vous êtes toutes choses à tous.
Au Sanctus.
i O Saint des Saints ! donnez-moi à con-
: A 5
10 Exercice
naître ce que vous êtes, et votre être éter-
nel, afin que mon ame éclairée de votre
lumière vous bénisse de toute éternité.
Ainsi soit-il.
ODieu très-saint! qui nous avez élus
par votre seule bonté pour nous.rendre
saints et sans tache en votre présence,
faites que je le sois; éloignant les fautes
de moi, et m'ornant de toute vertu et
sainteté. Ainsi soit-il.
O célestes Séraphins qui louez Dieu
du nom de Saint qui lui plaît tant! venez
du Ciel, embrasez-moi d'amour, purifiez
mes lèvres et mon coeur., afin que je
sois Jout pur et saint en la présence de
mon Seigneur.
A l'élévation de l'Hostie.
O Dieu tout-puissant ! ô bonté, su-
prême ! ô grande miséricorde ! ô justice 1,
ô charité infinie !
O Père éternel! voilà mon Sauveur
Jésus-Christ, votre Fils bien-aimé, que je
vous offre en satisfaction de toutes mes
■offenses, négligences et ingratitudes.
A l élévation du Calice.
O très-précieux sang de mon Sau-
veur! visitez-moi, purifiez-moi, enivrçz-
moide l'excèsderamourpour lequel vous
fûtes répandu, et me pénétrez de la dou-
uran a- e .
leur avec laquelle vous fûtes exprimé
des veines de mon Sauveur.
Ainsi soit-il. '
De l'élévation jusqu'au Pater.
O Dieu d'amour, qui êtes "mort pour
'moi! je désire mourir en vous et pour
l'amour de vous.
Oh ! si j'endurais patiemment les ad-
versités et contradictions qui m'arrivent,
comme vous avez enduré pour moi tant
de peines et d'injures, et une mort si
ignominieuse!
O doux Sauveur ! faites-moi la grâce
d'obéir toujours à vos cominandemens,
à vos conseils et à mes supérieurs.
Otez-moi , Seigneur , l'affection dé-
réglée des choses de la terre, afin que
je n'aime que vous et toutes choses en
vous et pour l'amour de vous.
Ainsi soit-il.
Au Pater.
i. O Père très-saint, qui habitez aux,
Cieux! je me réjouis de votre sainteté,
donnez, je vous supplie,"la. lumière de
la foi à tous les infidèles, la grâce et la
charité à tousles chrétiens , et un fervent
amour à tous les justes; afin que tous
■sanctifient votre S. Nom enterre, comme
les bienheureux font au Ciel. |;
A 6-
12 Exercice
2r-0 très-sainte Trinité! entrez'en
JÏOUS, demeurez et régnez avec ceux
qui vivent enterre, comme vous régnez
parmi les Saints qui vivent an Ciel, afin
que nous vous servions comme eux.
' 3, O grand Dieu! enseignez-moi à
faire votre yc-lonté entièrement, sans
faillir, avec attention pure ;de plaire à.
vous,çeul, avec promptitude, sans re-r
îarde.ment ni répugnance , avec perr
séwerance jusqu'à la fin, et avec un
amour fervent.
4- O pain de vie qui descendîtes du
Ciel pour donner la vie au monde ! don-
nez-vous à moi, afin que je vive par
Vous, en vous, et continuellement uni
avéç vous, pour ne m'en jamais séparer.
5. Q Père libéral ! je pardonne libre-
ment les offenses qu'on m'a faites, afin
que vous me remettiez celles dont je VOUS,
suis, débiteur,
6. O Père célesïë;! voyez comme je
sujs, combattu de tous côtés de plusieurs
(ennemis. : je ne refuse pas le combat,
puisqu'il vous plaît; mais aidez-moi ;â
remporter la victoire, qui retournera à
votre gloire.
7. Séigneur; délivrez-moi de tout mal,
de tout péché, de votre colère, de 1 e-
sdur'ant la Messe. 13
prit de fornication , d'orgueil, d'envie,
d'avarice, et de tous maux. Ainsi soit-il.
Au premier Agnus Dei.
Très-doux Agneau, pardonnez-moi,
s'il vous plaît, tous mes péchés, et par-
ticulièrement celui auquel je suis le plus
enclin
.Au second Agnus Dei.
Très-innocent Agneau, je vous de^
mande, par les mérites de vôtre Ste. Pas-
sion, le pardon général de tous mes pé-
chés j quant à la peine et quant à la
coulpe.
Au troisième -Agnus Dei,
O très - adorable Agneau de Dieu!
donnez-moi votre paix en ce monde ,
le repos de mes passions intérieures, et
votre gloice en l'autre.
Au Domine, non sum dignus.
Jésus, mon Sauveur et le Dieu de
mon coeur , éclairez , je vous prie,
mon entendement, avec la lumière
d'une vive et sainte foi; échauffez ma
volonté avecle feu de votre ardente cha-
rité, et me donnez la mémoire de vos
bienfaits j afin de vous en remercier,
pour récompenser votre amour, par Ta-r
mour, puisqu'on ne peut vous donner
plus grande récompense que l'amour;
l4 Exercice
Mon ame désire de s'unir à vous et' avec
vous : faites, ô mon Tout! qu'ainsi soit.
Aux Oraisons finales, rendez grâces à
Dieu de ses dons et bienfaits.
O Dieu de mon ame ! je voudrais
vous louer sans cesse des faveurs conti-
nuelles que vous me faites, si mon insuf-
fisance ne m'arrêtait tout court : suppléez,
je vous prie, à mon défaut, et vous louez
vous-même en toutes vos créatures, des
grands biens dont vous les comblez.
. A la bénédiction sacerdotale.
Priez Dieu qu'il vous donne sa béné-
diction du Ciel, en recevant celle du
Prêtre ; qu'il vous préserve de tous pé-
chés , afin que vous puissiez avec con-
fiance espérer la bénédiction des Elus
au jugement.
O très-béni Jésus! je vous suppliey
par l'amour et douleur excessive dont
vous étendîtes vos mains sur la croix
pour m'acquérir les bénédictions célestes,
de vous élever à présent, poun me dé-
partir votre ample bénédiction , me pré-
servant de tous péchés , afin; que je
puisse recevoir, au jour du jugement,
celle de vos Elus.
15
ABRÉGÉ
DE LA VIE
ET DES MIRACLES
DU SERVITEUR DE DIEU,
JEAN-FRANCOIS REGIS.
T E Père J. F. Régis naquit l'an 1595, le
■L'dernierjourdeJanvier^Pont-Couvert,
petite ville du bas Languedoc, d'une fa-
mille considérable par sa piété et par sa
noblesse. Il fit ses études chez les Révé-
rends Pères Jésuites , au Collège fondé
peu auparavant à Béziers; et on vit d'a-
bord reluire en lui une admirable inno-
cence de moeurs et unepureté qu'il a con-
servée sans tache jusqu'à la fin de sa vie.
Il fuyait les méchantes compagnies et
n'avait de liaison qu'avec ceux dont la vie
était sans reproches. Par sa modestie et
sa retenue, par un air de pudeur peint
î€ ■ La Vie et les Mirac es
sur son visage, il s'attirait le respect de
ses compagnons, et une telle autorité ,
que lorsqu'il s'approchait d'eux, s\\s
avaient quelqu'entretien peu convenableà
la bienséance, ils se faisaient d'abord si-
gnales uns auxautres de changer de pro- ;
pos; et s'il entendait quelqu'un qui parlât
trop licencieusement, il l'avertissait de si
bonne grâce, que l'on prenait en bonne
part ses remontrances. Il fuyait avec soin
l'oisiveté, s'appliquant avec assiduité à ses
études, qu'il n'interrompait que par la
lecture de quelques livres depiété.Ils'était
mis, depuis son bas âge, sousla protection
de la sainte Mère de Dieu, et s'enrôla
dans une de ses Congrégations, aussitôt
qu'il fut entré dans le collège. Il n'était
pas encore trop avancé dans ses études,
que Dieu lui inspira de quitter le monde,
pour se mettre à l'abri des grands dangers .
que l'on y court de se perdre ; et après
avoir, pour ce sujet, imploré le secours
du Ciel, et tâché de se l'attirer par plu-
, sieurs bonnes oeuvres, il crut ne pouvoir
mieux faire que d'entrer dans la Corn-,
pagnie de JÉSUS , non-seulement pour
y faire son salut, mais encore pour pro-
eurér le salut des autres, selon le louabl
du P. Jean-François Régis. 17
institut de cette Société, où l'on fut très-
content de recevoir un jeune homme
d'une si grande'vertu; et ce fut dans le
noviciat de Toulouse , en l'an 1617.
Il y jeta d'abord les fondemens de la
sublime sainteté où Dieu l'a élevé. On
ne peut rien voir de plus exact que son
obéissance aux Supérieurs , et jusqu'aux
moindres règles de l'Ordre dont il re-
cherchait avec, empressement les offices
les plus vils et les plus fatigans. Dans
le temps que. l'on avait coutume d'en-
voyer les Novices dans l'hôpital, l'ardeur
de sa charité lui faisait rechercher les
malades les plus infectés, pour panser
leurs ulcères et faire leurs lits, les em-
brassant avec tendresse , lorsqu'il les
levait et les recouchait, nonobstant le
danger où il se mettait de contracter
quelque mal mortel ; mais Dieu le ré-
compensait bien de ses peines,par les dou-
ceurs qu'il répandait dans son ame.Dans
l'Oraison, il paraissait tout extasié, et il
ne sortait jamais de la présence de Dieu
dans ses actions extérieures. Il s'étudiait
à imiter toutes les vertus qu'il remar-
quait dans les autres Novices, sans faire
■attention à leurs fautes , ou du moins i]
y trouvait des excuses favorables.
18 La Vie et les Miracles
Au sortir du Noviciat, il fut employé 5
suivant la coutume de son Ordre , à en-
seigner dans un collège les jeunes gens.
Il prit tant de soin de leur inspirer l'a-
mour de la vertu, l'horreur dû vice, que.
ses disciples étaient facilement distin-
gués de tous les autres.
Ayant ensuite été envoyé à Tournon,
pour y faire ses études de philosophie et
de théologie, il employait soigneuse-
ment à l'Oraison tout le temps qu'il pou-
vait avoir de reste,abrégeant même beau-
coup celui du sommeil de la nuit, poui>
y vaquer plus assidûment : ce qui ayant
été aperçu et rapporté au Supérieur, qui
était d'une vertu éminénte, il prédit,
comme par un instinct prophétique, que
la sainteté de ce jeune homme parvien-
drait à un si haut point, qu'on le verrait
quelque jour révéré sur les saints autels.
Lorsqu'il célébra, pour la première
fois,la Messe,les assistans y ressentirent
des mouvemens de dévotion si extraordi-
naires et si sensibles , qu'on s'en aperçut
visiblement ; et dans les Messes qu'il a
célébrées dans la suite, quoiqu'assez lon-
gues, ceux qui étaient les moins dévots
ne s'y ennuyaient pourtant pas.
Dès-lors qu'il fut parvenu ù l'Ordre
du P. Jean-François Régis. icf
sacré de la Prêtrise, il ne pensa qu'à tra-
vailler au salut des âmes ; et son grand
amour pour l'humilité, lui inspira le des-
sein de travailler principalement à l'ins-
truction et au salut du petit peuple et
des pauvres gens de la campagne : ce
iqueses Supérieurs voulurent bienaccor-
|der à ses instantes prières , connaissant
que c'était l'esprit de Dieu qui l'appelait
à ces fonctions laborieuses , pleines de
.charité et d'une profonde humilité.
Il fit d'abord ses premières missions
dans les rudes montagnes du Vivarais et
du Velay; et c'étaitjprincipalement du-
rant la rigoureuse saison de l'hiver,qu'il
allait cultiver les âmes, des pauvres habi-
ans de ces pays,presque impraticables en
areil temps, lorsque ces gens-là ne pou-
vaient pas s'occuper à cultiver leurs terres^
toutes couvertes de neiges et de frimats.
Il marchait toujours à pied; et lorsqu'il
arrivait au lieu d'ù il allait faire sa mis-
sion, tout fatigué et souvent tout trempé
de pluie , ou couvert de neige, il adres-
sait toujours ses pas vers l'église , pour
aller demander à Dieu sa bénédiction
pour le succès de sa mission; mais sou-
vent il y arrivait si tard , que l'église se
'trouvait fermée : alors il se tenait dehors
3© Là Vie et les Miracles
à genoux, tout transi de froid, et fort
long-temps , tellement que les gens du
lieu avaient de la peine à l'arracher de
la pour le mener un peu reposer.
Durant le cours de sa mission, il com*
mençait de bon matin par l'instruction
sur les principaux points qu'un chrétien
est obligé de savoir; incontinent après,
il allait entendre les confessions, où il
exerçait une patience bien grande à écou-
ter et à interroger les pauvres idiots fort
grossiers; au sortir de là, il faisait le ser-
mon, et puis il disait la messe-. Il ne vou-
lait que des viandes les plus grossières
pour sa nourriture, qu'il prenait à la
hâte , afin de retourner au plutôt au
confessionnal, où beaucoup de gens l'at-
tendaient après ses repas ; ou bien il allait
terminer des différens, des querelles et
des procès, qu'il avait le talent de pacifier
et de régler avec un tel agrément des par-
ties, qu'après cela, jamais elles n'avaient
envie de plus contester. Il faisait encore
un sermon sur le tard , et puis il retour-
nait au confessionnal, souvent jusqu"
minuit, et quelquefois sans souper ; en
sorte que dans la journée il avait de 1
peine à trouver le temps pour récite
l'Office divin, et vaquer à l'0 raison.
dit P. Jean-François Régis. 21
Voilà sa conduite ordinaire, si remplie
de fatigues j que c'est quelque chose de
miraculeux qu'il en ait pu tantsoutenir et
avec une si ferme constance. Car ' quel-
uefois il était si épuisé, qu'en prêchant
les forces lui manquaient tellement
qu'on était obligé de l'emporter de la
chaire, n'en pouvant plus; et dans ses
fréquens voyages, il essuyait des peines
incroyables à traverser de rudes monta-
gnes, des chemins scabreux, pleins de
rochers ou déneiges profondes,-où bien
souvent on n'apercevait aucune trace de
chemin. Et lorsqu'il était sur son départ
d'un endroit où il venait d'achever sa
mission, pour en aller commencer une
nouvelle ailleurs, une multitude de gens
qui voulaient encore se confesser à lui,
ou lui parler, le retardaient si fort, qu'il
ne pouvait partir que sur la fin du jour ;
de sorte qu'il était obligé de marcher bien
avant dans la nuit par des lieux fort in-
commodes, et souvent dans des temps
très - fâcheux, et d'aller dans quelque
pauvre gîte, se contenter de quelque
nourriture, et d'un peu de paille pour se
coucher. Mais lorsque les souîagemens-
de la terre lui manquaient, les consola-
tions du Ciel y suppléaient si bien, q.u'il;
22 L'a Vie et les Miracles
disait qu'il ne se trouvait jamais mieux
que lorsqu'il était le plus mal.
Lorsqu'on savait qu'il allait faire la
mission en quelque endroit, d'abord le
monde y accourait de toutes les paroisses
voisines,si grande était l'estime que l'on
avait de sa sainteté et des grands fruits que
produisait, son zèle tout apostolique ; et
il y avait toujours autour de lui une si
grande multitude de gens pour luiparler
qu'on ne lui laissait pas le temps de pren-
dre le repos et les alimens nécessaires.
Plusieurs personnes qui venaient de
plusieurs endroits éloignés pour profiter
de la mission, ne pouvant arriver que
lorsqu'il était sur son départ, le suivaient
bien loin, et quelquefois des journées
entières, pour avoir la consolation de se
confesser à lui : ce qu'il leur accordait
bien volontiers en chemin faisant, avec
chacun d'eux séparément et seul à seul,
Comme souvent il n'avait pas le temps
de satisfaire aux empressemens dé tous
les Curés et Paroissiens qui le deman-
daient de toutes parts -, il ne pouvait re
tenir ses larmes du plaisir qu'il en res
sentaic ; mais on s'efforçait de venir d<
fort loin pour profiter de ses salutaire:
missions.
du P. Jean-François Régis. 23
Quoique son zèle l'attachât principa-
lement à la petite populace et auy gens
les plus méprisables et les plus négligés,
cela n'empêchait pas que les personnes
de qualité et de distinction, de tout état,
n'accourussent avec empressement et
une vive ardeur à son auditoire , pour
avoir le bonheur de l'entendre , et pour
profiter des impressions salutaires qu'il
faisait dans les coeurs.
L'ardeur de son zèle pour la conver-
sion des pécheurs était extrême.Un jour
en ayant ramené un des plus insignes ,
et ouï sa confession générale , il ne lui
ordonnapour sa pénitence que de réciter
seulement une fois le Pater noster. Ce
pénitent témoignant au P. Régis sa sur-
prise sur la légèreté de cette pénitence,
il lui dit : qu'il se chargeait lui-même
d'y suppléer, lui promettant qu'il ferait
pour lui tous les jours la discipline pen-
dant quarante jours.
Son industrie et ses soins étaient ad-
mirables pour retirer les filles de mau-
vaise vie de leurs vices, et pour les pré-
server d'y retomber, leur procurant de
bons asiles et de bons secours , par l'as-
sistance de plusieurs personnes riches et
charitables, que ce bon Père sollicitait
&f La Vie et les Miracles
et animait à cette bonne oeuvre. Màré
son grand zèle à cet égardlui attira beau-
coup de mauvais tfaitemens, et l'exposa
à des dangers funestes , par les conspi-
rations de plusieurs libertins , enragés
contre lui de ce qu'il leur enlevait leur
proie ; mais la Providence prévmtles mé-
dians dessoins de ces impies, et permit
même que ce saint homme eii convertît
plusieurs par ses vives remontrances.
Il ne se contentait pas de travailler au
salut des âmes, il s'appliquait aussi avec
beaucoup de soin à procurer le soulage-
ment du corps des pauvres infirmes,
des pauvres honteux, des prisonniers ,
des nécessiteux et des gens qui, n'ayant
pas de quoi se faire rendre justice envers
ceux qui retenaient; injustement leurs
biens, étaient obligés de les abandonner.
Il tâchait de leur rendre de bons services
par ses pressantes sollicitations auprès
des personnes puissantes et capables de
les secourir ; il endurait beaucoup de
mauvais traitemens et d'outrages, et met-
tait, sa propre vie en péril pour sauver
celles des autres, et leurs biens contre les
violences des ,.gens de guerre qui pas-
saient dans les lieux où il faisait la mis-
sion. Enfin, on serait trop long dans ce
petit
au P. Jean-François Régis. 3$
petit Abrégé de sa vie, de faire en-détail
l'éloge de toutes ses éminentes vertus; il
faudra se contenter de passer légère*
ment sur quelques-unes.
Son humilité était si profonde, qu'elle
lui fit préférer l'instruction des pauvres
villageois et du petit peuple , à des pré-
dications éclatantes qu'il aurait pu faire
avec applaudissement devant le grand
nombre, suivant les talens qu'il pos-
sédait pour un pareil emploi. Il cachait
avec un soin particulier ses actions ver-
tueuses, et il aimait bien mieux recevoir
des affronts et des outrages que des -
louanges. Jamais il ne s'excusait d'aucune
faute qu'on lui imputât, même dans les
occasions où il méritait au contraire de
grandes approbations.
Son amour pour la pauvreté était ex-
trême ; il ne vivait que d'aumônes dans
l'exercice de ses missions, se contentant
de la nourriture la plus grossière , ne
angeant ni chair , ni oeufs, et ne bu-
vant que de l'eau. Outre ces rudes tra-
aux, il tourmentait encore cruellement
on corps par de rigoureuses macéra-,
ons, Il ne dormait que trois heures de
a nuit sur quelque haie,ou sur un banc;
u s'il était obligé de se coucher, c'était
fi6 La Vie et es . irac es
sans quitter ses vitemens , pour ê
plutôt levé , quand on l'appelait au s
cours de quelques malades.
Il n'a jamais su ce que c'était que 1
mouvemens contraires à la pureté, ain
que l'ont assuré ceux qui ont gouvern
sa conscience ; et Dieu lui donna 1
grâce de communiquer cette belle vert
à beaucoup de personnes.
Rien de plus exact que son obéissance
tant à l'égard de sa sainte règle et de so
institut, qu'envers ses Supérieurs, au
quels il était toujours parfaitement so
mis, comme véritables interprètes d
volontés divines : ce qu'il fit bien paraîtr
çntr'autres , lorsqu'un Supérieur lui o
donna de quitter ses missions, où il s'a
pliquak avec tant de'fruit et de succè
pour venir régenter une basse classe
collège, et'en'bien d'autres occasions.
Il était enflammé d'un zèle très-arde
pour la gloire et pour l'amour de Die
u était sensiblement outré des inju
que l'on faisait à sa divine majesté, p
ces blasphèmes , des juremens et d
paroles indécentes ; sur quoi il fais
sur le champ de rigoureuses réprima
des, et des menaces fort terribles aux i
pies qui osaient les proférer f et les $
-.<|ait tous interdits*
du P. Jean-François Régis. 27
Il avait une vénération bien profonde
our le très-saint Sacrement, et il faisait
tout son possible pour ne pas manquer
de célébrer le vénérable sacrifice de la
esse,chaque joip\ Sa dévotion pour la
rès-sainteMère de Dieu avait toujours
été très-singulière,depuis son bas. âge. Il
onservait des sentimens tous particu-
iers d'amour et de reconnaissance en-
ers son Ange Gardien, delà protection
uquel il avait reçu de grandes marques
n bien des rencontres.
Ce grand serviteur de Dieu, après
uantité de travaux apostoliques , et
près avoir fait, en dernier lieu, avant la
n de l'année 164° > plusieurs missions
•ans les montagnes, ayant apparem-
ent reçu une révélation qu'il n'avait
lus guère de temps à vivre, il alla au
uv faire une confession générale de sa
ie, ensuite il partit par un mauvais temps
our aller commencer une mission aux
êtes de Noël, et il fut assailli d'une pleu-
ésie à Lalouvesc, nonobstant quoi, il
uït des confessions toute cette nuit, et
t trois prédications le jour de Noël.
'.. ais enfin la violence de son mal et de
es douleurs le contraignirent de s'aliter;
t voyant que son heure était venue, il
B a
âl La Vie et les Miracles
ressentit une grande consolation d*
mourir dans un village presqueinconnu,
et parmi les pauvres, pour qui il avait
toujours eu une si tendre affection. Il
finit ainsi sa sainte vie , à l'âge seule-
ment de quarante-trois ans.
11 fallait que la sainteté de cet admi-
rable serviteur de Dieu fût déjà bien re-
connue , puisque chacun s'empressait
grandement d'avoir quelqu'une de ses
pauvres dépouilles, comme des reliques
précieuses. Les Révérends Pères Jésuites
du Puy et ceux de Tournon deman-
dèrent son corps ;' mais les babitans de
Lalouvesc ne' voulurent point souffrir
qu'on leur enlevât un si précieux trésor;
et de peur qu'on ne leur ravît ce précieu
dépôt,ilsl'ont enfermé avecdebonslien
de fer dans un gros tronc d'arbre creus'
à cet fin , et l'ont mis à dix ou douz
pieds de profondeur dans terre.
Les gens du commun n'ont pas été le
seuls qui soient accourus du Tombea
de ce saint Personnage. Monseigneur 1
Cardinal de Bonzi a fait un long voyag
pour y aller, aussi-bien que Monseigneu
l'Archevêque de Vienne, et les Evèque
de Valence et du Puy : les premiers r
connaissant avoir recouvert la santé p
du P. Jean-François Régis. 25
les mérites de ce grand serviteur de
Dieu. Aussi les miracles insignes etbien
prouvés, qu'il a plu au Seigneur d'opérer
en sa faveur, sont en très-grand nombre*
On en va rapporter quelques-uns bien
autorisés. " .
Une fille de la ville du Puy, qui était
travaillée d'un flux de sang , depuis si
long-temps que ses forces en étaient
entièrement épuisées , avec un péril
•extrême de sa vie , ayant été visitée par
le P. Régis, qui récita- en sa présence
une courte prière, que la fille répétait
un mot après l'autre , comme elle pou-
vait, incontinent sa fièvre et toat son "
mal cessèrent, sans plus.revenir, au grand
étonnement des domestiques qui l'ont
vu et attesté.
Etant allé voir une autre fille fort ver-
tueuse, qui était malade à l'extrémité ,
étant privée de l'usage de tous ses sens,
et abandonnée de'son médecin,laquelle
était d'un grand secours à ce bon Père ,
lui aidant à faire beaucoup de bonnes
oeuvres, il pria Dieu pour elle avec tant
d'ardeur, qu'il obtînt parfaite guérisou;
et l'ayant prise par la main, il lui dit de
rendre bon courage, et, que Dieu lui
endait la vie et la santé encore pour
B3
So La Vie et les Miracles
long-temps, en sorte que son médecin >.
qui en fut grandement émerveillé , s'é- 1
cria : Miracle ! ôniiracle !
Dans un temps d'hiver bien rude, que
ce saint homme était en marche pour
aller faire une mission , suivant sa cou-
tume ordinaire,il fut obligé de traverser
une montagne remplie de glace, pendant
un vent impétueux, dont il fut renversé,
•et secassa une jambe. Le bon Père, plus
■fâché du retardement de sa mission, que
de son mal, ayant eu d'abord recours à
Dieu , fut guéri sur le champ de cette
rupture, et fit encore gravement deux
lieues à pied avec son compagnon , qui
.avait */u avec douleur ce triste accident ;
at d'abord, à son arrivée , il alla en droi-
ture à J'église du lieu, remercier Dieu
de sa guérison si prompte; et puis se
rendit incontinent au confessionnal, a
Jieu de prendre quelque repos dans 1
besoin qu'il devait en avoir. Le Curé
averti de son arrivée et de son accident
accourut à lui avec empressement, e
l'obligea , avec beaucoup de résistance
de venir chez lui, ou, après avoir fai
examiner soigneusement la rupture des
jambe, on la trouva parfaitement guérie
miracle que le curé de Voré a atlest
du P. Jean-François Régis. Zl
avec serment, avoir su par la propre
déclaration du P. Régis même.
Une lois ce Père, avant de partir de la
ville du Puy, pour une mission, avait
rempli un grand coffre de blé , destiné
pour faire distribuer aux pauvres, pen-
dant son absence : de quoi il laissa le
soin à une dame d'une grande vertu; et
au retour du Père , qui se vit d'abord
accablé de quantité de pauvres qui implo-
raient son secours, il demanda à cette
dame si elle avait encore quelque blé de
reste. Elle ayant répondu qu'elle l'avait
tout distribué, et n'en avait pas laissé un
seul grain dans le coffre, il dit : Allons
voir si nous n'y trouverons plus rien ; et
ayant ouvert le coffre qui avait toujours
été tenu bien fermé, il se trouva mira-
culeusement tout plein de blé. On voit
par là que ce saint homme, outre le don
des miracles, avait encore été favorisé j
de Dieu, du don de prophétie : de quoi
on a bien des preuves.
Ayant rencontré dans le Vélay un '■
jeune homme de sa connaissance , qui ■
s'en allait à Valence se faire recevoir
docteur, dans le dessein de se marier f,
ensuite à un riche parti qui se présentait, '
il lui prédit que ses vues ne réussiraient •"
32 La Vie et les Miracles
point à l'égard de ce mariage, et qu'après
qu'il aurait reçu à Valence le degré dé
docteur, il prendrait dans la suite le
parti de faire un bon Jésuite : ce qui
arriva,en effet; et ce jeune homme devint
un grand prédicateur dans la suite.
Le P. Régis, avant sa mort, s'adressa
à une vertueuse fille, de qui il avait sou-
vent reçu de bonnes subsistances dan» les
oeuvres de piété et de charité; et l'ayant
priée de lui vouloir encore rendreun petit
service, dans une occasion qui se présen-
tait , elle refusa de le faire par quelque
motif particulier.Le Père lui prédit qu'il
n'aurait pas tant de rigueur pour elle ,
qu'elle enavaitpourlui; et qu'il ne lui re-
fuserait pas son assistance, dans un temps
où elle en aurait bien besoin. En effet,
après la mort du Père, des jeunes gens
pervers , irrités contre cette fille , de ce
qu'elle avait, contribué à retiier de leur
mauvaise vie des filles débauchées, que
ces scélérats fréquentaient, la battirent
et la maltraitèrentavectant d'excès, que
les médecins désespérèrent de sa vie. Ce
fut alors que se ressouvenant de la pré-
diction que lui avait faite le P. Régis, elle
eutrecoursàluidansleCielavec beaucoup
de confiance, sachant que Dieu opérait
du P. Jean-François Régis. 33
de grands miracles'en faveur de ce bon
serviteur. Elle se fit donc mener à son
Tombeau, d'où elle révintavec une santé
entière. Voilà un miracle précédé de
plusieurs prophéties bien remarquables.
Un nommé Vital, habitant de Saint
Bonnet , en Vivarais , travaillé d une
longue fièvre qui avait épuisé toutes ses
forces, s'étant fait porter au Tombeau du
Père Régis , sur un cheval, où deux
hommes forts le soutenaient à droite et
à gauche, pour l'empêcher de tomber,
et ayant instamment imploré le secours
de ce bon Père, il se sentit parfaitement
guéri au plus fort de sa prière; tellement
que pour marque de l'entier rétablisse-
ment de sa santé et de ses forces , il
renvoya son cheval et revint chez lui,
plein de vigueur' et de joie;
Le Lieutenant du Juge de Tanse, en
Vélay, ayant perdu la vue, après avoir
souffert de longues douleurs aux yeux,
passa une fois par occasion à Lalouvesc,
où il implora le secours du Père Régis ;
mais n'ayant pas été guéri sur le coup,
il résolut d'y faire un voyage tout exprès;
et après y avoir fait sa confession ec sa
communion, il recouvra si bien la vue,
qu'ayant pris des Heures, d'une lettre fort
34 La Vie et les Miracles
menue , il y lut sans aucune peine , dis-
cernant jusqu'aux moindres points; de
quoi ayant témoigné hautement sa joie,
au sortir de l'église , tout le monde se
mit à crier : Au miracle !
Le Père Bochet, jésuite, grand imi-
tateur^ des vertus du Père Régis, l'ayant
invoqué dans une messe qu'il célébra
exprès à Lalouvesc, pour un jeune gar-
çon qui était au même lieu de Tanse ,
si faible de ses jambes, qu'il ne pouvait
marcher ni se soutenir aucunement qu'à
l'aide de ses potences, il les abandonna
tout-à-coup, au même temps que cette
messe fut célébrée, marcha d'un pas vi-
goureux, au grand étonnement de tout
le monde.
La fille d'un notaire, nommé Percie,
demeurant à Vanosque, en Vivarais ',
étant affligée d'une violente fluxion, qui
lui causa plusieurs cruelles convulsions
en divers endroits de son corps, où les
médecins et. chirurgiens , avec leurs
sciences, ne purent apporter aucun re-
mède ni soulagement pendant l'espace
de plusieurs mois eut enfin recours
auP. Régis, sans ressentir néanmoins au-
cune diminution de ses maux, qui, au
contraire, empirèrent fort. Elle ne perdit
u P. Jean-François Régis. 35
pourtant pas la confiance qu'elle avait au
P.Régis, qu'elle continua d'invoquer en-
core avec plus de ferveur ; et se trouvant
privé de .l'usage libre de la langue, elle
fit connaître parsignes qu'elle désirait que
l'on fît pour elle un voeu à ce Père > qui,
ayant été effectué et exécuté fort pieuse-
ment par le frère aîné de la malade et d»
l'ordre de leur père, elle commença à re-
couvrer sa santé. Mais ayant voulu recouv-
rir aux remèdes naturels pour achever sa
guérison , bien loin d'en être soulagée,
Os lui causèrent de nouvelles douleurs et
d'étranges convulsions et accidens,,qui
firent résoudre la malade à n'avoir plug
recours qu'aux remèdes surnaturels. Elle
fit donc voeu, après avoir pris conseil
de son confesseur, u aller elle-même à
Lalouvesc, et d'y faire célébrer neuf mes-
ses en l'honneur du P.Régis , le plutôt;
qu'il serait possible ; et en même temps
ses douleurs et ses convulsions diminuè-
rent tellement, qu'elle se mit en chemin
sur le commencement du mois de janvier
de l'année 1674, pour aller s'acquitter de,
son voeu à Lalouvesc, où tous ses maux
cessèrent l'un après l'autre ; et sa santé
se trouva parfaitement rétablie, au milieu,
de sa neuvaine, au grand étonnemen.t de
• 26 La Vie et les Miracles
ceux qui savaient l'état où elle avait été.
Monseigneur l'Archevêque deVienne,
. à la requête duCuré de Lalouvesc, donna
commission à M. Gayot, son officiai dans
cette partie de son diocèse, de procéder
à la vérification de ce grand miracle. On
fit, pour cet effet, assemblera Annonay,
la personne miraculeusement guérie,
avec son père et les sieurs Chomel, Mo-
rin, Costa et Martinet, médecins et chi-
rurgiens qui l'avaientservie : touslesquels
attestèrent solennellement et signèrent
que cette guérison n'avait pu se faire
. que par miracle. On reçut aussi à La-
louvesc, les dépositions de quantité d'au-
tres personnes, dont ceux qui savaient
écrire, signèrent leur témoignage; aussi-
bien que le Curé , le Vicaire et îe père
de la Demoiselle guérie, qui y signa elle-
même aussi. Et il est à remarquer que le
sieur Martinet, l'un des chirurgiens mar-
qués ci-dessus, ne voulut pas refuser de
rendre témoignage à la vérité de ce mi-
racle, quoiqu'il ne fût pas de la Religion
catholique.
Une descente deboyaux, terrible, avec
une triple rupture du péritoine, dont était
atteint le siéur Montereymar, du Puy,
avec des douleurs extrêmes, .et sans espé
rance
du P. Jean-François Régis. %j
rànce d'aucun secours naturel, fut aussi
miraculeusement guéri par un voeu fait'
et rendu au tombeau de cet illustre ami
de Dieu.
Une Dame de Gonsidération, à Saint-'
Jura, en Vélay, épouse de M. de Ga-
reilles, s'étant un soir fort tard, par un,
accident, percé une main de part en part,'
elle en ressentit durant la nuit de si cui-
santes douleurs, qu'elle ne pouvait avoir'
aucun repos ; mais s'étant ressouvenue,
d'une Reliquequ'elle avait du Père Régis,
et l'ayant fait apporter et appliquer sur-
la plaie, elle se ferma incontinent, et
les douleurs cessèrent en même temps ,
tellement que le chirurgien, qui vint le
matin ensuite, n'y trouva que la cicatrice,
qui n'eut besoin d'aucun autre remède.
En l'an 1678, dans Albi, la femme
du sieur Venant, docteur en droit, fut
parfaitement guérie, par l'intercession d«
cet ami de Dieu, de plusieurs sortes de
cruelles maladies, qui avaient commence
par une fluxion intraitable sur le gosier,
avec une extinction presque entière delà
voixj.iune grande pesanteur et étourdis-
semerit de la tête, et des douleurs fort
vives aux épaules\ de fortes palpitations,
4e coeur, et une vîolëbte oppression de
$L$ :. a ie et les Miracles *
poitrine, et tout cela futsuivi d'une fièvre'
tente et .continue , avec un dégoût ex-t
trçme, puis elle tomba dans l'hydropisie,
'., une grosse tumeur s'éleva sur ses épaules,,
et ses jambes devinrent roides et livides,
', elle ne pouvait se tenir dans le lit, ni dor-
mir que très-peu dans une chaise, avec
des songes affreux, étant souvent atta-
; q*uée de grandes défaillances; il lui^en
survint une si longue, que l'on ne douta
: plus qu'elle n'allât rendre l'ame ; elle en
;i revint néanmoins, et son confesseuf ,
■'" l'ayant vii hors d'épérance de sauver sa
i; vîe parles remèdes naturels, lui parla d'un
Vceu quelle avait autrefois eu la pensée
de faire atl Père Régis; de quoi s'étant
ressouvenue, elle pria son confesseur de
_youer pour elle une neuvaine de messes
; en l'honneur de ce saint homme; et dès-
lors que la neuvaine fut commencée, ses
maux commencèrent à se guérir l'un
après l'autre, et cessèrent enfin tout-à-fait
avant la fin de la neuvaine, sans en avoir
aucun ressentiment, et se portant mieux
que jamais, après quatre ans de cruelles
Souffrances. ,
Un père conventuel, de Tordre de St.
Francois, étudiant en théologie, au col-
lège de Tournen, quiavait l'oreille droite
du P. Jean-François Régis. $9
entièrement sourde , ce qui le privait dé
ïa. faculté d'exercer diverses fonctions,
s'en alla de compagnie avec son profes-
seur, au tombeau du Père Régis, à La-
louvesc, et s etaiit appliqué à l'oreille un!
peu de là poussière de ce tombeau, il ob-
tint la parfaite guérison de sa surdité
incontinent après qu'il eut achevé de cé-
lébrer la messe.
En 1684, Julien Magne , de Brioude ,
malade à l'extrémité, ayant voué d'aller
à Lalouvesc, fut d'abord guéri, mais né-
gligeant d'accomplir son voeu, il retomba
malade , et fut guéri de nouveau, après
avoir renouvelé et effectué le voeu.
La même annnée, une fille de bas âge,
nommée Catherine Frasse, de St. Victor
de Malcour, au diocèse du Puy, ayant ,
dès l'âge de cinq ans , perdu ses deux ,
yeux , elle fut vouée par sa grand'mère ,
et envoyée à Lalouvesc, et recouvra à la
fin de la neuvaine , un de ses yeux, et
après une seconde neuvaine , elle recou-
vra l'autre pareillement, et tous les deux
plus beaux et d'autre couleur que ceux|
qu'elle avait apportés en venant au monde.
Une fille de M. de Champagnac, dul
Grol, de l'âge de trois ans, que l'on
avait estimée véritablement morte pen-
4o La Vie et les Miracles
dant deux heures, reprit tout à coup la
vie, au moment que son père et sa mère
eurent promis de la porter à Lalouvesc,
où il en signèrent, de leurs mains une at-
testation avec offre d'en prêter serment.
Le père de Joachim Chambon , petit
enfant agonisant, étant parti à pied pour
aller à Lalouvesc, ne fut qu'à deux cents
pas de chez lui, que cet enfant se mit à
rire, et fut peu après entièrement guéri.
En 1685 , Jean-André Gautier , pié-
montais, ayant un ulcère si prodigieux et
envenimé à la jambe , qu'on fut obligé
de se déterminer à la couper; il eut re-
cours à l'assistance du père Régis , qui
lui obtint parfaite guérison : deux mé-
decins et deux chirurgiens en ont ren-
du un fidèle témoignage.
En 1688 , Jean Abbé d'Avignon, âgé
de dix-huit ans , étant devenu entière-
ment muet, son père consulta divers mé-
decins , le mena aux eaux de Bourbon et
en d'autres endroits fort éloignés , em-
ploya inutilement quantité de remèdes
pour sa guérison , et ne la put obtenir
qu'après avoir fait voeu d'aller à Lalou-
vesc , dont il s'acquitta fidèlement.
En 1692 , un religieux de l'ordre des
Prémontrés , étant moribond dans un
du P. Jean-François Régis. 41.
logis du Puy, où un M. de Lalouvesc alla
loger le soir, il lui mit à la bouche, dans
du pain à cacheter, un peu de la robe
du Père Régis; peu après le malade, qui
avait perdu la parole et la connaissance,
recouvra l'une et l'autre, et fut parfaite
ment remis le lendemain.
La même année, Barthélemi Satin
habitant de Lyon, atteint d'une furieus
hydropisie, prit, dans un breuvage, u
peu de la poussière du tombeau du Pèr
Régis, dont il fut à l'instant grandeme
soulagé , et le lendemain parfaitemen
rétabli en santé.
La femme d'un laboureur du lieu d
Prablanc, nommée JeanneMarcu , qui,
depuis près de sept ans, avait gardé l
lit, à cause d'une maladie fort doulou-
reuse survenue dans ses couches, qui
ne lui permettait d'autre mouvement qu
celui des mains et de la langue , fit un
voeu au.tombeau du Père Régis, par le
conseil d'un missionnaire capucin, et fut
sur le champ guérie de toutes ses dou-
leurs qui la reprirent néanmoins au bout
de trois jours : ce qui lui augmenta fort l
désir de s'acquitter au plutôt de son voeu
mais la rigueur du temps ne lui permet-
tant pas encore, lorsqu'il fut devenu un
c 3
42 La Vie et les Miracles
peu plus favorable, on la voitura sur une
charette, qui, au lieu de la tourmenter
par son chaos, la soulagea considérable-
ment ; et durant la neuvaine, la malade
se remit peu à peu, et se trouva, à la fia
en état de marcher sans aucun secours,
et de s'en retourner avec une santé par-
faite.
En 1993, Jean Délicieux, étudiant
aux lois, à Valence, rempli de plusieurs
infirmités pendant deux ans, après avoir
fait un voeu au tombeau du P. Régis,
fut entièrement guéri de ses maux.
Un enfant de neuf ans, de Saint-Mau-
rice de Lignon, tout bossu , avec ses
pieds et ses mains tout de travers, sans
pouvoir s'en servir, étant arrivé à la vue
de Lalouvesc, où son père, Jean Liotier,
le faisait porter , ses membres se dres-
sèrent ; et lorsqu'il fut à l'Eglise, il mar-
cha tout seul, au grand étonnement de
ceux qui l'avaient vu si incommodé.
Ce n'est pas seulement dans la France,
que ce grand serviteur de Dieu a été glo-
rifié par un grand nombre de miracles
isignalés ; Dieu en a aussi voulu faire par
son intercession, au-delà des limites de
cet Empire , et même jusques dans les
régions les plus éloignées. Car à Qué-
du P. Jean-François Régis. 43
bec, ville capitale du Canada, une reli-
gieuse Hospitalière s'étant heurté la tête
si rudement contre une voûte, que le
sang en coula jusque dans les ventricu-
les du cerveau, et lui causa de cruelles
douleurs de tête, qui, s'augmentant de
plus en plus, lui faisaient vomir du sang
corrompu , tellement qu'elle vint à se
trouver dans un extrême péril de sa vie»
et enfin tout-à-fait hors d'espérance de
toute guérison. Une femme religieuse,
de ses compagnes, qui, dans une ma-
ladie fâcheuse, avait éprouvé de grands
secours par l'intercession du Père Régis,
lui voua une neuvaine pour la guérison
de cette pauvre malade, à qui elle at-
tacha au cou, dans un sachet, un peu de
la poussière du tombeau de ce Père avec
son image, et au dernier jour de la neu-
vaine, elle se trouva parfaitement gué-
rie ; le Père Régis lui ayant apparu ,
qui, lui touchant la tête avec une croix
qu'il avait en sa main, lui dit de prendre
courage, que Dieu lui rendrait la vie et
la santé. Ce miracle causa «ne admirai ion
extraordinaire dans toute la ville où la
nouvelle en fut d'abord répandue, et on
vit avec surprise cette Hospitalière aller
C 4

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin