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Apostrophe à M. Linguet, sur ses nos 25 et 26 des "Annales du XVIIIe siècle", par M. Lorinet,...

De
79 pages
1779. In-8° , 86 p..
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À
Par M. LORINET, Licencié ès loix & c.
Sìt patria, non fìt, ego civis.
PARIS.
1 7 7 9.
( 8 )
Effets pernicieux du principe oppose..
11 n'y a essentiellement, & il tic
peut y avoir dans P état qu'un sent
ordre de puissance légitime. II n'y saut
qu'une seule autorité , qu'une seule
magistrature. Vérité démontrée par le;
droit naturel -, par le droit politique r
par îe saint évangile.
Combien la tyrannie, ou le droit
de la force , avilit & dégrade le
tyran & les esclaves.
La nature réprouve ce droit entre
les hommes.
Elle y répugné même entre Phomme
& les animaux.
Origine de cette créance ridicule-
èf impie, que Dieu eft le collateur
de toutes les royautés ; que de Dieu
vient toute force , toute puissance
( 9 )
sêcourable ou vexatoire , conferva-
trice ou meurtrière. C'est un dogme,
étranger à la législation, prêché par
les agens des dieux révélés, inventé
pour rendre en apparence les rois
indépendans du genre-humain, & pour
immoler effectivement le genre-humain
& les rois, au despotisme effroyable
des prêtres.
Les trônes ont un appui plus fur :
c'est leur nécessité reconnue , c'est la
justice infaillible des peuples , c'est leur
gratitude & leur amour envers ceux
qui prennent foin de leur donner la
paix & le bonheur.
La plus défastrueuse calamité qui
jamais ait fait frémir la terre ; cette
épouvantable catastrophe, attestant la
puissance d'un perfide génie, qui con-
(10)
damna la France à d'éternelles larmes]
& qui la couvre de honte ; .cet horri-
ble forfait , cet énorme attentat, ces
grands coups de poignard qui déchirè-
rent un coeur où réfidoit, comme dans
son sanctuaire, la tendre humanité ;
ce massacre d'un roi, qui des tigres
eux-mêmes eut reçu des caresses ; la
piété, le zèle de Ravailla, cette abo-
mination de la désolation, est le chef-
d'oeuvre & le triomphe de L'infernale
catholicité.
De L'Émile de Rousseau.
DE VOLTAIRE, &C. &C.
( 12 )
pas tant d'honneur ; je crois m'ap-
percevoir que votre méchanceté est
inéditée, réfléchie, que vous vous
délectez à lui donner carrière, &
que vous savourez le fiel. Je ne con-
nais que par leur renommée les per-
sonnes dont vous vous plaignez avec
tant d'aigreur ; j'ignore si vos accu-
sations font fondées. En supposant
qu'elles le soient, vous avez peu de
droit à la commisération , puisque
vous avez tant d'ardeur à la ven-
geance.
Permettez - moi de vous deman-
der, Monsieur, quel bien vous vous
proposez en vous gendarmant comme
vous faites ? C'est fans doute d'hu-
milier pour le moins ceux que vous
nommez vos ennemis ? Mais, croyez
( 13 )
en ma neutralité, posé que la chose
soit possible, si vous ne changez de
batteries, vous n'y réussirez pas ; &
vous n'avez jusqu'ici conspué que
vous même. Vous citez devant tout
le public, avec brutalité, des hommes
qui depuis longues années , jouis-
sent de sa considération : mais leur
silence est pour vous un terrible adver-
saire. VOUS les citez íur des faits
particuliers , domestiques, ( * ) in-
connus, indifférens. Mais ce n'est
point au public à connaître de ces
tracasseries. Des affaires personnelles
ne doivent point s'instruire à un tri-
bunal où l'on peut impunément por-
(*) Entr'autres ceux allégués pour compro-
mettre MM. d'Alembert & Marmontel, No. 25,
(14)
ter de fausses accusations comme de
justes, & ou l'on n'est point néces-
sairement confronté.
Procéder, même contradictoire-
ment, à ce tribunal en matière pri-
vée , est un acte nul, parceque les
griefs n'y peuvent être prouvés, par-
te qu'une simple dénégation suffit
pour les détruire.
Mais il est extravagant d'y plaider
seul , parceque le public ne juge
point par défaut, ne condamne point
par contumace : & en cela est sa
sagesse ; car l'accusé absent peut être
également, ou ce juste qui se repose
for le témoignage de sa conscience a
qui lorsqu'il a fait le bien, n'est point
obligé de comparaître pour réfuter
ceux qui lui imputent le mal, ou
(15)
ce coupable qui sait raisonner, & qui
est fûr, tant qu'il n'ouvrira point la
bouche, de ressembler à l'innocent.
Dans les tribunaux où ci-devant
vous épousiez les passions d'autrui,
l'absent a toujours tort :. dans celui
où vous déclamez aujourd'hui, c'est
tout le contraire. Quand on ne con*
nait que la jurisprudence d'un seul
tribunal, on est sujet dans un autre *
à faire des pas de clerc.
• C'est donc en vain que vous vous
travaillez pour donner de l'impor-
tance à vos avantures. Vous avez
beau vous bourfouffler, vendre à vos
abonnés des épîtres au roi, dire &
redire à tout le monde que tout le
monde a conjuré votre perte, vous
ne fixerez jamais les regards de la
France.
( 16 )
Mais quelle est ma bonhommie de
vous prêter peut-être des vues encor
trop nobles !plus je vous étudie , plus
je me fens tenté de jetter ma lettre au
feu. Etes-vous en effet un homme
qui cherche à persuader? Non, un
censeur aussi amer n'est propre qu'à
faire haïr, même la bonne cause, si
elle était entre ses mains. La con-
viction est encore moins votre objet;
car où font vos raisons ? Et que dites-
vous autre chose que des. imperti-
nences ? votre secret n'est pas diffi-
cile à surprendre. L'art d'écrire est
pour vous un métier mercenaire ;
vous désirez être lu bien plus qu'être
applaudi ; ce font des écoliers qu'il
vous faut, non des disciples ; & pour
de l'argent vous consentez qu'on
vous
(17)
Vous déteste Sur ce plan , vous avez
Voulu que votre journal piquât lá
curiosité par la force du style , par
la bizarrerie des idées, par l'effron-
terie & les brocards-.
Apprenez vos succès; ils passent
Vos espérances.
II est une classe nombreuse de gens
peu sensibles, qui , après le combat
du taureau, n'ont point de passe-
tems plus doux que la lecture dé
vos feuilles. C'est chez eux qu'avec
transport vous êtes accueilli, ce font
eux qui deux fois le mois célébrant.
Votre triomphe , & vous oublient
Ce font des fans-souci ì des Démo-
Crites qui rient de tout , qui , fans
aimer le mal, fans être capables de
le faire le p;aifent à l'entendre, §
( 18 )
le trouvent charmant, lorsqu'il est
présenté avec les grâces du discours.
C'est pour ces esprits si menus , fì
légers, que vous écrivez si joliment ;
c'est pour ces êtres si peu moraux
que vous moralisez si heureusement.
VOUS les divertissez; mais je doute
qu'aucun d'eux voulut habiter avec
vous ; ils vous croyent armé jusques
dans le gosier de dents canines. Vous
haranguiez au barreau dans le même
goût que vous faites aujourd'hui du
milieu d'une terre étrangère. Mais
quelle différence pour l'auditoire,'
pour l'abondance & le genre des ma-
tières , pour la liberté, pour la gloire
dé faire du bruit ! Rien ne vous con-
venait mieux que cette profession d'é-
crivain polémique, de pédagogue
( 19 )
des nations. Vous vous, garderies
bien, je crois, fi l'on cédait à vos
importunités, de vous concentrer de
nouveau dans le sombre temple de
Thémis, pour offrir le plus souvent
à ses autels, l'encens de la cupidité,
des supplications idieuses , & de
perfides voeux. A cette considération ,
qui n'est pas la votre , puisque dans
vos nouvelles fonctions vous ne vous.
rendez pas plus recommandable ,
ajoutez que la majeure partie de vos
admirateurs est composée de jeunes
gens de l'un & de l'autre sexe : &
Thémis n'assemble à fa cour que des
hommes graves & auftères, des tètes
intriguées, & de tristes plaideurs
dévorés de soucis.
Après les souscripteurs bénévoles
B 2
(20)
vous ne vous en étiez peut-être pas
promis d'autres. Mais votre bonheur
est tel, que vous mettez à contribu-
tion les gens même les plus éloi-
gnés de vous donner leurs suffrages
& de vous estimer. Je vois les meil-
leurs citoyens vous lire exactement.
Mais ils font à chaque fois saisis d'hor-
ripilation & de frisson. Ces vrais amis
de la patrie voyent vos écrits veni-
meux , avec la même sollicitude qu'ils
s'informent des prises faites fur nous
par les Anglais.
Mais que votre fortune coûte cher
à l'humanité ! vous avez des parti-
sans ! & des hommes peu réfléchis
vous accordent plus que Vous ne leur
demandez. Ce que vous dites uni-
quement pour opérer une révulsion
( 21 )
lucrative dans les esprits, ils le pren-
nent à la lettre.... il n'est rien de
plus souple, de plus modifiable que
les cerveaux humains : la meilleure
philosophie n'est qu'un vent passager.
On la traite à Paris aussi lestement
que l'on fait toute autre chose. Chez
un peuple babillard & vain , tout,
jusqu'à la morale, est de mode & de
caprice ; & même en tout pays, l'u-
niformité lasse; avec le tems le beau
nous ennuie, le bon cesse de l'être
quand il dure toujours, la lumière
fans la nuit perdrait de son prix. II
faut des fophifmes, des rêveries, des
contrariétés : n'est-il pas assommant
d'être toujours d'accord ? L'erreur &
la vérité, la raison & la folie, égale-
ment entraînées par la vicissitude des
B 3
(22 )
choses, vont, p assent, & reviennent
aussi nécessairement l'une que l'autre.
Le nom de philosophe fait aujour-
d'hui un tort étonnant à la philoso-
phie. Déja dans une partie de la so-
ciété, les esprits forts ne font plus
ceux qui frondent les superstitions,
& qui croient qu'il n'est jamais utile
aux hommes d'être trompés ; mais
eeux qui retournent aux préjugés, &
qui se disant animaux raisonnables
veulent que leurs pareils soient des
animaux stupides. Pour se donner de
beaux airs, il suffit de prendre des
airs nouveaux; il n'est pas de ridi-
cule qui ne puisse à son tour faire for-
tune : niais on a trouvé surtout bien
commode celui de ne douter de rien,
sans avoir rien appris ; de siffler ceux
(23)
qui se donnent la peine d'examiner,
de peser, de raisonner : on les taxe
de philosophie , & les voilà noircis,
devenus un objet de pitié ou de risée.
L'encyclopédie pourra bien descendre
au Pont-neuf, & les décroteurs seront
obligés de régenter un jour les or-
gueilleux contempteurs des lettres &
des fiences. Cette révolution est dans
l'ordre des choses, & s'est opérée
déja mille & mille fois. Elle est peut-
être l'effet de l'inégalité avec laquelle
les esprits sont cultivés, des bornes
étroites qui leur font prescrites, de
leurs aptitudes diverses, & de ce que
la sagesse, qui s'aquiert fî difficile-
ment , meurt avec les mortels. Quoi-
qu'il en soit, ces catastrophes se re-
nouvelleront toujours (ce qui a pu
B 4
( 24 )
être une fois, peut & doit éternelle.
ment paraître & disparaître ) ; il ne
tient qu'à vous, Mr., d'en provoquer
et accélérer une, c'est le moyen de
faire époque.
Je dois rendre justice à votre or*
thodoxie. Vous protestez à la face
du ciel & de la terre, que vous ne
vous êtes jamais écarté de l'esprit de
Péglise. Je ne veux sur ee point
vous démentir ; vous avez fait preu-
ve d'un assez joli caractère : mais je
ne vois gueres que cela qui puisse
accréditer vos voeux solemnels. II y
aurait plus d'une bonne raison de
croire que votre alliance ou com-
plot avec la gent presbytérale, n'est
qu'une bourasque ou un artifice. Vous.
ne paraissez, courir au temple que.
( 25 )
pour mieux assiéger l'académie, &
pour avoir la consolation tous les
quinze jours, d'excommunier les
encyclopédistes. Dites-nous en pas-
sant pourquoi vous lapidez ceux-ci
du nom de Capucins ? Qu'avez-vous
pour éclabousser la révérence même?
L'ordre séraphique ne peut-il pas se
vanter de servir aussi vaillamment que
vous de marche-pied au saint siège ?
Mais poursuivons! Vous instruisez
la capitale & les provinces qu'en
dépit de la secte philosophique, vous
ne voulez respirer que pour l'église :
vous aimez mieux subir la loi d'une
souveraine, qui, selon vous règne
par l' amour & la conviction. Ce se-
rait fort bien fait, si ce n'était beau-
coup dire. Quand elle a paru (ce
(26)
mot est obligeant) s'éloigner de ce
principe, c'est, dites-vous vaguement
& gratuitement, par des causes étran-
gères qui l'avaient ainsi dégradée
(l'apparence étoit donc conforme à
la réalité ? ) Mais pourquoi n'usez-
vous pas de cette indulgente inter-
prétation à l'égard de la philoso-
phie ? & avec plus de justice, puif-
que les philosophes ne font pas fecte,
puisqu'il n'y a point pour eux d'es-
prit de parti, d'intérêt de corps ;
puisqu'il est impossible que, comme
philosophes, ils soient tous des fri-
pons? Pourquoi évitez-vous d'être
partial envers l'une, pour l'être en-
vers l'autre? Homme inconséquent!
jetez-vous de tel côté que vous vou-
drez ; ce ne fera pas une perte pour
(27)
les philosophes, ce ne fera pas un
gain pour les prêtres.
Vous vous montrez émerveillé de
ces paroles de St. Paul : Soyez sou-
mis aux puissances! femmes! soyez
soumises à vos maris! soyez charita-
bles , compatissons , désintéressés !
Doux Champenois ! vous devez
être un enfant bien docile, un pe-
tit saint bien débonnaire ! voyez tou-
tefois mon endurcissement ! je ne fuis
presque point édifié de votre véné-
ration profonde & singulière, pour
les préceptes renfermés dans ce peu
de mots ! ils sont très-salutaires fans-
doute , mais celui qui les donne, &
que vous prenez pour maître, est
horriblement fier & hautain, il a le
ton bien rogue. N'est-ce pas d'ail-
(28)
leurs exagérer beaucoup que de
•trouver dans ces trivialités une sa-
gesse prodigieuse, inouïe ? & l'éleve
de Gamaliel sera-t-il pour cela le
magister de tous les âges, de tous
les sexes? Pour moi, je veux vous
le dire, vrai chrétien que je fuis,
je ne l'ai jamais goûté. Nos écri-
vains que vous ravalez si fort au-
dessous de lui, ont mille fois, ce
me semble, exposé la même morale
avec plus de grâce & d'onction , ils
en ont mieux fait sentir tout l'inté-
rêt. II est vrai qu'ils n'ont puisé que
dans leur propre coeur, & qu'ils ne
se sont point dit inspirés par la su-
prême intelligence : mais ils en ont
plus de mérite ; & il est à présumer
que s'ils eussent été, comme St
( 29 )
Paul, ravis au troisième ciel, ils est
auraient rapporté quelque chose de
mieux. Je vous le dis franchement,
votre religieuse politique n'est pas
assez fine, on vous voit fous le
masque.
II est tems que je vous parle de
ce qui seul m'a fait prendre la plume.
C'est un mot de cette phrase de vo-
tre avertissement : „ depuis vingt ans
„les presses de Genève ne cessent d'en-
fanter les ouvrages les plus révoltans,
„les plus faits pour allarmer la pu-
„deur & l'administration : la Pucelle,
»,L'EMILE , le Système de la Nature , y
»,ont été réimprimés cent fois. »
Rien ne m'a jamais blessé plus in-
térieurement , rien ne m'a jamais plus
contristé l'àme, que cette injure
( 30 )
cruelle, que vous faites froidement
& comme fans y songer, à un livre
fi plein de charmes, écrit avec une
grâce si touchante , avec une élo-
quence & fi simple & si vraie, avec
une chaleur si vivifiante : livre d'un
si haut prix, que nul homme , de-
puis la création, n'a fait à Phuma-
nité une plus riche offrande; livre
si parfait, que ceux qui n'en con-
naîtront pas Pauteur, Pattribueront
à quelqu'une des célestes intelligen-
ces. J'en appelle à tous ceux qui
n'ont pas le coeur corrompu, & qui
ont mérité de comprendre l' Emile !
ne faut-il pas ignorer ce que c'est
que pudeur & administration,, ou
mentir honteusement à soi-même,
pour le traiter de livre scandaleux,
( 31 )
de livre révoltant; pour le ranger
entre l'obscène chef-d'oeuvre d'un es-
prit débauché, & la production d'un
audacieux athée ? Si vous eussiez
lâché cette invective contre tout au-
tre des meilleurs livres, contre L'Ef-
prit des Loix, c'eût été une grande
folie; mais contre Emile ! Pensant
chéri de la nature! c'est une pro-
fanation, un blasphème; & vous
avez affligé les âmes pieuses qui
l'idolâtrent. Est-ce L'appui ( * ) que
vous prêtez au dogme ? Est-ce votre
respect pour la hiérarchie ecclésias-
tique, qui vous ont fait ainsi com-
mettre un sacrilège ? ah ! gardez la
( * ) M. Linguet dit dans son avertissement
qu'il veut maintenir le dogme & la hiérar-
chie ecclésiastique.
( 32 )
religion de Votre pays ! mais gardez
principalement la religion du genre
humain ! ayez la foi du peuple ! mais
ayez, s'il est possible , en même tems
des moeurs ! ne couvrez point d'or-
dures ce qui sert à nous rendre bons}
& à guérir les maux de notre es-
prit! L' Emile est à L'épreuve d'un
arrêt & d'un mandement. Ce double
anathème n'a pu le décrier ; sa pureté
a triomphé de la flétrissure des loix
humaines; & L'élément qui détruit
tout, le feu , n'a pu l'altérer, Lui ferez-
vous plus funeste, Mr. Linguet ! par
vos éphémérides, & par vos aboyé-
mens? Dussiez-vous jusques au der-
nier siécle, faire fous le nom d'Annales
Votre histoire & des satyres, vous
fie survivrez pas à la vertu. Que dis-
je?
(33)
je? dans un moment vous ferez ce
qui n'est plus !... & L'Emile repo-
sera sur les' ruines du monde.
Ne vous contentez point d'avan-
cer d'absurdes propositions. Essayez
de prouver que L'Emile a pu porter
atteinte à la pudeur, ou que L'ad-
ministration a dû le redouter. Quelle
gloire au contraire pour un gouver-
nement ! quel bonheur pour les peu-
ples, si ce livre inestimable méritait
votre accusation ! s'il avait quelque
influence fur Péconomie politique !
On ne peut mieux conclure que
d'après L'expérience & la nature des
choses. Sur ce principe, observez
d'une part, qu'une infinité de gens
de votre espèce, pleins de dévotion
aux apôtres, ont été des méchans,
C
(34)
ont été des monstres; & de l'autre
qu'il est impossible qu'un homme ins-
truit à l'école de J. J. Rousseau, ne
soit pas bon.
Vous faites parade d'un grand
zèle pour l'exaltation de l'église. Mais
si vous voulez le communiquer,
tâchez qu'il soit plus éclairé. II ne
suffit pas de dire que le sacerdoce est
une véritable magistrature ; & la plus
douce, la plus atìive, la plus utile,
la plus respectable des magistratures.
Nous attendons, pour donner notre
consentement à ces assertions, que
vous nous ayiez fait concevoir, qu'il
est utile, qu'il est doux, qu'il est
sûr pour la société, de se soumettre
à l'action d'un corps, dont l'objet
& l'esprit lui font particuliers, qui
(35)
ne prend de loix que de lui-même
& qui se croit essentiellement plus
noble que tout le reste des hommes
ensemble.
Prouvez-nous, que ce corps hété-
rogène doive entrer dans un corps
politique, composé d'individus par-
faitement égaux entr'eux, qui s'unis-
sent librement pour un intérêt com-
mun !
Prouvez, qu'une puissance qui ne
reconnait sur la terre aucun institu-
teur , puisse être ce qu'elle est, c'est-
à-dire une puissance, & ne tenir pas
plus de place dans l'état, n'avoir pas
plus d'action , que de simples sujets,
qui n'ont plus de volonté particu-
lière , qui n'ont plus rien à eux que
leur existence naturelle !
C ij
(36)
Voilà les questions que vous avez
à résoudre pour parer aux objections
de ceux qui soutiennent, que la
magistrature sacerdotale fait incohé-
rence avec la grande, la première,'
la vraie magistrature; qu'elle nuit à
l'harmonie dans le gouvernement ;
qu'elle rompt l'unité de Pacte d'as-
sociation.
VOUS avez pressenti que l'on pour-
rait VOUS supposer des vues d'intérê£
particulier, & vous trouver des airs
de courtisan. On se défend en effet
assez difficilement de cette idée, lors-
qu'on vous voit complimenter le roi ,'
flatter les ministres, encenser les prê-
tres. Cela ressemble beaucoup à quel-
qu'un qui invite tout ce qu'il y a
de puissant dans l'état, de co-operer
( 37 )
à sa prospérité. Si vous n'êtes pas
pour les bonnes causes, vous êtes
pour les bonnes clientèles. Mais 1°.
vos complimens font injurieux au
Roi, parce que vous faites outrage
à tous ses sujets; parce que vous
vous chargez du mépris universel,
en proposant la tyrannie au chef
d'une nation noble & généreuse ; par-
ce que les Français veulent être gou-
vernés par un Roi magistrat, ministre
de leurs loix constitutionnelles &
primitives; parce que vous ne tendez
qu'à briser les noeuds qui unissent
nos coeurs à celui du monarque ...
Terminons ce chapitre ! & sachons
par un mot fi vous êtes encore notre
concitoyen! S'il était possible que
malgré la réprobation de tout son
C iij
( 38 )
peuple, le Roi seul, ce prince que
j'honore, vous donnât son suffrage..
êtes-vous- assez vil pour vous en con-
tenter ?
2°. Les ministres ont de la mé-
moire. Souvenez-vous vous-même de
vos rodomontades à Mr. De Ver-
gennes !.. Génie si formidable ! avez-
vous perdu le sentiment de vos for-
ces? Est-ce là cet oracle, ce pro-
phète menaçant, cette ame fiere,
courageuse, indomptable, cette voix
de tonnerre qui devait ébranler la
France , l'humilier, la consterner ?
Est-ce là ce transfuge irrité, ce mu-
tin , ce grondeur, qui des bords de
la Tamise, disait à sa patrie : „ me
voilà. chez tes ennemis ! & de ma
discrétion dépend ta destinée ! „ Dan-