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Annotations de B.-G. Sage, fondateur et directeur de la première Ecole des mines, sur les personnages qui l'ont dépouillé de sa fortune

De
21 pages
impr. de J. Didot l'aîné (Paris). 1822. In-8° , 22 p..
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DE B. G. SAGE,
FONDATEUR ET DIBECTEUR
DE LA PREMIÈRE ÉCOLE DES MINES,
SUR LES PERSONNAGES
QUI L' ONT DÉPOUILLÉ DE SA FORTUNE.
PARIS,
DE L'IMPRIMERIE DE J. DIDOT L'AÎNÉ,
RUE DU PONT DE LODI, N° 6.
1822.
ANNOTATIONS
DE B. G. SAGE
SUR LES PERSONNAGE
QUI L'ONT DÉPOUILLÉ DE SA FORTUNE.
ENT parvenu à l'âge de quatre-vingt-
trois ans , et touchant aux limites de la vie,
que j'ai été assez heureux d avoir consa-
crée à servir utilement mon pays, je me
rappelle qu'après avoir lu, il y a plus de
soixante ans , dans la Balance du com-
merce , que la France était alors annuel-
lement tributaire de trente-sept millions
pour les matières minérales et métalliques
qu'elle tirait de l'étranger, quoiqu'elle les
renfermât pour la plus grande partie dans
son sein, j'estimai dès-lors qu'on pourrait
affranchir la France dé ce tribut en y na-
turalisant la minéralogie et la docimasie,
(4)
qui sont les bases fondamentales de la
métallurgie. Attachant de la gloire à per-
pétuer en France ces connaissances, je me
suis entièrement livré à la chimie métal-
lurgique.
Les bienfaits de Louis XV m'ont fourni
le moyen d'ouvrir des cours publics et
gratuits relatifs à ces sciences, dans les-
quels j'opérais l'analyse des substances
minérales.
Dès l'âge de vingt-un ans je fis hommage
de mes découvertes à l'Académie royale
des sciences de Paris, qui les fit imprimer
dans ses Mémoires, et me fit l'honneur de
m'admettre, à l'âge de vingt-huit ans, pour
remplir la place vacante par la mort de
Rouelle, mon maître en chimie.
J'ai fait pendant vingt années des cours
publics et gratuits. Le nombre des audi-
teurs ayant successivement augmenté,
ainsi que ma collection de minéraux, je
fus obligé de quitter la maison paternelle,
pour louer, dans l'hôtel de Bréan, cinq
pièces de plain-pied : je déposai ma biblio-
(5)
thèque dans la première; et dans la galerie
qui la suivait, des armoires vitrées, dans
lesquelles je distribuai les nombreux mi-
néraux que j'avais déjà rassemblés ; la troi-
sième pièce formait mon cabinet d'étude,
orné de dessins relatifs à la métallurgie.
Ce cabinet était terminé par un labora-
toire, avec des armoires où étaient dépo-
sées les analyses. '
Ayant adressé au ministre de l'intérieur,
en 1778, un mémoire dans lequel j'indi-
quais que, pour fixer en France la chimie
docimastique, il fallait créer une chaire
où l'on enseignerait cette science, je fus
désigné pour la remplir.
Le local que j'avais loué n'étant plus
assez grand pour contenir ma collection
de minéraux, ni les nombreux auditeurs
qui suivaient mes cours, le gouvernement
m'établit dans le vaste salon de la Mon-
naie, où je déposai ma collection de mi-
néraux, et où il fit construire une hotte
de cheminée, sous laquelle furent déposés
les fourneaux.
(6)
Quoiqu'il se fût formé dans mon école
deshommes distingués par leur mérite,
tels que lés Rome-Delisle, les Demeste,
les Chaptal, etc., cependant je n'avais pas
rempli le but que je m'étais proposé, qui
était de former des ingénieurs propres à
diriger les travaux des mines. C'est ce qui
me détermina à présenter un mémoire à
Sa Majesté Louis XVI, dans lequel je lui
exposais la nécessité d'instituer une école
des mines, et douze élèves salariés qui
seraient instruits dans les sciences propres
à constituer de bons ingénieurs des mines.
Sa Majesté m'ayant nommé directeur de
cette école, formée de sujets distingués par
leur zèle, elle ne tarda pas à fleurir : elle
était alors si reconnaissante qu'elle fit faire
mon buste en bronze, et inscrire sur le
cippe : Discipulorum, pignus amoris.
Pour témoigner ma gratitude à Louis
XVI, et élever un monument qui fera
connaître la faveur qu'il accordait aux
sciences, j'engageai M. Antoine,, célèbre
architecte, à métamorphoser mon rustique
(7)
laboratoire en un édifice monumental,
dont je remis le dessin à M. de Galonné,
ministre des.finances, ami des arts. Il le
présenta à Sa Majesté, qui eut la bonté de
l'agréer, etde se rappeler, que je lui avais
fait retirer quatre cent quarante mille
francs de vieilles; dorures, dont on n'avait
offert que soixante mille francs. Ce prince
dit à M. de Calonne : Il faut donner à
M. Sage une gratification proportionnée.
Ce ministre m'ayant appris cette agréable
nouvelle, je lui répondis qu'attachaut plus
de prix à la gloire qu'à l'argent, je deman-
dais que le Roi me permît de consacrer le,
bienfait qu'il me destinait à faire commen-
cer ce monument.
Sa Majesté ordonna à M. de Calonne de
fournir les fonds nécessaires pour exécuter
ce plan : ils s'élevèrent à cent-dix mille
francs.
Attachant de l'honneur et de la gloire à
parachever un pareil établissement, j'y ai
consacré plus de cent mille francs que j'ai
retirés de la vente de ma bibliothèque et
d'une métairie.
(8)
N'ayant plus de place pour déposer les;
minéraux qui constituent la collection que
j'ai été soixante années à former à mes
frais, et dont les analyses sont déposées
dans un cabinet, j'obtins ? en 1797 , du
directoire exécutif, un local dans lequel
j'ai ouvert trois galeries supplémentaires,
que j'ai décorées d'armoires vitrées qui
renferment des minéraux et divers mo-
dèles.
J'ai en outré décoré ces cabinets de ma-
gnifiques tables de granit, de porphyre,
de lave, etde marbres antiques, sur les-
quelles sont posés des vases en ophite, en
granit, et d'autres vases en albâtre gyp-
seux, ornés de bronze doré.
J'ai été assez heureux pour me procurer
un buste en marbre de Louis XVI, fait
par le célèbreHoudon : je l'ai placé sur la
porte d'entrée, où il est couronné par deux
muses de grandeur naturelle, dont l'une
tient un livre, et l'autre la couronne qu'il
a si bien méritée par ses vertus et sa bien-
faisance.
(9)
LouisXVIII m'ayant aussi honoré d'une
protection spéciale, en me désignantspon-
tanément de l'ordre royal de Saint-Michel,
je me suis faitun devoir de placer son
buste en regard de celui de Louis XVI
La révolution m'a fait connaître qu'il y
avait parmi mes élèves de forcenés pa-
triotes. Trois d'entre eux m' ayant montré
une insubordination intolérable, je leur
signifiai que mon école leur serait désor-
mais fermée. J'ignorais qu'ils étaient étayés
par des membres du comité de mortalité
publique, qui leur conféra le titre d'agents
des mines, et leur assigna les hôtelsde Tal-
leyrand-Périgord et de Noailles - Mouchy,
pour y établir une école révolutionnaire
dès mines, laquelle nomma, pour me rem-
placer, les citoyens Haüy et Vauquelin.
Dans le même temps, un mandat d'arrêt
fut lancé contre moi : je fus précipité et'
détenu dans un cachot infect, où j'ai com-
mencé à perdre la vue.
Un ordre du comité dit de salut public
portait en outre qu'on s'emparerait de mon