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Amour d'un prêtre, poème

De
38 pages
tous les libraires (Havre). 1864. In-8° , 40 p..
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Paul Cornette de Venancourt.
L'~#UUR «D'UN. PURTRE
Poëme
HAVRE
Prix : 1 F, 25 Centimes.
1864.
FIN VENTE
Chez tous les Libraires.
Paul Cornette de Venancourt.
~, l. Il
L'AMOUR D'UN PRÊTRE
Poëme.
PREMIÈRE PARTIE.
L'AMOUR D'UN PRÊTRE
I.
0 douleur! ô tourment! souffrance douloureuse,
Pourquoi brûler ainsi la lampe vaporeuse
Et flétrie de mon cœur?
Fiancé du Seigneur, a l'Église parjure,
Au pied du saint autel j'aime la créature
Et rêve le bonheur !
Que de tourment la nuit, plongé dans ma tristesse,
Contre l'amour de Dieu mon cœur combat sans cesse !
Tel un vil assassin,
Ignorant l'étendue de mon affreux blasphème,
Je m'agenouille et prie de mon amour suprême
Le douloureux chagrin !
— 6 —
En vain je crois prier, horreur! ô prêtre infâme!
Je ne vois que ses yeux, je ne prie qu'une femme,
Sa pâle vision,
Même dans mon sommeil apparaît à ma vue,
Et jette dans mon cœur l'amertume inconnue
D'un violent poison.
Son nom m'est odieux et pourtant je l'implore,
Son image m'effraie et je l'aime et l'adore
Et le jour et la nuit!
Près d'elle, je la vois ; éloigné, je la trouve,
Maudissant de l'amour le tourment qui m'éprouve,
Encor je la poursuis.
Oh! mon sort est affreux, terrible destinée!
A la souffrance, hélas ! ma vie est condamnée!
Tel un faible roseau
Courbé par l'aquilon, sur la déserte rive,
Lentement je traîne dans la vie où j'arrive
Un pénible fardeau.
Que mon sort est affreux, douloureux et pénible
Le messager des pleurs, noir fantôme invisible
A marqué la saison,
De l'amère souffrance en mon âme accablée,
Où le brillant passé est l'ivresse envolée
De mon illusion
-7-
De la destinée seule, hélas ! je suis victime,
Aveugle, je marchais sans découvrir l'abîme
Que me cachait l'erreur ;
En échauffant mon cœur aux rayons de la vie,
Aux clartés du soleil mon âme s'est flétrie
De son éclat trompeur.
Mais à quoi bon chercher, car, mon âme s'abuse,
Je mérite mon sort et je n'ai point d'excuse
Il faut subir l'affront,
L'insulte au passage, le mépris sur la route,
Sans cesse poursuivi, partout, partout, le doute
Et l'infamie au front !
A quoi bon rechercher si un destin étrange,
A flétri de mon cœur la piété sans mélange
Que j'avais amassé ?
Pourrais-je m'excuser quand la loi elle-même,
Terrible de courroux jetterait l'anathême,
Sur mon triste passé.
Je suis prêtre et c'est tout, mon crime est formidable,
Qu'importe le desiin, terrible, inexorable!
Mon sort est condamné !
Mon'aurore est flétrie, tout ce qui m'environne
Est un sujet d'horreur; autour de moi résonne
Un murmure étonné!
— 8 —
Ce violent poison dont s'est nourri mon âme,
Est un crime odieux que l'on rejette au blâme
En traînant les lambeaux,
Cent fois plus pénible que l'infamie du bagne,
Le rire le poursuit et l'horreur l'accompagne
Au-delà du tombeau.
Sans trêve, sans pitié et poursuivi sans cesse,
L'affront insulte au jour, le rire à la tristesse,
Toujours seul, accablé,
De l'affront à venir, de l'insulte passée,
On promène sa vie de la joie effacée
Gomme un pauvre exilé !
Oh! qui m'eût dit un jour, qu'au sortir de l'enfance
Le repos du tombeau serait mon espérance,
Et que pour moi le sort
Serait un mausolée! que jamais la nature
N'échaufferait la terre et la frêle ramure
Qui couvrirait mon corps.
Arraché dès l'enfance à ce monde où nous sommes,
Pour servir le Seigneur et convertir les hommes
J'étais prédestiné!
Savais-je? hélas! qu'un jour, la corde de mon âme
Aurait tremblé de joie aux regards d'une femme,
D'un ange abandonné!
Ah ! du ciel irrité j'ignorais la colère !
Le hasard sans doute, jaloux de ma chimère
Aura changé le cours,
Ou bien on s'est trompé, ou, me trompant moi-même,
Aux pieds du Créateur, quand je lui ai dit j'aime !
J'ignorais quel amour!
— 10 —
II.
Après avoir pleuré une ivresse envolée,
Le temps de son voile sur votre âme accablée,
Pose son grand manteau,
Alors, vous oubliez la folie du mensonge,
L'espérance guérie, l'erreur de votre songe,
D'un rêve encor plus beau.
Ainsi, l'homme bercé au courant de la vie,
Trouve souvent la joie dans la mélancolie,
Vivant de l'avenir !
Le présent à ses yeux est la première marche
Où dirigeant ses pas il commence la tâche
De son ardent désir !
Mais moi, je plains mon sort et maudis ma croyance,
Jamais je n'aperçois à l'horizon immense
Un nuage d'espoir!
Seul, je suis toujours seul! partout, partout le vide,
Du brillant avenir mon regard homicide,
A terni le miroir !
— 11 —
Tel un vil criminel, au courant qui m'entraîne,
Je porte dans mon sein attaché à sa chaîne
Le stygmate flétri
De l'amère infamie où se nourrit la honte ;
Ma joie est un supplice et pourtant je l'affronte,
Au pied d'un pilori!
Et pourtant, bien souvent, dans mes noires tristesses,
J'éprouve de la joie à goûter les caresses
D'un rêve mensonger,
Et c'est là mon tourment, car ma pauvre croyance,
A vu disparaître de la folle espérance
Le brillant messager!
Pas même un fol espoir à mon âme étonnée,
Oh ! de la douleur seule elle est environnée !
Hélas! pas même, ô ciel!
0 douloureux secret ! Seigneur! qu'allais-je dire ?
Saura-t-elle l'amour et le brûlant délire
Qu'enfante mon sommeil !
Lui dire mon amour et dépeindre ma flamme,
Contenez-vous mon cœur! taisez-vous, ô mon âme,
Vous la feriez trembler!
Ce Dieu que je parjure est le Dieu qu'elle adore !
Ce Dieu que je trahis est celui qu'elle implore
Quand elle vient prier!
— 12 -
Pour elle, ô pour elle! pour toi, ô ma Nesline!
J'ai méconnu de Dieu la justice divine,
Et brisé mon bonheur !
Et pourtant je savais que jamais ton sourire
Ne viendrait consoler les pleurs qu'à mon délire,
Apporte la douleur.
Pardonne mon aveu, pardonne ce blasphème!
Je dois aimer un Dieu, je suis prêtre et je t'aime,
Plus que j'aime ce Dieu!
Horreur! sacrilège! dans mon idolâtrie,
La joie de ton amour se balance à l'envie
Du royaume des cieux!
0 je t'aime ! ô je t'aime ! et ton amour de femme,*
Est le souille à mon cœur, la parole à mon âme !
De tes divins soupirs nourrissant mon amour,
Je quitterais la nuit d'où ma plongé le jour
Où'j'ai vu tes grands yeux, ta tremblante paupière
Et ta bouche mutine ouverte à la prière !
Nesline, ô ton amour! un regard de tes yeux,
Une larme d'ivresse, un sourire amoureux !
J'oublierai du présent la honteuse infamie,
L'église, mon sauveur et moi-même et ma vie
Et l'insulte passée qui fait courber mon front ;
De ce Dieu que j'offense oubliant le pardon,
Un destin inconnu effacera l'injure
— 13 —
Que fit naître un serment homicide et parjure.
Dans mon brûlant sommeil sais-tu ce que je dis?
Ce que mon cœur soupire et le jour et la nuit !
Ivresse incomparable, ardeur folle et suprême,
Ce soupir est ma vie, je t'aime ! enfant, je t'aime !.,
Ce cri trouble mes sens et pourtant malgré moi
Je tremble de l'avouer et le bénis pour loi.
M'entends-tu ? ô ma vie ! comprends-tu ma tendresse ?
Car, malgré ma douleur je tremble d'allégresse,
Et de la destinée maudissant le courroux.
Je pourrais. juste ciel ! je puis à tes genoux
Venir traîner mon corps brisé par la souffrance A
Qui ternit le miroir des joies de mon enfance.
0 pitié pour ma vie et mon affreux tourment
Mon cœur est jeune encor, je n'ai que vingt-six ans'
À peine ouverte au jour, mon âme abandonnée,
A tressailli de joie et ma joie s'est fanée,
Dès sa première aurore, à son premier déclin !
Tel un pâle soleil à l'horizon lointain.
Fatale passion, ô Nesline! ô mon ange !
Que mon amour est grand, que mon âme est étrange ;
J'ai méconnu la loi, et la honte et l'honneur
Et le juste couroux du divin créateur,
Tel un fils insensé qui méconnaît son père
J'ai quitté le repos pour la douleur amère..
Oh ! cent fois mieux la mort ! Tel un pauvre martyr,
Mon présent est souillé, je n'()j plus d'avenir,
— 14 —
Tout s'envole à ma vue, le tourment qui me ronge
Et l'ardeur qui m'enflamme est un douloureux songe.
La réalité même et mon brûlant amour,
Est un noir nuage dérobant un beau jour.
Taisez-vous, ô mon âme! car il faut une trêve.
Aux élans passionnés de mon douloureux rêve !
Elle ne doit savoir et ne saura jamais
Combien je l'aime encor et combien je l'aimais!
Étrange destinée, ô douloureux blasphème !
Pourquoi souffrir ainsi et douter de soi-même?
Maudissant des mortels l'éclatante fureur,
En. vain je plains mon sort et ma funeste erreur;
Qu'importe ! je suis prêtre et je n'ai point d'excuse !
Sans m'entendre on me blàme et le blâme m'accuse ;
Alors ce sont des chants, des murmures joyeux,
Et ces terribles mots : « Un prêtre est amoureux! »
Un prêtre est amoureux, ô charmante nouvelle !
Qui sert de causerie à la foule cruelle.
Mais qu'importe le monde et la foule et ces mots !
Ce qui me fait trembler et brise mon repos
N'est pas d'être flétri d'une injuste sentence !
Que m'importe après tout l'infâme médisance?
Quand on oublie son Dieu, et l'autel et sa foi !
On ne craint pas le .monde ! on ne craint pas la loi !
— 15 —
Ce que je crains, ô Dieu! ô terrible justice!
Douloureux châtiment! cruel, affreux supplice!
Qui déchire mon âme et consûme mon cœur,
Et qui me fait douter sans cesse-de l'erreur.
Ce n'est pas du Seigneur la justice divine,
Ce n'est pas de traîner ma couronne d'épine !
Je ne crains qu'une femme, et je tremble et j'ai peur
D'avouer à ses genoux ce que souffre mon cœur!
Ce que je murmure dans la nuit solitaire,
Que renvoie à l'écho la brise passagère.
Oh! j'ai peur en songeant que mon brûlant aveu
Ferait pâlir son front et trembler ses grands yeux !
Le mépris et l'horreur dans son âme indécise,
Seraient la récompense de' ma folle franchise!
Sa colère, ô mon Dieu! son mépris, juste ciel!
Est-ce assez de douleur? tourment noir et cruel !
Elle, me mépriser! non, non, c'est impossible!
On ne peut supporter de peine si pénible,
0 mes yeux 1 taisez-vous, contenez-vous mes pleurs,
De crainte d'allumer le feu de mes douleurs.
Est-ce vrai? son mépris! le mépris de Nesline!
De la fleur embaumée dont la tige s'incline,
De la fraîche rose, que le léger zéphir,
D'un baiser amoureux fait lentement s'ouvrir.