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Adresse aux vrais catholiques de France ([Reprod.]) / par M. Pottier

De
45 pages
de l'impr. de Crapart (Paris). 1791. 1 microfiche ; 105*148 mm.
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'A 2
ADRESSE
AUX VRAIS CATHOLIQUES
DE FRANCE.
PAR M. P 0 WT 1ER.
-Fidèles Catholiques,
Je suis votre frère, et je pense comme vo'is j et, si
j'ose le dire (1) « je communique avec vous dans la
irib'.ilation et la patience qui crraettrisetu inaiuteuaut
le royaume du Seigneur Je$us ». Ce sont mes titres
pour épancher mou ame dans la votre et vous offrir
une Adresse dans laquelle je vous fais part des senti-»
mens qui m'occupent et qui conviennent â notre
commune position.
Elle est nouvelle chers Concitoyens uoire situa-
tion présente, et tellement étrange, que quoique nous
la ressentions vivement, nous avons peine 4 nous peir->
suader qu'elle existe. Çuoi direz-vous, tant de dà-t
sordres en si peu de jours! Hier j'étais Catholique,
et je m'eu faisois gloire je parlois comme tout la
mocule, et tout le monde comme moi; et aujourd'hui
(i) Apoc. I, 9.
sans avoir changé ni de foi, ni cie langage, je me
trouve isolé ,'haï, persécuté.,
Il est vrai, fidèles Catholiques, ybns n'avez changé
ni de langage ni de croyance dans l'ordre du salut
vous reconnoissêz les chefs est les guides que vous
rcconnoissiès! hier; vous respectez en eux la même
.autorité.: mais c'est, là voire crime, et la seule cause
de la -persécution qui vens étonne. Vous n'avez pas
changé, je le vois bien tnais ne savez-vpus pas qu'une
faction redoutable, orgueilleuse et impie, après avoir
méditi long-teiiis sou perfide projet, vient de le faire
éclore et ne trouvant dans le grand nombre que
l'insouciance et la stupidité a changé dans un jour
la face de la France, en substituant le schisme à la
concorde^, et l'hérôsie à la catholicité.'
Vous êtes les mêmes aujourd'hui que hier, oui sans
doute, et cela doit être, parce que vous aveé des prin-
cipes, mais la multitude n'en a pas, ou n'en a que
de faux la vraie Religion vous est chère mais
la multitude n'en considère tout au plus que l'écorce,
et tient le'reste pour imltflu-ent_: vous prévoyez l'ave-
nir, et avec justice mais la multitude u'y pense pas,
on même n'y croit pas. Cessez de vous étonner, si yous
appercevez aujourd'hui entre elle et vous tant de dis-
tance (l). « L'homme saint, dit l'Ecriture demeure
dans la sagesse comme le soleil; mais l'insensé est
changeant comme la lune (3). Que la pluie tomhe,
que les vents soufflent, que les ileuves se débordent,
(i) E«çli,a7, ia. (a) Manh. 7,
̃*̃*̃>;̃
A 3
l'édifie» »1» sage ronstruirsmr la pierre fenne dtmeure
immobile, mais la maison da l'imprudent bâtie sur
Je sable s'écroule et tombe tu ruine ».
Désastre terrible ..événement épouvantable qui
ponrroit en distraire- un partager. iVsprù? je m'y
renferme que dis-jej j'y suis iiiyariableiuent fixe
et r< cueillant mes forces, le ilambeaû de la Rtlfgiou
û la main j'en ctetnaude la cause j'en cherche le
remède. Je voudrais (lu moins chers Concitoyens,'
porter dans vos cœurs la lumière et la consolation,
doit vous devez avoir un besoin si pressant je de-
sirerois partaber votre mérite en |>artageai!t vos
peines j'usrruis enfin obéissant à Dieu plutôt qu'aux
hommes. continuer ma mission et employer le seul
moyen (jui jne reste de me faire entendre et de com-
muniquer utilemeik avec vous.
Je sais qu'il existe déjà bien. des écrits sur cette
matière Importante; je les ai lus pour la plupart e,t
j'avoue que tous ensemble portent la lumière et la
conviction dans tous les esprits équitables aussi mon
dessein n'est pas d'eu rappellèr les preuves. Ijs existent
ces écrits; qu'un les lise qu'on les pèse et"C|u'ou
sache qu'on n'en sera pas quitte pour avoir fui la lu-
mière dans la crainte qu'elle ne Censurât peut-être
des penchans trop chéris. Tout ce que je désire, fidèles
Catholiques, est de converser un instant avec vous (i)
«.de me consoler moi-même, selon l'expression de
l'apotre parmi entretien de confiance sur lafoi qui nor.s
(I) Rom. I i2.
vC<5)*
l'ordinaire c'tst le cŒ,rt qui décide. Heureux Jline
qui v.eut le bien il le connoît déja ou il ue tardera pas'
pas aie connohre. De-là cette réponse d'un illustre
martyr au président qui lui demandoit quel est le
Dieu des Chrétiens? (1) « Vous le cpnnoîirei!, répondit
le bienheureux Pothïn, si vous en êtes digne ».
Eh bien! chers Concitoyens, parlons cœur à cqeur
qnel état est le notre? .Eussiez-vous pensé, il y a trois
ans, que vous en viendriez cette extrémité? Eussiez-
vous pu crdire qu'une Religion si antique, si vénérable,
si tranquillementdoniina.iie dans toute l'étm>hie de
l'Empire des François, yseroit aujourd'hui la seule
proscrite la seIlle persécutée ? Et n'est-ce pas li ce-
pendant le tableau qui s'achève, et l'tffroyable détresse
où se trouve l'Eglise Catholique, Apostolique et Ro-
niainedans notre malheureuse patrie?Vérité désolante;
mais vérité palpable! (a). « En vain prétei.droit-on
«qu'une nation n'est pas schismatique, quand elle
» affirme qu'elle ne veut pas"l'ètre que le Pape lui-'
» même est sans force comme sans droit pour prononcer
une telle scission; qu'en vain voudroit-il se séparer
v d'elle; qu'elle échapperoit a ses menaces comme
» ses anathétnes, en .déclarant tranquillement qu'elle
ne veut pas se séparer de lui. 0 combien il est aisé
d'abuser du langage? et d'opposer de belles paroles
à de grandes vérités! Enfaiil.de Bélial, j'outrage ma
(T) Euseb. hist, eccles. 1. 5 c. I.
(2) Voyez le Rapport de NI. J'évèque d'Autun.-
(7)
A 4
• mèâ'-e je trahis- ses-intérêts, je prépare ses fers js
traite de son esclavage elle lie plaint, elle réclame,
elle me désavoue et j'en suis quitte pour dire que je
la reconnuia toujours pour mère, et qu'elle ne peut elle-
même se dispenser de me traiter eu fils, .(^uel fils
grand Dieu! (I) «que son œil soit -arraché par les'
corbeaux des torrens et dévora par les eiifans de
l'aigle »,«ou plutôt, Seigneur, faites qu'il voie.
Après tout, ne craignez rien, fidèles Catholiques,
l'épouse de J. C. ne prendra point le change. Instruite
par l'apôtre (2)*««elle saura distinguer un langage
« perfide d'une soumission solide
et filiale ». Et certes, il ne dépend de personne, pas
même d'un corps constituant, de changer à son gré
les loix et le régime de l'Eglise Catholique et de
dicter des ordres à ceux-là même dont J. C. a dit,
celui qui vous écoute m'écoute; et de se tranquilliser
cependant sous le vain prétexte qu'on demeure et
qu'on sera malgré les Evêques malgré le Pape
malgré l'Eglise entière, renfermé dans son sein de
deux choses l'une ou il faut l'écouter et se soumettre
ou l'on se retranche soi-même du nombre de ses eufaus.
J. C. l'a déclaré (3) saus exception, ni réserve; «ht
qui osera limite ses arrêts?
En vain donc essayeroit-on d'étouffer la voix de
l'Eglise en persécutant ses organes en dénonçant
comme incendiaire la doctrine des Evéques en vain
(I) Prov. 3o, 17. (j) JMatth. 18, '17.
(a) i.Cor.4, 19.
(8)
masse de decrets ou d'enchatner l'exercice son
autorité, e.n l'assujettissant à mille formes humaines.
Essentiellement libre. nécessairement iuùépendante
elle franchirai sans peine les inutiles barrières que la
politique lui oppose. Dépouillée de tout, excepté de
les armes spirituelles, et invincible par son unité
elle retranchera toute hauteur qui -s'élève contre la
science de Dieu, et saura dans sou Items punir lare-
volte, quand l'obéissance de ses enfgns sera complète ».
Telle fut dans tous les tems son invariable marche
et malheur a ceux qui voudroient l'interrompre eu
opposant des décrets arbitraires etpuremeut humains
Ifcnseignement uniforme de ses premiers pasteurs..
Mais de-là que suit- il et qui pourroit l'entendre
sans frémir? Donc la France entière s'achemine vers
le schisme ou plutôt elle s'y trouve malheureusement
plongée; et ce qui passe tout mallïeur et toute afflic-
tion c'est que, dans la crainte qu'elle ne sorte de ce
gouffre affreux, ou qu'elle n'y arrive point encore
assez tôt; par une exception aussi odieuse qu'injuste
on lui ôte violemment tout moyen d'en sortir ou, de
s'en préserver. Ainsi arrache-t-on au malheureux qu'on
a précipité dans la mer, et qui demande miséricorde,
"a la dernière planche qui pourroit le sauver.
/Voyèz\e e qui se passe; et dites si j'exagère.
Mais d'où vient ce malheur? et comment une Eglise-
11-1 (')' 2. Cor. 5,
Vierge depuis quatorze siècles, se irouve»l~elle tout.;¡.
coup si indignement pro ttuee
Ne croyez pas Chrétïens_r Catholiques, que ce
montre horrible ait été conçu et enfanté dals un jour.
remontez plus haut rappelles les faits, interroges
vos pères suivez année par année, et, pour ainsi dire,
jour par jour, les effrayaus progrès de la licence et
de l'irréligion; et comparant ensuite-, et d'après l'Ecri-
ture, la justice d'un Dieu et le mérite de l'homme;
estimez, par la manière dont il traita 'nos ancêtres, ce
que la France vers lafin du dix-huitième siècle, du-
voit attendre de sa sévérité; et bientôt vous conclurez
sans doute, que l'évènernent qui vous glace c?,'efïroi,étoit
non-seulement apparent mais presque inévitable.
Le flambeau de la vérité dans un grand empire\
est, sans contredit, la plus auguste des prérogatives (ï).
Quel bonheur pour un peuple de posséder la vraie lu-
mière et de c'ojinoître ce qui plaît au Seigneur son
Dieu- (a) Non il n'en usa pas de la sorte envers toutes
les natious, et ne leur manifesta pas ses jugemens éter-
nels. Mais sous ce rapport même, fut-il un royaume
plus heureux que la France? 1 la ,foi la plus pure y étoit
comme héréditaire (3) tous ses enfans étoieut ensei-
gnés de Dieu, et pouvoient, avec confiance, suivre le
torrent d'une doctrine salutaire (4). Mille scutinelles
placées sur ses remparts, et criant nuit et jour, veil-
loient à sa garde et assuroient sa tranquillité ». Son
(r) Baruch. 4, 4. (3) Isaie 54, Il.
(2) Ps. 147, 20, (4) Isaie 62, 6.
enceinte regoi-geoit de biens et de nombreux asyles
élevés dans son sein par les mains de la Religion va-
rioient à l'infini les moyens de salut.
François, tel étoit votre sort et l'abondance dans
laquelle vous viviez mais vous deviez en connoître la
source, et à quel titre vous y puisiez vous deviez
comprendre que si la foi (1) est un don qui vient de
Dieu, il a droit de l'enlever a ceux qui le négligent
que si (3) sa parole est une grâce, il eu prive avec
justice ceux qui la dédaignent, tt se jugent indignes
de la vie éternelle que si son royaume est un héri-
tage, il peut, quand bon lui semble, l'arracher aux
ingrates, pour le donner k ceux Hjjfcleciiltiveni, et eu
rendent les fruits. Tels son^v<fHU e savez, les droits
qu'il se réserve, et qui devoienFnous tenir en garde
est nous inspirer une crainte salutaire
Cependant que voit-on chers Concitoyens? qu'en-
de toutes parts depuis un demi-siècle ? 1 Hue
orgueilleuse raison qui prétendant s'asseoir sur le
trône de la sagesse éternelle, foule intlignement aux
pieds l'humble docilité des enfans de lumière une vit
brutale et toute épicurienne, insultant hardiment à.la
sainte austérité des moeurs évangéliques Wiégoïsme le
moins déguisé, prêchant impudemment la bienfaisance
et l'humanité^ l'idée d'un Dieu jusle, seule ressource
qui restoit encore pour faire rougir le crime et en-
courager la vertu remplacée par la plus audacieuse
(1) Act. 13, 46.
(II.)
incrédulité à l'entendre, le vice et la vertu ne sont
que de vains noms les passions tout innocentes le»
lobe seules sont coupables l'homme entier vient de
terre, et y retourne de même titre le juste et l'impie
nulle autre différence que celle du préjugé nulle
crainte pour celui-ci nulle espérance pour celui-
là tout est égal après la mort et par conséquent,
heureux celui qui peut se satisfaire n'importe coin-
ment. Tels senties principes du philosophe,et telle
estsamarche.
D'autrepart, un peuple immense et c;ui, par liai*
tude, plutôt que par principes, se dit encore chrétien f
mais qui, an lieu de méditer, 31'exemple de ses pères
la sublimité de sa vocation la sainteté de ses devoirs
ne songe qu'à s'étr.blir en terre, et se couronner des
de rosés avant qu'elles se fanent indifférent d'ailleurs
et pour le Dieu qui l'a racheté et pour l'alliauce qu'il
a souscrite et pour cette fin capitale qui doit cou-
routier l'oeuvre, et répondre sa fidélité. Chrétien
peut-être si l'on s'en tient i4 sa parole mais Païeu
en effet si l'on en juge par le coeur et les œuvres.
Voilà la multitude, et telle est sa conduite.
Enfin, le dirai-je? Eh que serviroit-il de le dissi-
muler 1 Un relâchement funeste introduit dans tons
les ordres, même les. plus sanctifians (i) }, chacun son-
geant à soi bien plus qu'à J, G. recueillant son patri-
irioine et méprisant sa croix (a) mangeant le -lait des
brebis, se couvrant de leur laine, et négligeant de les
(i) Philip, a, 21. (si Ezech. 34 J.
paître tout un peuple, en un mot penché vers l'abîme,
et trop peu zé&jjotir l'en arracher. Je parle du clergé,
et (Vu parle d'après la plus saine partie qui gémissoit
amèrement de ces abus, et qui en désiroil ardemnsent
la réforme.
ft'approchions-nous donc pas, presque sans y peu-
ser, de'cette fatale époque que décrit le prophète (I),
quand il nous représente le Très-Haut contemplant la
terre, et y cherchant un sage un homme selon son
cœur? Il en trouveroit plusieurs, j'ose le présumer,
depuis sur-tout que (a) l'affliction nous adonné l'in-
tellidence; mais encore eu quel nombre et en quelle
proportion? Convenons du moins que (3) pendant ce
sommeil il n'étoit que trop aisé à l'homme ennemi d
semer son ivraié et de dévaster le champ du père de
famille.
Non, ce n'est poiut ailleurs que dans nos infidélités
mêmes que nous devons chercher. la cause de nos
maux (4). «Comme vous m'avez abandonné, ainsi je
vous abandonne, dit le Dieu des armées et je vous
ai livré entre les mains- de Sesac. Le Seigneur est
juste, répond tout Israël». Et que pouvons-nous dire-
autre chose accuserons-nous notre Dieu d'une rigueur
excesssive,ou plutôt n'admirerons-nous pas la longua-
nimité avec laquelle il a dissimulé notre malice, et
supporté notre ingratitude?
(l) Ps. 52. 3. (3) Matt. 13, y>.
(a) Isaie, a8, 19. (4) 2. Parap. la,
C-i3 ̃)̃̃
( i ) » Je suis le Seigneur, et je ne change pas et.
Non Grand Dieu et c'est pour cela même que vous
nous frappez des mêmes verges dont vous frappâtes nos
père? (2). Le premier coupable éprouva le premier, et
nous en lui, d'une manière aussi profonde que terri-
ble, qu'on ne vous désobéit pas impunément, Plu-
sieurs siècles après,votre extrême patience céda enfin
à votre justice (3) lorsque toute chair ayant corrompu
sa voie vous noyâtes le crime et son auteur dans un
.déluge immense. L'orgueilleux Pentapole '(4) ayant
comblé la mesure de ses crimes, devint à son tour un
monument éternel de votre juste sévérité. Eh! pourquoi
citer quelques traits isolés tandis que l'Histoire
Sainte, et dans son tout, et dans chaque partie, dé-
montre évidemment que si le Dieu de nos peres est
riche en bonté il réserve néanmoins dans les trésors
de sa justice des châtiments d'autant plus terribles
qu'ils ont été plus long-temps suspendus ?
r Présentement ({) répondez, c'est Dieu qqri parle,
t) répondez mon peuple. Pourquoi vous trouvez-vous
j) dans le pays de vos ennemis? Pourquoi languissez-
» vous dans une terre étrangère? Pourquoi vous souillez-
vous avec les morts et êtes-vous confondu avec ceux;
» qui descendent sous terre ? Vous avez quittera source
(i)Malac. 3,6. (4)Ibid.
(1) Gènes. 3, 17. (5) Baruch. 3 9.
(3) Ibid. 6, x3.
( H)
» de la sagesse; car si vous eussiez marché dans la
» voie de Dieu vous eussiez certainement demeuré
dans une paix éternelle. Apprenez maintenant où est
M ta prudence, où est la forcé, où est l'intelligence
afin que vous sacliex où est la vie, la lumière des
» yeux et la paix 3».
Ainsi parle la sagesse incréée et elle va droit au
but; mais le faux sage le philosophe moderne dédai-
gnera ce langage,et se gardera bien de remontera cette
source. Il y découvriroit sa bassesse il y verroil qu'il
est homme c'est-à-dire rien. Il y ccintempleroit sa
folie et son crime, 'et se verroit forcé peut-ître de
plier et de demander grâce. Il préfère à l'exem-
ple des géants dont parle l'Ecriture de périr or-
gneilleux et coupable plutôt que de s'humilier et de
vivre. Un Dieu qui voit tout, qui dispose de tout, et
sans l'ordre duquel rien ne se fait en terre, seroit k
ses yeux un rjval incommode. Ainsi que ,1'insensé qui
subjugua la, Grece et ravagea l'Asie il croit que le
globe ne doit avoir qu'un soleil et qu'un roi, et ce roi
c'est lui-même; il ne s'en cache pas. Puissance, sa-
gesse, providence divine, sont à ses yeux autant dit
chimères. Il ne voit que soi-même dans le monde il
n'estime que soi. Le nom seul de la Divinité l'offense,
parce qu'il semble diminuer son empire ou éclipser en
partie sa prudeuce et pour rappeller à la créature ses
(1) Baruch. 3, a6.
propres blasphèmes l'homme oubliant son Dieu ne
rougit pas de dire à un autre homme (I) Toute notre con*
fiance est en vous t et nous ne reconnoissnns d'autrt 'provi-
dence. que vos décrets. Ainsi on abandonne au premier
être si toutefois on y croit encore le gouvernement
du ciel, taudis que, sans son ordre et sans te consul
ter, on s'arroge le droit de bouleverser la terre.Il tant
faut pourtant tout dire une fois seulement, et non sans
répugnance on déclare qu'on agit en présence et sous
les auspices de l'Etre-Suprême mais, qui ne sait que
que cette formule est sans conséquence et n'empêchera
pas que toute souveraineté ne réside en l'homme, qu'il
ne l'exerce pleinement et sans restriction, qu'il ne s'en
serve pour écraser (s'il est possible) la religion vérita*
ble et qu'il n'appelle à soi le crime même, quand il
le jugera utile à l'exécution de ses plans 1,Le dirai-je 1
l'homme s'ennuie d'être homme il élevé ses préten-
tions aussi haut que ses pensées, et ne pouvant détrôner
l'Eternel il l'oublié du moins, et le fait oublierautant
qu'il est en lui ,pour usurper sa place et dérober l'hom-
mage de ses adorateurs. Telle est, sous le nom de sa-
gesse, l'extrême folie de l'homme. Du reste, elle est
ancienne, et les siècles passés eu fournissent mille
exemples mais en quel autre temps fut-elle plus com-
mune qu'aujourd'hui, ou l'on peut dire de la France
(i) Adresse présentée l'assemblée nationale dilue
de juillet demie)'.
(i6)
moderne comme de l'ancienne Rome (i) sque tout y dis
Sont-ce là les leçons que nous donne l'Ecriture ? Non
sans doute; et je ne m'étonne plus si les sages du jour
la dédaignent et l'abhorrent. J'ouvre ce grand livre, j'en
parcours les pages: qu'y vois-je ? qu'y voyez-vous vous-
mêmes, fidèles Catholiques? Dieu seul, et le néant
fécond par sa parole, produisant le monde et tout ce
qui existe (s) a Il dit, et tout est fait il com-
» mande et tout est créé (3) Que la lumière soit
» et la lumière fut Que la terre produise et la
terre produit Faisons l'homme,et cela fut fait
» ainsi» Ainsi parle celui qui est, et qui vit
dans l'éternité Dieu seul cc (4) creusant les abymes,
» pesant les cieux et soutenant de trois doigts la
masse de la terre. Tous les peuples sont devant lui
» comme s'ils n'étoient pas, ou comme ce grain de
sable, qui peut peine incliner la balance»
Dieu seul gouvernant l'Univers avec une souveraine
puissance «créane la paix présidant la guerre (5),
*f et donnant la victoire à ceux qui en sont dignes,
» ou ébranlant la terre et secouant les impies, (7) mul-
>i tipliant les nations et les perdant ensuite, et les réta-
» blissàiit après leur ruine. Dieu seul enfin (8)
» assis en souverain dans le conseil des Dieux, et ju-
(i)Bossuet, Disc. sur (5) Mac.. 1-5, ai.
l'Hist. univ. 2 part. (6) Job, ij.
(z) Ps. 3a, 9. (7) Job. ia,a3.
(3) Gènes. 1,3. (8) Ps. 8l 1.
(4) Isaï. 40, 12.
» géant »
JB
géant les Dieux mêmes» comptant les pas, pesant
les actions, scrutant les cœurs des eu! ans 'des hommes»
et rendant chacun selon ses œuvr'es .Seul bon
seul puissant, seul sage, se suffisant à soi-même et
donnant tout à tous Je m'arrête » car (r) qui
pourra le voiret le représenter tel qu'il est? qui dira
sa grandeur, selon ce qu'elle est dès le tommence-
xt ment (2). A lui seul par son fils unique gloire et
» magnificence, empire et force, sagesse et victoire
« avant tous les siècles maintenant et à jamais «.
Ain*i parle l'Ecriture ainsi se, complait-elle à nnus
représenter le Dieu des Dieux, appelant la terre
» du levant au couchant et faisant aujourd'hui le
discernement de son peuple ».
Oui, chers Concitoyens, c'est lui m même as (4) ,yui
» nous châtie maintenant dans sa justice, et qui demain
peut-être si nous nous réfugions vers lui nous sau-
j» vera par sa miséricorde (5). Malheur au contraire 4
» l'homme qui se confie en l'homme «. Fût-il philoso-
sophe, fut-il législateur. La foi le dit, la raisou le
persuade l'expérience le prouve.
Ecoutez, François réfléchissez et désabusez-vous.
Liberté et égalité paix et concorde ,réforme et sécu-
rite n'est-ce pas là le bonheur qui vous étoit promis?
Eccl. 43, 35- (4) Tob. i3,5.
(a) Judae 25 (5) Jerem. 17, 5.
(3)Ps.49,i.
(̃̃̃«* )
Vous a-t-on tenu parole? Jouissez-vous enfin? La Reli-
gion, la^Religiou sur-tout ce premier besoin de la
créature raisonnable ce lien précieux qui unit le ciel
avec la terre, .devoir être, vous vous en souvenez, rap-
pellée à sa pureté primitive. Le sanctuaire, source di-
¡vine de la sainteté du culte devoit être purifié de
toute souillure, dégagé de tout abus. Des moeurs douces
et vraiment fraternelles dévoient faire revivre ce temps
heureux (I) ou la société chrétienne chérie de
Dieu, aimé des hommes;u'avoit qu'un cœuretqu'une__
aine,; un désintéressement généreux devoit réparer,
dans tous les ordres, les ravages de la cupidité et
ainsi du reste car je ne prétends- pas transcrire les
avantages sans nombre que la nouvelle constitution de-
voit faire, éclorre et voilà sans doute pourquoi tant
d'aines honnêtes jugeant du fonds par les apparences,
et du cœur par les expressions eu ont hâté d'abord
du moins par leurs vceux l'avancement et la fin. fluelle
-distance chers Concitoyens de la promesse à la réa-
lité et ne croiroit-on pas qu'Isaïe déploruit notre sur-
prise lorsqu'il disoit Nous attendions la lumière,
et nous voici dans les ténèbres nous espérions un
grand jour, et nous marchons dans une nuit sotnbre;
x nous allons comme des aveugles, le long des mu-
railles. Nous uous heurtons en plein midi comme
si nous étions dans les ténèbres nous rugissons comme
» des ours;_nous gémissons et soupirons comme des
colombes nous attendions un jugement juste, et il
(I) Act. 4,32. (2) Isaïe. 59 9.
( i9)
B2
» n'est point venu nous espérions le salux, et le salut
m est bien loin de nous l'équité a été renversée, la
» justice s'est éloignée parce que la vérité a Hé écrasée
sur la place publique et que la bonne foi n'a pu y
entrer. La droiture a été en ouhli, et celui qui a
» voulu se retirer du mal est devenu la proie de son
semblable »? N'est-ce pas li notre situation présente?
et d'où vient-elle si ce n'est de la révolution?
Il est vrai que c'eut été un étrange prodige qu'un tel
arbre eut produit d'autres fruits. f)uelle apparence en
effet que celui qui proportionne avec tant de sagesse les
moyens à la fin en eut choisi de tels pour régénérera à
la fois la religion et l'empire? 'Quoi.! il auroit confie
à ses mortels ennemis la glorieuse mission de réformer
l'église et de ressusciter les temps apostoliques? Quoi,
le disciples' et les adorateurs de Voltaire de Jean-
Jacques et de leurs semblables auroient été.chargés,
dans le dix-huitième siècle de ranitner la foi dont
tous ensemble, maîtres et disciples, ont été et sont plus
que jamais les infâmes détracteurs. Profondément en»
dormis sur les intérêts du premier Etre, donnant mêmes
à douter s'ils croient son existence les eut-il suscités
pour rétablir sa gloire et réparer les ruines du sauc-
tuaire? Non (I), ce n'étoit point par de tels hommes que-
Dieu devoit relever son temple et sauver Israël. Leur
but y^fTe répéte, est de régner eux-mêmes et non
d'étendre l'empire du Très-Haut d'anéantir la reli-
(i) i Mac. 5, 62.