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Apperçu raisonné des causes et des effets de la Révolution française ([Reprod.]) / par le citoyen P.-J. Sales,...

De
92 pages
chez G. Gareng (Carcassonne). 1796. France -- 1789-1799 (Révolution). 1 microfiche ; 105*148 mm.
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APPERÇU
RAISONNÉ
DES CAUSES E T DES. EFFETS
DE LA
FRANÇAISE;
Par le Citoyen P.-J. Sales,
Homme de loi.
J espère que mes idées s'éloigneront éga-
lement de la licence & de l'efprit de
fervitude j'uferai en Citoyen de la
liberté dont la vérité a befoin.
Du clos confidiration fur les mœurs.
Se trouve
A CARCASSONNE,
CHEZ G. GARENG, IMPRIMEUR,
,et chez l'Auteur.
An F»e Républicain*
A
Il AVERTISSEMENT.
J £. préviens le public que t'écrit que
lofe mettre fous fis yci:~ ne forme pas
par lui feul un tout abjclu & quil ne(l
que V introduction à un ouvrage plus étendu,
qui a pour titre: Eflai fur la Légiflation
Françaifè aftuelle confidente fous fes
rapports politiques & inoraux.
Je ne me fuis point diffimulé les difficul-
tés que jaurais à vaincre dans la paurfuite
du plan que je me fuis propofé rai fend
qu'en écrivant Phijloire de notre législation
pré fente je me verrais fans doute dans la
nécejfiti d'en faire la critique. Si comme
il eft probable il m'arrive d'en fronder
quelques* points élémentaires je ferai en
forte de concilier mes procédés avec le
refpecl qui eft dû aux actes de la puif-
fonce légiflaiive. Ce ne fera point en homme
de parti ni en obfervateur chagrin que je
il
mes réflexions mais en Citoyen
qui aime fou pays & qui vou-
drait lui être utile.
Vécrit dont il s'agit maintenant eft donc
moins un ouvrage complet par lui-même,
que {échantillon de celui que je viens d'an-
noncer fi dont jai rajfemblé les matériaux
au milieu des orages révolutionnaires. Si
cet échantillon ne déplaît point je me
déciderai à le mettre au jour dans le cas
contraire il reflera dans l' oubli: fi j'épar-
gnerai au public le déplaifir de voir ajouter
un livre de plus ci la nomenclature des
mauvais ouvrages dont il eft inondé.
a i
APPERÇU RAISONNÉ
DES. CAUSES ET DES EFFETS
DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE,
DES s écrivdins célèhres & profonds fe font
étudies depuis long-temps à tracer les règles qui
cara&énfent une bonne légiflation. 11 faut conve-
nir que leurs recherches fur cette întéreilante
partie des connaitfances hmnaines n'avaient pas
été infru&Aieufes. Us avaient cherché à l'envi X
débrouiller le cahos qui depuis Solon & Lycur-
gue, avait obicurci la raifon des légiflateurs j ils
s'étaient particulièrement attachés éclairer les
peuples & les magiftrats fur la nature de leurs
droits, & fur les devoirs auxquels ils éuiens
réciproquement fournis. Mais ces leçons 'd'une
fage(Te philantrope, ces inftru&ions n'ont pas
eu tout l'effet qu'elles auraient dû produire la
iricms détordre fe fait remarquer dans les diver-
tes parties de l'cconor.,ie politique j que dis-jeï
les abus, lcs vices q îi avaient exci:c la jufte
cenfure àz ces hoinm«s pallionncs du bien pu-
blic j exigeant fours des formes plus hideufes
encore Se fen.blent braver les etforts de ces
Cages réformateurs. Au milieu des plus favantes
thecties fur l'art de gouverner enroulés des
préceptes les plus confoians, rçous n'avons qu'une
législation défe&ueuft: comme Tan;ale nous
fouirons au milieu de l'abondance. Quelle eft
la caufe de cetze déplorable fituarion ? Ett ce
qne les découvertes des publiciftes & des Philo-
fophes reiTembleraient aux fyftèmes rmaginés par
les phyficicns fur les opérations myftérieufes de
la nature & dont la réalité ne peut acquérir
d'antre dcmonftraïion que celle qui réfulte du
calcul incertain des probabilités ? Eft-ce que les
principes & les avis qu'ils nous ont tranfmis
feraient faux & que leurs raifonnemens fur la
peifeélibilné des lois civiles & politiques, n'au-
raien; pour appui que des conjectures vagues &
des abftraciions métaphyfiques ? Non ces repro-
ches, que des hommes d'une humeur chagrine
leur adrelTent, font injures. Ce n'eft pas contre
ces bienfaireuis de l'humanité que l'on doit exha-
let ces cauliiques déclamations, } ce n'eh pas Ies
Montefq-u>u, !cs Lcukj lf$ (,'11(: Ion qie l'on
peut accufer d'ccre des vUÎonnaiies, de nous
avoir donne des chimèrcs & des revenes au-
Jicu de la vérité & du bonheur dont leurs
ouvrages nous prrfënteiit la riante pjifpe&ive.
Comme Sorrate Solon ils ont fonde les
replis ¡du cœur humain médité les moyens de
rendre un peuple heureux par la utlice. Comme
cux ils ont prémuni leurs concitoyens contre
les fédu&ions du vice les fauifes jouillan-
ces qu'il entra}ne après lui. Mais l'auftericé de
le^r langage l'énergie de leurs difcours n'ont
faic qu'une irapreflion panagere fur des efprits
fur des hommes plus frappes de
l'éclair d'un fophifme que de la dialecliqae Iz
plus exacte aullî leurs écrits remplis de cette
majeftueufe (implicite qui devait les rendre plus
rcfpe&ables ont été dédaignés par une couibs
d'hoenmes fuperficiels & novateurs; par ces ma-
mes hommes qui, couronnés des chardons de la
phHofophie fe font emparés arrogamment, vers
le milieu du fiècle de l'opinion & fe font
fait diflinguer par la hardielfede leurs paiaduxes.
Car c'eft à cette époque que remonte l'origine
de cette fecle ambitieufe qui foulant aux pieds
les idées mères de la philofophie j fé mit eu
pleine révolte avec fes précepfes.
(<S)
la fcitfion opérée on voulut mettce en ré-
jpmation le patti auquel on s'était rangé ainft,
les maximes de la fagefle furent reçues ^vec on
ipfultant dédain on attela au contraire de ré-
ééch-.t l'éclat des filas vives couleurs fur tout ce
qui portait l'empreinte de la nouveauté 7 on ca-
lomnia on baffoua les partifans de la vraie
puilofophïc on eût dit que Socrate avait été li-
vré de nouveau à la difcrétion de nos moderr?es
Aiiftcphaces, Malgré ce manège peu convenable
a tous égards à des hommes qui fe difaient phi-
lefopkes, la do&nne des écrivains vertueux qui
ont écrit fur cette matiàe s'eft confervée comme
le feu de Vefta, dans le Souvenu- de quelques
citoyens honnêtes-, & leurs partifans leur ont
rendu une efpèce de culte d'autant plus refpec-
luble qu'il était avoué par la fageiTe & ,la raifort
Cet hommage renda apfès une longue fuc-
«{Hon de fiècles, à l'humanité par fes vrais amis,
fut la premiére fecoufle qui ébrania Timmenfe
piédeftal fur lequel les abus étaient confacrés
pour ainfi dire, l'adoption des peuples. La
France, l'Europe t»éme en avaient déj à recueilli
on piécieux avantage, malgré que les maximes
pernicieufes des novateurs eutTent répandu leur
poifon contagieux dans^plufieurs claies de la fo-
aité j c'était toujouts on grand pas que Thommc
( 7 )
'«▼ait faic vers la vérité } 5c l'on devait s'attende
que le jour le plus radieux fuccéderait à cette
suidante aurore cet événement cran l'infaillible
ïéfultac d'une plus grande malïe de lumières «Se
de la direction de leurs rayons vers un foyer
commun l'étude de l'homme & de fes
avec ce qui eu: hors de lai.
On pouvait dire en effet que les titres da
genre. humain, perdus a la bataille de Philippe M
venaient d'être recouvres par la faiue philofo.
phie le pa&e focial violé, méconnu même, était
fur le point de reprendre l'autorité qui lui eft
nécefTaire pour confolider la liberté publique;
la morale cette fcience qui épure les arrêtions
de l'ame, fcience innée, qui fe forme de l'alfiance
refpe«5bable du fentiment & de la raifon, donc
le bon Socrate a été niluftre propagateur venait
d'étre tranfplantée dans le domaine de la politique.
Ces changemens inefpérés fembîaient nous «a
promettre de plus intereflans -encore. Les obfer-
vateurs, tes fages, pour qui les progrès de ta
raifon dans la connaifTance de la vérité eft une
joutflknce étaient dans l'attente d'une tégéné-
ration politique. Jugeant des autres par leurs
pt.opres fentimens ils réalifaient comme
PJaton, louis projets de réforme; édifiaient une
f 3)
ils
législation nouvelle Jrcimenpient par les bonne)
ïiKrtrrs dirigeaient les pallions vers un but auûl
honorable qu'utile & les courbant fous l'aufté-
tiré inflexible de la raifon & des précepres, les
fuifaient fcrvir à l'ail ermilïl-meni de la félicite
publique. L'harmonie la plus exa&e devait fuccé-
der aux monflrueux contraries qni rcfultaientde
la di»er(ué des conditions parmi les citoyens. A
les entendre, les ficelés de Rhée allaient repa-
rante il ne manquait plus fans doute qu'un
nouvel Hé (Iode pour immortalifer le fouvenir
d'unc révolution aufli merveilleufe. Semblables
aux filles crédules de Pélias, ces hommes honnê-
tes, imbus de la do&rine de ces célèbres écri-
vains, croyaient pofi:ble d'infufer un nouveau
fsng dans les veines du corps politique & de
lai rendre, au dernier période de la décrepirude,
la vigueur & l'agilité de Padolefcence. lIs s'abu-
{aient fans doute, mais au moins ils étaient de.
bonne foi car, quelque imaginaires que fuf-
fenc ces efpcrances quelque peu philofophiques-
qu'elles dudent fembler à des hommes doués
d'one fagaciré d'efpxit aflez étendue quelque
• certitude enfin qu'ils dufient avoir des obftacles
invincibles que la corruption des moeurs, la dé-.
pravation des idées les vices de l'éducation. oppo-
feraient à l'écablitfement de leur fyllçme chéri,.
( 9 )
B
ils ne s'en promettaient pas moins le fucccs le
plus heureux.
La confiance de quelques uns de (eux qui
fuivaient cette philofcphie de fenùmcnt ( li l'on
peut s'exprimer ainlî), fut indéfinie comme fon
objet. Effrayé; de la gravité des maux qui af-
fligeaient les nations les mieux policées de l'Ea-
rope, ils crurent qu'il fuffifait de leur indiquer
le remède fpécifique, pour qu'elles fe hâta(lent de
s'en délivrer ils efpérèrent que les gouverne-
mens s'aflocieraient à leurs vues & que, fen-
fibles à la gloire de rétablir les peuples dans leurs
droits naturels, ils s'engageraient avec eux dans
la longue & faftidieufe difcudîon des chattes conf-
titutives de leurs mutuelles prérogatives ils cru-
rent enfin, qu'excités par une héroïque & ver-
tueufe émulation, ils fe ligueraient, comme les
Argonautes, pour procurer à l'humanité cette
importante conquête & qu'il leur ferait auffi
aifé de dompter les paffions indociles des hom-
mes puiflans, qu'il lé fut a ces derniers, d'af-
foupir les dragons prépofés à la garde du dépôt
qu'ils voulaient ravir. Telles étaient les efpé-
tances de ces théoriciens philantropes qu'agitait
la partion du bien public.
Mais quelle nouvellé Médée devait leur prêter
(on fecours pour réuffir dans cette labbrieufe
emreprife? quel talifman était leleur, pour donner
trvx hommes de nouvelles rnccruis, des habi;u3es
de nouveaux penebans ? pour faice
d'une multitude volage &capricieufe,. un peuple
de Phocions & d'Aritiides ? pour transformer un
voluptueux Sybatite eu Spartiate, & donner, en
ua mot, aux Apicius la tempérance des Caton?
Cette confiance il faut en convenir n'avait
folide; elle peuple
veitueux, près de la nature, uh législateur ha-
bile, une pofition avantageufe j enfin des con-
jonctures favorables; mais ce concours de caufes
heureufes & décifives ne fe trouve que dans
l'imagination des poètes & des romanciers; ce
n'était donc que des rêves magnifiques à la
vérité fur lesquels ces hommes de bien avaient
établi leur fyftême d'économie politique fyf-
teme qui avait fon principe dans la paflîon da
bien public, mais qui ne pouvait être mis en
pratique parmi .des hommes dont le fentiment
érait. émoutlé par les plaints factices du luxe &
qui étaient accoutumés à placer le fouverain
bonheur dans la potîefliou de fes magnifiques
colihtliets.
Ce n'eif pas néanmoins qu'un certain nom-
bre d'emr'eux ne fut plus difpofé à écouter la
voix de la fagefie, qu'à, pûter l'oreille aux ip-
( il )
h t
(mimions de l'avarice à s'enorgueillir du titre
& des devoirs de citoyen qu'i languir obfcuté-
ment dans une ignoble. & fervile indolence;
ce n'eft pas que beaucoup d'çntr'eux n'eutfent
dédaigné les frivoles hochets de la vanité, & n'en
euffel1t fait un facrifice propitiatoire fur l'au-
tel de la patrie. Il ne fallait que réveiller leur
ame engourdie par le poifoir des voluptés Pc
préfenter à leurs yeux» comme au Rolland dé
l'Ariofte le miroir fidèle de la vérité oppo-
fer aux pallions qui les fubjuguaient, Pa&ion
puiflante des pallions louables Se magnanimes
remuer leur cœur par la perfpeétive des avan-
tages brillans qui devaient téfaîter de l'amélio-
ration des moeurs & d'une législation plus par-
faite prendre enfin le ton le langage perfuafif
d'un confeiller prudent, d'un ami affcSueux
qui feignent t d'approuver Ies écarts d'un efpric
fongueux & intraitable, afin de le mieux dif-
cipliner (i). ,Il fallait ne pas s'écarter des
(i) La rigueur ne fin çu*à multiplier le nombre
des difftdens & pour ne purler que des prêtres dépor-
tés quel efl t homme jupe qui refufera de contenir qut
leur bannijjtment efi un facrilége politique une m~
tolérance barbare qui ne peut être jufirjiée par aucune
raifon légitime ? Eh [aurait-il y en avoir pour un*
( II )
procèdes dont ces philofophes avaient tracé le
précieux modèle, captiver avant tour, le coeur
pour a(fervir l'orgucilleufe raifon.
Qu'on écoute ces hommes refpe&ables l'on
croit entendre Socrate converfant avec Alcibiade,
téloudre fes doutes & fe fervir des paffions
'merae de fon difciple pour en faire un ci-
toyen vertueux. Eh quel eft le mobile donc
fe fervaic ce grand homme ? la connaiflance
de la morale & du cour fcumain connaif-
fance qui le mettait à même d'exciter à propos
les fentimens de la honte & celui de la gloire;
feutimens que la n&rure nous a donnés pour
nous fervir à-la-fois de préfervarif contre les
pallions viks & de ftimulant aux a&ions glo-
iieufes. Aurtî eft- ce dans l'habileté à mettre eo
jeu ces fentimens oppofés que conûfte princi-
palement la feience du législateurs car c'ell
dans les jouiftances ou dans les privations mo-
mefure qui profcrit quatre cent mille citoyens au-
• moins.} qui on ne peut reprocher gui leur attacht-
ment au culu de leurs ancêtres ? Quy* de commun
t'État avec une profejfion de foi religieufe ? La
fhilofophie modtrnt qui a fi vivement réclamé la
tolérance ne Pavait donc invoquée que pour elle-
feule Quelles trijîes réflexions cette vérité fait
naître .•,
(
rales que les hommes devraient trouver leur
bonheur ou leur fupplice & malheur ceux
qui, armés de la, puilfance législative, ont dé-
daigné ou méconnu ce ptincipe
C'eft donc par le fentimenr pénible de la
honte qu'il fallait atteindre ceux qui manifef-
raient leur averfion pour le rétabliflement des
mœurs publiques c'eft en les plaçant entre la
confufion d'une réfiftance inexcufable & entre
l'émulation dont ils feraient infailliblement
animés à la vue des honneurs rendus à leurs
concitoyens, qu'on force les efprits les plus pré-
venus fe dépouiller de leur humeur réfractaire
& à faire le facrifice de leur vanité.
C'eft ainîl qu'un législateur prudent Cait étouf-
fer les germes des.ditfentions inteftines & diC-
pofet tous les citoyens à concourir indiftin&e-
ment à l'établiflement de fes projets; mais pour
manier les paiîions avec cette dextérité convenable,
il faut non feulement qu'un législateur s'appli-
que acquérir la connaiflance intime du coeur
iiumaio mais qu'il s'étudie à ditiger cette con-
naifTance vers un but utile à la fociété. C'eft
ce qu'ont fait les législateurs des États Unis
d'Amérique, qui ont fait paffer, fans convoi-
fiot*, fous le joug de la félicité publique, ceux
qui étaient les plus oppofés à leurs mîti:u:iai-i».
C*4 >*
Sans dotm les hommes font Je grandis en-
fans qui ignorent ce qui convient te plus
nature de leur être & qu'il faut, par cette
laifoo contraindre à être heureux. Mais efl-ce
pat la violence qu'il convient de fe montrée
le bienfaiteur du monde & s'il eft vrai que
les hommes foient tels qu'on doive, pour les
conduire au bonheur contrarier leurs penchans
& froifîer leurs inclinations pourquoi n'imite-
nit-on pas la providence, qui va à fes fins par
des moyens fecrets & inviôbles Le législateur
qui fe conduit fur des principes diftérens n'a
ni le génie ni les talens convenables à l'exet-
tice des fonctions auxquelles il eft appelé -y A,
ne fera que révolter, qu'aigrir les paffioas, au>-
heo de lès iéduire il faura peut-erre remédier
au mal du moment rendre une loi de cir-
conftauces prendre les indures les plus efficaces
mais tes paOkms, pour être enchaînées, ne font
pas vaincues: un inftant peu* leur rendre toute
leur furie & mettre la cité en péril.
A Lacédcmone, rérabliffement des lois de
Lycurgue ne produifit qu'une feule émotion
qui fut uniquement dirigée contre lui même
émotion qui fut appaifée foudain par la pru-
dence du législateur & par l'exil volqntaire
coquet il le condamna. La république Romaine
fut aufli divifce dans l'origine, par la «traite
du peuple fut le mont (acre; mais cette diileit~
tion ne fut que patiagère & la création da
Tribunat fut l'olive qui rétablit la concorde parmi
les ciafles des citoyens. En Angleterre, la grande
charte arrachée à la faiblefle de Jean Suis-terre
par les Barons du royaume, he coûta à la «ackwi
,qu'un taflemblement qai fut dtflipc un tnftanc
après cet a<fce mémorable; &, f cet» nation
aéré poftériéuremem déchirée pat les faâiottt
de la Rofe rouge & verre, & par celles des
tnaifons d'Yorck $c de Lancaftrc ce Wa ne
que Pour des taufes & pour des objets bien
diâércns tels que le changement des dynaftict
& ks prétentions oppofees de divers concuacns
au ttône des Plantagenets.
Chez aucun peuple qui a changé fa législa-
tion par l'effet d'un mouvement prompt Se
rapide, on ne trouvera que ce changement ait
difpofé le législateur a s'armer de rigueur ,com«e
les aon-conformiftes $ il fc montra au contraire
indulgent dans fes règlemens temonta à k
fource du mal &, loin de leur faire qn crime
des vices qu'ils devaient a leur éducation 9c
ils avaient vécu t il employa toute fou habileté
à tes apprivoifer avec
(16-)-
C'eft par cette modération de conduire que
l'on réuflit à étouffer le ferment des difcordes
civiles, & à réunir dans un feul & même faif-
ceau les fentimens des membres du corps focial'
Il dût paraître fans doute infupporrable aux
Lacédémoniens aux Suédois aux Génevois 6c
aux Américains, qui, avant Lycurgue, Ferfen
Calvin & Wafinghron., vivaient fous un gou-
vernement facile & relâché, de fe courber fous
l'inflexible févérité des lois nouvelles. Sans
doute les murmures, les clameurs) enfin, les
révoaes euflent éclaté de toures parrs fi l'at-
tention perfévérante des conducteurs de ces
peuples, a leur pré Tenter cette révolution fous
les formes les plus riantes n'eût triomphé des
tendances & enchaîné les préjugés:
C'eft par cerre tactique puiftame c'eft par
cerre circonfpedion falatâirej que- ces hommes
célèbres ont furmonté les obftac les qui leur
étaient oppofés par la vanité &- l'avarice} &
ces évènemens qui feront considérés mal-à-
propos par quelques-uns comme un phénomène
moral ont eu lieu fans qu'on air <u befoin
de recourir à ces lois révolutionnaires à ces
formes acérées dont on doit* l'ingénieufe inven-
tion à quelques modernes législateurs.
'1- ;Si cette politique âpre eût été mi(e en afage
par
Cl?)
c
par Gengis ou Thamas-Kouli-Kan lors de leur
invafïon de la Chine ou de lindoftan J on devrait
moins s'en étonner les peuples fur lefqnels ils
l'exerçaient leur appartenaient par le droit de
conquête & l'on fait que les conquérons font
moins occupés du bonheur des vaincus que de
leur gtoire perfonnelle. C'eft ainfi que fe condui-
fc Guillaume, Duc de Normandie, envers les
Anglais, qu'il avait fournis. Un conquérant
s'ifole de la nation conquise & comment s'en
regarderait-il comme membre, lui- qui la traite
en efclave ? Le peuple eft alors auffi entière-
ment diftind & feparé de lui, que Teft un captif
à l'égard du forban auquel il appartient par le
droit du plus fort.
Mais le législateur fait partie du corps poli-
«que; il importe. même qu'il foit né dans la
nations laquelle il donne des lois pour qu'el-
les foient plus appropriées à ton caractère, à fes
tnœurs & a6n qu'il en renente les vices ou les
bienfaits (i). Il eft donc forcé, pour l'inrfrcc
(i) Quelles auteurs ont prétendu > &
Il été dt cet avis qu'un UgiJLmur devait être
étranger à la action quÙl \voulait infiituer on a
fende ce paradoxe telhomm
firatt m.oins c/*r auï\jnf prenons 4ê
( iS )*
de fa perfonne & de fa gloire à raturer les
cfprirs par la douceur tes lois au-lieu de
les effaroucher par une rigueur déplacée. Le
grand art du législateur eft de mettre une pro-
poiciun exacte dans les rahports de la cité avec
fon intérêt ptrfonnd fi» qu'il travaillerait plus
efficacement au bonheur général. is utl mal y
a-t-il que le légifiateur foit perfon ne aiment intérejfé
au plan de légijlation qu'il a conçu ? Au contraire*
ccmme fa dejlinée eft liée celle de fes concitoyens j
tout fait préfùmer qu'il cherchera fa propre félicitjé
dans celle de la natien. Ek comment un étranger
pourra-t-il s'offurer de connaître affe\ le génie & les
mœurs du peuple qu'il veut difcipliner ? comment
poÊurra-t-il éviter les contre-fins qui réfulteraient dt
cette ignorance ? Qeft la raifon pour laquelle Platon
refufa de donner des lois aux Arcadicns & aux Çyv-
rénéens. Mablyt il eft vrai, n'a pas été auffi modefte
mais l'on fait que la modeflie n'eft point la vertu
des modernes. Eh où en ferait la France fi Il
Corps légijlatif n'avait tu dans fon ftin que des
Payne des Anacharfis Cioots des Proli des Mar-
chena, &c. $ce. Il tfl d'ailleurs à remarquer
qu'un étranger doit avoir nécejfairement quitté fon
pays ou parce qu'il y a été contraint ou par in-
confiance: dans le premier cas quelle confiance
mérité un banni ? dans le fécond il ferait très-
imprudent de la donner à celui qui s'efi détaché
volontairt/nent de fa patrie»
(
c x
chacun de Tes membres, s'il veut donner 1 en
ouvrage un caractère durable, & faire régner'
l'harmonie entre toutes fes parties & comme
il eft pour ainfi dite, une providence qui
règle ordonne difpofe il elt hors de doute
qu'il doit tâcher d'imiter cet accord fenfible &
merveilleux dont l'économie de l'univers nous
offre le magnifique fpeûacle.
Mais comment trouvera-t- il cette- règle de
proportion cette juftefle de rapports, fi la
morale, & la religion que n*eft que la morale
confidéree relativement au Créateur &: au culte
que nous lui devons .ne lui prêtent leur appui ?
Quelle confiance aura-t-il dans l'obéiflance des
citoyens à fes lois, fi ces deux mobiles puifïans
des avions humaines ne lui répondent de cette,
même obéitfance ? Et quelle eft la garantie
plus fure & plus respectable que celle qui tire
fon principe de la religion Cette vérité de
fentiment a été tellement reconnue par les lé-
gislateurs y qu'il n'en eft aucun depuis Moyfe
& Confucius jufqu'à ce jour, qui ne l'ait hau-
tement proclamée & n'en ait décoré te fron-
tifpice de fon code (i). Tous ont confié entre
(i) Ont comprend ai fé ment qu'il ne fuffit point' de
le borner à une fimçlt profejfwn de foi mais que je
(
les mains de la religion le dcpôt facré des lois
très-afTurés qu'elle leur imprimerait le cachet
veux parler d'un cuit* extérieur: car le culte efi
lixpreffion des fentimens religieux; arrêter cette ex-
prtffion n>ejî<€ pas porter évidemment atteinte
tobjet dont elle tji le figne ? VAJfemblée confinante
Z't beaucoup pour la religion 'ar« qu'tllé
proclama les droits de l'homme il la face de t Éternel
comme Robefpùrre crut échapper aux reproches dim.
Piété, parce qu'il reconnut emphatiquement tÊtre
Suprême & l'immortalité de l'amt. Mais l'ua
rautre n'tn furent pas moins fis deftrucleurs & c\ff
ce qui arrivera toujours lorfqu'on lui aura l'ac?ion
fans laquelle elle ne peut fubfifier. Or ?eji dans
le culte que confifte ejentiellement cette aSion cette
verni reconnue, quel efi celui qui conte fier a la ni.
cejjité d'une religion nationale ? Souverains banniffir
l> intolérance religieufe de vos liais, la bonne heure
mais qu'il y ait dans chacun une religion dominant*,
quand ce ne ferait que pour faire croire aux omts
indolentes & aux efprits frivoles, qu'ils en ont une
car toute religion, quelque fmplt qu'on veuille tima.
tmerr a un culte qui lui efi propre. Les Qnakers,
cette fec7e ridicule, qui d'après certaines gens pro-
fit la religion la plus convenable à PAomme ont
au¡¡; le Icur il confie dans leur réunion au Temple,
dans le recueillement fimultanl de chacun, dans les
trembltmens & les codifions dont ils font agités.
*à que doit-on penfer dt la religion naturelle,
( » )
tugufte de l'approbation, divine. Ainfi, Numa
crut nécetlaire de perfuader aux Romaines qu'il
était d'intelligence avec la nymphe Égcrie;Moyfe
monta fur le mont Sinaï^ d'où il rapporta les
Tables qu'il dit lui avoir été coufiées par Jehova
lui-mcme le collége de Vefta & des augures,
les jnfhrutions pieufes que la politique eut l'arc
d'identifier à la deflinée des Romains 9 n'euffent
point furvécu aux T'arquins, fans le merveilleux
donc on fut environner leur berceau. Il en ett
de même des lois de Moyfc, qui font encore
fcrupuleufement obfervées par les Hébreux
après plus de trois mille ans malgré les dé-
plorables révolutions & les défaftres multipliés
qui ont caufé la difperfion de ce peuple infor-
tunê. Législaceurs, qui que vous foyez, apprenez
de ces pères des humains à cimenter votre
ouvrage, & à lui imprimer le tceau de l'im-
mortalité. La morale eft un reffort excellent,
indifpenfable même, pour conduire les hommes
à la vertu; mais, dépourvue de fon puiuanc
& re(pe&able fuppprc, elle fera fans force
pour contenir ta multitude plus difpofée
vantée par Us philçfophes du jour, fi fon culte confifte
dans deç extravagances pour miniftre
bffît!
la fougue des paflions qo'i fe
conformer aux ùges avis de la raifon écrite oii
naturelle. Un homme privé plûfieurs même
feront dociles à obéir au cri moniteur de la
CDtîfcience; plufieurs fans doure n'auront befoin
qne des feules lumières d» la rait`on., & feront
confîfter leur philofophie à ne porter aucun
autre joug que le n'en il ett poffible enfin
€p.ccé raifon nement devienne la règle de conduite
è'nn Déifte, mais cite ne doit jamais être celle
J un lcgislateur. Le peuple n>ft poinr philofo-
,ne- dans le fens des efprits forts & il eft
Juteux qu'il ne le- fou "point (i); écoutez-le:
(t> le peuple philofophe Sent^a là fore, t
dt ces ezprejjioas ? Viz certain Lequinio, ex-miniftrg
di Rohefpierre croit que rien iCeJi plus facile ni
,lus avantageux*
Dans l'ouvrage qu'il vient de publier fous le titre
,de Philofophie du peuple il la fait conjijler à rendre
forcé enfui te de revenir d des principes plus jujl 'es
il reconnaît qu'elle eonfifti « à vivre en pt^hr, à con>
» mercer tranquillement enfcmèle de quelque pays
» de quelque nation de quelque religion qu'on puise
» hr*+ Çf fans s'inquiéter réciproquement fans ff
» Haïr y fans fe détejter pour des préjugés] des croyart-
ces ridicules, des opinions qu'on nt conçoit pas
(
bien loin d'ambitionner cette funefte hiâcpûn-
dance, au-lieu de penfer à diminuer l'étendue
de Ces devoirs Se i ep affaiblir 1'auftirite* il
eft le premier à demander le frein qu'une fauie
& orgueilleufe phiiofophie tente imptudemroeuc
de lecouer.
Voilà fans doute le type d'une faine & vraie philo-
fophie mais le philofophe Lequinio n'a pas fait
attention qu'il déclame ailleurs avec violence- vantr*
cts nommes à préjugés, à croyances
opinions incompréhenfibles U ne Jbnge pas pM
s'attache* dans cet ouvrage ficophante à répand**
le farcafme & le mépris fur ceux qui les profif.
finty fur les mini/fus f.un culte dont id rttjl pas
Je profélyte fur les zélateurs d'un gpuverntmtnt
qui n\fl pas dt fon goût. Qutlle pitié, de vouloir
concilier la philanthropie avtc t intolérance J Vmlk
donc cette philofophie tmbrageufe qu'il voudrait
infpirer *ux habitant <k la campagne J ïgnoK-tJt
gue la phiibfophic du payfan (qu'on me P*£ï /<*>
preffwi) conflflt uniquement dans U travail dx fes
mains dans la jouijhnct de '.Ion humble fortuné.
dans tobfervntion du culu qui lui a été enftigaé
par fes altux comme celle de ceux qui gouvernent
conjtflt à lui affuner tes avantages dont là pogè/t
/ion conpitu* fon honneur Voilà 1£ moytn dt diffîper
fts ngrets, de calmer fls follicuude* fan* qu'il fait
rrfccffairr dt recourir aux préjuges fédudturs Junt
(
Préoccupés de la force du fentiment que la
nature a gravé dans le coeur de l'homme &
par le moyen duquel la raifon prononce fes
oracle% fes fectateurs infenfés ont penfé que
la religion & le culte qui en dérive n'étaient
que des iuftirutions arbitraires le fïuit de l'am-
bition & l'ouvrage de l'impofture. Enhardis par
ces monftrueufes erreurs ils fe font qualifiés
les précepteurs de l'humanité ils onc renveifé
les dogmes 3 concédé la révélation ridiculifé
vies actes par lefquels l'homme s'humilie devant
fou Créateur & implore fa protection. Plus
audacieux que les Titans, plus extravagant
qu'Eroftrate ils fe font nattés de renverfer par
la raifon les fentimens religieux que Fa raifon
tnrme a lonfacrés, & d'incendier par leurs fo-
phifmes Sacrilèges le temple immenfe que
l'homme a élevé à la religion temple qui n'a.
d'àutres limites que celles de l'univers.
ptrfptüivt dont il ne peut faifir la réalité. Quand
jt parcoyrs rouvraIt philantropique dt Lequlnio* je
me repréfente à mon tfprit t apologue du Loup devenu
Berger
Toujours par quelque endroit fourbes Ce laUTent
prendre.
Quiconque eft loup agifle en loup
Ceft le plus certain de beaucoup.
Ces
(
D
Ces opinions téméraires cette fcano'aleufe
doctrine, publiées par des hommes égarés ou
corrompus ont porté une atteinte mortelle art
principes fondamentaux de la législation, fle
ébranlé les bafes profondes fur le{quelles repo-
fait l'ordre focial.
Pour parvenir à cette fin criminelle on a
rechauffé les principes oubliés d'Anaxagoras
d'Épi cure & de Lucrèce l'on a eu l'impudeur
de s'enorgueillir de cette odieufe érudition &
de goûter leurs fy fi: cm es. Des hommes à qui la
nature avait donné un efprit fophiftique & un
coeur pervers, ont dû facilement adopter les
maximes erronées des efprits forts de la Grèce
& du Bas-Empire; & à la honte des moeurs,
malgré le cri de la raison ofFenfée du culte mé-
prifable qu'on lui rendait ces hommes ont
ofé fe dire çhilofophes & tracer infoîemment
aux législateurs, les règles de conduite qu'ils
devaient fuivre l'égard des nations. G*e(l a
cette époque fatale que le génie de l'anarchie,
conduit par- celui de l'incrédulité, fe montra
adx divers peuples de l'Europe tantôt fous les
fottnes •fembtes & hkkttfes de matériaHfrne
tantôt fous celles du déifme & du focinianifme.
Un certain ordre de prétendus favans connus
fous le nom pompeux à'cncyclopédijîes, contribua
( z6 )
principalement à augmenter ce défordre dans
le monde moral & politique; leur fyrême
confiftait à fronder les institutions de route ef-
Fèce à confondre tous les rapports des chofes
& des perfonnes. Les idées les plus juStes ne
furent à leur avis que des préjugés pitoyables
que la raifon avait le droit de profcrire; les
fentimens de la piété filiale, le délire de l'amour
paternel les délicieufes fenfacious que procure
1 hyménée étaient moins à les entendre., les
infpirations de la nature que l'effet de l'éduca-
t'on. La bienfaifance la pitié, ces qualités CI-
paofives & précieufes du coeur humain n'étaient
à leurs yeux que factices. L'homme n'eut d'autre
affection native & originelle que l'amour- propre
ou IVgoïfme. Ces maximes hardies cette doc-
trine licencieufe, contre lefquelles tous les ef..
prits auraient dû Ce foulevér eurent néanmoins
des ptofciyces c'eft alors que l'on vit éclore
les ouvrages des Lamétrie des Helvétius ÔC
le trop célèbre écrit du remède la nature
dans lequel l'athéifme diftille fes poifons les.
plus affreux (i). On eût dit que Tcfpric des
O)On va juger par le trait fuivant des progrès
fait cette doc1rinl déteflcbU.
l'étais^ pendant Vautcmnt de iyS6f dans un*
( 27 )
d x
Salmonle & des Spinofa venait' d'infpiret une
nouvelle efpèce d'hommes pour confondre les
idées & dépraver les fentimens; des bureaux
de beaux efprits fe formèrent de toutes parts
on n'entendait dans les cercles que des difcou-
reurs infenfts qui de la fange du vice, ofaienc
infulter la divinité on ne voyait par-tout que
des femmelettes qui Moquées de vapeurs,
tombaient méthodiquement en fyncope en
contenant la providence. On était cependant i
ce période où l'efprit humain, honteux de la
médiocrité de fa fphère cherchait à l'aggran-
dir par de nouvelles connaitlances l'homme,
confidéré dans fes rapports avec la nature & la
campagne aux environs de. Paris; le propriétaire
était un feptuagénaire qui joignait à un efprit trh-
cultivé les grâces de la bonne fociétê mais quelle
fut ma furprife lorfque, dans une converfation il
déploya les principes de t athée le plus endurci
Je fus troublé, interdit mais, riant de mon
embarras il fi leva en chancelant avec toute la
promptitude que, lui permettait fon grand âge il
fut chercher ce funejle livre me le remit en
^exhortant de le lire, très affurl, difuit-il que
je ne pourrais réjijïer à la force de fis Mmonfl rat ions.
Je !e lus & je frémis. Le malheureux m'écriai -je
il ejl feptuagénaire il e/i athée
( 28 )
focitté était devenu un fujet d'étude aufli
utile qu'import.' le louable defir d'acquérir
des notions certaines fur fon exigence fur fa
destination avait fuccédé au goût des niaife-
lies & des frivolités l'engouement des qua-
trains & des romans. avait fait place à un pen-
chant décide pour les fciences d'un Ordre ,plus
élevé l'on voyait des particuliers un Euclide
& un Sophocle à la main qui auparavant
n'avaient connu qu'Afl:tée & les chroniques
merveilleufes de la Chevalerie un nouveau
monde moral fe développait aux regards des
hommes attentifs & fe montrait fous une perf-
pe&ive plus Aatteufe, avec des avantages plus
brillans que n'en avait préfenté aux yeux
de Colomb & de Gama la découverte magni-
fique de rA:nérique & des Indes-Orientales.
Mais cette perfpe&ive a été dilHpée comme
une vapeur par le fouffle empoifonné d'une
philofophie dépravée. L'on a vu fes partifans
as lieu de profiter de la difpofition générale des
efprits, pour rendre un peuple heureux & libre,
s'en fervir pour le familiarifer avec une doctrine
licencieufe & fubverfive de toute exigence ci-
vile. Alors des hommes, connus Cons le nom
d'économisés fe produifirent fur le théâtre po-
liiique, & inondèrent de leurs fcntaftiq ues pro.
(
jets cous les bureaux des gouvernement connus.
Quelques-uns dans la vue de leur alïlirer un
fuccès plus certain conçurent l'ingénieufe idée
de les produire fous un nom qui fût propre à
leur donner une grande célébrité. Ce rraveftif-
fement philofophique donna nailfance aux tef-
tamens politiques des Richelieu des Robert
Walpole, des Albéconi, & d'une foule d'hommes
d'état à qui l'on ne rougir pas de prêter les
conceptions les plus abfurdes d'autres, plus
alïurcs de leur gloire voulureit en jouir mo-
deftement fous le voile myftérieux de l'anonyme;
quelques autres enrichis des lambeauz des
Puffendurfs des Hobbss & des Groâus s'é-
rigèrent brufquement en législateurs 5c fe cru-
rent faits pour régler les deilinées des empires.
Les constitutions les mieux attifes leur pa-
rurent l'ouvrage du hafard ou de l'ignorance
les clameurs de ces architectes politiques reten-
tirent de toutes parts 5c furent jeter l'alarme
dans les efprits qui n'étaient pas encore fami-
liarifës avec le charlatanifinê^de la philofophie.
Forts de l'impreflion qu'its venaient de pro-
duire, il leur fut aifé de perfuadsr, fubjugaés
par l'éclat d'une réputation ufurpée qu'ils
n'avaient joui jufqu'alors que d'un bonheur
idéal, qu'ils n'avaient aucune Joi fonda riieutale,
( 30 )
8c que te vaifteau de l'état vogmïc fans fconf-
foie depuis plufieurs fiècles fur un océan
itnmenfe plein de fines & d'écueils.
Aînfi les philofophes fonnèrent de toufcs
parts le tocfin, pour inciter les hommes a
s'armer contre les- préjugés politiques & reli-
gieux (i)j des pamflets féditieux des bro-
(i) Ma s ceux fui font fi imprudemment la guerre
eux préjugés penfent-ils qu"il j'oÙ fi facile' <Tac-
qufrir des nations jujies fur tout ce qui a rapport à
notre être ? & fit au contraire il était vrai que
c'ffl It propre de l 'homme mfme en fociété de nr
gouvoir atteindre cette rec1itude de jugtment f né.
ceffaire pour difeerner la vérité de l'erreur ne
ferait il pas alêts convenable utile même de lui
UiJJer ceux qui peuvent contribuer a adoucir fa
fiiuatioa enfin à la rendre moins miférable ? Le
préjugé peut être comparé à cet inftincl mervtilltux
oui conduit le fomnambule au milieu des précipices
éveillei-le il eft perdu. Pkilofophes voilà ce que
vous faites lorfque vous remplace\ un préjugé con-
fervateur par un pyrrhonîfme inftnft ce préjugé
tendait à fairi us bvn époux un excellent citoyen
mas en faites un homme dénaturé, un féditieux»
Les obfervations judicJeufes de Duclos fur le
préjugé m'ont toujours frappé a On déclame
» beaucoup., dit-il, cùntre les préjugés peut-être en
a-t-cn trop détruit le préjugé e/f la loi du commun
» des- hommes; Je ne puis me diftenferJe blâmer
Ci* )
chutes fatyriques furent jetés avec une (caixl*-
teufe profufion dans le public des feuilles
incendiaire compofées dans des galetas par
de faméliques écrivaflîers furent colportées de
toutes parts l'on j\ 'entendit dans les lycées
que des déclamations forcenées contre les ins-
dans la perfonne de Ces miniftres de plan
chaafbuniers dignes agens de cette tourbe Im-
monde j furent chargés de glapir dans les carre-
fours des vaudevilles injurieux contre l'auto-
rité, & d'ameuter Li canaille; les lois de la
féconde & troisième race, ainfi que leurs or-
dqpnances les plus fages furent critiquées avec
une impudence vraiment cynique.
» les écrivains qui, fous prétexte ou voulant jk
» bonne foi attaquer la fuperflition fapptnt la
» jbnitmtns de la moral, & donnent atteinte aux
b liens de la faciêti d'autant plus infe*fésr qipjl
» ferait dangereux pôrcr eux-mêmes de faire des
» profélytes. Le funejle effet qu'ils produifinx fur
» leurs lecteurs efi d'en faire dans la jtunejfe de
• mauvais citoyens des criminels fcandaleux*
du malheureux dans Foge avancé; car il y on a
» peu qui ayent alors h trife avantage d'en s ajfiz
» » pervertis pour être trant¡uil U* »♦ ( Duclos confil
fur les moeurs ).
( 3z )
Le b;cn pnoîic comme à l'ordinaire, fut le
prétexte impofant de ces facriîcges tentatives
& c'efl fous les fautes apparences d'un zèle
phiîaiiïrope que ces
les colonnes qui foutennient4'cdifice focial dans
l'efpérance infenfée qu'après avoir ( pour me
fervir de leut expreflion ) balayé l'aire politique,
ils pourraient s'occuper, en liberté & leur
aife dé la reconftrudion qu'ils méditaient.
Pour confommer cette entreprife il fallait
ncceiïairement calomnier tout ce qui était con-
traire à leur fyftême en un mont, tout ce qui
était établi auiTi fit-on ufage de ce mobile ef-
ficace o: décria donc, on calomnia par e(^ic
de parti & par une rcvolution inconcevable,
le droit de cenfure politique fur entre les mains
des faux il y a encore
que chacun fut airez tlupide pour le fortifier de
fou approbation. Fafcinés par la fubtilité de leurs
jongleries plusieurs furent dupes du preftige
tous furent fubjugués par le ton dogmatique avec
lequel ils diftribucrent leurs maximes. L'erreur
fut telle que l'on croyait s'humilier devant la
raifon lorfqn'on ne s'inclinait que devant fou
fimulacre. Ce n'était plus le defpotifme ponti-
fical, fulcnimnt fes anathèmes contre les trônes
& les dominations & déliant les fujew du fer-
ment
f
E
ment de fidélité: cette théocratie, qui avait fait
trembler les princes du n.e tiède s venait d'être
renverfée par les philofophes qui avaient verfé
fur elle un déluge de farcafmes & de mordi-
canres diatribes; mais a cet enfant monftrueujc
de l'ignorance & de la fuperftition ,,ces mêmes
hommes avaient fubftituc leur morgue hautaine
& audacieuse.
On n'eut plus à craindre il éft vrai les
bultes ni les interdits de la cour de Rome
m\is on eut à leur place des fyftêmes & de*
paradoxes bien plus dangereux dépouillés de
fes dogmes par les philofophes on vit ceux-ci
s'en emparer informaient > & revendiquer pour
eux celui de l'infaillibilité après l'avoir chairé
du Varican. Ainfi, l'écrit humain n'avait que
changé de chaînes & la raifon entourée de
faux adorateurs .trait toujours l'objet de leur
dérifion.
Des hommes affidés des proneurs merce-
naires furent adroitement diftribués de toutes
parts J & firent retentir les échos de leurs gla.
piffantes acchamations; c'eft principalement dans
Iltalie, ia France & l'Angleterre que parureht
les premiers fymptômes de cette épidémie, dont
les ravages devaient être fi funeftes â l'efpèce
tmnaine i c'eft alors qu'on, vit à Londres ua
( 34 )
pfcudonyme fe déchaîner fous le nom de hn\u§
Brutus contre le parlement j & dans les accès
épileptiques de fa phréncfie exhaler ks invec-
tives les plus virulentes contre le gouvern'e-
ment Britannique qu'on vit Beccaria retran-
ché derrière quelques principes phdantropes jeter
en Italie des brandans facriléges dans le temple
(le la juftice & les auteurs des livres de l'ef..
prit, de la philofophie de la nature, s'appliquer
en France à infpirer à la nation. le goût de l'ir-
réligion & de l'indifcipline. •
Telle fut la fource de ce libertinage d'efprit
tyù fe glitTa infenfiplement parmi des hommes
a(Tes Iinyles pour cFoire, fut parole que les
ma-ximes les plus confiantes n'étaient que des
illutions de l'enfance $. 1-'infatuation fut portée
si un tel période, que l'on ne parlait des fiècles
antérieurs & des peteles contemporains qu'avec
l'expreflîon du mépris & le dédaigneux accenc
de la pitié.
Voilà quelle a été la fource de cette hardieffe
¿'opinion qui pouffa les efprits à la licence
& déprava leur «raifon au point de les détour-
ner du chemin du bonheur pour aller à la pour-
fuite d'une perfedion idéale & d'une félicité
imaginaire. Séduits par le faux brillant des fyf-
tèmes nouveaux on ne craignit point de fa
( ÎS )
e i
jeter dans un pays inconnu, fous la conduire
de quelques aventuriers, & de laitier à l'écarc
ceux qui en avaient levé la carte géographique.
Cet efptic d'inconféquence & de vertige qu'on
ne devait pas s'attendre à rencontrer daus un
Tiède éclairé s'empara de chacun Fénélou
& Monrefquieu furent facrifiés aux difciples
les plus obfçurs de la philofophie & c'eft à
cette indigne préférence, que l'on doit attribuer
la première caufe de cette exagéracipn de prin-
cipes qui tendaient à donner aux nations mo-
dernes une phyfionomie empruntée & une
• législation qui n'était point concordante avec
leurs mopurs & leurs habitudes.
Sans doute il n'y a aucune détermination
plus jufte., plus légitime que celle qui amène
un peuple à revifer tant tes lois fondamentales,
que les lois circonftancielles dont elles font
unç émanation, d'en obferver le mouvement
organique, & d'y apporter les modifications donc
leur perfectibilité eft fufceptible.
Sans doute un peuple averti par la prefence
des dangers qui le menacent peut confier un-
ou plufieurs législateurs le foin impôrtant &
délicat, d'approprier plus expretfement a fon
caractère les lois exiftantes de changer les
formes de Tadrakittration publique & de faire,

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