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Arétaphile ou La révolution de Cyrène : tragédie en cinq actes, en vers, faite en 1786 ([Reprod.]) / par Ch. Ph. Ronsin

De
76 pages
chez Guillaume junior (Paris). 1793. 1 microfiche ; 105*148 mm.
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THE FRENCH REVOLUTION
RESEARCH COLLECTION
LES ARCHIVES DELA
REVOLUTION FRANÇAISE
PRRGAMON PRKSS
lcadinbton Oxford
R e n e.
'ou
LA RÉ VOL UT ION
.DE et RENE,
Tragédie, en cinq Actes en vers faite
'̃«* en 178$.
Représentée [, pour la prWièrs fois, sur le
-Théâtre de la rue de^ Lonvois le a3
Juin
Par Ch. Ph. Rônsin.
A P A Kl S»
3.
ACTEURS.
̃ ÉGLATOR, ancien chef de la République
de Cyrène.
ARÉTAPHILE, femme d'Églato*.
OXfANE, fille D'ÉotATORet D'ARBTAPHItE.
NORATE tyran de Cyrçne.
RNARUS, Gouverneur de la Tour.
PHÉDIME, ami d'ÉoiATOR.
EURYMENE Officier, des Gardet de
NORATE..
SENATEURS.
SOLDATS.
PRÊTRES.
PEUPLE..
L'action se passe dans la viUe ^Cyrèno.
Le preuûer acte, dans la Cabane d'un
le second dans la Tour le troi-
sième, dans la Palais de Noratc;'le qua-
dans la Salle du Sénat] et le cin-.
A
ARÉTAPH^LE,
ou
̃'̃'̃ LA RÊVOLUWON ̃
DEC Y RE
Tragédie, en cinq Actes.
ACTE PREMIER,
S CE NE PREMIÈRE.
t G L A T O R sèal.
0 nuitj nuit désastreuse, et vous songes aflfretfx,
Fnnemis du seul bien qui reste aux malheureusj
De nos, calamités renaissantes images,
Fuyez j'accomplk»ï»os funèbres présages;
Vous m'àonoBce* Ja mort elle est mon seul recours}
Depuis:quinze aàrj'aspir'e au dernier de me jour*.
Depun quinze ans banni des murs qui m'ont vu naître,,
Proscrit par la brigand qui s'en est rendu maître,
Séparé d'une épouse à l'instant où son sein
YromeUoit a mes vœux un fruit de notre hymen,
<̃•»
Fugitif, et par-tout mis aa rang des coupables
J'ai vu «'accumuler sur mes jours misérable,
Ces affronts si cruels et toujours impuni .1)
Qu'on se plaît à jet'ter sur tes pas des tannin
Un ami me restait et lorsque dans Cyrène
L'espoir de la vengeance avec lui me ramène 1
Lorsque j'attends » caclé dans cet foyers obscur»,
Que du bruit de mi mort il remplisse ces murs,
,Et de l'usurpateur trompant la baAarie
Rallume en tdui les cœurs, l'amour de la patrie,
J'attire sur ses. jours le malheur qui me suit.
La lumière a fait place aux ombres de la nuit
Et je1te revois point le généreux Phédime
Ah si de ton 'courage il étoit la victime
Si le ciel dans ces murs ne l'avoit r&menë,
Que pour livrer sa tête au crime couronàé;
Mais ba vient.
SCÈNE I I.
É G L A T OR, P H É D I M F.
ÉCLATOR.
Seul appui qui reste à ma vif Messe,
Chef ami s dans mes bras est-ce toi que je presse t
Que ton retour tardoit 1 mon coeur effrayé
Mais je revois PWdim«, et j'ai tout oublié.
o toi qù'à ma disgrac» un ci beau «èl« «ocWne;
Que dit-on du tyran 1 qu'as-tu vu du. Cyrène
Que fonl no» citoyen»? Au joug accoutumé»,
A<3oreot-il» la main dont ils sont opprimé» ? 1
A
p n ê b t m e.
Au silence lugubre, à la profonde crainte,
Qui depuis ce matin règne dans cette enceinte,
Je croirois que Nprate Il la terreur livré
Soupçonne qu'en ces muu Églator est rentré,
Le palais est fermé de nombreuses cohortes,
Du temple1 et de la ville environnent les portes;
Tôus nos concitoyens renfermés sous l«uri toits. t
Ont -de leur liberté perdu les derniers droits;
Et ce qui met le comble à la publique injure,
C'est qu'aucun d'eux ne laisse échapper un Murmure.
EOLATOR,
Quel opprobre avec soi'ti-afne l'adversité1!
Quoi de tant de «oldits, tés pour la libertés
.De tant de citoyen^ aucun ce se proteste,
D'un esprit assez fort, d'une âme assez constante,
Pour oser s'immoler au, bien de tout 1 état ? >
Aucun n'est envieux d'un si noble attentat?
foui craignent de pétcer le cœuT qui les opprime.
Ah! d'indignation ma force se rAnime..
Viens Phédime, suis-moi guide mes foible» pas
A Mon lâche oppresseur 'tiens portet le trépas.
P H É D I M E.
Ah! seigneur quel point la douleur vous égare?
ÉGLATOR.
Nous mourrons, mais couverts du {aog de ce barbare,
N'ou'- mourroas, mais vengés. et nos derniers regard»,
Vitrent U liberté r«fjajfre en nos rCt&parl».
phéd'i'me.
De quel aveugle espoir vous laissez-vous sêc'uîre î
Dans son affreux palais qui peut tous introduire^,
.Tandis qu'environné Je gardcs odieux,
Ce tyran qui craint tout, se cache à tous les yeux!
Si j'en crois 1a nouvelle en ces remparts semée,
On prétend que son ame en secret allarinée,
Sur un hymen qu'il dit favorable à l'état
Doit consulter demain les grands et le sénat.
eclator,
Le sénat/ en est-il sous un joug tyraunique
PHÉDIME,
Oui de l'usurpateur l'adroite politique
En a couservé l'ombre et le peuple abusé,
En souffre mieux les fers dont il est écrasé.
É G L A T O R.
Ainsi ce monstre, adroit à combler nos misères,
N'a plus pour sénateurs que de -vils mercenaires
A qui la soif de l'or en z fait recevoir
La pourpre sans honneur, et Je nom sans pouvoir!
Mais, Phédime sais -tu quelle est l'infortunco
Qui doit à ce barbare unir sa dectinée ?
P H K D I M E.
On dit que, dès l'enfance enfermée à la tour,
D'un sans cher à ce peuple elle a reçu le jour.
ÉGLATOR,
C'est donc tins!, grands dieux, quep fourbe trec audac«',
ries pères qu'il proscrit il aJopte la. race.
haine ct de foiblesse assemblage nouveau
Il met la fille au trône et le père au tombeau.
Je ne suis pas le seul qui, banni par ce traître
Du sort de ses enfans l'ait vu se rendre riaît e
AH! pour venger la honte où les cœurs sont réduits,
Sous le joug du brigand qui les a tous séduits
Que Valions-nous Yhédime aux yeux de la patrie,
De ce lâche imposteur retracer la furie?
PHÉÔIME.
Moi-même j'ai voulu, sur vous, sur^ vos malheurs
De quelques citoyens interroger les coeurs, v
Et comparant leur honte à leur gloire passée,
.l'osoîssur vos vertus ramener leur pensée
Les ingrats de vos loix ne se souviennent plus,
Enfin, je n'ai trouvé dans ces murs corrompus
Qu'un inconnu, dont l'ame attentive à mes plaintes 9
Sembloit de,la pitié ressentir les atteintes.
Je 'ne sais quel nuage au nom seul u'Kglator
'ObjcurcUsoit l'éclat de son front jeune encor.
Chaque mot de tata bouche txtitoit ses allaro-;es;
Triste, et fixant sur moi ses yeux baignés de larme.
Il m'aborde et demande avec avidité
Si ces murs m'ont vunaitre, et quels flancs ro'ontpoi \i
Si j'svois vu ces tems de discorde et de haine,
Où le sage Églator fut banni de Cyrenc
Quel intés£t me, lie au sort do ce héros 1
Si j'avois partagé sort exil et ses maux,
F.nfin,s'il vit encore, et dans quelle contrée;
Il cache, sa vieillesse à l'opprobre livrée.
J'allois de vos destin. trahissant les *tcretsf/.
Répondre ayo franchise à ses soins ijiqui«f$t
(.«̃).
Lorsqu'un soldat s'avance; il lui parle, et la joie*
De oiomens en moment, sur son front se déployé
l,e soldat se retire; et le jeune homm« «/.ors
Laissant de son ivresse éclater l?s transport*,
."Me demande s'il peut ,sorusl« toit que j'habite,
M'avouer en secret le soupçon, qui l'agite;
J'y consens/ et lui-même, au milieu de la nuit,
M'a promis de se rendre en cet obscur réduit.
ÉCLAT OR.
Quel est-il? Et d'où vieni que non sort l'inte'ressï?
FHÉDIME.
S'il faut de ses discours en croire la noblesse
Et l'aimable candeur empreinte sur son front
Son coeur brûle en tecret de venger votre affrOott
Je ne puis cependant tous déguiser ma crainte;
Si Norate vous croi cachd daas cette enceinte
Peut-être ce jeune hjpmœo est un vil courlisan,
Qui, nourri dit l'enldccc à 14 cour du tyran
S'est fait pour lui complaire une étude liardie>
De tout ce qu'ont d'affreux l'art et la wrddie.
ÊÔLATOR,
N'importe, il faut te voir si c'est un imposteur,
Sa fourbe avancera la fin de mon malheur;
Si c'est un citoyen, un de ces coeurs soblimea,
Qui de la tyrannie- abhorrent les max-imes,
Je veux que' pu ma voix son courage escitl
A ce peuple avili rende la liberté1
Je veux que par son bras Cjrént soit vengée.
<7)
A4
PHÉDI ME.
Il entre ^V
É G L.A T OR.
A son aspect
Je ne sais qu'elle voix me parle en sa faveur. •
Tu U rois comme un traître,et moi comme un veegeur.
SCÈNE III.
ÊNARUS, ÉCLATOR, PHÉDIME.
É N A R U S, à PjtsDiMX.
Si j'en crois les soupçons dont mon ame est rempli*
Aux destins d'Églator un noeud Secret vous lie.
Vous puis-je en «ûreti confier mes projets
En montrant EgiatOk,
Mais quel est ce vieillard <îont les yeux inquiets
̃̃Semblent sur vous et moi se tourner avec peine?
.PHÉDIME.
Hier avec la noit » armé dans C?rène
Il venoit s'informer fi du nom d'Hglator
Ces murs qui lui sont chers se soutienceat «ticor.
ÉGLATOR,
Et qui ne plaindroit pas cette ville infidelle i
Depuis qu'un aceptre affreux s'appesantit sur elle,
J'ai moixi» souffert des coups qui m'en ont e»i!<5,
i*>
Que du joug dont je vois tout ce peuple accablé.
furieux indigné de voir la tyrannie
Triomph nte qiiPïe ans, et quinze ans impunie |
Je srntrx's s'agg'ftTer le poids de mes douleurs,
Et malgré moi le fiel se rçéloit à mes pleurs.
Mais Phédime avec moi pleuroit votre esclavage i
Pa constante amitié raniroojtmojv courage;
1'our adoucir mes maux il oublioit les siens.
EN A R US.
O! qui que vous soyez généreux citoyens
Combien vous m'êtes chers qu'il est doux à mon ame
De rencontrer deux c'eeurs qu'un si beau zèle enfla,rat
Sur les grands intérêts dont je suis agité,
Je puis donc devant tous parler en liberté
Avant tout, di'es-moi si ce chef magnanime.
Que Cyrène a banni pour couronner le crime •>
Si le sage Églator a termine ses jours.
P H É D I M E.
Les dieux de ses malheurs ont prolongé la cour»,
É N A R U
Ah! si dans ces remparts il pouvait reparoître.
ÉGLATOR.
-H4 bien, que ferais-tu
EN A RU S.
-̃ Peut-^tre alors, peut-Etre
Ce père de l'état ce grand homme outragé
y^ttoii son pajs libre et bon exil Tengé.
<>v ̃•>
Ê G L A T 0 R.
Qu'avec ravissement j'accepte ce présage
UNARUS.
Ah! si je vous disois, ce que peut mon courage»
Si vous saviez le sang que j'aspire à verser • •
C'est au seul Églutor que je veux t'annoncer.
Qu'il vienne, il apprendra qu'en ces tems de misère
Il é*t encor des coeurs à qui la glcire est chère.
É G L AT 0 R.
0 moi& ami je vois qu'en ton coeur indompté
La vertu n'est pas morte avec la liberté.
Mais dis pour Kglator quel intérêt t'anime
É N A R U S.
Mes yeux n'ont jamais vu ce vieillard magnanime;
Mais j'ai vu les cruels qui l'ont osé bannir,
• Et je sais quels forfaits Il me reste il punir.;
Les momens me sont chers, et la nuit qui s'avance,
A la tour que je garde exige ma présence
Si ce chef que je plains n'est pas loin de ces lieux
Faites qu'avant le jonr il paroisse ma yeux.
E G L AT OR.
Ah! PWdimô, il est tems qu'Eglstor se déclare.
P H É D I M E d Èkjrvs.
Mais quels «ont TO3 desseins?
ÉNARUS.
d'immoler un barbare,
̃.̃̃'•$•
t G L A T O R.
Qui
EN A R U S.
É.CLATO R.
Noratc apprends Jonc qui je srti».
Ce vieillard, dont tu pljins l'vpprob.e et les enuuis
Cct JBglutor
É N A R U S.
Hé bien
P H É D I M E i ÈctéTOK.
O dieux qu'aUef-YOUs faire ?
Tretnbicx.
É N A R U S.
Ah! je vois tout,. Ogrand homme! O mon père!
ParJonnei-moi ce nom si doux et ci sacré
Que la tendresse attache à ce coeur cuivré.
É G L A T O R.
AV\ que n'ej-la mon fils! 1e ne sais à U vu»
Qsîl murmure s'élète en mon arme éperdue?
Qaand je partis, ma femme en ses flancsjiulheureux,
Pcrtoit de notre amour un gage précitui.
Leur sort m'est inconnu Si mon enfa«( respire) <
Puissè-je voir pn lui la verta qui t'inspire'
Mais cyue de ma fcrtuDe à jam'aii détaché,
Diflj la nuit qui le couvre il UoguUse ac\i,
( Il )
S'il n'a pas de mon sang conservé Il noblesse
C'est toi que veut pour fils adopter ma teedresse
Si je ne suis plus père
É N A il US.
Ah! vous l'ètes encor.
ÉOLATOR..
Quoi! les dieux.
Ê N A R U S.
> Ont veillé sur le sang d'Églator.
ÉGUTOR.
Quoi) ce gage si cher du plus tfnd.e hjmiaéc
ÉNARUS.
Il respire.
ÉOLATOR.
Et sa mère
É N A R US.
<f A la tour enchalote,
C'est-là que dévorant ses pleurs et son amour,
A l'&jun&blo Oxiane elle a donné le jour.
ÉOLATOR.
On>a femme.Omafille! Ab conduismoi près d'elles¡
Mais n'abuses-tu pas mes larmos paternelles
A cet espoir si doux mon coeur craint de s'ouirir,
Si ta »'»yoU trompé'} j'iuroù trop à soudxir.
Sur tes pas.
P II
vous
maximes infimes,
trahir.
la
me* j eux
flambeau
sous
ses
do sea bienfaits,
Je sentis s'élever dans mon
sa vio un ceil
De son bannisse me Dt j'interrogeai la Loi
Ce vieillard dans l'exil devint un dieu pour moi.
C'est alors qu'indigné d'avoir servi le crime,
Mon cœur jura vengeance à ce chef magnanime t
Mai» cachint "avec art un si noble courroux,
J'attendois le moment de frapper ces grands coups t
Je l'ai trouvé Les dieux ont servi ma colère.
ÉGLATOR.
Que dis-tu ?
ÉSARUJ.
Qu'à l'état j'oserai rendre un père,
Et dans le sang d'un monstre éteignant ses fureurs, f
Lui faire de son règne expier les horreurs.
ÉGLATOR.
Quoi seul
É N A R U S.
J'aurai pour moi le ciel qoi vous protôgf,
Et ce fer qu'en mes raains mit sa main sacrilège.
Le tyran n'a pour lui que des hommes sinj.rrœurs.
Qui de sa politique ambitieux flatteun
Seront tous il voués à la publique haine»
Quand du bruit de sa mort j'aurai rempli Cyrine.
ÉGLATOR.
Mais ma femme et ma fille ont-elles cet espoir
Que sur ta foi mon coeur te plait à concetoir?
Si la même piti4 te pule aussi pour ''elle.
̃
̃ ~J«£e« si je prends part à leurs peines Cruelles f
Auprès d'el'es chjrgé d'un dojiloureW emploi,
Je suis le seul qui puisse adoucir leur»\aUarniçs.
Combien de fois mes yeux ont-ils baigné ferait
I/aliment qu'en trembant j'allcisleur préieWer»
Et qu'enfin ma pitié les forçoit .1- accepter,
Oxiane, sur-tout, me Toyoît avec joie
Compatir aux affronts où leur vie est en proie\
Cette noble candetfr "qui brille ert tous ses traits
Son courage à souffrir, son amour1 pour sa mère,
Ses vertus Toit conspire à me lvrtndre cLôr«.
.Hier., même livrée aux plus- vives «î^uleiir*,
Sa mère lui parloit de vous, de vos îh^lheurs
Je jurois à leurs pieds Je venger tant d'outrag?,
Lôrsqù* Soudain Norate. qui tout, fait ombrjgi-
M'appelle, et laissant voir que son coc\ir plein effroi,
Au bruit de,\ votre mort ajoutoit peu dn foi,
Me dit qu'il veut au trône élever
Et que cet hymt'née, oil le sort le condamne
Devoit de la discordc ctouffjnt tous les cris,
A son pouvoir suprême asservir les esprits.
Mais il m'ordorne îv»Dt,de chercher le rebella
Qai do. yotre trépas vépanJoit Il nouvelle
J'y consens, et je pars satisfait ct jaloux
D'un emploi qui s'accorde avec met va>rx pour vous.
D^jà de vos-dcitin^ Fliédirae alloit in'instruire
Lorsque par un soldat Norate m'.i fait dire
Que cetto nuit lui-mine il irMt .'ans témoins,
S'informer j tour du succès de mes soins.
( i6 )
C'«6t-li que je l'attends, c«t-là que son supplice
Doit de son règne affreux expier l'injustice
Et ravir votre fille à des rœud» pleins d'horreur.
É G L A T 0 R.
D'un si grand sacrifice auras-tu seul l'honneur
Ne puis-je partager cette illustre vengeance 1
t N A RUS.
Restez encor caché dans l'ombre du silence;
La nuit a déjà fait la moitié de son tour,
Et Norate bientôt va se rendre à la tour S'
J'y vole pour sortir de votre hutuble retraite, •
Attendez que ce glaive ait fait tomber sa tête}
Alors, vous paroltiez.
• sort.
É GLAïOfi,
Ah je respire enfin
L'espoir de la vengeance est rentré dans )non sein.
Ce peuple si long-tems avili sous un maître,
Va voir avc le jour sa liberté renaître.
fin du premier Acte,
c>7)'
B
ACTE SECOND.
SCÈNE PREMIERE.
A H K T A P II I h E O X I A N E.
ARÊTAPHIL E.
oui, ma fille, j'ai peine à c'ncevo!r l'effroi,
Qui depuis q tlijues jours s'est emparé de toi.
• De l'appui d'un esclave en secret ojitragéc
'funucs-tu d'uutrvï vœux (jue;jiour être ve.gée?
O X I A N E.
Qu'importe qu'Énarns soit né d'un sang obscur,
S'il a rtçu du ciel un cœur sensible et pur.
S'il prend à no* maltuiis l'intérêt le plus tendre.
A R É T A P H I L E,
A ses soins gt'néreu% j'étois loin de m'attendre;
L'esil de mon époux m'avoit ravi l'espoir
De rencontrer des coeurs que je pusse érnouvoir,
Et rcgard.mt ces murs comme un affreux repaire,
OiV dévoient s'achever ma honte et ma misère
Ou de ilion oppresseur l'ardente inimitié,
V Nejaisseroit jamais pénétrer la pitié
3'allendoU-w pleurant la fatale journée
Ou çVfvoit triste destinée
va jouct à'un tyran, j-i csnjurois les dieux
De cachcr ta niissance à son ceil envieux;
O nuit toujours présente à mon ame craintive
Où ta mère éprouvai la frayeur la p'us vive,
Te vit naît:e et sortir.de ses flancs malheureux
Sans hisser échapper un seul cri douloureux
Tu géinisioisî tes cri's glaçoient mon coeur de crainte;
Ainsi noS premiers jours commencent par la plainte,
Malheureux nous pleurons même avant que nos yeux
Se soient encore ouverts à la c!arté des cieux.
r.nvain par ses baiser* la plus tendre des mères
S'efforçoit d'étouffer tes plaintes trop amères i
Que d'evins je? Quel trouble égara mes esprits?
Lorsque dans mon cachot, attiré par tes Crist
Le gardien de la tour à mes yeux se présente.
l'aspect d'J'narus, pMc et presque mourante,
Je cachois mon enfant dans mon sein effrayé.
Mais soit que ma douleur excitit sa pitié
Soit que pour lui ta vue eût déjà quelques charma,
Ce jcnr.e homme à mes pieds qu'il arrosoit de larmes,
Jura qu'il me rendroit par sis soins indulgens,
M, prison moins affreuse, et mes fers moins pesans.
Un langage si doux soulagea ma tristesse
Il n'a point un moment démenti sa promesse;
/-VMais tu ne conçois pas ce qu'il m'en a coûté
Pour accepter l'appui que m'offroit sa bonté.
j VrgueiUeux soutenir de ma grandeur passée
Uevenoit d toute heure accabler «nTpensée
Me montroit un esclave attendri \sur mon sort
U croirois-tuî Cent fois j'ai conjuré la mort
D'épargner à nos jours cette ressource infime.
Mais la nature enfin Fetaporta dans mon ame;
J>étois «ère, et ce nom, «'aidant à rallumer
B a
Le flambeau de mes jours prêt à se consumer
Je chassai des grandeurs la mémoire importune;
Et j'éprouvai bientôt qu'au sein ds l'infbrtune,
Nous somnes trop heuVeux de traiter en égaux,
Les derniers des humains qui pleurent sur nos maux.
OXIANE,
Que ce discours m'est cner! Que j'airoeA vous voir rendre
Aux bienfaits d'Enarus un honimagn <i tendre?.
Ce n'est pas d'aujourd'hui quc mon cœur étonné,
S'appljiulit des vertus dont le sien est orné.
Mais je vous l'avourai, dcpuis que ton courage,
Jaloux de s'affranchir d'un emploi qui l'outrage,
De notre délivrance a formé le dessein;
Depuis que de Norate il veut percer 1<» sein,
Je ne sais quel effroi s'empare^ie mon amc
^J'»drnîre en frémissant le courroux qui l'enflAuio j
Je craiifs tout des périls qu*embra<sc s.i fureur,
Et la mort dans mes sens jettcrojt moins d'horreur.
ARÉTAP1M h Ç,
Je l'ois enfin d'où part yotre crainte insensée
Des soins bien différens tourmentént ma pensée.
Nous tremblons toutes deux mais, ma flle, écoutes;
Quand le brave Enarus plaint nos calamités
Quand de t'usurpateur détestant la furie,
•* Il veut d'un joug horrible afirauchir sa patrie,
Enfin quand de Norate il a juré la mort,
Nous pou voniic son zèle approuver le transport;
Mais s'il nous f»ut trembler ce n'est pas pour sa tète
C'esJ de le voit çovir l'honoeu; qu'il s'apprête.
( ao)
Oui, si pour la patrie il est beau de mourir)
Knvions-lui l'éclat dont il veut se couvrir.
Qui moi, je souffrirai, sans une noble envie
Qu'un esclave pour nous aille exposer sa vie
Si ses mains, du tyran versent le sang impur,
Jaloux d'un défenseur né dans un rang obscur
la le pcup!e et les grands diront que cet esclave
'N'eût jaimU immolé le cruel qui nous bravé
Si par un sentiment plus fort que la pitié
Son cocur à tes destins ne s'étoit pas lié.
O X I A NE.
Faut-il qu'avec un cœur si pur si magnanime j
Enarus soit formé d'un sang ,qu'on mésestime
Qu'avec tant de vertus, il ait si peu d'éclat
C'e»t peu qu'il compatisse aux malheurs de l'état,}
Vous avez vu cent fois avec i. telle tendresse
De ncs coeurs désolés il calmoit la tristesse.
Non jamais on n'a pris un soin plus généreux
DVWirlcs affronts qu'essuie un raalntureux,
D'épargner la fierté qui n'est que trop commune
A ceux qu'un prompt revers jette dans l'infortune.
Timide, il paroissoit, en nous servant d'appui
Rougir pour nous des biens que nous trouvions en lui.
ARKTAPHHE.
J'aime voir Enarus sensible à nos misères
Ma fille ainsi qu'à toi ses bontés tne sont chères
Et la reconnoissance est un si noble soin
Que son transport jamais lie peut aller trop loin»
Mais te connois-tu bien Encor jeune et timide
Sais-tu si dans ce jour sa voix seule te guide, J
).
B 3
Et si ton coeur n'a pas confondu son transport
Avec an sentiment plus ardent et plus fort.
o ma flle, en ton àme il est tems que je lise.
Ouf, si pour Enarus, (l'on feu secret éprise
Mais il vient. Quelaues soins qui puissecvt t'agiter,
Devant lui garde-toî de les faire éclater.
S CÈNE II,
ÉNARUS, ARÉTAPHILE, OXIANE.
ÉNAR US.
Au u succès de nos vœux, Madame, tout conspire.
La vergeance s'apprête, et votre époux respire.
ARÉTAPHILE.
Quoi! mon époux
OXIANE.
Mon fin
É N A R U S.
Il est dans ces reoip&rts.
OXIANE.
pourquoi le dérober à nos tendres r"¡ards
Quand pourrai-je appaiser sa douleur paternelle ?
É N A R U S.
Caché sous l'humble toit d'un citoyen fidèle,
Pour se montrer au peuple il attend que mot» bfatfr
A son persécuteur ait donné le trépas;
AAËTAPHÎLE.
Mai» pour lui dan* Cyrêne pst-ilun sûr asyle*
Vous savez dit tyran la politique habile
Si ce pauvre en sçcret servoit sa trahison.
ENARU S;
écartez de iotre Ame un injuste soupçon.
Ce citoyen obscur est né trop magnanime,
Pour trahir, à prix d'or, un sage qu'on opprime.
Partageant d'Fglator l'indigence et l'ennui,
Il est depuis quinze ans son guide et son appui t
Lui-mime a ramené votre époux dans Cyrène.
0 X I A. N K.
Ainsi mon père et nous qu'un même jougencnaihe,
Nous aurions succombé sous le poids des 'douleurs,
Si pour calmer nos maux et ranimer nos coeurs
Le ciel n'aroit choisi, dans une classe obscure,
'Deux mortels qu'enflammoit la vertu la plus pure.
Ah s'il savoit les pleurs yue sur lui j'ai versés
Et combien à mon sort vous vous intéressez.
E N A R V S.
Il sait tout. Ce n'est pas que j'aie eb sa présence
Vanté les foibUs soins que j'eus de votre enfance.
Mais pouvois-je en parlant de vos destins affreux
Lui taire ta pitié qu'on doit aux Malheureux
Sivous »tïcz pu voir quels transport* de tourte
B4
Ont ranimé* soudain les langueur* de son age,
Et comme à la vengeance il brùlvit de courir 9
Lorsqu'au récit des maux qu'on vous a fait souffrir t
J'ai joint l'aveu du sort qu'à sa file on apprête
ARÉTAPHI LE.
Et quel malheur nouveau menace encor sa tête
Avilie en naissant sous un joug rigoureux,
Peut-il être pour elle un destin plus honteux!
ENARUS.
C'est lé sort d'un tjran que tout lui fasse orübrege.
Il trouve en ses forfaits l'aliment de sa rage s
Et jamais son pouvoir ne lui semble assuré
Si de tous ceux qu'il craint il n'est pas délivré.
A R É T A P H I L E.
J'enteoJs l'usurpateur ne nous lalssé vivre
Que pour mieux contenter la fureur qui l'cnivre
Et tant que sur le trône il se crut affermi
Loin de tremper ses mains dans un sang ennemi
A nous perséester il mit toute sa joie.
Aujourd'hui que son ame aux terreurs est en proie;
our étouffer les cris que le nom d'Eglator
Cfcej ce peuple inconstant peut ranimer encor
Pour ôîer tout espoir à ce sang qu'il déteste
Le monstre en veut verser le déplorable reste
Et pour mieux nous punir, il prend pour ton trépas »
L'instaat où mon époux revenoit dans'nos bras.
ENARUS.
Co n'est pas vos jours qu'attente sa furie
( 24 )
Vous ne concevez pas toute sa barbare..
Epowanté du bruit, s qui, ju5ques dans sa cour»
De l'auguste r'glator annonce le retour,
Il veut pour consacrer quinze ans de tyrannie
Voir Ift triste Oxiane à ses destins unie;
Et lui, même en secret m'a remis le poignard
Qui devoit à sa haine immoler ce vieillard.
A R É T A P H 1 I. F.
Quelle rage, grands Dieux! Teint du sang de ton père.
Il veut qu'à ses fureurs tu serves de salaire!
E.N.AR U S.
Avex-vous oublié le serment que j'ti relit?
Même avant d'être instruit de ce nouveau forfait)
J'ai jii'é par les Dieux et par votre misère,
D'immoler de ma main ce monstre sanguinaire.
Grace au ciel, nous touchons ce fatal moment.
Sûr qu'à ses loix mon coeur souscrit aveuglément,
A ma fidélité Norate s'abandonna
Et de tous les flatteurs qu'il nourrit près du trône,
Aucun ne lui parolt moins digne de soupçons
Que l'esclave payé pour garder ses prisous.
Je dois sa confidence à ma propre infortune
Sans doute il me suppose une âme trop commune t
Un esprit trop rempant pour jamais'concevoir
Quelque projet qui puisse ébranler son pouvoir.
Ah! qu'il tarde à mon coeur de lui faire corinoîtro
ei je suis digne .en tout du sang qui m'a fait naître.
Lui-mirae, en cette tour qui touche à son palais
Me viendra de rues soins demander le succès
Yoici l'heure où des Dieux la bonté se déclare
Voici l'heure où les Dieux vont punir nn barbare t
Avec ce mtme fer dont il n'armoit mon bas
Que pour exécuter ses lâches attentats.
ARÊTAPH1 L F.
Non, non d'un intérêt si granJ, si salutaire
J'ose attendre une preuve à mon époux plus chère;
Ne confiez qu'à moi le soin de le venger
Quel autre que sa femme a droit de s'en charger.
R N A R U S.
Moi. ̃ C'est le seul moyen qui soit en ma puissance,
Pour épurer le sang dont je tiens la nais;aneej
Et vous me l'enviez, vous, ;'•- qui vos aveux
Ont transmis en partage un nom si glorieux}
Vous, femme d'un hérôs dont la vie est si bille.
A R D T A P JI 1 L E,
Mais n'aurez-vous point part ma gloire est rnelle,
Si pour ce coup illustre armant ma foible main
Del'immortalité vous m'ouvrez le chemin?
Si c'est pour mon époux un surcroît d'»ltégre<se.
pe voir l'état sauvé par ma main tengprcsse,
Vous en céder l'honnenr quandje.jmis m'en saisir,
Ce s«roit l'accabler d'un mortel déplaisir.
E N A R U S.
Comme vous, envieux de frappcr rua victime j
Eglator aspiroit à cet honneur sublime.
Mais j'ai trop de respect pour vos jours et les siens:
Il$ sont trop précieux à vos concitoyens