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Analyse impartiale des accusations portées contre Napoléon ; précédée d'une notice sur sa vie, et suivie d'une table chronologique

54 pages
chez les marchands de nouveautés (Paris). 1821. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °.
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ANALYSE
IMPARTIALE
DES ACCUSATIONS
PORTÉES CONTRE
NAPOLÉON;
PRÉCÉDÉE D'UNE
NOTICE SUR SA VIE;
ET SUIVIE D'UNE
TABLE CHRONOLOGIQUE.
A PARIS,
CHEZ LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS.
1821.
NOTICE
SUR LA VIE
DE NAPOLÉON.
UN grand homme est mort! Tandis que
l'ingratitude, la perfidie et une fausse poli-
tique, préparent peut-être leurs traits em-
poisonnés, pour insulter à la mémoire de
celui qu'elles n'épargnèrent pas, même au
milieu de ses succès et de ses actions héroï-
ques, l'homme juste et l'appréciateur du
mérite, tout en reconnaissant ses fautes, doit
un juste éloge à ses rares qualités. Cet éloge
ne doit point paraître suspect dans l'écrit
d'un homme que le malheur rendit ennemi
naturel du génie, qu'il admirait.
Napoléon Bonaparte naquit à Ajaccio, en
Corse, le 15 août 1769. Son père ; Charles
Bonaparte, était originaire de la petite ville
(4)
de Saint-Miniato en Toscane (1), et il avait
eu de Madame LEtitia Ramolini, huit enfans,
savoir : Joseph, Napoléon, Lucien , Louis,
Jérôme, Elisabeth, Pauline et Caroline.
L'un et l'autre appartenaient à des familles
distinguées. Charles Bonaparte fut un des
trois députés choisis parmi la noblesse de
Corse, pour porter à Louis XVI l'hommage
de cette île soumise à la France depuis dix
ans (2). Il se lia d'amitié avec le comte de.
Marbeuf, premier gouverneur de la Corse ,
qui connaissant son peu de fortune, s'inté-
ressa au jeune Napoléon, et obtint en 1777,
qu'il fût reçu à l'école militaire de Brienne.
Napoléon avait alors un peu plus de sept ans,
mais dès cet âge, il montra une grande dis-
position pour l'étude : il s'y consacra presque
exclusivement pendant sa première jeunesse.
Son application, à laquelle contribuait un
caractère triste, recueilli, et ami dé la so-
litude, lui captiva l'amitié et l'encouragement
de ses maîtres. Le genre et la tournure de
son esprit, ses répliques courtes et senten-
tieuses, un amour prononcé pour l'indépen-
dance, firent dire à un de ses précepteurs,
dans une note où il rendait le compte annuel
(5)
de ses élèves : « Bonaparte, Corse de nation
et de caractère : ce jeune homme ira loin
s'il est favorisé par les circonstances.» A l'âge
de quatorze ans, et en 1784, il passa à l'école
militaire de Paris ; il se perfectionna dans les
mathématiques, où il surpassait presque
toujours, ses collégues. Sa lecture favorite'
était les grands hommes de Plutarque. Ce
livre l'enthousiasmait et nourrissait son ima-
gination ardente et son coeur naturellement
ambitieux, et avide d'exécuter les desseins
les plus grands comme les plus difficiles.
On l'a vu, très - jeune encore, décidé à
partager les dangers de Blanchard, et sans
la défense positive de ses maîtres, il serait
entré dans la frêle, nacelle suspendue au
ballon de cet aéronaute.
Nommé en 1783, sous-lieutenant d'artille-
rie au régiment de La Fère, il embrassa les
principes de la révolution : « Si j'étais maré-
chal-de-camp, disait-il plus, tard, j'aurais
embrassé le parti de la cour; mais sous-lieu-
tenant et sans fortune, j'ai dû me jeter dans
la révolution. »
En 1790, il retourna en Corse avec le gé-
néral Paoli; il y passa trois ans, entière-
( 6) ...
ment livré à l'étude de l'art militaire. De
nouveaux partis, soutenus par ce général et
par les Anglais, s'étant formés dans cette île,
Bonaparte se prononça fortement pour la
France, ce qui lui attira un décret qui
exilait de la Corse lui et sa famille. Elle se
réfugia à Marseille, où elle vécut dans une
médiocrité extrême'; médiocrité d'où elle se
serait aisément tirée, si les soeurs de Napoléon
y eussent mené la conduite scandaleuse que
leur a prêté la calomnie. Peu de temps après
Napoléon obtint le grade de capitaine en se-
cond au 4e régiment d'artillerie , servit sous
Kellermann, dans le siége de la malheureuse
ville de Lyon, et passa ensuite à Toulon, que
la plus insigne perfidie avait livré aux escadres
anglo-espagnoles. Il fut alors chargé d'un
commandement dans l'artillerie avec le grade
de chef de bataillon, et contribua puissam-
ment à la prise de cette place. C'est à cette
occasion qu'un jour, parcourant les batteries
avec Barras et plusieurs commissaires, le pre-
mier voulut faire quelques observations sur
une batterie, « Mêlez-vous de votre métier,
représentant, lui répondit Bonaparte, et
laissez-moi faire le mien d'artilleur : cette bat-
(7)
terie restera là, et je réponds du succès, sur
ma tête. » Cette réponse lui captiva l'amitié
de Barras. Salicetti, député de la Corse, ami
de la famille de Bonaparte, et alors procon-
sul (avec Fréron, Barras, Robespierre jeune
et Ricard), l'avait recommandé à Barras, qui
sollicita son avancement! Il fut nommé géné-
ral de brigade dans l'armée d'Italie.
Le 9 thermidor ayant amené plusieurs des-
titutions parmi les officiers, Bonaparte y fut
compris, comme accusé de terrorisme ; cepen-
dant il écrivait au général Tilly : " Tu auras sû-
rement appris la mort de Robespierre ; j'en
suis fâché ; mais eût-il été mon père, je l'eusse
poignardé moi-même , si j'avais su qu'il as-
pirait à la. tyrannie. »
Napoléon vivait à Paris dans une nullité
complète et presque dans la pauvreté. Il se
détermina à quitter la France et à passer en
Turquie pour améliorer son sort, lorsque
les sections de Paris se mirent dans un état
de révolte, contre la Convention ( 5 octobre
1795, ou 13 vendémiaire an 4). Barras lui
fit confier le commandement; des troupes,
qui devaient soumettre les sections. Les dis-
positions qu'il prit ayant été couronnées par
(8)
le succès, il fut créé général, de l'armée de
l'intérieur sous les ordres de Barras, qui, de-
tenu membre du directoire, lui fit donner
le grade de général en chef. C'est à peu
près à cette époque qu'il épousa Madame
Joséphine de la Pagerie (née à Saint-Pierre
de la Martinique, en juin 1761), veuve du
vicomte Alexandre de Beauharnais, et amie de
Barras. Douée d'une âme sensible et géné-
reuse, elle employait son influence sur l'un
et sur l'autre pour arrêter les punitions et
pour secourir le malheur. L'inébranlable
volonté de Bonaparte se pliait souvent aux
conseils de cette femme estimable.
Peu de temps après son mariage, Bona-
parte fut nommé ( 23 février 1796 ) général
en chef de l'armée d'Italie, où il alla réparer
l'impéritie de l'avide Schérer, repoussé par
l'armée et rappelé par le directoire. On con-
naît ses étonnans succès dans cette campagne
fameuse par les victoires qu'il remporta à
Montenotte, Millésimo, Dego, Vico, Mon-
dovi, Lodi, Lonado, Castiglione, Roveredo,
Bassano, Rivoli, Saint-George, la Favorite ;
par la prise de Mantoue, par la cession et la
restitution du comtat Vénaissin, etc. etc., et
(9)
qui fut terminée tout à l'avantage des Fran-
çais et des Cisalpins, par le traité de Campo-
Formio.
On s'occupait alors en France d'un grand
armement qu'on destinait, disait-on, pour
l'Angleterre, mais qu'on employa pour une
expédition en Egypte, dont Bonaparte obtint
le commandement .Il partit de Toulon le 19
mai 1798. Après s'être, emparé de l'île de
Malte, il débarqua à Alexandrie, pendant
que les Anglais détruisaient sa, flotte à
Aboukir.
La fortune le suivit en Egypte, et les vic-
toires d'Alexandrie, de Rhamanié, de Che-
braisse, des Pyramides, du Caire, de Sédinam,
d'El-Arish; de Gaza, Cophtos, Bardin, Girgé,
Géméich, Kayoun, Caiffa, de Nazareth, Cana,
Montabor, etc., remportées par Bonaparte en
personne où d'après ses dispositions, seront
à jamais fameuses dans les fastes militaires
des Français.
Encouragé par ses succès, il entreprit la
conquête de la Syrie (au commencement de
1799); mais dénué de provisions, il échoua
devant Saint-Jean-d'Acre, après avoir livré
plusieurs assauts. Il revint alors en Egypte
( 10 )
et gagna sur les Turcs la bataille d'Aboukir
Les nouvelles qu'il reçut de Sieyes et de
Lucien, qui lui représentaient la France di-
visée par les partis et menacée par l'anarchie,
le déterminèrent à s'y rendre au plutôt, et
d'autant plus qu'une lettre signée par Treil-
hard, Revellière-Lepeaux et P. Barras, le
rappelait pour venir au secours de l'Italie,
envahie par l'armée austro-russe.
Bonaparte s'embarqua avec le plus grand
secret le 25 avril ; et, après une heureuse tra-
versée de quarante jours, il débarqua à
Fréjus, le 6 octobre : un mois après ( le
18 brumaire, 9 novembre 1799) encouragé
par l'enthousiasme qu'il excita dans toute la
France et notamment à Paris, et se prévalant
des scissions du directoire, il le renversa et
fut proclamé premier consul : il eut d'abord
pour collègues Sieyes et Roger-Ducos, et
ensuite Cambacérès et Lebrun.
Il vole ensuite en Italie, passe rapidement
le mont Saint-Bernard, rencontre les Autri-
chiens dans les plaines de Marengo, et, se-
condé par le dévouement héroïque du géné-
ral Desaix, il les bat complètement le 14
juin 1800. Bonaparte n'avait alors que trente
( 11 )
ans, et depuis cinq ans qu'il avait commencé
sa carrière militaire ; il avait déjà gagné près
de quarante batailles.
De retour à Paris, son pouvoir s'accrut en
proportion de ses nombreux succès; mais il
n'échappa que par prodige à l'explosion d'une
machine infernale qui éclata (le 24 décembre
1800) au moment où il se rendait en voiture
à l'Opéra. Quelques partisans de la Vendée
furent poursuivis et punis sévèrement. Georges
Cadoudal, qu'on cita comme le principal
auteurs de cette machine, parvint alors à se
soustraire aux recherches de la justice.
Dans cette même année il réunit à la France
la rive gauche du Rhin jusqu'à la Hollande,
rétablit les cultes, et en juillet 1801 il publia
le concordat. Il redoubla l'enthousiasme de
la France entière et de l'Europe en concluant
une paix générale, qui fut ratifiée par le traité
d'Amiens, le 27 mars 1802. C'est au milieu
de ces heureux événemens qu'il se fit déclarer
consul à vie, et le 19 mai il fonda l'institu-
tion de la Légion d'honneur.
Cependant des ennemis cachés conspiraient
encore contre ses jours, et le 10 octobre
( 12)
1801 on arrêta-Aréna, Geracchi, etc., qui de-
vaient l'assassiner à l'Opéra.
Jusqu'alors Bonaparte s'était attiré l'admi-
ration des Français, mais il ternit sa gloire
par l'assassinat du duc d'Enghien. Ce prince,
enlevé d'un sol étranger, vint mourir sous les
murs de Vincennes, le 21 mars 1804.
Peu de jours après on découvrit le com-
plot formé par Pichegru, Georges Cadoudal
et autres, et dans lequel Moreau fut injus-
tement impliqué. Pichegru mourut dans sa
prison; Georges fut exécuté le 24 juin, et
Moreau condamné à l'exil.
Bonaparte, parvenu au pouvoir suprême,
par lequel, comme l'a dit un éloquent ora-
teur, il détrôna l'anarchie, il ne lui man-
quait que le titre de souverain. Il obtint
Celui d'empereur, par le vote, dit-on, de
quatre millions de Français, et par un se-
natus-consulte du 18 mai 1804 ; et le 2 dé-
cembre suivant il fut couronné, dans l'é-
glise Notre-Dame, par le pape Pie VII
Le nouvel empereur, au faîte de la puis-
sance, pouvait tout entreprendre pour rem-
plir ses vastes projets. S'étant transporté à
Milan, il se fit couronner roi d'Italie, le
( 13 )
18 mars ; et, dans l'année suivante, il in-
corpora la république de Gênes à l'empire
Français.
Les Anglais avaient recommencé les hos-
tilités qui entraînèrent la funeste bataille de
Trafalgar, où furent détruites les marines coa-
lisées de France et d'Espagne. L'Autriche sui-
vait l'exemple, de l'Angleterre; mais la prise
d'Ulm , de Vienne , et là célèbre bataille
d'Austerlitz forcèrent François II à deman-
der la paix.
Les électeurs de Bavière, de Wurtemberg,
de Saxe, furent élevés successivement à la
dignité de rois : il donna la couronne de
Naples à son frère Joseph; celle de Hollande
à Louis , et celle de Westphalie à Jérôme.
Le 12 juillet 1806, il signa, à Paris, le traité
de la confédération du Rhin, qui lui don-
nait, en Allemagne, la prépondérance qu'a-
vait jadis exercée Charles - Quint. Il était
déjà maître, depuis le mois de décembre
1805, du grand-duché de Berg, de Venise, de
la Toscane , de Parme et de Plaisance, et du
Piémont ; et je fut ensuite du Valais, des
villes anséatiques, etc.
Quelques discussions s'étant élevées entre
(14)
la France et la Prusse ( on croit que c'était
pour la possession du duché de Hanovre ),
Napoléon se rendit, avec 150 mille hom-
mes , à Wurtzbourg, et donna la bataille de
Iéna, qui le mettait en possession du royaume
de Frédéric. Les Russes étant accourus au
secours des Prussiens, les batailles d'Eylau
et de Friedland , gagnées par les Français,
portèrent l'empereur Alexandre à signer le
traité de Tilsitt, s'obligeant à soutenir dans
ses états le blocus continental que Napo-
léon avait publié contre l'Angleterre.
Les instances de Joséphine et la politique
de Napoléon avaient rappelé les émigrés en
France. Il leur rendit leurs titres et en em-
ploya un grand nombre au service de son
palais. Quelques-uns d'entre eux lui furent
fidèlement attachés ; d'autres conservèrent
contre lui la haine qu'ils lui avaient vouée
dans leur exil.... , et qu'ils ne devaient ce-
pendant qu'à la république.
Il avait traité en secret avec le roi d'Es-
pagne du partage du Portugal ; mais soit que
la maison de Bourbon en Europe, lui portât
de l'ombrage, soit qu'il fût dévoré par cette
ambition commune à tous les conquérans,
( 15 )
soit qu'il écoutât de pernicieux conseils , et
surtout ceux d'un ministre perfidement flat-
teur , il fit, sous le prétexte de ce traité,
envahir l'Espagne par 80 mille hommes ,
sous les ordres de son beau-frère Murat.
Il sut ensuite attirer à Bayonne la famille
royale et amener à une renonciation de tous
droits Charles IV et Ferdinand son fils, déjà
proclamé roi; donner au premier, pour do-
micile , Marseille ; et au second, le château
de Valançay , qui appartenait au prince de
Talleyrand. Tous les Espagnols prirent les
armes , et eurent d'abord quelques succès
sur Lefebvre , Dupont, etc. Napoléon entra
alors en Espagne, et à la fin de novembre
il était à Madrid. II quitta peu de temps
après cette Espagne qui devint, par le cou-
rage héroïque de ses habitans, le tombeau
des Français.
L'Autriche venait de déclarer de nouveau
la guerre à Napoléon, qui reprit Vienne le
13 mai 1809, gagna les batailles d'Essling
et de Wagram , et signa la paix de Vienne
le 13 mai de la même année.
Pie VII avait été transporté en France.
Napoléon voulait qu'à l'exemple des anciens
( 16)
pontifs il fût soumis à l'empire , et reçût
la dénomination d'évêque dé Rome : Pie VII
s'y refusa, et montra dans cette occasion
une rare constance. Le 15 février. Rome fut
nommée la seconde capitale de l'empire
français.
Par suite du traité de Vienne, Napoléon
épousa l'archiduchesse Marie-Louise : il avait
long-temps balancé sur le choix d'une prin-
cesse d'Autriche ou d'une princesse de Rus-
sie , qu'on ne lui aurait certainement pas
refusée. En répudiant Joséphine , il éloigna
de lui le talisman de sa fortune. Depuis ce
mariage, il ne compta presque que des re-
vers. Au moment où, par la naissance d'un
fils ( le 20 mars 1811 ), il croyait son pou-
voir solidement et à jamais établi, la for-
tune , fatiguée de lui avoir prodigué ses dons,
allait tout-à-coup les retirer.
La guerre de Russie se renouvelle. Après
avoir franchi tous les obstacles, Napoléon est
aux portes de Moscou, couronné dés lauriers
qu'il a cueillis sur sa route. Encore un pas,
et il sera le maître de toute l'europe; le
système continental sera heureusement ac-
compli, l'Angleterre humiliée et terrassée par
(17 )
le génie de la France (3). Une résolution.
barbare, mais intrépide, livre aux flammes
la seconde ville de l'empire de Russie, le
principal dépôt de ses richesses et de son
commerce, l'ancienne capitale des Czars.
L'homme le plus pénétrant n'aurait su
deviner ce désastre ; tout le génie des An-
nibal, des Scipion et des César n'aurait pu
le réparer. Après une marche aussi longue
que pénible, après les fatigues de tant de
combats, Napoléon devait-il exposer en-
core à de nouvelles fatigues , sans lui laisser
de repos, une armée harassée, et, pour ainsi
dire, accablée par le triste résultat qu'ob-
tenaient ses glorieux succès?...» devait-il
prévoir que dans cette année les frimats de-
vanceraient leur époque ordinaire, et qu'ils
deviendraient plus rigoureux que de cou-
tume, pour détruire le fruit de tant d'es-
pérances et de travaux?
De nouvelles victoires signalèrent la désas-
treuse retraite des Français, toujours égaux à
eux-mêmes. Revenu à Paris, il y réunit une
nouvelle armée, et va s'opposer aux efforts
des Russes ; il est encore victorieux à Lutzen,
Bautzen et Dresde. Mais tout à coup ses alliés
( 18 )
l'abandonnent et tournent leur armes contre
lui; tous les souverains, de l'Europe se réu-
nissent pour combattre celui qui les avait
tant de fois humiliés.
Cependant les empereurs de Russie et d'Au-
triche , le ministre plénipotentiaire d'Angle-
terre et le roi de Prusse , réunis à Chatillon
dans les premiers jours de mars, envoyèrent
à Napoléon um ultimatum pat lequel ils le re-
connaissaint encore comme Empereur de la
France, proprement dite ; mais il devait céder
les pays conquis. Napoléon leur répondit en
attaquant, le 7, les hauteurs de Craone. Plus
d'un million de soldats avaient envahi le sol
Français , et ce fut dans cette mémorable cam-
pagne que Napoléon déploya tous ses talens
militaires.... Mais toujours une formidable
armée de l'une et de l'autre puissance coa-
lisées s'avançait successivement sur Paris....
Napoléon arrive à Fontainebleau presqu'au
moment où les alliés entraient dans la capi-
tale de la France.
Il abdique et il est relégué d'ans l'île d'Elbe
avec le titre d'Empereur. Louis XVIII fait son
entrée dans la capitale. Il est reçu avec un
enthousiasme « que l'on pourrait trouver
( 19 )
extraordinaire , dit un écrivain anglais, si
« l'on ne savait combien lès Français aiment
« la nouveauté » Cet enthousiasme cepen-
dant était assez naturel : le frère du malheu-
reux Louis XVI leur apportait la paix avec sa
dynastie, et la liberté avec la Charte. Des
ministres imprudens et inhabiles alarmèrent
les intérêts nouveaux, blessèrent les ambi-
tions particulières, affectèrent du mépris pour
une armée couverte de lauriers, et firent
craindre le retour de l'ancien régime.
Napoléon avait dit en quittant la France:
« II n'y a que les morts qui ne reviennent
pas. » Le 1er. mars 1815 il débarque à
Cannes, et le 20 il entre dans Paris sans coup
férir et sans rencontrer aucun obstacle. Il
trouva dans le château des Tuileries des
traîtres à tous les partis : les premières char-
ges du gouvernement tomberait au pouvoir
de vieux jacobins incorrigibles. Son acte ad-
ditionnel fut amèrement censuré : on voulait
une liberté incompatible avec un pouvoir
quelconque; cette liberté aharchique que
naguère avaient amenée les massacres, les
noyades et la guillotine. La police laissait col-
porter dans les villes des chansons , des écrits fa-
2.
(20)
vorables aux Bourbons; et quand les Bourbons
rentrèrent, cette même police fit crier : Vive
l'Empereur! sous les fenêtres du roi. L'Eu-
rope vint encore attaquer Napoléon. La ba-
taille de Waterloo était gagnée.... La fatalité ou
la trahison l'emporta sur le talent et la valeur ;
ceux qui reprochaient à Napoléon d'être pro-
digue du sang français, ne balancent pas à
en faire répandre par torrens : l'humanité, la
gloire de la patrie.... ils ont oublié tout sen-
timent généreux... Nés en France, ils n'étaient
plus Français.
Abandonné, non par son armée fidèle ,
mais par la nation qu'il avait couverte, en
moins de vingt ans, de plus de lauriers qu'elle
n'en avait cueillis en plus de deux siècles, Na-
poléon erre sans asile, suivi dé peu d'amis
fidèles, et fuyant, mais en, vain, au sort dont
dont il est menacé.
Malheureux, fugitif, il demande l'hospi-
talité à un peuple qui se vante d'être géné-
reux ; il se livre avec une noble confiance
entre les mains de ses persécuteurs les plus
acharnés.... Il croyait trouver un Artaxias, et
ne trouva qu'un ennemi (4).
Après avoir langui cinq ans abreuvé de dé-,
(21 )
goûts, loin d'une épouse et d'un fils chéri;
ayant perdu l'espérance que sa captivité ri-
goureuse (5) pût finir un jour, le chagrin
bourrela son âme, et la vue d'un Anglais lui
faisait horreur : « Les monstres, s'écriait-
« il, que ne m'ont-ils fait fusiller ? je serais
« mort comme un soldat. »
Par une cruauté raffinée, on cherchait à
renchérir sur ses tourmens ; on lui refusait
les journaux français; on lui refusa même
une eau salubre et pure, et il ne l'obtint que
d'après les instances des Français qui parta-
geaient son exil. L'orgueil blessé se vengeait
lâchement des triomphes du vainqueur de
l'Europe ; on aurait dit que le prisonnier il-
lustre vivait au milieu de cruels pirates,
et non parmi un peuple civilisé. Cependant
s'il se fût tué, il aurait passé pour un homme
ordinaire ; il aima mieux vivre et souffrir.
Attaqué par une maladie, dont il connais-
sait les symptômes puisqu'il ordonna qu'on
ouvrît son corps après sa mort, qu'il pres-
sentait prochaine ; il supporta pendant qua-
rante jours les douleurs les plus cruelles sans
pousser un seul soupir. Il passait des heures
entières les yeux fixés sur le buste de son
( 22 )
fils. Déjà la mort planait sur sa tête..... Il
l'envisagea sans frayeur. Il dicta tranquil-
lement ses dernières volontés, remercia les
fidèles compagnons de son infortune ; pria
que son corps, s'il devait rester dans l'île, fût
déposé dans un lieu solitaire, où il avait cou-
tume d'aller boire à une source pure qui
jaillissait au milieu de deux saules pleureurs;
fixa encore ses yeux sur l'image de son fils ,
et. dans ces transes extrêmes ses dernières
paroles furent : « Les armées !.... mon fils !...
Dieu !... protége la France !... Il expira le 5 mai
1521, à six heures dix minutes du soir.
Son corps, disséqué, ne présente aucun
viscère endommagé ; seulement dans, son es-
tomac on aperçut une espèce de dépôt comme
du marc de café, et une concavité d'un demi-
pouce de diamètre. Le rapport, signé des mé-
decins anglais, porte qu'il est mort d'un can-
cer. D'après les journaux anglais (6) , il pa-
raît que son chirurgien, le professeur Anto-
marchi n'a pas signé ce rapport.
C'est ainsi qu'a -pér sur uu rocher brûlant
et sauvage le grand chef, militaire qui donna
huit sceptres, gagna près de cept batailles, fut
l'arbitre de l'Europe, et dont les plus grands

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